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EN RÉSUMÉ
Concept store : faut-il créer sa propre marque aussi ? Oui, souvent à terme, mais généralement pas dès l’ouverture : le plus rationnel est d’abord de prouver que le concept store sait attirer, vendre et réassortir avant d’immobiliser davantage de trésorerie dans ses propres produits.
La marque propre devient surtout intéressante quand le magasin commence à comprendre certaines catégories mieux que ses fournisseurs : prix acceptés, couleurs qui tournent, produits régulièrement réachetés ou demandes que l’offre existante couvre mal.
Son principal avantage n’est pas seulement la marge. Elle rend une partie de l’assortiment moins comparable en ligne, ce qui protège le concept store contre un problème très concret : voir un client découvrir un produit en boutique puis l’acheter ailleurs en quelques clics.
Une meilleure marge ne garantit pourtant pas une meilleure économie. Un produit propriétaire peut dégager 70 % de marge brute et rester une mauvaise décision si le minimum de commande oblige à immobiliser trop de cash ou si une partie importante du stock finit soldée.
La curation reste un vrai modèle en soi. Smallable et Fleux montrent qu’une enseigne peut devenir identifiable en sélectionnant très bien les produits des autres, sans transformer immédiatement le magasin en marque fabricant.
La séquence la moins risquée est progressive : multimarque, exclusivités, collaborations, petites séries, puis produit réellement propriétaire. Elle permet d’acheter de l’information sur le marché avant d’acheter beaucoup de stock.
Les premiers produits sous marque propre devraient être simples à produire, peu sensibles aux tailles, aux variantes ou à la saisonnalité, et surtout déjà validés par les ventes du magasin. Le produit le plus séduisant sur le papier n’est pas forcément le meilleur premier test.
La vraie validation arrive avec les réassorts. Une première série peut partir par curiosité ; une deuxième et une troisième commande vendues au prix prévu montrent beaucoup mieux que la demande est installée.
Le e-commerce augmente fortement l’intérêt d’une marque propriétaire, parce qu’un produit exclusif peut être vendu bien au-delà de la zone de chalandise du magasin. Mais internet devrait amplifier un produit déjà validé, pas servir à sauver une collection qui ne tourne pas en boutique.
Le point de bascule arrive lorsque les clients recherchent la marque par son nom et que d’autres boutiques pourraient vouloir la distribuer. À ce stade, le concept store ne cherche plus seulement à améliorer sa marge : il commence à construire un second business.
Faut-il vraiment créer sa propre marque quand on ouvre un concept store ?
Non, et surtout pas automatiquement dès l’ouverture. Pour un nouveau concept store en France, nous pensons qu’il est généralement plus rationnel de commencer par prouver que la sélection, le positionnement, le lieu et les prix attirent réellement des clients, puis de créer une marque propre sur les catégories qui ont déjà démontré leur potentiel.
Les deux modèles existent aujourd’hui. Smallable a construit sa réputation autour de la curation et indique proposer plus de 750 marques du monde entier. Fleux reste lui aussi très largement fondé sur la sélection de produits de décoration, design, accessoires et lifestyle de marques tierces, alors même que l’enseigne a développé plusieurs magasins parisiens et s’est étendue à Boulogne-Billancourt puis Passy. Autrement dit, la marque propre n’est manifestement pas une condition pour transformer un concept store en enseigne identifiable.
À l’inverse, Merci montre pourquoi elle devient intéressante à un stade plus avancé. Le magasin ne se limite plus à vendre le goût des autres : il commercialise notamment une gamme importante de linge de maison signée Merci, avec ses propres draps, housses de couette, taies, nappes, rideaux ou accessoires. Dans ce modèle, la sélection crée l’audience et la marque propre capture davantage de valeur sur certaines catégories.
C’est cette séquence qui nous paraît décisive. Un concept store doit d’abord prouver qu’il sait choisir. La marque propre devient intéressante une fois qu’il sait précisément ce que ses clients veulent acheter.
Pourquoi la question de la marque propre devient-elle plus importante pour les concept stores ?
Parce que vendre uniquement les produits que tout le monde peut acheter ailleurs devient de plus en plus difficile. Aujourd’hui, le concept store doit justifier beaucoup plus clairement pourquoi un client devrait acheter chez lui plutôt que rechercher exactement le même produit sur Google, Amazon, une marketplace ou le site de la marque.
