Projet agricole : quel matériel prévoir aujourd'hui ?

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Projet agricole : quel matériel prévoir aujourd'hui ? Il faut surtout acheter au démarrage les équipements utilisés souvent, difficiles à remplacer et capables de bloquer directement la production ; les grosses machines peu utilisées ont beaucoup plus intérêt à passer par l’occasion, la Cuma, la location ou une ETA.
Le prix d’achat seul donne une mauvaise lecture du coût réel. Sur les tracteurs de 100 à 140 ch étudiés par le réseau Cuma, le coût total passe d’environ 34,4 €/h sous 400 heures annuelles à 19,1 €/h au-delà de 700 heures.
Le risque de suréquipement commence souvent par la puissance. Acheter quelques dizaines de chevaux de plus entraîne généralement un tracteur plus cher et plus lourd, puis des pneus et des outils eux-mêmes plus coûteux.
L’occasion est particulièrement intéressante pour les machines simples ou modérément utilisées. Elle ne veut pas forcément dire bon marché : certaines moissonneuses conservent encore près de la moitié de leur valeur neuve après huit ans.
Les matériels de récolte illustrent bien la logique de mutualisation. Une moissonneuse ou une ensileuse peut être très productive lorsqu’elle travaille sur de gros volumes collectifs, tout en étant extrêmement difficile à amortir sur une exploitation isolée de taille modeste.
Le meilleur parc n’est pas le même en grandes cultures, en élevage et en maraîchage. Un éleveur peut tirer davantage de valeur d’un équipement de manutention utilisé chaque jour, tandis qu’un maraîcher gagnera parfois plus avec une bonne irrigation, une chambre froide ou une ligne de lavage qu’avec un tracteur plus puissant.
Il faut aussi raisonner en heures de travail économisées. Une machine qui supprime une heure de tâche quotidienne représente plus de 350 heures libérées sur une année, ce qui peut justifier un investissement apparemment élevé.
L’irrigation et l’après-récolte sont faciles à sous-estimer parce qu’ils ressemblent moins à du matériel agricole traditionnel. Pourtant, sur certaines productions, un réseau d’eau correctement dimensionné ou du froid fiable sécurisent davantage le revenu qu’une machine supplémentaire au champ.
GPS, autoguidage, caméras et pulvérisation ciblée peuvent déjà être rentables, mais uniquement lorsque les économies de temps, de carburant, d’intrants ou de recouvrements sont assez importantes. Sur une petite surface, le même équipement met beaucoup plus longtemps à se rembourser.
La mécanisation peut représenter 25 à 40 % des coûts d’une exploitation. Au démarrage, mieux vaut donc financer un parc volontairement court, conserver de la trésorerie pour l’entretien et les réparations, puis acheter davantage lorsque les hectares et les heures de travail justifient vraiment l’investissement.
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Quel matériel faut-il vraiment acheter au démarrage d’un projet agricole ?
Pour un projet agricole qui démarre aujourd’hui, nous achèterions d’abord le matériel utilisé très souvent et capable de bloquer la production lorsqu’il manque.
La liste change énormément selon l’activité. En élevage, un tracteur-chargeur, un télescopique ou le matériel d’alimentation peut servir matin et soir toute l’année. En maraîchage, l’irrigation, la préparation des planches, le désherbage et le lavage peuvent peser davantage dans le fonctionnement quotidien qu’un gros tracteur. En grandes cultures, la traction et certains outils reviennent régulièrement, alors que la moissonneuse ne travaille que pendant une courte période.
Cette distinction compte encore plus aujourd’hui. Le dernier Guide des prix de revient du réseau Cuma estime que la mécanisation peut représenter 25 à 40 % des coûts d’une exploitation. Dans 74 diagnostics réalisés dans les Pays de la Loire, les charges dépassaient 500 €/ha en moyenne, soit 77 180 € par exploitation et 17 % du chiffre d’affaires.
Nous devons donc regarder chaque achat avec trois questions très concrètes : combien de jours par an allons-nous utiliser cette machine, combien coûte une journée sans elle et existe-t-il une Cuma, un loueur ou une ETA suffisamment disponible autour de l’exploitation ?
Pour le matériel employé tous les jours, la propriété reste souvent logique. Pour une machine à six chiffres sortie quinze jours par an, le calcul devient nettement plus difficile à défendre.
