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EN RÉSUMÉ
Oui. Pour un concept store Made in France, les clients paient réellement plus, mais le premium que l’origine française peut justifier à lui seul reste le plus souvent autour de 5 à 10 %.
L’attachement au Made in France est beaucoup plus large que la clientèle prête à absorber un gros écart de prix. On peut donc avoir 85 à 90 % de déclarations très favorables sans avoir un marché capable de supporter +20 ou +30 % sur des produits comparables.
Le prix reste le point de friction, y compris chez les jeunes et chez des consommateurs déjà très convaincus. Le Made in France aide à vendre, mais il ne désactive pas les arbitrages de pouvoir d’achat.
Plus le produit est facile à comparer, plus le premium acceptable se resserre. À l’inverse, un objet artisanal, un beau cadeau ou une pièce difficile à comparer peut soutenir un écart bien supérieur à 10 % parce que l’origine n’est plus la seule chose achetée.
Le magasin physique a un vrai avantage : il permet au client de toucher, essayer, regarder les finitions et comprendre l’atelier derrière le produit. Cela rend un prix élevé plus défendable qu’une simple photo placée à côté d’un concurrent moins cher.
Les cadeaux sont un terrain particulièrement favorable. Le client raisonne davantage par budget — 30 €, 50 €, 100 € — que par comparaison stricte entre deux produits identiques, ce qui laisse plus de place à l’histoire et au savoir-faire français.
Le revenu de la zone de chalandise compte énormément. Dès que l’assortiment monte franchement au-dessus du mass market, la boutique dépend moins de la sympathie pour le Made in France que de la capacité réelle des clients à acheter régulièrement à ces niveaux de prix.
Le Made in France ne garantit pas une meilleure marge. Si le fournisseur français coûte 30 ou 40 % plus cher mais que le client n’accepte que 5 à 10 % de hausse, la boutique peut vendre plus cher tout en gagnant moins.
Une boutique n’a pas besoin d’être 100 % Made in France pour être crédible. Une sélection majoritairement française, complétée par quelques produits européens cohérents, peut être plus solide qu’un sourcing forcé qui dégrade le prix ou la qualité.
Le meilleur usage du Made in France est donc d’en faire un avantage de sélection, pas une justification automatique du prix. Les références comparables doivent rester proches du marché ; les vraies créations, elles, peuvent monter beaucoup plus haut si leur matière, leur qualité, leur design ou leur rareté le justifient.
Les Français veulent-ils encore vraiment acheter Made in France aujourd’hui ?
Oui, le Made in France reste très attractif pour les consommateurs français aujourd’hui, mais cette préférence se transforme moins facilement en achat qu’en déclaration d’intention.
L’intérêt reste massif. Selon l’enquête OpinionWay réalisée pour CCI France, 85 % des Français déclaraient acheter des produits fabriqués en France et 89 % souhaitaient en acheter davantage. Plus récemment, OpinionWay a interrogé 1 501 Français âgés de 15 à 34 ans : 90 % disent acheter du Made in France, 46 % au moins une fois par semaine et 71 % considèrent la fabrication française comme un critère décisif lorsqu’ils achètent ces produits.
Mais le contexte économique oblige à lire ces chiffres avec prudence. L’étude Future Shopper de VML, menée auprès de 2 000 consommateurs français, trouve que 53 % sont aujourd’hui prêts à payer davantage pour du Made in France. C’est une majorité, mais nettement moins impressionnante que les 85 à 90 % que l’on obtient lorsqu’on demande simplement si les gens aiment ou achètent français.
Pour un concept store, la différence est importante. Il existe énormément de sympathie pour la fabrication française. La clientèle réellement prête à sortir davantage d’argent est beaucoup plus petite.
Les clients paient-ils vraiment plus cher pour du Made in France ?
Oui, les consommateurs français acceptent réellement un supplément pour du Made in France, mais la zone confortable semble tourner autour de quelques pourcents à 10 %.
