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Ouvrir une école bilingue : est-ce encore porteur ?

Dernière mise à jour: 12 Septembre 2026
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EN RÉSUMÉ

Oui, ouvrir une école bilingue reste porteur en France, mais seulement dans les zones où la demande solvable est nettement supérieure à l’offre déjà disponible.

Le risque principal vient moins d’un désintérêt pour le bilinguisme que du recul démographique. Une école ouverte aujourd’hui travaille avec des générations d’enfants plus petites, ce qui rend les erreurs d’implantation beaucoup plus coûteuses.

La demande existe toujours parce que beaucoup de parents cherchent un niveau d’anglais que le cursus classique atteint rarement seul. Mais ils attendent désormais une promesse précise : immersion 50/50, matières enseignées en anglais, niveau visé et continuité du parcours.

La concurrence ne vient plus seulement des autres écoles privées bilingues. Les sections internationales du public offrent dans certaines zones une alternative suffisamment sérieuse pour détourner des familles qui auraient autrefois regardé directement vers le privé.

Le marché premium à 15 000 € ou 20 000 € par an existe encore, surtout à Paris et dans l’ouest parisien. Il reste toutefois étroit et dépend d’une clientèle très aisée, internationale ou parfois soutenue par un employeur.

Le créneau autour de 5 000 à 9 000 € par an paraît plus large. Il oblige en revanche à remplir correctement les classes, car avec des frais de scolarité plus bas, quelques sièges vides suffisent vite à détériorer le modèle économique.

Paris n’est donc pas automatiquement le meilleur choix. Certaines communes de la première couronne ou certains bassins comme Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Grenoble, Aix-en-Provence ou Sophia Antipolis peuvent offrir un meilleur rapport entre familles solvables, concurrence et coûts immobiliers.

Commencer par la maternelle reste une stratégie particulièrement logique : l’immersion est facile à installer tôt, les parents changent plus volontiers d’école au début de la scolarité et les niveaux peuvent ensuite être ajoutés au rythme des élèves.

Le vrai goulot d’étranglement n’est pas seulement commercial. Une école bilingue 50/50 doit aussi recruter des enseignants capables d’enseigner réellement en anglais, gérer les remplacements et maintenir ce niveau de qualité toute l’année.

Le meilleur projet n’est donc pas simplement une “école bilingue”. C’est une école avec une promesse claire, un prix cohérent, un bassin local bien choisi et suffisamment de familles déjà engagées avant la signature d’un gros bail.

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Pourquoi ouvrir une école bilingue est-il devenu plus risqué aujourd’hui ?

Ouvrir une école bilingue reste possible, mais le marché scolaire français se contracte assez vite pour qu’une mauvaise implantation devienne beaucoup plus dangereuse qu’avant.

À la rentrée 2025, la France comptait 6,155 millions d’élèves dans le premier degré public et privé sous contrat, soit 106 900 de moins en un an. La baisse atteignait 1,7 %. La DEPP prévoit surtout qu’elle va durer : son scénario intermédiaire publié en 2026 aboutit à 1 676 800 élèves de moins dans les premier et second degrés à horizon 2035, soit une contraction de 14,2 % en dix ans.

Les naissances expliquent largement cette trajectoire. L’Insee a compté 643 905 bébés nés en France en 2025. C’est 24 % de moins qu’en 2010, et la baisse se poursuivait encore sur les premiers mois de 2026.

Une école bilingue ouverte aujourd’hui travaille donc avec des générations de plus en plus petites. Dans certaines zones très recherchées, ce recul peut rester presque invisible pendant plusieurs années. Ailleurs, il suffit de perdre quelques dizaines d’enfants dans une classe d’âge pour modifier complètement l’équilibre entre les écoles disponibles.

Il faut désormais analyser le marché commune par commune, parfois même quartier par quartier.

Indicateur Situation récente
Naissances par rapport à 2010 -24 %
Élèves du premier degré en un an -106 900
Baisse projetée des effectifs scolaires sur dix ans -14,2 %
Élèves en moins projetés à horizon 2035 1,68 million

Les parents français veulent-ils encore vraiment du bilingue ?

Oui, la demande pour un vrai bilinguisme reste solide parce que l’école classique produit encore rarement des enfants réellement à l’aise en anglais.