Faut-il acheter un tracteur dès le départ ?
Un tracteur peut être indispensable dans un projet agricole, mais l’achat devient vraiment intéressant lorsque nous lui donnons suffisamment de travail pendant l’année.
Le Guide des coûts de revient Cuma 2025-2026 permet de mesurer l’écart. Pour les tracteurs de 100 à 140 ch étudiés, le prix d’achat moyen atteint environ 83 100 €. Leur coût total ressort à 34,4 €/h lorsque l’utilisation reste sous 400 heures par an, puis tombe à 19,1 €/h au-delà de 700 heures.
Deux exploitations peuvent donc posséder pratiquement la même machine et supporter des coûts horaires très différents. Sur 300 heures annuelles, un tracteur cher passe une grande partie de l’année à immobiliser du capital. À 700 ou 800 heures, ses charges fixes sont réparties sur beaucoup plus de travail.
La hausse des prix renforce encore cet effet. Le réseau Cuma observe aujourd’hui des modèles haut de gamme de 100 à 140 ch dépassant 1 000 €/ch. Sur la tranche 141-160 ch, les achats dépassent désormais fréquemment 850 €/ch.
Une petite installation qui prévoit 200 ou 300 heures de traction a donc intérêt à regarder sérieusement l’occasion, la Cuma ou la location avant de financer un tracteur neuf.
| Utilisation annuelle d’un tracteur 100-140 ch | Coût total observé |
|---|---|
| Moins de 400 h | 34,4 €/h |
| 400 à 499 h | 28,3 €/h |
| 500 à 699 h | 22,2 €/h |
| Plus de 700 h | 19,1 €/h |
| Utilisation moyenne de l’échantillon | 576 h/an |
| Prix d’achat moyen | 83 098 € |
| Durée moyenne d’amortissement | 10,7 ans |
De combien de chevaux avons-nous vraiment besoin ?
Pour choisir la puissance d’un tracteur agricole, nous partirions des outils et des travaux prévus plutôt que d’une catégorie de tracteur choisie à l’avance.
La largeur du semoir, le poids des outils, le débit de chantier recherché, le relief, le type de sol, les remorques et les distances routières donnent beaucoup plus d’informations que la surface seule. Une ferme de 100 hectares avec beaucoup de transport et de travaux lourds peut avoir des besoins différents d’une autre ferme de 100 hectares travaillant avec des techniques culturales plus légères.
Le risque de suréquipement est réel. Dans les Cuma des Pays de la Loire, les tracteurs neufs achetés récemment atteignaient en moyenne 191 ch. Le réseau souligne que l’arrivée d’outils collectifs toujours plus larges et plus lourds peut pousser certains adhérents vers une puissance supérieure à leurs besoins habituels.
Quelques dizaines de chevaux supplémentaires paraissent parfois rassurants au moment de l’achat. Ils entraînent pourtant souvent une machine plus chère, plus lourde, équipée de pneus plus coûteux et capable d’emmener des outils eux-mêmes plus chers.
Nous avons donc intérêt à dimensionner le tracteur autour des chantiers qui reviennent réellement chaque année, puis à chercher une solution extérieure pour les rares travaux nécessitant beaucoup plus de puissance.
Matériel agricole neuf ou occasion : que choisir aujourd’hui ?
Pour une nouvelle exploitation, l’occasion est souvent le meilleur point de départ dès que la machine peut être facilement inspectée, entretenue et réparée.
Le neuf garde un avantage clair pour un matériel très sollicité, difficile à remplacer rapidement ou susceptible de coûter beaucoup d’argent lorsqu’il tombe en panne. La situation change pour une machine simple qui travaille 50 ou 100 heures par an.
Les prix récents expliquent cette prudence. En Pays de la Loire, le prix d’achat des tracteurs neufs rapporté au cheval a augmenté de 49 % entre 2018 et 2025. La progression s’est calmée dernièrement, mais le niveau de départ est désormais beaucoup plus élevé qu’avant la flambée des prix des agroéquipements.
L’occasion peut aussi conserver une valeur importante. Sur les moissonneuses étudiées par le réseau Cuma, certaines machines gardent encore autour de 65 % de leur valeur neuve à quatre ans et environ la moitié à huit ans. Une bonne occasion reste donc chère. Il ne faut pas confondre occasion et bon marché.