La concurrence ne vient plus uniquement de la boutique située trois rues plus loin. Le commerce électronique français a représenté 196,4 milliards d’euros de ventes de produits et services en 2025 selon la Fevad. Pour les seuls produits, les ventes en ligne ont encore progressé de 4 %, et environ 12 % du commerce de détail de produits passe désormais par internet.
La pression est particulièrement visible dans la mode. La Fevad constate que près de six cyberacheteurs français sur dix ont acheté de la mode en ligne sur douze mois. Amazon, Vinted et Shein occupent les trois premières places en nombre de clients sur ce marché. Pendant ce temps, l’Insee indique que la consommation française d’habillement et de chaussures a diminué de 2,8 % en volume en 2025 et reste sensiblement inférieure à sa trajectoire d’avant-crise.
Même la maison, univers privilégié de nombreux concept stores, n’est pas épargnée : les achats de meubles et articles d’ameublement ont diminué pour la quatrième année consécutive.
Nous avons donc un marché où il devient plus difficile de gagner simplement en disposant de « beaux produits ». Si le même vase, le même sac ou la même bougie est disponible chez dix revendeurs, la boutique finit par rivaliser sur l’emplacement, le service, la disponibilité ou le prix. Un produit exclusif change cette équation.
Une marque propre règle-t-elle le principal problème d’un concept store ?
Seulement si le principal problème est que l’offre est trop facilement copiable. Une marque propre ne corrigera ni un mauvais emplacement, ni une sélection incohérente, ni un trafic insuffisant, ni des prix mal positionnés.
Beaucoup de porteurs de projet peuvent regarder une boutique avec 40 marques différentes et avoir l’impression que l’identité manque parce qu’aucune étiquette ne porte le nom du magasin. Pourtant, l’identité d’un concept store vient d’abord de sa capacité à filtrer le marché.
Smallable en donne une illustration presque extrême. Son produit initial n’était pas un vêtement Smallable mais une sélection : réunir au même endroit les créateurs que les familles avaient autrement du mal à trouver. L’entreprise a ensuite étendu ce filtre de l’enfant vers la femme et la maison.
Fleux fonctionne également comme un ensemble d’univers : « maison, fantaisie & irrévérence », « lifestyle urbain », family store ou encore cottage store. L’enseigne différencie ses boutiques par l’assortiment et l’atmosphère avant même d’avoir besoin de fabriquer tout ce qu’elle vend.
Nous créerions donc une marque propre pour résoudre un problème identifié : produits trop comparables, marges insuffisantes, catégorie star sans exclusivité ou potentiel de vente en dehors du magasin. Pas simplement parce qu’un « vrai concept » devrait avoir son logo sur des produits.
Une marque propre rapporte-t-elle vraiment beaucoup plus ?
Oui, une marque propre peut fortement augmenter la marge brute unitaire, mais seulement si nous comparons son coût complet au prix d’achat d’un produit tiers. L’écart peut être suffisamment important pour modifier toute l’économie du concept store.
Dans le commerce multimarque, le partage économique entre fabricant et détaillant absorbe naturellement une partie de la valeur. La marketplace B2B Faire rappelle par exemple qu’une marge de l’ordre de 50 % pour le détaillant constitue une référence fréquente et que le modèle classique de « keystone pricing » fixe approximativement le prix revendeur à la moitié du prix public conseillé.
Prenons donc un produit vendu 50 € HT. S’il est acheté 25 € HT à une marque, le concept store dispose de 25 € de marge brute avant loyer, salaires, commissions de paiement, démarques, marketing et autres coûts.
Si nous réussissons à faire produire un équivalent exclusif pour un coût complet rendu entrepôt de 15 € et à maintenir le même prix public de 50 € HT, la marge brute passe à 35 €. Nous gagnons 10 € supplémentaires sur une vente de 50 €, soit une hausse de 40 % de la marge brute en euros.
C’est puissant, mais l’exemple révèle aussi le piège. Les 15 € doivent réellement comprendre la fabrication, le packaging, les contrôles, le transport, les droits éventuels, les pertes et tous les coûts directement incorporables. Si nous nous contentons de comparer le prix usine au prix d’achat d’une marque, nous surestimons artificiellement l’avantage.
| Exemple à prix public identique | Produit de marque tierce | Produit en marque propre |
|---|---|---|
| Prix de vente HT | 50 € | 50 € |
| Coût d’achat / coût produit complet | 25 € | 15 € |
| Marge brute unitaire | 25 € | 35 € |
| Marge brute / CA HT | 50 % | 70 % |
| Gain de marge brute | — | +10 €, soit +40 % |
Si la marge est meilleure, pourquoi ne pas lancer immédiatement beaucoup de produits ?