Une enquête Appinio donnait une image assez précise du plafond. 76 % des Français interrogés acceptaient de payer davantage pour un produit identique fabriqué en France. Parmi l’ensemble des répondants, 37 % allaient jusqu’à 5 % de plus et 28 % jusqu’à 10 %. Au-delà, la population se réduisait très vite.
Des enquêtes Ifop plus anciennes aboutissaient déjà pratiquement à la même distribution. Dans l’une d’elles, 40 % acceptaient au maximum +5 %, 26 % entre +5 et +10 %, tandis que seulement 8 % envisageaient de dépasser +10 %.
Nous avons donc plusieurs mesures réalisées à des périodes différentes qui racontent la même histoire. Le Made in France possède bien une valeur monétaire aux yeux d’une grande partie des consommateurs, mais celle-ci dépasse rarement 10 % lorsqu’on compare deux produits véritablement équivalents.
| Supplément de prix | Réaction observée dans les enquêtes |
|---|---|
| Jusqu’à +5 % | Accepté assez largement |
| +5 à +10 % | Encore acceptable pour beaucoup |
| +10 à +20 % | La clientèle se réduit fortement |
| Plus de +20 % | Marché minoritaire si seule l’origine change |
Peut-on vendre un produit Made in France 20 % plus cher ?
Oui sur certains produits, mais +20 % est déjà trop cher pour la majorité des clients si la seule différence visible est “Fabriqué en France”.
C’est l’une des erreurs les plus dangereuses dans un business plan de concept store. Les enquêtes de consentement à payer montrent une chute rapide après +10 %. Pourtant, beaucoup de produits français arrivent naturellement en rayon avec des écarts bien supérieurs à cause des salaires, des petites séries, du coût des matières et d’une production moins industrialisée.
Un article importé vendu 40 € devient 44 € avec un premium de 10 %. À 48 €, l’écart atteint déjà 20 %. À 55 €, nous sommes à +37,5 %. Et à 60 €, à +50 %. Plus nous avançons dans cette échelle, moins le client achète “français” et plus il doit percevoir un autre avantage très concret.
Cela peut fonctionner avec un sac mieux fabriqué, une céramique artisanale, une pièce produite en petite série ou un vêtement nettement plus durable. Une copie française presque identique à l’alternative importée aura beaucoup plus de mal.
Le prix est-il encore le gros problème du Made in France ?
Oui, le prix reste aujourd’hui le principal frein au Made in France, y compris chez des consommateurs qui disent beaucoup aimer la fabrication française.
Le résultat le plus parlant vient probablement des jeunes. Dans l’enquête OpinionWay pour CCI France menée auprès des 15-34 ans, 90 % achètent Made in France et 71 % disent que l’origine française peut décider leur achat. Pourtant, 63 % citent le prix comme premier obstacle. Le deuxième frein, la concurrence étrangère, n’est cité que par 17 %.
Le constat est encore plus intéressant lorsqu’on regarde des consommateurs déjà convaincus. Marques de France a interrogé récemment 1 059 membres de son audience, en précisant elle-même que cet échantillon n’est pas représentatif puisqu’il rassemble des personnes déjà sensibles au Made in France. Même dans ce groupe particulièrement favorable, 71 % disent avoir parfois l’impression que le Made in France sert de prétexte pour faire grimper les prix.
Le client militant n’est donc pas nécessairement un client insensible au prix. Il peut soutenir la production française tout en estimant qu’une marque abuse de cet argument.
Les données VML complètent bien le tableau : 53 % des Français disent accepter un prix supérieur pour du Made in France, alors que 52 % déclarent reporter certains achats importants et 50 % épargner davantage. Le premium existe toujours, mais il doit aujourd’hui passer le test du pouvoir d’achat.
| Signal récent | Résultat |
|---|---|
| 15-34 ans achetant Made in France | 90 % |
| Pour qui l’origine française peut être décisive | 71 % |
| Citant le prix comme principal frein | 63 % |
| Français prêts à payer davantage selon VML | 53 % |
| Audience très pro-Made in France trouvant parfois les prix artificiellement gonflés | 71 % |
Combien les clients accepteraient-ils de payer pour un vêtement Made in France ?