Pour comparer correctement, nous regarderions le prix d’achat, la valeur probable de revente, les intérêts, les réparations prévisibles, les pneus ou pièces d’usure et le coût d’une immobilisation en pleine saison. C’est ce calcul qui départage réellement neuf et occasion.
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À partir de combien d’heures ou d’hectares une machine agricole devient-elle rentable ?
Le seuil de rentabilité peut changer énormément d’une machine à l’autre, et les données Cuma montrent que quelques centaines d’hectares supplémentaires peuvent diviser le coût d’utilisation par deux ou trois.
Une faucheuse frontale utilisée sur moins de 125 hectares ressort par exemple autour de 33 €/ha dans le Guide des coûts de revient 2025-2026. Au-delà de 275 hectares, nous descendons à environ 9,6 €/ha.
L’écart devient encore plus spectaculaire avec un groupe de fauche trois éléments. Sous 250 hectares annuels, le coût observé atteint environ 45,9 €/ha. Au-dessus de 750 hectares, il tourne autour de 10,7 €/ha.
Nous retrouvons la même mécanique avec les tracteurs : environ 34 €/h à très faible utilisation contre 19 €/h une fois dépassées 700 heures annuelles pour la catégorie 100-140 ch.
Ces écarts expliquent pourquoi une machine peut sembler raisonnable chez un voisin et devenir très chère chez nous. La surface de l’exploitation donne une première indication ; le vrai chiffre à calculer reste le nombre d’hectares ou d’heures que la machine effectuera chaque année.
| Matériel | Faible utilisation | Forte utilisation | Écart approximatif |
|---|---|---|---|
| Tracteur 100-140 ch | 34,4 €/h sous 400 h | 19,1 €/h au-dessus de 700 h | -44 % |
| Faucheuse frontale | 33,0 €/ha sous 125 ha | 9,6 €/ha au-dessus de 275 ha | -71 % |
| Groupe de fauche | 45,9 €/ha sous 250 ha | 10,7 €/ha au-dessus de 750 ha | -77 % |
| Moissonneuse-batteuse | Volume moyen récent : 342 ha/an | Coût moyen : 84,5 €/ha | Forte dépendance au volume |
| Ensileuse automotrice | Volume moyen : 218 h rotor/an | 241,3 €/h hors GNR | Capital très intensif |
| Bineuse simple | Autour de 115 ha/an dans les références | Environ 15 €/ha | Volume déterminant |
| Semoir monograine spécialisé | Plusieurs centaines d’hectares/an dans les références | Plusieurs dizaines d’€/ha | Difficile à amortir sur petite surface |
Quelles machines agricoles vaut-il mieux laisser à une Cuma ou à une ETA ?
Les premières machines à mutualiser sont aujourd’hui les équipements très chers dont nous n’avons besoin que pendant une courte fenêtre dans l’année.
La moissonneuse-batteuse en donne une bonne illustration. Dans des données Cuma publiées récemment dans le Sud-Ouest, les machines de l’échantillon travaillent en moyenne 342 ha par an pour un coût constaté de 84,5 €/ha. Elles sont déjà achetées d’occasion et ont en moyenne onze ans. La simulation avec des prix d’achat plus récents, autour de 131 600 €, donne encore environ 85 €/ha.
L’ensileuse pousse la logique beaucoup plus loin. Les références récentes portent sur des machines de 300 à 400 ch utilisées environ 218 heures rotor par an, avec un coût moyen de 241,3 €/h hors GNR. La simulation actualisée part d’un prix d’achat de 227 590 €.
Nous retrouvons le même problème avec certains semoirs spécialisés, groupes de fauche, épandeurs ou matériels de terrassement : leur productivité devient excellente lorsqu’un groupe leur donne beaucoup de travail.
La disponibilité reste cependant décisive. Une ETA moins chère perd son avantage si elle arrive cinq jours trop tard au moment d’une récolte sensible. Avant d’externaliser, nous regarderions donc autant le délai d’intervention et la distance que le tarif annoncé.
Quel matériel prévoir pour une exploitation de grandes cultures ?
Pour démarrer en grandes cultures, nous sécuriserions la traction et les opérations fréquentes, puis nous éviterions d’acheter immédiatement toute la chaîne de culture et de récolte.