Parce que nous échangeons une partie du risque fournisseur contre notre propre risque de stock. La marque propre améliore potentiellement la marge sur ce qui se vend, mais elle peut détruire de la trésorerie beaucoup plus vite sur ce qui ne se vend pas.
Bpifrance rappelle que le besoin en fonds de roulement d’un commerce provient précisément du décalage entre les dépenses nécessaires pour constituer le stock et l’encaissement obtenu une fois les marchandises vendues.
Avec une marque existante, nous pouvons souvent tester quelques références, changer de fournisseur, commander différents créateurs et réallouer les prochains achats vers ce qui fonctionne. Les plateformes B2B modernes ont d’ailleurs construit une partie de leur proposition de valeur autour de petites commandes, de conditions de paiement ou de possibilités de retour sur certaines premières commandes.
Avec notre propre marque, nous devons au contraire choisir la forme, la couleur, le packaging, les quantités, parfois payer un acompte avant production, puis prendre livraison de l’ensemble. Et personne d’autre ne viendra naturellement écouler le produit si notre concept store ne le vend pas.
Une marge théorique de 70 % sur 1 000 unités n’est donc pas meilleure qu’une marge de 50 % sur 100 unités si 800 des 1 000 produits restent au sous-sol.
| Ce qui change | Achat multimarque | Marque propre |
|---|---|---|
| Risque de mauvais choix | Réparti entre plusieurs fournisseurs | Concentré sur nos références |
| Engagement initial | Souvent relativement fractionnable | MOQ et production à financer |
| Réassort | Commande chez le fournisseur | Nouvelle production à anticiper |
| Produit invendu | Peut être limité en achetant peu | Entièrement à notre charge |
| Marge potentielle | Plus faible | Plus élevée |
| Besoin de trésorerie | Généralement plus flexible | Peut augmenter fortement |
Peut-on construire un excellent concept store sans aucune marque propre ?
Oui. Nous pouvons même défendre qu’une excellente curation constitue une marque en elle-même lorsque le client fait confiance au magasin pour découvrir ce qu’il n’aurait pas trouvé seul.
Smallable est probablement le meilleur contre-exemple français à l’idée qu’un concept store devrait nécessairement se transformer en fabricant. Son positionnement reste explicitement celui d’un « Family Concept Store » qui déniche des créateurs, avec plus de 750 marques annoncées et des collaborations ou exclusivités qui enrichissent l’offre sans imposer que toute la création soit internalisée.
Fleux confirme le même principe dans la décoration. Son développement physique montre qu’un assortiment identifiable peut être reproduit géographiquement : plusieurs espaces dans le Marais, puis une implantation à Boulogne-Billancourt et une autre à Passy. Le concept repose largement sur l’univers sélectionné plutôt que sur une collection propriétaire dominante.
C’est important pour un entrepreneur français disposant de moyens limités. La curation permet d’obtenir plusieurs choses que nous devrions autrement financer nous-mêmes : notoriété des marques, développement produit, photographie, innovation, conformité et renouvellement permanent des collections.
La vraie faiblesse apparaît lorsque la curation devient facile à copier. Si nos dix meilleures ventes sont disponibles chez quinze concurrents, notre succès apprend aux autres exactement quels produits commander. C’est là que l’exclusivité commence à avoir une valeur économique particulière.
Quels produits faudrait-il lancer en premier sous sa propre marque ?
Les meilleurs premiers produits sont généralement ceux dont nous connaissons déjà la demande, qui supportent une bonne marge et dont les variantes, la réglementation et le risque d’obsolescence restent maîtrisables.
Nous éviterions de commencer par la catégorie la plus ambitieuse simplement parce qu’elle donne une belle image de marque. Une collection complète de vêtements implique tailles, couleurs, essayages, taux de retour, saisonnalité et davantage de références. Un objet électrique ajoute des contraintes de conformité. Certains produits pour enfants, cosmétiques ou alimentaires augmentent encore le niveau de responsabilité réglementaire.