Pour un vêtement Made in France, les clients semblent accepter un vrai prix premium, mais pas n’importe lequel : autour de 30 à 40 € pour un tee-shirt constitue actuellement une zone beaucoup plus crédible que 50 ou 60 €.
Le sondage récent de Marques de France est intéressant ici parce qu’il demande directement un prix plutôt qu’un pourcentage abstrait. Parmi 1 059 répondants déjà particulièrement sensibles aux produits français, 36 % choisissent 30 € comme prix acceptable pour un tee-shirt fabriqué en France et 35 % choisissent 40 €. Cela place 71 % de cette audience entre 30 et 40 €.
Il faut bien sûr tenir compte du biais de l’échantillon. Nous parlons de visiteurs d’un site spécialisé dans le Made in France, donc probablement plus disposés que la population moyenne à payer ce type de prix. Justement : si même ce public se concentre à 30-40 €, positionner un tee-shirt relativement classique à 60 ou 70 € devient difficile à expliquer par sa seule origine.
La comparaison avec une étude plus ancienne menée sur un tee-shirt à 20 € va dans le même sens : les Français prêts à payer davantage acceptaient en moyenne environ 7 € de supplément. Le chiffre absolu a vieilli, mais l’ordre de grandeur reste intéressant. Une hausse raisonnable passe ; doubler le prix demande une toute autre proposition.
Les jeunes sont-ils vraiment prêts à payer plus pour du Made in France ?
Oui, les jeunes achètent aujourd’hui beaucoup de Made in France, mais leur enthousiasme ne supprime absolument pas leur sensibilité au prix.
Le cliché selon lequel le Made in France serait surtout une affaire de consommateurs âgés tient de moins en moins. Les travaux du CRÉDOC montraient déjà que l’écart générationnel s’était fortement réduit : 67 % des moins de 25 ans et 68 % des 25-39 ans se disaient prêts à payer davantage pour un produit français, presque autant que les 70 ans et plus.
La dernière enquête OpinionWay auprès des 15-34 ans va encore plus loin. Neuf sur dix déclarent acheter français et presque un sur deux le fait chaque semaine. On pourrait facilement en conclure qu’un concept store jeune et français dispose d’un boulevard.
Le chiffre qui ramène à la réalité est toujours le même : 63 % de ces jeunes désignent le prix comme principal frein. Ils aiment le Made in France, mais beaucoup ne peuvent pas financer un gros écart de prix.
Pour viser cette clientèle, mieux vaut donc travailler le prix absolu que compter sur une adhésion idéologique. Un bel accessoire français à 25 ou 35 € peut très bien marcher auprès d’un jeune consommateur. Un produit équivalent à 90 € parce qu’il est fabriqué en France change complètement de marché.
Les clients aisés paient-ils beaucoup plus facilement le Made in France ?
Oui, le revenu change fortement la disposition à payer pour du Made in France, ce qui rend la zone de chalandise particulièrement importante pour un concept store.
Le CRÉDOC a mesuré un écart de 22 points entre les hauts et les bas revenus : 78 % des premiers se déclaraient prêts à payer davantage pour un produit fabriqué en France, contre 56 % parmi les revenus faibles. Un écart comparable existe selon le niveau de diplôme.
Même parmi les personnes devant restreindre certaines dépenses alimentaires, une majorité continuait à exprimer une disposition théorique à payer davantage pour des produits français. Cela montre la profondeur de l’attachement, mais cela ne signifie évidemment pas que leur budget permet réellement tous ces achats.
Pour un magasin, la conséquence est très concrète. Un panier moyen de 70 €, des vêtements à 120 € et de la décoration à 80 € peuvent être cohérents dans une zone assez aisée. Le même assortiment devient beaucoup plus risqué dans une rue où les consommateurs arbitrent fortement les dépenses non essentielles.
Le positionnement Made in France amplifie donc l’importance de l’emplacement. Dès que le magasin dépasse franchement les prix du mass market, il lui faut suffisamment de clients capables de supporter cet écart régulièrement.