Le parc dépend fortement de l’itinéraire technique. Travail du sol classique, techniques culturales simplifiées et semis direct demandent des équipements différents. La présence de cultures de printemps, le désherbage mécanique ou l’épandage d’effluents modifient encore la liste.
Un semoir spécialisé montre rapidement jusqu’où peut aller le budget. Dans le Guide Cuma 2025-2026, certains semoirs monograines à inter-rangs étroits dépassent 50 000 € de prix d’achat moyen, tandis que la simulation fondée sur des achats récents approche 70 000 €. Une bineuse six rangs simple se situe dans un tout autre ordre de grandeur, alors qu’un modèle guidé par caméra ou plus large peut monter à plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Le pulvérisateur demande aussi davantage d’attention qu’un simple prix d’achat. Le contrôle périodique est obligatoire et les équipements réduisant la dérive évoluent régulièrement. Le ministère de l’Agriculture tient actuellement à jour les matériels permettant de diminuer la dérive et, dans certaines situations réglementaires, de réduire les distances de non-traitement.
Depuis peu, le cadre français permet également l’application par drone de certaines catégories limitées de produits phytopharmaceutiques, notamment certains produits de biocontrôle, utilisables en agriculture biologique ou considérés à faible risque. Pour une installation classique, cela reste davantage une prestation spécialisée à surveiller qu’un drone à ajouter immédiatement au parc.
| Travail | Achat souvent logique | Mutualisation/prestation souvent logique |
|---|---|---|
| Traction courante | Oui si utilisation régulière | Oui si faible volume |
| Préparation du sol fréquente | Souvent | Selon largeur et fréquence |
| Semis principal | Selon surface et fenêtre météo | Souvent pour matériel spécialisé |
| Désherbage mécanique | Selon fréquence | Intéressant pour outils chers |
| Pulvérisation | Selon stratégie et surface | Possible via prestation |
| Épandage spécialisé | Rarement prioritaire au départ | Souvent |
| Moisson | Rarement sur petite/moyenne surface | Très souvent |
| Gros terrassement | Rarement | Presque toujours |
Quel matériel prévoir pour un élevage ?
Dans un élevage, nous mettrions davantage d’argent dans les équipements utilisés 365 jours par an que dans les grosses machines sorties quelques semaines.
La manutention arrive vite en tête. Tracteur avec chargeur ou télescopique, matériel d’alimentation, paillage, abreuvement, clôtures, nettoyage et manipulation des animaux peuvent intervenir quotidiennement. Leur indisponibilité se ressent immédiatement sur le temps de travail.
Les chantiers de récolte offrent beaucoup plus de possibilités de partage. Les groupes de fauche étudiés par les Cuma travaillent sur plusieurs centaines d’hectares par an. Les ensileuses récentes des références collectives tournent également plus de 200 heures rotor annuelles. Ces volumes sont très difficiles à reproduire sur une exploitation isolée de taille modeste.
Le choix dépend aussi de la main-d’œuvre. Une mélangeuse, une pailleuse ou un système de distribution peut sembler cher en regardant uniquement son amortissement. Si l’équipement retire une heure de travail chaque jour, nous économisons plus de 350 heures sur une année. Là, le calcul change vite.
Pour l’élevage, nous regarderions donc en priorité les équipements capables de supprimer une tâche quotidienne lourde, répétitive ou difficile à remplacer par de la main-d’œuvre.
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De quel matériel avons-nous vraiment besoin en maraîchage ?
Un projet maraîcher peut fonctionner avec peu de puissance, mais la somme des petits équipements spécialisés peut devenir importante très vite.
Sur une petite surface, un motoculteur professionnel, un petit tracteur, quelques outils de préparation des planches, du matériel de désherbage, des tunnels et une irrigation fiable peuvent suffire. Lorsque la surface augmente, la main-d’œuvre devient généralement le facteur qui pousse à mécaniser.
Une planteuse qui économise plusieurs personnes pendant les gros chantiers, une bineuse mieux guidée, une arracheuse adaptée ou une ligne simple de lavage peuvent alors créer plus de valeur qu’un tracteur plus puissant.
L’après-récolte mérite aussi d’être budgété dès le départ. Tables de tri, bacs, lavage, pesée, conditionnement, chambre froide et manutention déterminent directement le temps passé entre la récolte et la vente. Sur des légumes fragiles, le froid influence également les pertes et la qualité commercialisable.