À l’inverse, un produit relativement simple peut servir de test. Merci est instructif ici : le linge de maison offre une catégorie cohérente avec son univers et suffisamment profonde pour devenir reconnaissable. La boutique peut développer des matières, couleurs et dimensions sans inventer un nouveau marché.
Le critère le plus important reste cependant notre propre caisse. Imaginons qu’après six mois nous découvrions qu’une forme particulière de bougie, un type de vase ou une catégorie de textile apparaît continuellement parmi nos meilleures ventes malgré plusieurs fournisseurs. Nous possédons alors une information extrêmement précieuse : le besoin existe déjà.
Nous préférerions créer notre version du produit dont nous avons prouvé la demande plutôt que lancer celui que nous trouvons personnellement le plus séduisant.
Faut-il créer toute une collection pour que la marque paraisse sérieuse ?
Non. Pour un concept store, commencer avec une micro-collection peut être plus intelligent qu’essayer de reproduire immédiatement le fonctionnement d’une véritable maison de mode ou de décoration.
La marque propre n’a pas besoin de remplir la boutique pour être crédible. Elle a besoin de produire un ou plusieurs articles suffisamment bons pour que le client souhaite les acheter indépendamment du logo.
Nous commencerions donc davantage comme un laboratoire que comme une nouvelle entreprise industrielle : une catégorie, très peu de références, une quantité contenue, puis plusieurs réassorts uniquement si les ventes le justifient.
Cette approche produit aussi de meilleures informations. Avec trois références, nous savons rapidement laquelle fonctionne. Avec 40 références, un lancement correct peut masquer une multitude d’erreurs : certaines tailles avancent, d’autres non ; certains coloris restent en stock ; les promotions font artificiellement remonter la rotation moyenne.
Surtout, un assortiment réduit permet de conserver le vrai avantage du concept store : nous pouvons tester notre produit à côté de concurrents établis, auprès des mêmes clients et dans le même environnement. C’est presque un test A/B grandeur nature.
Si notre produit gagne malgré la présence d’une excellente marque extérieure, nous tenons quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’une simple collection « maison ».
Comment savoir si les clients veulent vraiment notre marque ?
Nous le saurons lorsque les clients choisiront répétitivement le produit propriétaire face à de bonnes alternatives, sans dépendre d’une remise massive ou du meilleur emplacement de la boutique.
Le taux de vente constitue un premier indicateur, mais nous regarderions surtout la qualité de cette vente. Un produit écoulé parce qu’il était affiché à -40 % ne valide pas grand-chose. Un produit qui se vend au prix prévu, fait l’objet d’un réassort et entraîne des demandes lorsqu’il est en rupture donne un signal beaucoup plus fort.
Nous regarderions ensuite la répétition. Une première série de 50 unités peut partir grâce aux amis, aux clients fidèles ou à la curiosité liée au lancement. La deuxième commande est plus intéressante ; la troisième commence réellement à montrer qu’un comportement s’installe.
Enfin, nous comparerions le produit avec le reste de l’assortiment. S’il représente 5 % de l’espace mais 15 % des ventes de sa catégorie, conserve son prix et continue de tourner après plusieurs mois, nous avons quelque chose à approfondir.
La logique est simple : la marque n’est pas validée lorsque nous avons reçu les cartons. Elle l’est lorsque les clients nous obligent à recommander.
Faut-il tester la marque propre avant même de fabriquer ?
Oui. Un concept store dispose justement d’un avantage rare : il peut observer la demande pour des produits comparables avant d’investir dans leur fabrication.
Nous exploiterions d’abord les ventes des marques tierces comme une étude de marché payée par le client. Quels prix passent sans promotion ? Quelles couleurs partent en premier ? Quels objets sont souvent pris en main mais rarement achetés ? Quelles références génèrent un réassort ? Quels clients achètent la même catégorie plusieurs fois ?
Nous pouvons ensuite aller plus loin avec des collaborations exclusives ou des petites séries développées avec une marque existante. Smallable met justement en avant ses exclusivités et collaborations avec des créateurs. Cette étape intermédiaire est intéressante : nous apprenons à développer une offre différenciante sans absorber immédiatement toute la chaîne de production.
Puis viennent les précommandes, les listes d’attente, les prototypes exposés en boutique et les tests auprès des meilleurs clients.