Les évaluations nationales donnent une bonne idée de l’écart. Dans la dernière vague Cedre disponible, 56 % des élèves de CM2 atteignaient au moins le niveau A1 en compréhension orale de l’anglais et 53 % en compréhension écrite. En troisième, 62 % atteignaient A2 en compréhension orale, contre seulement 42 % en compréhension écrite.

Ces niveaux ont progressé. Cela reste pourtant assez loin de la promesse recherchée par une famille qui choisit une immersion bilingue dès trois ou quatre ans.

L’indice EF 2025 raconte une histoire proche chez les adultes. La France se situait 38e sur 123 pays et territoires et 27e sur 37 en Europe, avec un niveau global classé “moyen”. L’échantillon EF n’est pas représentatif de toute la population française, donc il ne faut pas prendre son classement au pied de la lettre. Il confirme néanmoins que parler anglais couramment reste loin d’être banal en France.

Le besoin commercial existe toujours. Les parents qui paient une école bilingue cherchent généralement davantage qu’une meilleure note en anglais : ils veulent que leur enfant puisse travailler, jouer, argumenter et apprendre naturellement dans deux langues.

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Que veulent réellement les parents quand ils paient pour une école bilingue ?

Les parents qui choisissent aujourd’hui une école bilingue attendent généralement une vraie immersion, et quelques heures d’anglais par semaine deviennent difficiles à vendre comme un produit premium.

EIB Grenelle présente par exemple un enseignement français-anglais réparti à 50/50 de la petite section au CM2. New School Lyon construit également son offre autour d’un bilinguisme 50/50 et ajoute une préparation aux certifications Cambridge.

“École bilingue” peut désigner un établissement où une partie importante des matières est enseignée en anglais comme une école qui ajoute surtout des ateliers linguistiques. Pour une famille qui compare plusieurs établissements à plusieurs milliers d’euros par an, la différence se voit vite.

Les meilleures offres rendent la promesse très concrète : combien de jours en anglais, quelles matières, quels enseignants, quel niveau attendu en fin de cycle et quelles possibilités de poursuite ensuite.

Une nouvelle école qui ne peut pas répondre clairement à ces questions aura du mal à justifier son prix.

L’école publique devient-elle une vraie concurrente des écoles bilingues privées ?

Oui, l’école publique offre désormais des parcours internationaux assez sérieux pour récupérer une partie des familles qui auraient autrefois regardé presque automatiquement vers le privé bilingue.

Les sections internationales existent au primaire, au collège et en seconde. Eduscol les décrit comme des dispositifs bilingues et biculturels intégrés au système français. À l’école élémentaire, elles ajoutent au moins trois heures hebdomadaires d’enseignements spécifiques dans la langue de la section.

Au collège, l’écart avec un cursus classique devient encore plus visible. Les élèves suivent quatre heures supplémentaires de langue et littérature étrangères, tandis qu’une partie d’une discipline non linguistique est enseignée dans l’autre langue. En histoire-géographie, la moitié de l’horaire concerné peut être dispensée dans la langue de la section.

La concurrence devrait encore monter d’un cran. Les nouveaux programmes de langues vivantes commencent actuellement à entrer en application à différents niveaux, avec un objectif national assumé de renforcer les compétences linguistiques.

Une école privée 50/50 peut toujours proposer beaucoup plus d’immersion. Mais une famille qui trouve une bonne section internationale publique près de chez elle économise facilement 10 000 à 20 000 € par enfant et par an.

Compter seulement les autres écoles privées bilingues autour d’un futur local donne donc une vision incomplète du marché.

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Les familles peuvent-elles encore payer 10 000 ou 15 000 € par enfant ?

Oui, suffisamment de familles peuvent encore payer ces montants pour soutenir plusieurs écoles bilingues premium, mais cette clientèle devient très étroite dès qu’on sort des bassins les plus riches.

Les tarifs actuels à Paris montrent jusqu’où le marché peut monter. L’École Bilingue Chardin facture 15 100 € par an en maternelle et 15 600 € en élémentaire. Lab School Paris affiche pour 2026-2027 une grille comprise entre 15 600 et 23 500 € selon la situation financière des familles. Malherbe International School, dans l’ouest parisien, affiche encore des tarifs standards allant jusqu’à 27 000 € pour certains niveaux, même si des frais réduits sont proposés aux familles autofinancées.

