Combien gagne un maraîcher aujourd'hui ?

Lancez un maraîcher sans sous-estimer les coûts avant les premiers revenus
Un business plan de 35 pages, déjà rédigé et mis en forme pour cette activité : marché, concurrence, stratégie et tableaux financiers.
C'est partiEN RÉSUMÉ
Un maraîcher professionnel bien installé gagne aujourd’hui autour de 35 000 € disponibles par an et par actif non salarié en France, soit environ 2 900 € par mois avant impôt sur le revenu. Pour quelqu’un qui démarre, une fourchette de 15 000 à 25 000 € par an est nettement plus réaliste.
La moyenne nationale donne une image assez favorable du métier, mais elle porte sur des exploitations professionnelles qui ont déjà atteint une certaine taille économique. Elle ne décrit pas vraiment la première année d’une petite ferme diversifiée.
Le chiffre qui prête le plus à confusion est l’EBE. Une exploitation maraîchère peut afficher plus de 5 000 € d’EBE mensuel par actif sans que cette somme arrive dans la poche du maraîcher : emprunts, cotisations sociales et autres besoins de financement passent encore par là.
La taille économique change énormément le résultat. Dans le RICA, le RCAI passe d’environ 19 000 € par actif dans les petites exploitations à près de 63 000 € dans les grandes, soit plus de trois fois plus.
Les microfermes sont beaucoup moins confortables que les moyennes nationales. L’étude MMBio trouve un revenu disponible médian proche de 12 000 € par maraîcher, avec des résultats allant de pertes importantes à plus de 46 000 € par an.
Le vrai point faible des petites fermes est souvent le revenu horaire. MMBio observe autour de 7 € disponibles par heure en moyenne, ce qui signifie qu’une ferme peut sembler rentable sur le papier tout en rémunérant mal des semaines très longues.
Pour viser environ 2 000 € disponibles par mois, un chiffre d’affaires de 30 000 ou 40 000 € paraît généralement trop faible. Les références disponibles poussent plutôt vers 60 000 à 80 000 € de ventes par actif, avec une marge de sécurité selon les investissements et le niveau de charges.
La vente directe n’est pas automatiquement plus rentable. Elle permet de mieux valoriser les légumes, mais un marché peu fréquenté, des livraisons dispersées ou trop de temps passé à préparer les commandes peuvent absorber une bonne partie du bénéfice obtenu sur le prix de vente.
Le bio bénéficie de nouveau d’une demande plus porteuse, mais il ne garantit pas un meilleur revenu. Rendements, désherbage, pertes, temps de travail et débouchés locaux restent plus importants que le label pris isolément.
Le facteur décisif est finalement la quantité de valeur créée par heure de travail. Les fermes qui s’en sortent le mieux combinent suffisamment de ventes, des débouchés réguliers, une organisation très carrée et des investissements qui retirent du travail plutôt que d’ajouter des remboursements.
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Combien gagne réellement un maraîcher en France aujourd’hui ?
Aujourd’hui, le meilleur ordre de grandeur national est d’environ 35 000 € disponibles par an et par maraîcher non salarié dans une exploitation professionnelle, soit autour de 2 900 € par mois avant impôt sur le revenu.
C’est ce qui ressort des derniers comptes RICA publiés par Agreste pour le maraîchage. Le résultat courant avant impôt atteint 39 700 € par équivalent temps plein non salarié, tandis que le solde disponible descend à 34 800 €. Ce deuxième chiffre est plus proche de ce qui nous intéresse ici, car il tient déjà compte des cotisations sociales de l’exploitant et du remboursement du capital des emprunts.
La moyenne reste toutefois dangereuse à prendre au pied de la lettre. Agreste couvre des exploitations agricoles professionnelles ayant déjà atteint une certaine dimension économique. Pour quelqu’un qui démarre une petite ferme diversifiée, 35 000 € par an constitue davantage une cible de maturité qu’un revenu de départ.
| Repère économique | Montant par actif non salarié | Équivalent mensuel |
|---|---|---|
| EBE moyen du maraîchage | 68 700 € | 5 725 € |
| RCAI moyen | 39 700 € | 3 308 € |
| Solde disponible moyen | 34 800 € | 2 900 € |
| Petite exploitation, RCAI | 19 000 € | 1 583 € |
| Exploitation intermédiaire, RCAI | 30 600 € | 2 550 € |
| Grande exploitation, RCAI | 62 900 € | 5 242 € |
| SMIC net actuel pour comparaison | 17 735 € | 1 478 € |
Pourquoi trouve-t-on des revenus de maraîchers allant de 1 000 à plus de 4 000 € par mois ?