Autrement dit, nous n’avons pas besoin de choisir brutalement entre « revendeur » et « fabricant ». Il existe une progression beaucoup moins risquée : sélection multimarque, exclusivité, collaboration, série limitée, puis véritable produit propriétaire.
À quel moment la meilleure marge ne compense-t-elle plus le stock ?
Lorsque le supplément de marge brute est absorbé par les invendus, les promotions et le capital immobilisé. C’est probablement le calcul le plus important à faire avant chaque production.
Reprenons notre exemple. Le produit tiers nous coûte 25 € HT et se vend 50 € HT : 25 € de marge brute s’il est vendu plein tarif. Notre produit propriétaire coûte 15 € et se vend également 50 € : 35 € de marge.
La marque propre peut donc sembler imbattable.
Mais supposons que le fournisseur tiers nous permette d’acheter 100 unités alors que le fabricant de notre produit exige 300 unités. Nous investissons 2 500 € dans le premier cas contre 4 500 € dans le second. La facture unitaire est beaucoup moins élevée en marque propre, mais notre décaissement initial est 80 % supérieur.
Si 100 produits propriétaires se vendent et que 200 restent immobilisés, nous avons créé une excellente marge unitaire et une mauvaise allocation de capital en même temps.
C’est pourquoi nous regarderions toujours deux indicateurs ensemble : marge brute par unité vendue et vitesse à laquelle le stock redevient du cash. Une petite boutique ne meurt généralement pas parce que sa marge théorique était trop faible ; elle peut en revanche se retrouver bloquée parce que trop de trésorerie dort dans des produits qu’elle possédait pourtant avec une très belle marge.
Le e-commerce rend-il la marque propre plus intéressante ?
Oui, nettement, parce qu’une marque propre peut sortir du rayon physique alors que la taille de la boutique reste fixe. Mais le e-commerce renforce surtout l’intérêt d’une marque propriétaire qui a déjà trouvé son marché.
La Fevad évalue les ventes françaises de produits en ligne à 76,1 milliards d’euros en 2025, en croissance de 4 %. La part d’internet dans le commerce de détail de produits est désormais estimée à environ 12 %, et le nombre total de transactions en ligne continue de progresser plus vite que leur valeur, avec un panier moyen en recul.
Le comportement du consommateur est donc clair : acheter en ligne est banal, fréquent et extrêmement concurrentiel.
Pour un concept store multimarque, internet a un défaut majeur. Il expose la comparabilité. Un internaute qui découvre chez nous un produit d’une marque connue peut immédiatement rechercher son nom et l’acheter ailleurs.
Avec notre propre produit, cette fuite devient beaucoup plus difficile. La page produit, le référencement Google, les réseaux sociaux et les campagnes publicitaires ramènent tous vers un actif que nous contrôlons.
Cela ouvre aussi un changement d’échelle. Un magasin de 120 m² a une capacité de vente locale. Une marque née à l’intérieur de ce magasin peut vendre partout en France, puis à l’étranger, sans ouvrir un second point de vente.
Mais nous inverserions l’ordre souvent imaginé. Nous n’utiliserions pas internet pour essayer de sauver une marque propre qui ne fonctionne pas en boutique. Nous utiliserions internet pour amplifier un produit que la boutique a déjà validé.
La marque propre peut-elle devenir plus importante que le concept store lui-même ?
Oui, et c’est précisément l’un des scénarios les plus intéressants. Une bonne marque propre peut transformer un concept store en incubateur de produits puis en entreprise de marque.
Au départ, le magasin rassemble la demande. Ensuite, il fournit les données. Puis il permet d’identifier une catégorie où nous semblons mieux comprendre le client que les fournisseurs existants.
Si cette catégorie fonctionne, rien ne nous oblige à limiter sa distribution à notre boutique. Nous pouvons ouvrir un site propre, vendre sur des marketplaces sélectionnées ou proposer la collection à d’autres détaillants.
Le modèle économique change alors complètement. Nous ne sommes plus simplement un commerçant cherchant à augmenter sa marge sur quelques références. Nous possédons un actif qui peut être distribué indépendamment de notre surface commerciale.
Mais une nouvelle contrainte apparaît. Une marque qui veut vendre aux autres boutiques doit laisser de la marge à ces détaillants. Comme l’illustre le standard de prix de gros décrit par Faire, les revendeurs cherchent fréquemment une marge proche de 50 % du prix de vente. Notre coût de fabrication doit donc être assez bas pour que le produit reste rentable après avoir créé un deuxième niveau de marge.