Le premium Made in France fonctionne-t-il pareil sur tous les produits ?
Non, certains produits supportent facilement un premium Made in France tandis que d’autres deviennent très difficiles à vendre dès que le prix s’éloigne de leurs équivalents importés.
L’origine compte particulièrement dans l’alimentation, les cosmétiques, l’habillement, l’ameublement et plusieurs catégories associées au savoir-faire. Mais le mécanisme n’est pas identique.
Dans l’ameublement, une étude sectorielle a par exemple trouvé que 29 % des répondants accepteraient de payer 15 à 20 % supplémentaires pour un meuble fabriqué en France. Ce niveau serait déjà très élevé pour beaucoup de produits banalisés. Un meuble se conserve longtemps, coûte cher au départ et peut mettre en avant matériaux, fabrication et design : quelques dizaines d’euros supplémentaires se diluent plus facilement dans le prix total.
Le cadeau fonctionne aussi différemment. Une céramique française à 39 € peut battre un produit industriel à 25 € même avec 56 % d’écart, car l’acheteur compare parfois plusieurs idées cadeaux autour de 40 € plutôt que deux objets techniquement identiques.
À l’inverse, un consommable banal ou un produit extrêmement facile à comparer en ligne souffre vite d’un gros premium. Dans ces catégories, Google, Amazon ou les marketplaces rendent l’écart immédiatement visible.
| Type de produit | Capacité à supporter un premium |
|---|---|
| Produit banal très comparable | Faible |
| Petit cadeau ou décoration originale | Moyenne à forte |
| Mode avec vraie différence de qualité | Moyenne à forte |
| Mobilier durable | Potentiellement forte |
| Création artisanale difficile à comparer | Forte si le produit plaît |
Pourquoi un client accepte-t-il de payer plus pour du Made in France ?
Le client paie plus facilement pour du Made in France lorsqu’il associe l’origine française à quelque chose de concret : meilleure qualité, emploi local, savoir-faire ou durée de vie.
L’enquête OpinionWay réalisée pour CCI France aide à hiérarchiser ces motivations. Parmi les raisons d’acheter français, 63 % citaient le soutien aux producteurs locaux, 56 % le soutien à l’économie française et 47 % la qualité du produit.
Le rapport du Sénat consacré au Fabriqué en France rappelle pourtant que, dans la décision générale d’achat, l’origine du produit reste derrière le prix, la qualité et la durée de vie. C’est une distinction importante pour un commerçant.
Le Made in France fonctionne donc particulièrement bien lorsqu’il vient confirmer une qualité que le client perçoit déjà. Une belle finition, un tissu agréable, un produit réparable et un atelier identifiable créent ensemble une justification beaucoup plus forte qu’une simple cocarde sur l’étiquette.
On peut en tirer une règle pratique : plus le premium est élevé, plus l’origine doit s’accompagner de preuves visibles. À +5 %, “fabriqué en France” peut suffire à départager deux articles. À +40 %, il faut expliquer pourquoi le produit mérite objectivement cette différence.
Le Made in France peut-il suffire à vendre un produit moyen ?
Non, le Made in France ne sauvera pas durablement un produit banal, mal conçu ou décevant.
Les critères d’achat mesurés par CCI France sont assez clairs : le prix était cité par 80 % des consommateurs, la qualité par 73 %, la durée de vie par 41 % et le pays de fabrication par 23 %. L’origine compte, mais elle arrive après trois critères beaucoup plus immédiats.
Cette hiérarchie explique pourquoi certaines marques françaises réussissent malgré des tarifs élevés. Elles n’essaient généralement pas de vendre exactement le même produit qu’une enseigne low-cost avec un drapeau ajouté dessus. Elles travaillent la matière, la fabrication, la réparabilité, le design ou l’histoire.
Dans le textile, Lemahieu illustre bien cette logique avec certains produits vendus sensiblement plus cher que le mass market tout en mettant en avant fabrication française, matières, faible empreinte carbone et garantie de réparation pendant cinq ans. Pris ensemble, ces éléments donnent un sens au prix.