Les écarts de revenus entre maraîchers sont réellement énormes : selon la taille et le modèle de ferme, nous trouvons des situations allant d’environ 1 000 € à plus de 5 000 € par mois.
Une bonne partie de la confusion vient des indicateurs utilisés. L’EBE mesure ce que l’activité génère avant notamment les remboursements d’emprunts et les amortissements. Le RCAI intègre davantage de charges. Le revenu disponible enlève encore les annuités d’emprunt et les cotisations sociales de l’exploitant.
Prenons l’exploitation maraîchère moyenne du RICA. Elle génère environ 99 200 € d’EBE au niveau de l’exploitation. Après les charges financières, les remboursements de capital et les cotisations sociales personnelles, son solde disponible tombe à environ 50 200 €. Comme cette ferme compte en moyenne 1,44 actif non salarié, cela donne environ 34 800 € disponibles par actif.
Annoncer simplement qu’un maraîcher « gagne 5 700 € par mois » à partir de son EBE serait donc franchement trompeur. Pour comparer le métier à un emploi salarié, nous regarderons surtout le revenu disponible et le nombre d’heures nécessaires pour l’obtenir.
Les revenus des maraîchers baissent-ils en ce moment ?
Oui, les derniers comptes disponibles montrent que les revenus du maraîchage ont baissé deux années de suite après le niveau élevé atteint au début de la décennie.
Selon Agreste, le RCAI par actif non salarié a diminué de 10,4 % en euros constants entre 2023 et 2024. Le solde disponible a reculé encore plus vite, de 11,8 %. L’EBE par actif a baissé de 6,6 %.
Nous sommes donc autour de 39 700 € de RCAI par actif, contre environ 44 000 € un an plus tôt à périmètre comparable. Le mouvement mérite d’être pris au sérieux puisqu’il touche en même temps le résultat comptable et la somme réellement disponible.
Sur une période plus longue, le tableau est moins inquiétant. Le maraîchage a connu de meilleures années récemment que pendant une bonne partie des années 2010. Pour l’instant, la baisse ressemble davantage à un retour vers des niveaux moins exceptionnels qu’à un effondrement du modèle économique.
Une petite ferme maraîchère peut-elle vraiment faire vivre une personne ?
Oui, une petite ferme maraîchère peut faire vivre son exploitant, mais les statistiques montrent qu’on arrive vite près du SMIC lorsque la ferme reste économiquement petite.
Le RICA découpe les exploitations selon leur dimension économique. Les plus petites exploitations maraîchères de son échantillon, entre 25 000 et 100 000 € de production brute standard, dégagent seulement 19 000 € de RCAI par actif non salarié. La catégorie intermédiaire atteint 30 600 €. Les grandes exploitations dépassent 62 900 €.
L’écart est donc supérieur à trois entre les deux extrêmes.
La surface explique seulement une partie de cette différence. Les grandes structures utilisent davantage de salariés, de serres, de matériel et de capital. Elles peuvent aussi répartir les coûts fixes sur davantage de légumes vendus. Une petite ferme très intensive peut obtenir beaucoup de chiffre d’affaires par hectare tout en restant médiocre en revenu horaire si elle exige énormément de travail manuel et de commercialisation.
| Taille économique RICA | Petite | Intermédiaire | Grande |
|---|---|---|---|
| Production brute standard | 25–100 k€ | 100–250 k€ | ≥250 k€ |
| Chiffre d’affaires moyen de la ferme | 76 400 € | 199 800 € | 919 000 € |
| Actifs non salariés | 1,22 | 1,35 | 1,80 |
| EBE de la ferme | 33 900 € | 61 700 € | 211 600 € |
| RCAI par actif non salarié | 19 000 € | 30 600 € | 62 900 € |
| RCAI mensuel équivalent | 1 583 € | 2 550 € | 5 242 € |
| Taux d’endettement | 31,9 % | 42,7 % | 55,1 % |
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Peut-on vraiment vivre d’une microferme maraîchère d’un hectare ?
Oui, mais une microferme d’environ un hectare offre des revenus beaucoup plus modestes que la moyenne nationale du maraîchage professionnel.