C’est une excellente discipline. Si notre produit ne fonctionne économiquement que lorsque nous conservons simultanément la marge fabricant et la marge détaillant, nous avons peut-être créé un bon produit de boutique, pas encore une véritable marque scalable.
Créer sa marque propre ajoute-t-il beaucoup de contraintes légales en France ?
Oui. Dès que notre nom apparaît sur le produit, nous ne devons plus penser comme un simple acheteur qui change une étiquette : selon la réglementation applicable, nous pouvons endosser les obligations attachées au producteur ou au fabricant.
Le règlement européen sur la sécurité générale des produits, applicable depuis fin 2024, est très clair sur ce principe : une personne physique ou morale qui met un produit sur le marché sous son propre nom ou sa propre marque est considérée comme fabricant au sens de ce règlement et assume les obligations correspondantes.
La DGCCRF rappelle plus largement que fabricants, importateurs et distributeurs doivent commercialiser des produits sûrs, évaluer les risques, transmettre les informations nécessaires et agir si un produit dangereux doit être retiré ou rappelé.
La logique française de responsabilité élargie du producteur peut également entrer en jeu selon les catégories. Le ministère de la Transition écologique rappelle notamment qu’un distributeur faisant fabriquer un produit qu’il commercialise sous sa propre marque peut être considéré comme producteur pour certaines obligations environnementales.
Les contraintes varient ensuite fortement selon le produit : textiles, emballages, meubles, équipements électriques, jouets, cosmétiques ou denrées ne constituent pas du tout le même projet réglementaire.
Même les arguments marketing doivent être contrôlés. Si nous voulons écrire « Fabriqué en France », la DGCCRF rappelle que le produit doit respecter les règles d’origine correspondantes, notamment le principe de dernière transformation substantielle selon le produit. Le simple fait de concevoir, emballer ou apposer notre marque en France ne permet donc pas automatiquement cette revendication.
| Sujet | Simple revendeur | Produit sous notre marque |
|---|---|---|
| Sécurité du produit | Obligations de distributeur | Peut entraîner les obligations du fabricant |
| Traçabilité | À vérifier auprès du fournisseur | À organiser directement avec la production |
| REP / environnement | Variable selon le rôle | Peut nous qualifier de producteur selon la filière |
| Packaging et informations | Contrôle nécessaire | À concevoir et valider |
| Allégation « Fabriqué en France » | Reprise prudente de l’information | Nous devons pouvoir la justifier |
| Rappel produit | Participation possible | Responsabilité beaucoup plus centrale |
Combien coûte réellement le lancement d’une marque propre ?
Le dépôt du nom coûte peu ; ce sont le produit, le stock et les erreurs qui coûtent cher. Nous ne considérerions donc jamais les quelques centaines d’euros de propriété intellectuelle comme le vrai budget de création.
À l’INPI, un dépôt électronique de marque coûte actuellement 190 € pour une classe et 40 € pour chaque classe supplémentaire. Il serait donc trompeur de présenter la « création d’une marque » comme un investissement particulièrement élevé sur ce seul critère.
Ce qui change l’équation est tout ce qui suit : prototypes, échantillons, graphisme, packaging, éventuels moules ou outillages, contrôles, production minimale, transport, assurance, conformité, photographie, contenu, stockage et surtout financement de plusieurs mois de stock.
Le risque augmente encore lorsque nous multiplions les variantes. Une collection textile avec cinq modèles, quatre couleurs et quatre tailles génère déjà 80 combinaisons potentielles avant même de considérer plusieurs niveaux de stock par référence. À l’inverse, cinq objets sans taille et avec une seule finition restent cinq SKU.
Nous devons donc réfléchir en nombre de SKU et en euros de stock, pas seulement en nombre de « produits ».
La meilleure première marque propre n’est généralement pas celle qui semble la plus impressionnante dans un business plan. C’est celle dont nous pouvons produire assez peu d’unités pour apprendre quelque chose sans mettre la trésorerie du magasin en danger.
La marque propre doit-elle être moins chère que les autres marques du concept store ?
Non. Pour un concept store, utiliser la marque propre uniquement comme version low cost des produits sélectionnés serait souvent une erreur de positionnement.