Un concept store devrait appliquer le même filtre à ses achats. Un produit français moyen reste un produit moyen. Sa provenance peut déclencher la préférence finale, mais elle compense rarement une proposition faible.
Les clients font-ils vraiment confiance aux labels Made in France ?
Pas complètement : la confusion autour des labels français est assez forte pour réduire la valeur de l’argument d’origine.
Un rapport récent du Sénat indiquait que 35 % des personnes souhaitant acheter davantage français n’étaient pas convaincues que les produits présentés comme tels soient réellement fabriqués en France. Une question parlementaire récente cite également près d’une centaine de labels et mentions pouvant évoquer une origine ou un savoir-faire français.
Cette méfiance n’a rien d’absurde. “Made in France” ne veut pas dire que l’intégralité du produit et de ses composants proviennent de France. Les règles d’origine permettent la mention lorsqu’une transformation suffisamment importante a été réalisée sur le territoire.
Origine France Garantie apporte une preuve plus poussée : AFNOR indique qu’au moins 50 % du prix de revient unitaire doit être acquis en France et que le produit doit y prendre ses caractéristiques essentielles.
Pour un concept store, mieux vaut donc expliquer précisément l’origine que multiplier les drapeaux. “Tricoté à Roanne”, “céramique fabriquée à Limoges” ou “assemblé dans l’atelier de telle entreprise en Bretagne” aide davantage le client à comprendre ce qu’il paie.
Plus le prix est élevé, plus cette transparence devient utile.
Un concept store physique peut-il faire accepter plus facilement un prix Made in France ?
Oui, un concept store physique a plusieurs avantages pour faire accepter le premium Made in France, surtout avec des marques encore peu connues.
En ligne, la comparaison commence souvent par la photo et le prix. Un sac français à 130 € peut apparaître juste à côté d’un modèle visuellement proche à 70 €. Sans marque connue ou produit vraiment distinctif, les 60 € d’écart dominent immédiatement la décision.
En magasin, le client peut toucher le cuir, essayer le produit, regarder les coutures, découvrir l’atelier et poser une question au vendeur. La comparaison devient moins mécanique. Un objet qui semblait cher sur une page web peut paraître beaucoup plus cohérent une fois pris en main.
Le concept store dispose aussi d’un autre avantage : la sélection elle-même. Si les produits ne sont pas trouvables partout et que le magasin construit un univers reconnaissable, le consommateur compare moins facilement chaque référence avec son équivalent le moins cher sur internet.
Cet avantage disparaît vite avec des produits distribués dans des dizaines de boutiques et marketplaces. Dans ce cas, le magasin doit apporter suffisamment de service, de conseil ou d’expérience pour éviter de devenir simplement un showroom avant l’achat en ligne.
Le Made in France marche-t-il particulièrement bien pour les cadeaux ?
Oui, le cadeau est probablement l’un des meilleurs terrains pour vendre du Made in France avec un prix supérieur.
Une enquête récente réalisée auprès de l’audience de Marques de France montre que 79 % de ces consommateurs très sensibles à la fabrication française disent avoir offert des cadeaux Made in France à Noël, tandis que 56 % disent en avoir demandé pour eux-mêmes. L’échantillon est spécialisé et ne représente donc pas tous les Français, mais l’écart reste révélateur : le cadeau est un usage naturel pour ce type de produit.
La mécanique de prix devient aussi beaucoup plus favorable. Pour un achat utilitaire, le consommateur peut comparer une bougie française à 35 € avec une bougie industrielle à 18 € et voir immédiatement un quasi-doublement.
Pour un cadeau, il raisonne souvent autrement : “je cherche quelque chose de sympa autour de 30 ou 40 €”. Une bougie à 35 €, une céramique à 39 € et un accessoire textile à 42 € se retrouvent alors dans le même panier mental.
Le Made in France ajoute en plus quelque chose à raconter lorsqu’on offre l’objet. L’atelier, la région ou le savoir-faire donnent une valeur qui dépasse la fonction du produit.
Pour un concept store, la saison des cadeaux mérite donc beaucoup d’attention, tout comme les références situées autour de seuils faciles à dépenser : 20 €, 30 €, 50 € et 100 €.