Le projet MMBio, conduit avec l’ITAB, le CTIFL et plusieurs réseaux agricoles, a étudié 42 microfermes maraîchères biologiques diversifiées. Leur revenu disponible par maraîcher allait de -12 441 € à 46 700 € par an. La moyenne tournait autour de 14 000 € et la médiane autour de 12 000 €.
La moitié des exploitations se situait entre environ 9 800 et 18 300 € par an. Au moment de l’étude, 24 % se plaçaient sous le RSA utilisé comme référence, 39 % entre le RSA et le SMIC net, 24 % au-dessus du SMIC et seulement 13 % au-dessus de 1,5 SMIC.
Ces résultats datent de plusieurs campagnes plus anciennes que les comptes RICA les plus récents, donc nous ne les utiliserions pas pour annoncer « le revenu actuel » d’une microferme au centime près. Leur intérêt est ailleurs : ils montrent la dispersion énorme des performances dans le type de projet que choisissent beaucoup de nouveaux maraîchers.
Le simple fait d’avoir un hectare, vingt ou trente légumes différents et de vendre en circuit court ne suffit clairement pas à créer un bon revenu.
Combien gagne un maraîcher par heure travaillée ?
Sur les petites fermes diversifiées, le revenu horaire peut descendre très bas : MMBio observait environ 7 € de revenu disponible par heure en moyenne.
C’est probablement l’un des chiffres les plus utiles de toute l’étude pour quelqu’un qui réfléchit à s’installer. Le revenu disponible horaire allait de -3,51 € à 18,92 €, et la moitié des fermes se situait entre 4,20 € et 10,50 € par heure.
Le SMIC net horaire atteint aujourd’hui environ 9,74 €. Une partie importante des microfermes étudiées rémunérait donc le travail de l’exploitant moins bien qu’un emploi salarié au SMIC.
On retrouve ici une faiblesse classique du maraîchage intensif sur petite surface. On peut afficher un joli chiffre d’affaires par hectare et travailler tellement d’heures que le résultat par heure reste faible.
Le projet MMBio donne un autre repère parlant : ces microfermes utilisent en moyenne l’équivalent d’un temps plein pour environ 4 000 m² cultivés, avec des situations généralement comprises entre 2 000 et 6 000 m² par équivalent temps plein. Le maraîchage diversifié reste donc extrêmement consommateur de travail.
Pour juger un projet, nous regarderions le revenu disponible par heure bien avant le chiffre d’affaires par hectare.
Quel chiffre d’affaires faut-il pour gagner 2 000 € par mois en maraîchage ?
Pour sortir durablement autour de 2 000 € par mois, viser seulement 30 000 ou 40 000 € de chiffre d’affaires paraît généralement trop court. Un projet professionnel arrive plus souvent dans une zone de 60 000 à 100 000 € ou davantage selon ses charges.
Il n’existe évidemment aucun ratio universel entre chiffre d’affaires et revenu. Un maraîcher travaillant seul, avec peu d’emprunts et de matériel, peut garder une grosse partie de sa marge. Une exploitation employant du personnel ou ayant beaucoup investi doit vendre beaucoup plus pour laisser la même somme à son dirigeant.
Les références publiées par les Chambres d’agriculture illustrent bien cet écart. Dans un exemple économique de maraîchage, une ferme réalisant environ 62 400 € de chiffre d’affaires produisait 24 700 € d’EBE et gardait environ 19 300 € après annuités. Une structure plus importante à 78 000 € de ventes obtenait environ 35 000 € d’EBE et 24 000 € après annuités. Une petite installation autour de 28 000 € de ventes tombait vers 13 600 € après remboursement des emprunts.
Pour obtenir 24 000 € réellement disponibles, nous préférerions donc construire un business plan autour d’au moins 60 000 à 80 000 € de ventes par actif et garder une marge de sécurité. Une ferme très efficace peut faire mieux ; une ferme lourde en salariés, énergie ou dette aura besoin de davantage.
La vente directe permet-elle vraiment à un maraîcher de gagner plus ?
La vente directe peut fortement améliorer le prix reçu par le maraîcher, mais elle devient intéressante seulement lorsque chaque heure passée à vendre rapporte suffisamment.
Le principe paraît évident : lorsqu’un producteur vend une salade, une tomate ou une courgette directement au consommateur, il conserve la marge qui serait autrement répartie entre expéditeur, grossiste et distributeur. Le piège arrive avec le temps passé à récolter spécifiquement pour les commandes, laver, préparer des paniers, installer un marché, tenir un stand, livrer puis gérer les clients.