Le phénomène des marques de distributeur montre certes que les consommateurs acceptent largement des produits propriétaires. NielsenIQ indiquait que les MDD représentaient 45,5 % des achats en volume de grande consommation en France en 2024, puis continuait d’observer leur progression en unités en 2025, notamment sur le segment premium.
Mais un concept store n’est pas un hypermarché. Son avantage ne vient généralement pas de sa capacité à acheter des millions d’unités moins cher que les marques nationales.
Nous rechercherions donc davantage un produit « seulement ici » qu’un produit « moins cher ici ». Une matière spécifique, une couleur exclusive, une forme reconnaissable ou une collaboration raconte davantage le concept qu’une imitation moins chère.
Le prix peut même être proche de celui des autres marques si la qualité et le design le justifient. Dans ce cas, nous conservons l’avantage de marge sans dégrader la perception générale du magasin.
C’est également plus sain pour les relations fournisseurs. Si nous utilisons leurs produits pour identifier ce qui marche puis installons immédiatement à côté une copie 20 % moins chère sous notre logo, nous devenons progressivement leur concurrent. Si notre produit apporte quelque chose de réellement différent, les deux modèles peuvent cohabiter beaucoup plus naturellement.
Quel poids la marque propre devrait-elle représenter dans les ventes ?
Il n’existe pas de pourcentage universel à viser. Pour un jeune concept store, nous préférons que le poids de la marque propre augmente parce que les clients la réclament plutôt que parce qu’un business plan impose qu’elle atteigne arbitrairement 30 % du chiffre d’affaires.
Le premier niveau consiste simplement à démontrer que quelques références propriétaires peuvent concurrencer les autres produits. À ce stade, même une petite part du chiffre d’affaires peut être très instructive.
Le deuxième niveau arrive lorsqu’un groupe de références commence à produire une part disproportionnée de la marge brute, des réachats ou du trafic en ligne. Nous avons alors des raisons économiques d’étendre progressivement la collection.
Le troisième niveau commence lorsque la gamme propriétaire devient elle-même une destination. Les clients arrivent en boutique ou sur le site en recherchant son nom, et d’autres revendeurs pourraient raisonnablement vouloir l’acheter. Nous ne sommes alors plus seulement en train d’optimiser la marge du concept store : nous construisons un deuxième business.
Nous surveillerions donc moins la proportion de chiffre d’affaires que quatre variables : rotation du stock, marge réellement réalisée après promotions, fréquence des réassorts et demande provenant de clients qui recherchent spécifiquement nos produits.
Si ces quatre indicateurs s’améliorent ensemble, nous pouvons augmenter la place de la marque. Si seule la marge théorique augmente, nous resterions prudents.
Quand faut-il finalement lancer sa propre marque dans un concept store ?
Il faut lancer une marque propre lorsque le concept store a découvert un produit ou une catégorie qu’il comprend mieux que le marché, pas simplement parce que le magasin vient d’ouvrir. Pour la majorité des nouveaux projets en France, nous commencerions donc multimarque, puis nous développerions très progressivement des exclusivités et produits propriétaires.
Le contexte actuel renforce cette conclusion. La consommation française reste tendue sur plusieurs catégories traditionnelles des concept stores : l’Insee a observé un nouveau recul de l’habillement et une quatrième année de baisse pour les achats de meubles et articles d’ameublement. Parallèlement, l’e-commerce continue de gagner des transactions et rend instantanément comparables les produits non exclusifs. Et la Banque de France recensait plus de 68 000 défaillances d’entreprises en 2025, environ 15 % au-dessus de la moyenne 2010-2019.
Ce n’est donc pas le moment de bloquer inutilement beaucoup de cash dans une collection conçue avant même de connaître le client.
Nous ouvririons avec une sélection forte. Nous identifierions les références qui tournent réellement, les prix acceptés, les catégories régulièrement réachetées et les produits que les clients cherchent sans les trouver. Nous utiliserions ensuite des exclusivités ou collaborations pour tester notre capacité à créer. Puis nous lancerions une petite série propriétaire sur une demande déjà démontrée.
Si elle se vend au prix prévu, se réassortit plusieurs fois et produit sensiblement plus de marge que les alternatives, nous élargirions la gamme. Si elle commence ensuite à attirer des clients par elle-même, nous testerions le e-commerce puis éventuellement la distribution à d’autres boutiques.