Le Made in France donne-t-il automatiquement une meilleure marge au concept store ?
Non, vendre plus cher du Made in France ne garantit absolument pas une meilleure marge pour le concept store.
Supposons qu’un produit importé soit acheté 20 € HT et vendu 45 €. Un équivalent français acheté 28 € ne produit pas la même économie simplement parce que le consommateur accepte de le payer 49 €. Le prix client augmente de 9 %, alors que le coût d’achat augmente de 40 %.
C’est un calcul à faire très tôt dans le projet. Le consentement à payer du consommateur se situe souvent autour de +5 à +10 % sur un produit comparable. Or le surcoût fournisseur peut être beaucoup plus élevé.
Certains produits français compensent ce handicap autrement : moins de concurrence directe, meilleure fidélité, moindre nécessité de solder, exclusivité locale ou panier moyen supérieur. Mais rien de tout cela n’est automatique.
| Exemple simplifié | Produit importé | Produit français |
|---|---|---|
| Prix d’achat HT | 20 € | 28 € |
| Prix de vente | 45 € | 49 € |
| Hausse du prix client | — | +9 % |
| Hausse du coût d’achat | — | +40 % |
Une boutique doit-elle être 100 % Made in France pour être crédible ?
Non, un concept store peut être très crédible sans être 100 % Made in France, et cette souplesse peut même protéger sa rentabilité.
L’obligation de tout sourcer en France peut pousser un commerçant à accepter des références moins bonnes, trop chères ou simplement absentes de certaines catégories. Les jeunes interrogés par OpinionWay citent d’ailleurs de nombreux produits qu’ils aimeraient trouver davantage en fabrication française, notamment vêtements, sneakers et électronique. Cela montre qu’il existe encore des trous dans l’offre.
Pour un concept store, une sélection majoritairement française complétée par quelques produits européens cohérents peut donc être commercialement plus solide qu’une règle absolue.
La condition est d’être clair. Une boutique qui promet “100 % fabriqué en France” doit évidemment tenir cette promesse produit par produit. Une boutique qui se présente comme un lieu consacré aux marques françaises, à la fabrication locale et aux beaux savoir-faire dispose de davantage de liberté.
Le client supporte souvent mieux cette nuance qu’une sélection médiocre imposée par un cahier des charges trop rigide.
Quel premium faut-il prévoir dans le business plan d’un concept store Made in France ?
Pour un concept store généraliste, partir sur un premium attribuable au seul Made in France d’environ 5 à 10 % est beaucoup plus défendable que de tabler sur +20 ou +30 %.
C’est la conclusion qui résiste le mieux lorsque nous rapprochons les différentes enquêtes. Appinio trouve 37 % de Français disposés à payer jusqu’à 5 % supplémentaires et 28 % jusqu’à 10 %. Les anciennes enquêtes Ifop aboutissaient à un niveau proche. Le CRÉDOC observe depuis longtemps qu’une majorité accepte l’idée de payer plus, mais les études récentes montrent que le prix reste le frein dominant.
Un magasin peut évidemment vendre des produits 30 %, 50 % ou même 100 % plus chers que les équivalents importés. Simplement, cet écart devra être gagné par le produit lui-même : artisanat, design, matière, exclusivité, fabrication complexe, réparabilité, série limitée ou image de marque.
Cela donne une manière assez simple de construire l’assortiment. Les références très comparables doivent rester proches du marché. Les produits réellement différenciés peuvent monter davantage. Les créations presque impossibles à comparer bénéficient de beaucoup plus de liberté.
Le Made in France ajoute alors quelques euros de valeur perçue au premier groupe, renforce fortement le deuxième et devient une composante de l’histoire du troisième.
Alors, les clients d’un concept store Made in France paient-ils vraiment plus ?
Oui, mais le Made in France permet surtout de gagner un petit premium auprès d’un grand nombre de clients et un gros premium auprès d’une clientèle beaucoup plus étroite.