Les microfermes de MMBio donnent un test assez sévère de cette stratégie, puisque les circuits courts y occupent une place centrale. Malgré cette vente mieux valorisée, le revenu disponible moyen du panel reste proche de 14 000 € par maraîcher.
Cela ne condamne pas la vente directe. Les meilleures fermes du même panel montent beaucoup plus haut. La différence vient surtout de l’efficacité commerciale : un point de vente à la ferme fréquenté, une AMAP complète ou une tournée de paniers dense peuvent écouler beaucoup de légumes avec relativement peu d’heures commerciales. Faire plusieurs petits marchés peu fréquentés produit exactement l’effet inverse.
Pour un business plan, le bon calcul consiste donc à suivre la marge générée par heure de vente, transport compris.
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Le maraîchage bio rapporte-t-il davantage aujourd’hui ?
Le bio retrouve actuellement de la demande, mais nous n’avons toujours pas de preuve qu’une conversion au bio suffise à garantir un meilleur revenu au maraîcher.
Le changement récent est réel. Selon les derniers chiffres de l’Agence Bio, les achats de fruits et légumes bio ont progressé de 6 % en volume et de 8 % en valeur en 2025. Pour les seuls légumes frais bio, les volumes ont augmenté de 1,7 %. Les carottes bio ont progressé de 5,6 %, les courgettes de 6,8 % et les tomates de 4,9 %.
La vente directe bio a elle aussi repris, avec une hausse de valeur de 5,2 % tous produits bio confondus. Après plusieurs années difficiles, le contexte commercial est donc plus accueillant.
Les comptes des exploitants restent pourtant beaucoup moins impressionnants. Dans l’observatoire Cerfrance portant sur les résultats 2024 des fermes biologiques, le maraîchage affichait environ 14 800 € de revenu disponible par unité de travail familiale, avec de fortes différences d’une ferme à l’autre.
Le bio peut permettre de vendre plus cher et de mieux se différencier localement. La rentabilité dépend ensuite du rendement, du temps de désherbage, des pertes, du circuit de vente et de la capacité réelle des clients locaux à payer le prix demandé.
Combien faut-il investir pour s’installer maraîcher sans étouffer son revenu ?
Une installation maraîchère crédible demande facilement plusieurs dizaines de milliers d’euros, et emprunter trop vite peut retirer 10 000 à 30 000 € par an de la somme qui aurait autrement rémunéré l’exploitant.
Les investissements s’accumulent vite : tunnels, irrigation, forage ou stockage d’eau, tracteur ou motoculteur, outils, bâtiment de lavage, chambre froide, véhicule, clôtures et matériel de conditionnement. Des références de Chambres d’agriculture montrent des installations allant d’environ 30 000 € pour un système très léger à 60 000, 80 000 ou 100 000 € pour des fermes mieux équipées. Le foncier peut encore s’ajouter.
MMBio montre que les microfermes étudiées finançaient en moyenne 45 % de leurs investissements avec leurs fonds propres. La plupart mélangeaient capital personnel, emprunts et aides. Certaines exploitations voyaient ensuite leurs annuités absorber plus de 30 % de leur EBE.
La même mécanique apparaît dans les grandes exploitations du RICA. La ferme maraîchère professionnelle moyenne produit environ 99 200 € d’EBE, puis doit notamment supporter plus de 30 000 € de remboursement annuel de capital d’emprunt à l’échelle de l’exploitation.
Un investissement qui économise énormément d’heures peut être excellent. Acheter trop de matériel avant d’avoir les ventes pour le rentabiliser réduit immédiatement le revenu personnel. Pour une installation, nous préférerions donc un équipement progressif, guidé par les vrais goulots d’étranglement de la ferme.
Est-ce qu’il y a assez de demande pour de nouveaux maraîchers en France ?
Oui, les Français achètent actuellement un peu plus de légumes frais, mais cette reprise reste trop faible pour garantir de bons prix à chaque producteur.
FranceAgriMer a mesuré une hausse de 2 % des achats de légumes frais des ménages sur l’ensemble de 2025. La tomate, la carotte, la courgette et le concombre ont particulièrement soutenu la progression. Sur plusieurs périodes de 2025, les volumes repassaient même au-dessus de leur moyenne des trois années précédentes après une tendance structurelle plutôt baissière.