Notre réponse à « Concept store : faut-il créer sa propre marque aussi ? » est donc : oui à terme dans beaucoup de bons concepts, mais généralement non au départ.
La sélection permet de découvrir ce que veut le marché. La marque propre permet ensuite de posséder une partie de ce que nous avons appris.
Inverser cet ordre revient à financer l’étude de marché avec notre propre stock.
| Situation du concept store | Ce que nous ferions |
|---|---|
| Concept encore non testé | Pas de vraie collection propriétaire |
| Premières ventes, données encore limitées | Multimarque + quelques exclusivités |
| Catégorie clairement validée | Micro-série ou collaboration propriétaire |
| Plusieurs réassorts réussis au prix prévu | Extension progressive de la gamme |
| Produits recherchés spécifiquement par leur nom | Développer la marque en ligne |
| Demande provenant d’autres boutiques | Tester le wholesale |
| Marque propriétaire devenue moteur du trafic | Envisager deux activités distinctes : concept store + marque |
SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
La question « faut-il créer sa propre marque dans un concept store ? » appelle facilement des réponses intuitives : meilleure marge, identité plus forte, davantage d’exclusivité — ou, à l’inverse, plus de stock, de complexité et de risque. Nous avons préféré traiter ces arguments comme des hypothèses à examiner plutôt que comme des conclusions.
Nous avons donc décomposé la question en plusieurs dimensions : différenciation du concept, économie unitaire, exposition au stock et à la trésorerie, validation de la demande, capacité de développement au-delà du magasin et responsabilités liées au fait de commercialiser des produits sous son propre nom.
Pour chacune, nous avons recherché les informations récentes les plus directement utiles à la décision d’un entrepreneur en France. Nous avons privilégié les données publiques françaises, les textes réglementaires et les sources directement responsables de l’information. Les exemples d’enseignes ont été utilisés pour observer des modèles réellement en activité : non pour établir un classement des concept stores, mais pour distinguer différentes façons de combiner curation, exclusivités et produits propriétaires.
Nous avons ensuite confronté les dimensions entre elles plutôt que d’isoler un avantage particulier. Une amélioration de marge, par exemple, n’a de sens qu’en regard du capital nécessaire pour constituer le stock et de la vitesse à laquelle celui-ci se transforme réellement en ventes. De la même manière, une marque propriétaire n’est considérée comme validée que lorsque plusieurs comportements commerciaux convergent dans le temps, plutôt que sur la seule performance d’un lancement.
Les calculs présentés dans l’article sont des scénarios destinés à rendre ces arbitrages comparables. Ils ne constituent pas des moyennes de marché : nous les avons construits pour isoler l’effet économique d’un changement de coût, de marge ou de quantité commandée, toutes choses égales par ailleurs.
Enfin, nous avons accordé davantage de poids aux comportements observables — ventes, réassorts, rotation du stock, conditions d’achat, évolution de la consommation ou obligations réglementaires — qu’aux opinions générales sur ce qu’un concept store « devrait » être. C’est l’agrégation de ces éléments, examinés séparément puis remis ensemble, qui fonde notre conclusion.
Parmi les principales sources de marché et de financement utilisées figurent la Fevad sur le bilan du e-commerce français en 2025, l’Insee sur la consommation des ménages en 2025, l’Insee sur la consommation effective par fonction, la Banque de France sur les défaillances d’entreprises, Bpifrance Création sur le besoin en fonds de roulement et Bpifrance Création sur le plan de financement initial.
Pour la marque propre et les obligations associées, nous nous appuyons notamment sur l’INPI pour le coût d’un dépôt de marque, le règlement européen 2023/988 sur la sécurité générale des produits, la DGCCRF sur son application depuis décembre 2024, la DGCCRF sur l’obligation générale de sécurité, le ministère de la Transition écologique sur le statut de producteur et la DGCCRF sur l’allégation « Fabriqué en France ».
Les exemples d’enseignes proviennent de leurs propres présentations et catalogues : Smallable, Fleux et Merci. Pour le fonctionnement du wholesale et le principe de keystone pricing, nous utilisons Faire. Enfin, NielsenIQ est utilisé uniquement pour le passage consacré au poids des marques de distributeur en grande consommation, sans extrapoler cette donnée aux concept stores.