Ces montants trouvent des clients. Lab School indiquait par exemple que ses tranches tarifaires les moins élevées étaient déjà indisponibles pour la rentrée 2026-2027 et que son collège était complet. Cela ne prouve évidemment pas que toutes les écoles bilingues parisiennes débordent de demandes, mais cela montre qu’un marché à plus de 15 000 € existe toujours.

Le contraste avec les revenus français reste énorme. Pour beaucoup de ménages, financer deux enfants à 15 000 € signifie 30 000 € de frais de scolarité avant même la cantine, les activités ou les transports.

À ces niveaux de prix, la vraie clientèle se concentre surtout parmi les cadres très bien rémunérés, les entrepreneurs, les couples binationaux aisés et certaines familles dont l’employeur contribue aux frais de scolarité.

Établissement Frais annuels affichés
École Bilingue Chardin, élémentaire 15 600 €
Lab School Paris 15 600 à 23 500 €
Malherbe, Key Stage 2 avec tarif réduit 18 200 €
Malherbe, Key Stage 2 tarif standard 27 000 €

Y a-t-il plus d’argent à gagner avec une école bilingue moins chère ?

Potentiellement oui : le créneau autour de 5 000 à 9 000 € par an paraît aujourd’hui beaucoup plus large que le très haut de gamme parisien, à condition que les coûts restent compatibles avec ce prix.

New School Lyon constitue un exemple intéressant. Pour 2026-2027, l’école facture 549,50 € par mois pendant dix mois, soit 5 495 € de scolarité annuelle avant certains frais annexes. Pourtant, l’offre comprend un cursus français-anglais 50/50, les programmes français, la préparation Cambridge, des classes volontairement limitées et au moins un assistant par classe selon l’établissement.

Junior Academy, près de Lyon, se situe dans la même zone : 504 € par mois pour les 3-6 ans et 546 € pour les 6-12 ans, sur dix mois.

Nous sommes très loin des 15 000 à 27 000 € observés dans plusieurs écoles de la région parisienne.

Cela ouvre un positionnement intéressant : proposer une vraie école bilingue à des familles de cadres supérieurs qui veulent beaucoup plus d’anglais que dans le cursus classique sans pour autant appartenir au marché des écoles internationales à 20 000 €.

Le piège est économique. À 5 500 € par élève, une école doit contrôler sévèrement son loyer, ses effectifs, son organisation des classes et sa masse salariale. Le marché potentiel est plus vaste, mais chaque siège vide fait davantage mal.

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Paris est-il encore le meilleur endroit pour ouvrir une école bilingue ?

Paris reste le plus gros marché solvable, mais nous trouverions aujourd’hui plus intéressant de chercher certaines communes autour de Paris ou de grandes métropoles plutôt que de viser mécaniquement la capitale.

Paris, les Hauts-de-Seine et les Yvelines cumulent hauts revenus, cadres internationaux et familles habituées à payer pour l’éducation. Le niveau de vie médian récemment mesuré par l’Insee dépassait 33 000 € à Paris et dans les Hauts-de-Seine, contre un niveau national sensiblement inférieur.

Cette richesse a cependant attiré beaucoup d’écoles. À Paris et dans l’ouest parisien, une nouvelle structure peut se retrouver face à EIB, Chardin, BISP, Lab School, Malherbe et plusieurs autres établissements bilingues ou internationaux, auxquels s’ajoutent les sections internationales publiques.

Hors Île-de-France, nous regarderions particulièrement les bassins de Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Grenoble, Aix-en-Provence, Sophia Antipolis et certaines zones frontalières. Mais choisir “Toulouse” ou “Lyon” reste encore trop vague pour prendre une décision immobilière.

Le vrai travail commence ensuite. Combien d’enfants de trois à dix ans vivent à moins de vingt minutes ? Combien de parents sont cadres ou travaillent dans des entreprises internationales ? Quelles écoles bilingues existent déjà ? Ont-elles des listes d’attente ? À quel prix ? Où travaillent les parents ? Quel est le trajet réel à 8 heures du matin ?

Un quartier ou une commune avec 300 familles correspondant parfaitement à la cible peut valoir beaucoup plus qu’une grande ville qui paraît séduisante sur une carte.

Les expatriés peuvent-ils remplir une nouvelle école bilingue ?

Les expatriés peuvent donner un gros coup de pouce à une école bilingue, mais construire tout le modèle autour d’eux rend l’activité inutilement fragile.

Certaines zones se prêtent évidemment très bien à cette clientèle : ouest parisien, Sophia Antipolis, Toulouse avec l’aéronautique, Genève côté français ou certaines implantations de grands groupes internationaux.