Pour un maraîcher qui vend en direct, nous devons donc regarder toute la chaîne jusqu’au produit prêt à partir chez le client. Se concentrer uniquement sur le matériel qui travaille au champ laisse souvent de côté une partie importante du besoin réel.
Faut-il prévoir l’irrigation dès le budget de départ ?
Pour les productions qui dépendent fortement de l’eau, l’irrigation fait partie des premiers équipements à chiffrer.
Nous devons intégrer toute la chaîne : accès à l’eau, pompage, filtration, stockage éventuel, réseau principal, distribution, goutte-à-goutte ou aspersion et automatisation lorsqu’elle apporte un vrai gain de temps.
Le dimensionnement est particulièrement important. Une installation trop faible peut limiter la surface irrigable exactement pendant les périodes où toutes les cultures réclament de l’eau. Surdimensionner très largement le réseau immobilise au contraire du capital qui aurait pu servir ailleurs.
Le changement climatique renforce la question, avec des besoins de sécurisation qui peuvent concerner également le gel, la grêle ou certaines protections physiques selon la production. FranceAgriMer a d’ailleurs évalué récemment trois dispositifs nationaux d’aide à l’agroéquipement qui avaient mobilisé au total 420 millions d’euros, dont un volet consacré à la protection contre les aléas climatiques.
Pour du maraîchage, de l’arboriculture ou certaines cultures spécialisées, nous placerions donc l’eau et la protection de la production très haut dans le budget, souvent avant une montée en gamme du parc de traction.
GPS, caméras, autoguidage : est-ce déjà rentable pour une nouvelle ferme ?
Les technologies agricoles deviennent intéressantes dès qu’elles retirent assez d’heures de travail, de chevauchements ou d’intrants pour payer leur surcoût.
L’autoguidage peut réduire les recouvrements et la fatigue pendant les longues journées. La coupure automatique évite des doubles applications. Une caméra sur bineuse peut augmenter la précision et permettre de travailler plus vite. La pulvérisation ciblée promet quant à elle de traiter seulement les zones où une adventice est détectée.
ARVALIS a déjà montré, sur certains scénarios étudiés, qu’un équipement de pulvérisation ciblée pouvait devenir économiquement intéressant lorsque la surface réellement traitée descend suffisamment bas, autour d’un quart de la parcelle dans certaines hypothèses.
La surface reste essentielle. Une économie de quelques euros par hectare rembourse lentement une technologie coûteuse sur 20 hectares et beaucoup plus vite sur 500 hectares. Le même raisonnement vaut pour l’autoguidage ou une bineuse avec caméra.
Nous achèterions donc la technologie après avoir chiffré son gain attendu en heures, litres de carburant, produits économisés ou hectares travaillés par jour. Sans chiffre concret, elle peut attendre.
Quel matériel de sécurité et d’entretien faut-il budgéter ?
Un projet agricole doit prévoir dès le départ de quoi entretenir les machines et travailler en sécurité, car quelques milliers d’euros oubliés ici peuvent immobiliser un parc beaucoup plus cher.
Il faut notamment prévoir un atelier adapté au niveau d’entretien réalisé sur place, du matériel de levage sûr, l’outillage mécanique, le graissage, le gonflage, le nettoyage, le stockage des pièces et consommables ainsi que les équipements de protection correspondant aux travaux effectués.
Les exigences peuvent également influencer le choix du tracteur ou d’une machine. Le ministère de l’Agriculture rappelle par exemple que certains tracteurs destinés à travailler en présence de substances dangereuses doivent disposer d’une cabine filtrante adaptée. Les pulvérisateurs automoteurs destinés à ces usages sont eux aussi concernés.
L’entretien mérite sa propre enveloppe annuelle. Dans les diagnostics récents de mécanisation en Pays de la Loire, les frais d’entretien représentent autour de 65 à 70 €/ha sur les exploitations citées par le réseau Cuma.
Nous éviterions donc d’utiliser tout le budget disponible pour l’achat des machines. Une exploitation qui possède son matériel tout en manquant de trésorerie pour les pneus, les flexibles, les roulements ou une réparation urgente s’expose rapidement à des arrêts coûteux.
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Quel budget matériel faut-il finalement prévoir pour lancer un projet agricole ?
Il n’existe pas de budget matériel universel pour une ferme, et nous chercherions aujourd’hui à financer le plus petit parc capable de faire tourner correctement l’exploitation.