C’est plutôt encourageant pour quelqu’un qui s’installe. Mais l’actualité récente du marché montre aussi à quelle vitesse l’équilibre peut changer. En hiver, FranceAgriMer signalait des volumes de poireaux, choux-fleurs et échalotes trop élevés pour être facilement absorbés. Puis les fortes chaleurs et la sécheresse de l’été ont ralenti certaines cultures françaises. En juin, les importations de légumes frais ont bondi de 29 % sur un an, dont +44 % pour la tomate, afin de compenser notamment la baisse des disponibilités françaises.
Le maraîcher fait donc face à deux risques presque opposés : produire au même moment que tout le monde et vendre dans un marché saturé, ou manquer de produit lorsque la météo réduit les rendements.
Un nouveau projet a davantage de chances de fonctionner lorsqu’il part d’un débouché local concret. Deux cents foyers prêts à acheter chaque semaine peuvent avoir beaucoup plus de valeur économique qu’une statistique nationale montrant une consommation de légumes en hausse de 2 %.
Qu’est-ce qui sépare les maraîchers qui gagnent bien leur vie des autres ?
Les maraîchers qui gagnent bien leur vie combinent surtout assez de ventes, beaucoup de valeur produite par heure de travail et une structure de coûts maîtrisée.
Les données disponibles éliminent plusieurs explications trop simples. Dans MMBio, la surface cultivée seule ne séparait pas nettement les fermes les plus rémunératrices des autres. L’intensification des cultures améliorait parfois le chiffre d’affaires au mètre carré, mais pousser toujours plus de cycles sur la même surface ne garantissait pas davantage de revenu.
Les exploitants des groupes les plus performants citaient notamment l’organisation et la planification parmi leurs facteurs de réussite. C’est assez logique : une heure supprimée sur la récolte, le lavage ou la distribution améliore directement le revenu horaire, alors qu’ajouter une culture supplémentaire peut augmenter à la fois le chiffre d’affaires et la complexité.
L’autre avantage vient de la taille économique. Dans le RICA, le RCAI par actif passe d’environ 19 000 € pour les petites exploitations à presque 63 000 € pour les grandes. L’écart de 44 000 € par actif montre que la capacité à dépasser le stade de la petite activité compte énormément.
Le modèle qui ressort des chiffres est assez clair : suffisamment de volume pour amortir les coûts fixes, des débouchés sûrs, un calendrier de cultures bien maîtrisé et le moins possible d’heures peu productives.
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Combien peut espérer gagner quelqu’un qui s’installe comme maraîcher aujourd’hui ?
Pour quelqu’un qui démarre aujourd’hui, viser 15 000 à 25 000 € disponibles par an au début paraît beaucoup plus crédible que de construire directement le projet autour des 35 000 € de la moyenne nationale.
Trois ensembles de références convergent vers cette zone basse au démarrage ou sur petite structure. MMBio trouve environ 14 000 € disponibles en moyenne dans ses microfermes. Les petites exploitations du RICA dégagent autour de 19 000 € de RCAI par actif. Les cas étudiés par les Chambres d’agriculture montrent eux aussi des sommes après annuités qui se situent souvent entre environ 14 000 et 24 000 € lorsque le chiffre d’affaires reste modeste.
Dépasser ensuite 25 000 à 30 000 € devient un objectif crédible lorsque la ferme a trouvé sa clientèle, amélioré ses rendements, éliminé les cultures peu rentables et organisé le travail. La moyenne professionnelle actuelle, autour de 35 000 € disponibles par actif, constitue une bonne cible pour une exploitation arrivée à maturité.
Les 40 000, 50 000 € ou davantage existent également. Le RICA place les grandes exploitations à près de 63 000 € de RCAI par actif, et la meilleure ferme du panel MMBio atteignait 46 700 € de revenu disponible. Ces niveaux correspondent déjà à des entreprises qui fonctionnent très bien.
| Situation plausible | Revenu annuel par actif | Équivalent mensuel |
|---|---|---|
| Microferme en difficulté | <10 000 € | <833 € |
| Microferme MMBio médiane | ≈12 000 € | ≈1 000 € |
| Petite ferme / démarrage viable | 15 000–25 000 € | 1 250–2 083 € |
| Ferme bien stabilisée | 25 000–35 000 € | 2 083–2 917 € |
| Moyenne professionnelle RICA, disponible | ≈34 800 € | ≈2 900 € |
| Très bonne petite ferme | 40 000–50 000 € | 3 333–4 167 € |
| Grande exploitation RICA, RCAI | ≈62 900 € | ≈5 242 € |
Alors, combien gagne un maraîcher aujourd’hui ?