Malherbe International School montre bien ce que demande ce marché. L’établissement accepte les candidatures en cours d’année, accueille les enfants arrivant de l’étranger et propose du français langue étrangère aux élèves non francophones. Cette souplesse répond directement à la mobilité des familles internationales.

Mais les expatriés partent aussi. Une mutation, une fermeture de bureau ou un changement de politique RH peut retirer plusieurs familles d’un coup.

Nous préférerions une base composée de familles françaises recherchant un bilinguisme fort, de couples binationaux et de familles internationales. Une école capable de plaire aux trois groupes dépend beaucoup moins d’un seul flux de clientèle.

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Est-il plus malin de commencer une école bilingue par la maternelle ?

Oui, commencer par les petites classes reste probablement la manière la plus propre de lancer une nouvelle école bilingue.

L’immersion linguistique s’installe facilement chez de jeunes enfants et aucun niveau d’anglais élevé n’est nécessaire à l’entrée. Malherbe, par exemple, n’impose pas de prérequis linguistique en maternelle. Plusieurs écoles bilingues parisiennes commencent également dès deux ou trois ans.

Commercialement, les parents prennent aussi plus facilement une décision structurante au début de la scolarité. Convaincre une famille d’inscrire son premier enfant en petite section est généralement plus simple que de lui demander de retirer un enfant heureux de son école en CM1.

La progression peut ensuite suivre les élèves : ouverture de la maternelle, ajout du CP, puis du CE1 et ainsi de suite. Cette méthode évite de lancer immédiatement six ou sept niveaux avec plusieurs classes sous-remplies.

La chute des naissances rend cependant cette stratégie moins automatique qu’avant. Nous vérifierions précisément la population des moins de cinq ans dans la zone plutôt que de considérer la maternelle comme un marché naturellement abondant.

Pourquoi une vraie école bilingue coûte-t-elle si cher à faire tourner ?

Une école bilingue 50/50 coûte cher surtout parce que la qualité repose sur une équipe difficile à recruter et impossible à remplacer par quelques heures d’anglais sous-traitées.

Il faut trouver des enseignants capables d’enseigner réellement dans leur langue, organiser les matières entre français et anglais, prévoir les remplacements et maintenir cette organisation toute l’année. Une seule absence longue peut devenir beaucoup plus compliquée à gérer que dans une école classique si le vivier local d’enseignants anglophones est réduit.

New School Lyon indique par exemple que ses frais financent son bilinguisme intégral 50/50, des classes volontairement limitées, au moins un assistant par classe, la préparation Cambridge et différents services complémentaires. Même lorsque certains enseignants bénéficient d’une prise en charge publique, une grande partie du modèle bilingue reste financée par l’école.

Ce point mérite d’être testé avant le bail. Une ville peut avoir beaucoup de familles intéressées tout en offrant un vivier trop faible d’enseignants anglophones expérimentés.

Dans ce cas, le problème de croissance apparaît dès la deuxième ou troisième classe.

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Ouvrir une école bilingue hors contrat est-il devenu beaucoup plus compliqué ?

Oui, ouvrir une école bilingue hors contrat reste juridiquement possible, mais l’État surveille aujourd’hui ces établissements de beaucoup plus près.

L’ouverture suit toujours un régime déclaratif. Le dossier est transmis au rectorat et aux différentes autorités concernées, et l’établissement peut en principe ouvrir après le délai prévu si aucune opposition n’est formulée.

Une fois l’école ouverte, les contrôles portent entre autres sur l’instruction obligatoire, la progression vers le socle commun, la protection des mineurs, les qualifications requises, l’ordre public et certains aspects administratifs et financiers.

Les pouvoirs publics ont renforcé ce cadre depuis plusieurs années. Les contrôles d’honorabilité des personnels, les possibilités d’intervention administrative et les exigences de suivi rendent aujourd’hui risqué un projet où la partie réglementaire serait traitée comme une formalité.

Pour une école bilingue, une difficulté supplémentaire apparaît : le projet doit être compréhensible pédagogiquement en français comme en anglais tout en permettant aux élèves d’acquérir les compétences attendues du système français lorsque celui-ci sert de référence.

Nous prévoirions donc la conformité, les évaluations et la documentation pédagogique dès la conception de l’école.

Passer sous contrat peut-il rendre une école bilingue beaucoup plus rentable ?