Les données disponibles aujourd’hui sont assez cohérentes. L’envie d’acheter français reste très forte, y compris chez les jeunes. Plus d’un Français sur deux accepte encore explicitement l’idée de payer davantage malgré un contexte où beaucoup repoussent leurs dépenses. Les enquêtes qui demandent combien les clients sont prêts à ajouter placent cependant l’essentiel du marché autour de +5 à +10 %.
Au-delà, la fabrication française doit être accompagnée d’autre chose. Un produit importé à 40 € peut perdre contre un bon produit français à 44 €. À 48 €, l’arbitrage devient déjà plus difficile. À 55 ou 60 €, il faut une vraie différence de qualité, de design, de matière, de durabilité ou de désirabilité.
Un autre résultat récent rend cette limite encore plus nette. Même parmi les répondants de Marques de France, donc des consommateurs particulièrement attirés par la fabrication française, 71 % disent avoir parfois l’impression que le Made in France sert à gonfler les prix. Aimer acheter français ne signifie donc pas signer un chèque en blanc aux marques.
Pour un concept store, le modèle le plus solide consiste à utiliser le Made in France comme avantage de sélection plutôt que comme justification universelle du prix. Les produits accessibles attirent une clientèle large, les beaux objets différenciés supportent davantage de marge et quelques pièces exceptionnelles peuvent assumer un vrai positionnement premium.
La réponse au titre est donc bien oui. Les clients paient plus pour du Made in France. Mais si le business plan a besoin qu’ils paient systématiquement 20 ou 30 % plus cher pour des produits comparables, nous compterions sur une disposition à payer que les enquêtes ne montrent tout simplement pas.
SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
Cette analyse cherche à savoir si les clients d’un concept store Made in France paient réellement plus aujourd’hui. Nous avons séparé plusieurs questions souvent confondues : aimer le Made in France, déclarer en acheter, accepter de payer davantage, supporter un écart de prix important, et réagir différemment selon le revenu, l’âge ou la catégorie de produit.
Nous avons privilégié les données les plus récentes disponibles, puis vérifié si elles convergeaient avec d’autres enquêtes portant sur le même sujet. Les sources principales sont les enquêtes OpinionWay pour CCI France, Appinio, VML, le CRÉDOC, l’Ifop, Marques de France, L’Ameublement français et le rapport du Sénat sur le Fabriqué en France.
Nous n’avons pas fabriqué une moyenne unique à partir d’enquêtes qui ne posent pas exactement les mêmes questions. Une déclaration comme « je souhaite acheter davantage français » n’est pas équivalente à une question demandant combien le consommateur accepterait de payer en plus pour un produit comparable. Les sondages réalisés auprès d’une audience déjà très favorable au Made in France ont donc été utilisés comme un éclairage spécifique, pas comme une mesure représentative de toute la population.
Nous avons également séparé le premium attribuable à l’origine française elle-même de la différence de prix totale qu’un produit peut réussir à soutenir. Un produit peut coûter beaucoup plus cher qu’un équivalent importé parce qu’il est aussi meilleur, plus durable, plus rare, mieux conçu ou artisanal. L’objectif était d’isoler autant que possible ce que le seul argument « fabriqué en France » ajoute à la disposition à payer.
Pour les règles d’origine et la confiance accordée aux mentions françaises, nous nous appuyons sur les sources réglementaires et de certification : DGCCRF, Direction générale des Douanes, article 60 du Code des douanes de l’Union et AFNOR Certification pour Origine France Garantie.
Parmi les sources clés utilisées : CCI France — les Français et le Made in France, CCI France — les jeunes et le Made in France, Appinio — consentement à payer, VML — Future Shopper 2025, CRÉDOC — Made in France : un engouement, Ifop — Les Français et le Made in France, Marques de France — étude consommateurs 2026, L’Ameublement français — La maison réinventée, Sénat — Fabriqué en France : la compétitivité patriotique, DGCCRF — Le fabriqué en France, Douanes — marquage de l’origine France, AFNOR Certification — Origine France Garantie, et Maison Lemahieu pour l’exemple de positionnement textile.