Un maraîcher professionnel bien installé peut aujourd’hui vivre correctement de son activité, avec un ordre de grandeur d’environ 35 000 € disponibles par actif et par an. Un nouveau maraîcher doit plutôt prévoir 15 000 à 25 000 € au début, et une petite ferme mal optimisée peut rester sous le SMIC.
La moyenne nationale donne donc une image plutôt attractive du métier : environ 2 900 € disponibles par mois et par actif dans les dernières données RICA. Dès qu’on regarde les petites structures qui ressemblent davantage aux projets de création actuels, le tableau devient beaucoup plus dur. Autour de 1 000 à 1 500 € mensuels reste fréquent dans les références disponibles, et certaines fermes gagnent encore moins.
À l’autre bout du marché, dépasser 3 000 € mensuels est parfaitement possible. Les grandes exploitations du RICA et les meilleures microfermes observées montrent même que 4 000 ou 5 000 € de résultat mensuel par actif peuvent être atteints.
Pour un porteur de projet, nous fixerions donc trois seuils simples. Sous 20 000 € disponibles par an, le modèle reste fragile. Entre 25 000 et 35 000 €, le maraîchage commence à fournir une rémunération solide. Au-delà de 40 000 €, la ferme fait déjà partie des systèmes qui transforment très efficacement leur terre, leur travail et leurs débouchés en revenu.
Et le chiffre à surveiller presque autant que ce revenu annuel reste le revenu par heure. Une ferme qui dégage 30 000 € avec une organisation maîtrisée offre un bien meilleur business qu’une exploitation produisant 35 000 € au prix de semaines interminables. Les écarts observés aujourd’hui entre maraîchers viennent en grande partie de là.
SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
La question du revenu d’un maraîcher paraît simple, mais les réponses disponibles mélangent souvent des réalités très différentes : exploitations établies ou petites fermes en démarrage, résultat comptable ou revenu réellement disponible, revenu annuel ou rémunération du temps de travail. Nous avons donc décomposé le sujet en plusieurs dimensions plutôt que de partir d’un chiffre isolé.
Nous avons étudié les dernières données économiques disponibles sur les exploitations maraîchères françaises, puis les avons confrontées à des références plus ciblées sur les petites structures et les microfermes. Nous avons regardé séparément la taille économique, le chiffre d’affaires nécessaire pour générer un revenu, le temps de travail, le poids des investissements et des annuités, les circuits de commercialisation, le bio et l’évolution récente de la demande en légumes.
Pour les comptes des exploitations professionnelles, la référence principale est Agreste et le RICA 2024, complétée par les tableaux détaillés du RICA 2024, les résultats 2023 et la méthodologie du RICA. La production brute standard d’Agreste sert à interpréter les différences entre petites, moyennes et grandes exploitations.
Pour les modèles sur petite surface, nous nous appuyons surtout sur le projet MMBio de l’ITAB et sa présentation par le CTIFL. Ces travaux permettent de regarder non seulement le revenu disponible, mais aussi sa dispersion, le temps de travail, les investissements et la quantité de surface cultivée par actif. Le programme MIPS II du CTIFL apporte un complément récent sur le maraîchage intensif sur petite surface.
Les exemples reliant chiffre d’affaires, EBE, investissements et annuités proviennent notamment des références économiques des Chambres d’agriculture. Pour le bio, nous avons utilisé la conjoncture 2025 de l’Agence Bio ainsi que les résultats économiques 2024 de Cerfrance sur les fermes biologiques. Le SMIC publié par Service-Public sert uniquement de point de comparaison avec les revenus annuels et horaires observés.
Pour la demande, nous avons utilisé le bilan 2025 des achats de fruits et légumes frais de FranceAgriMer, ses notes mensuelles de conjoncture, les notes présentées au Conseil spécialisé, les bilans de campagne du Réseau des nouvelles des marchés et la fiche filière légumes.
Enfin, nous avons fait converger ces références plutôt que d’extrapoler un seul cas. La moyenne RICA sert de repère pour une exploitation professionnelle arrivée à une certaine maturité ; les petites exploitations donnent un point de comparaison plus proche de certains projets de création ; les microfermes montrent ce qui se passe sur les modèles très diversifiés et intensifs en travail ; et le revenu horaire permet de vérifier qu’un revenu annuel apparemment correct ne cache pas une quantité de travail disproportionnée. Les fourchettes retenues dans l’article viennent de cette lecture croisée.
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