Oui, une prise en charge publique d’une partie des enseignants peut changer fortement les comptes d’une école bilingue, mais un nouveau projet ne devrait jamais dépendre de cette hypothèse pour survivre.

New School Lyon offre ici un cas concret. L’établissement précise que les moyens de l’État ne concernent actuellement que trois classes et seulement la moitié du temps d’enseignement. Le reste du fonctionnement, notamment l’ambition bilingue, continue d’être financé par New School.

Le contrat peut donc alléger une partie du coût pédagogique sans faire disparaître les dépenses qui rendent l’école différente : deuxième langue, assistants, petits effectifs, locaux, activités ou services aux familles.

Pour un fondateur, nous traiterions cette possibilité comme un bonus de moyen terme. Les premières années doivent pouvoir fonctionner avec les revenus que l’école contrôle réellement.

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“Bilingue + Montessori” attire-t-il encore suffisamment les parents ?

Le mélange bilingue-Montessori peut encore attirer des familles, mais cette combinaison est devenue trop courante pour constituer à elle seule une vraie différence.

Junior Academy se présente déjà comme une école Montessori bilingue près de Lyon. D’autres établissements combinent immersion linguistique, pédagogie par projets, petits groupes ou méthodes alternatives. Les parents intéressés par ce type d’éducation ont aujourd’hui beaucoup plus de choix qu’il y a quinze ans.

Une nouvelle école doit donc être plus précise.

Une proposition comme “50 % de la semaine en anglais avec préparation Cambridge pour moins de 7 000 € par an” donne immédiatement des éléments comparables. Il en va de même pour une école spécialisée dans les familles revenant d’expatriation, une école adaptée à une zone frontalière ou un établissement qui assure une continuité bilingue jusqu’au collège.

Des mots comme “bilingue”, “Montessori”, “bienveillance” et “ouverture internationale” restent séduisants. Empilés sans preuve concrète, ils ressemblent désormais au vocabulaire standard du secteur.

Combien d’élèves faut-il vraiment avant d’ouvrir une école bilingue ?

Une école bilingue peut brûler beaucoup d’argent avec seulement quelques classes mal remplies, donc le nombre de familles réellement engagées avant l’ouverture compte davantage que la taille théorique du marché.

Prenons un établissement facturant 8 000 € par an. Cinquante élèves produisent 400 000 € de chiffre d’affaires. À 80 élèves, nous arrivons à 640 000 €. Cent élèves donnent 800 000 €.

À 12 000 € par an, cent élèves génèrent 1,2 million d’euros. Mais cette somme doit encore payer les enseignants, les charges sociales, la direction, l’administration, les assistants, les locaux, l’assurance, les remplacements, le matériel et parfois la restauration ou l’accueil périscolaire.

Le problème vient surtout des classes à moitié vides. Un enseignant de CP coûte presque autant avec neuf élèves qu’avec dix-huit. Ouvrir trop de niveaux trop tôt peut donc faire monter les coûts plus vite que les recettes.

Nous testerions aussi la demande avec des engagements plus sérieux qu’un questionnaire. Une famille qui clique “intéressée” n’a presque rien décidé. Une famille qui a visité l’école, vu les tarifs, passé un entretien et versé des frais de réservation apporte une information beaucoup plus utile.

Avant de signer un gros bail, nous voudrions voir un noyau de familles correspondant exactement aux âges qui ouvriront les premières classes.

Élèves CA à 8 000 €/an CA à 12 000 €/an
40 320 000 € 480 000 €
60 480 000 € 720 000 €
80 640 000 € 960 000 €
100 800 000 € 1 200 000 €
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Alors, ouvrir une école bilingue est-il encore porteur en France ?

Oui, ouvrir une école bilingue reste porteur en France aujourd’hui, mais nous ne lancerions le projet qu’après avoir trouvé une zone locale où la demande solvable dépasse clairement l’offre disponible.

Le besoin pédagogique n’a pas disparu. Les performances en anglais du cursus classique progressent, mais elles restent loin d’un bilinguisme généralisé. Des familles continuent parallèlement à payer 15 000 €, 20 000 € et parfois davantage pour une scolarité internationale, tandis que des écoles autour de 5 000 à 6 000 € montrent qu’un modèle beaucoup plus accessible peut également fonctionner.