Les ordres de grandeur récents expliquent cette prudence. Un tracteur moyen peut déjà dépasser 80 000 €. Un semoir spécialisé peut franchir 50 000 à 70 000 €. Une ensileuse collective représente plus de 200 000 € dans les références récentes. Même une moissonneuse d’occasion peut immobiliser largement plus de 100 000 €.
Accumuler quatre ou cinq machines de ce type change complètement le bilan d’une installation. Les charges de mécanisation atteignent aujourd’hui plusieurs centaines d’euros par hectare dans de nombreuses exploitations étudiées, et le dernier guide national Cuma les situe potentiellement entre 25 et 40 % des coûts selon les systèmes.
Nous construirions donc le budget en partant du travail à effectuer. Les équipements utilisés tous les jours et ceux qui sécurisent directement la production passent en premier. Les machines chères utilisées quelques jours par an doivent ensuite être comparées au coût réel d’une Cuma, d’une location ou d’une ETA.
Comme on l’a vu plus haut, le volume d’utilisation peut faire passer un tracteur comparable d’environ 34 à 19 €/h, ou une faucheuse de 33 à moins de 10 €/ha. L’écart est assez important pour changer complètement une décision d’investissement.
Le bon projet, aujourd’hui, est généralement celui qui possède peu de machines sous-utilisées. Nous chercherions à garder le capital disponible pour les équipements qui font réellement gagner du temps ou sécurisent le revenu, puis à acheter davantage seulement lorsque les hectares, les heures de travail et les chiffres justifient clairement l’investissement.
SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
Cette analyse cherche à déterminer quels équipements méritent réellement d’être achetés au démarrage d’un projet agricole en France. Nous avons comparé le prix des machines à leur fréquence d’utilisation, leur coût ramené à l’heure ou à l’hectare, leur caractère critique pour la production et les possibilités de location, de prestation ou de mutualisation.
Nous avons traité les seuils d’utilisation comme des repères de terrain, pas comme des règles universelles. Les références Cuma permettent notamment de voir comment le coût d’un tracteur, d’une faucheuse, d’une moissonneuse ou d’un autre matériel évolue lorsque le nombre d’heures ou d’hectares travaillés augmente.
Nous avons privilégié les données françaises récentes et les sources directement responsables des chiffres ou des règles utilisées. Le réseau Cuma fournit l’essentiel des références sur les prix d’achat, les coûts de revient, les volumes annuels d’utilisation et les charges de mécanisation ; les données comptables 2023-2024 et les références 2025-2026 ont été distinguées des simulations utilisant des prix d’achat plus récents.
Les besoins ont ensuite été regardés séparément selon les systèmes de production. Grandes cultures, élevage et maraîchage ne donnent pas la même valeur à la traction, à la manutention, à l’irrigation, au froid, au désherbage ou aux matériels de récolte.
Nous avons aussi intégré les contraintes qui peuvent modifier un achat sans apparaître directement dans son prix : contrôle des pulvérisateurs, équipements réduisant la dérive, cabines filtrantes, possibilités d’application par drone, disponibilité d’une ETA et risque d’immobilisation pendant une période de travail critique.
Pour les technologies de précision, nous avons retenu les gains mesurables plutôt que l’effet nouveauté : temps de travail, chevauchements évités, carburant, produits économisés et débit de chantier. Les travaux d’ARVALIS sur la pulvérisation ciblée servent notamment à illustrer dans quelles conditions le surcoût d’un équipement peut être compensé.
Les principales sources utilisées sont le Guide des coûts de revient Cuma Est 2025-2026, les données de la Cuma Pays de la Loire sur les coûts de mécanisation, les statistiques Cuma sur les achats de tracteurs en 2025, les références Cuma Nouvelle-Aquitaine sur les moissonneuses-batteuses, les ensileuses automotrices, les semoirs monograines et les combinés de fauche.
Pour les règles et équipements plus spécialisés, nous avons utilisé le ministère de l’Agriculture sur le contrôle périodique des pulvérisateurs, les matériels limitant la dérive, les cabines filtrantes et l’application de certains produits par drone, ainsi que FranceAgriMer sur les aides à l’agroéquipement, ARVALIS sur la pulvérisation ciblée, le CTIFL sur la conservation post-récolte et la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques sur l’irrigation.