Le contexte est toutefois moins indulgent. La France se dirige vers une baisse massive du nombre d’élèves, les sections internationales publiques offrent une alternative crédible dans davantage de territoires et le simple affichage “bilingue” ne suffit plus à se distinguer.

Nous chercherions aujourd’hui une école assez spécialisée pour être immédiatement compréhensible : immersion 50/50, prix sensiblement inférieur au premium parisien, bassin de cadres internationaux, parcours Cambridge, accueil des retours d’expatriation ou autre promesse aussi concrète.

Nous voudrions ensuite vérifier trois choses dans la zone réelle de chalandise : beaucoup d’enfants du bon âge, suffisamment de familles capables de payer le prix affiché et peu de places comparables à moins de vingt minutes.

Quand ces trois conditions sont réunies, le bilingue peut encore être un très bon business éducatif. Quand l’une manque, la baisse démographique laisse désormais beaucoup moins de temps pour corriger l’erreur.

SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Pour déterminer si ouvrir une école bilingue reste une opportunité attractive en France, nous avons évité de partir d’une impression générale sur le marché. Nous avons transformé la question en plusieurs dimensions observables : démographie scolaire, niveau et demande linguistiques, concurrence publique, prix pratiqués, solvabilité des familles, géographie, modèle économique, recrutement des enseignants et cadre réglementaire.

Nous avons privilégié les données les plus récentes disponibles et les sources les plus proches de l’information originale : statistiques de la DEPP et de l’Insee pour la démographie et les revenus, ministère de l’Éducation nationale pour les langues et l’enseignement privé, textes réglementaires pour le cadre juridique, puis sites des écoles pour les tarifs, l’organisation pédagogique, les admissions et le financement.

Nous avons distingué la taille nationale du marché de sa qualité locale. Une baisse du nombre d’élèves en France ne signifie pas qu’aucune implantation ne peut fonctionner, pas plus que l’existence d’écoles à 15 000 € ou 20 000 € par an ne prouve qu’un nouveau projet premium trouvera automatiquement sa clientèle.

La concurrence a été regardée du point de vue des parents. Cela inclut les autres écoles privées bilingues, mais aussi les sections internationales du public et les établissements proposant différents degrés d’immersion.

Les données de la DEPP servent de base pour mesurer la contraction du marché scolaire : 6,155 millions d’élèves dans le premier degré à la rentrée 2025, 106 900 de moins en un an, et une projection d’environ 1,68 million d’élèves en moins dans les premier et second degrés à horizon 2035. L’Insee complète ce cadre avec 643 905 naissances en 2025, soit environ 24 % de moins qu’en 2010.

Pour la demande linguistique, nous avons utilisé les évaluations Cedre de la DEPP, les informations du ministère sur l’enseignement des langues et les sections internationales, ainsi que l’EF English Proficiency Index 2025. L’indice EF est utilisé comme indicateur complémentaire, pas comme mesure représentative de l’ensemble de la population française.

Pour les prix et les modèles pédagogiques, nous avons privilégié les informations publiées directement par les établissements. Les exemples de Chardin, Lab School Paris, Malherbe International School, New School Lyon et Junior Academy servent à montrer les écarts de tarifs, de niveau d’immersion et de positionnement, pas à établir une moyenne nationale.

Nous avons accordé davantage de poids aux éléments qui permettent de tester un projet entrepreneurial concret : population d’enfants dans la zone de chalandise, capacité des familles à payer, intensité de la concurrence, remplissage probable des classes, disponibilité d’enseignants anglophones et contraintes réglementaires. La conclusion vient de l’agrégation de ces facteurs, pas d’un seul chiffre.

Les principales sources utilisées sont : la DEPP sur les effectifs du premier degré à la rentrée 2025, la DEPP sur les projections scolaires à horizon 2035, l’Insee sur les naissances en 2025, la DEPP sur le niveau d’anglais des élèves, EF sur le niveau d’anglais en France, le ministère de l’Éducation nationale sur les sections internationales à l’école primaire, l’Insee sur les niveaux de vie territoriaux, l’École Bilingue Chardin sur ses frais de scolarité, Lab School Paris sur ses tarifs et inscriptions, Malherbe International School sur ses frais de scolarité, New School Lyon sur ses frais de scolarité, Junior Academy sur ses admissions et tarifs, New School Lyon sur son contrat simple avec l’État, Service-Public.fr sur les règles applicables aux établissements privés hors contrat et Légifrance sur le contrôle de l’État des établissements privés.

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