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EN RÉSUMÉ
Oui, la DNC change encore les projets de ferme bovine en France, mais surtout en imposant davantage de marge de sécurité sur les mouvements, les débouchés et la trésorerie. Elle ne justifie plus, à elle seule, de renoncer à une exploitation solide.
Le contexte sanitaire s’est nettement détendu : la France a recensé 117 foyers depuis le début de l’épisode, mais aucun nouveau foyer n’a été confirmé depuis le 2 janvier. Les zones réglementées les plus lourdes ont toutes été levées.
La sortie de crise n’est pourtant pas complètement terminée. La vaccination continue dans certaines zones et, dans une partie du Sud-Ouest, l’arrêt de la campagne ouvre encore une période de surveillance de huit mois avant un retour au statut indemne si la situation reste stable.
Pour une exploitation saine, le risque économique le plus crédible n’est plus l’abattage total du troupeau : c’est le lot qui ne part pas quand prévu. Quelques semaines de décalage peuvent immobiliser du chiffre d’affaires, consommer du fourrage et saturer les bâtiments.
Les modèles ne sont pas exposés de la même manière. Un naisseur qui exporte régulièrement des broutards dépend davantage de la fluidité des mouvements qu’un élevage laitier dont le revenu principal vient du lait collecté.
L’Italie reste un point de concentration majeur : environ 80 % des broutards français exportés en 2025 y ont été envoyés. Le débouché reste solide, mais construire tout le modèle autour d’un seul négociant et d’un seul pays est désormais difficile à défendre.
La baisse du nombre de bovins disponibles ne vient pas seulement de la DNC. La décapitalisation du cheptel, la MHE et la FCO avaient déjà réduit l’offre avant l’arrivée de la maladie, ce qui aide aussi à comprendre pourquoi les cours restent élevés.
Des prix bovins élevés malgré une consommation de viande assez molle suggèrent surtout une offre devenue serrée. Pour un nouvel entrant, la capacité à produire régulièrement des animaux vendables compte aujourd’hui davantage que la crainte d’un effondrement durable des prix lié à la DNC.
Le bon test d’emplacement n’est donc pas de regarder uniquement la carte des anciens foyers. Il faut surtout demander si la ferme peut continuer à tourner quatre à huit semaines avec des animaux qui restent plus longtemps : place, fourrage, eau, trésorerie et débouchés alternatifs.
La DNC devient finalement un test de robustesse du business plan. Une ferme autonome, peu saturée et commercialement diversifiée peut raisonnablement absorber ce risque ; une exploitation déjà tendue au centime près révèle au contraire une fragilité qui dépasse largement cette maladie.
La DNC est-elle encore un vrai problème pour les élevages bovins en France ?
Aujourd’hui, la DNC ne justifie plus de mettre en pause un projet de ferme bovine en France.
Le dernier foyer français de dermatose nodulaire contagieuse a été détecté le 2 janvier. Depuis, aucun nouveau foyer n’a été confirmé. La France a connu 117 foyers depuis l’arrivée de la maladie, mais la chaîne de nouveaux cas s’est interrompue.
Les restrictions les plus lourdes ont également disparu. Les sept zones réglementées créées pendant l’épidémie ont toutes été levées. Une nouvelle zone de surveillance avait brièvement été instaurée dans les Hautes-Pyrénées après un foyer espagnol, puis elle a elle aussi été supprimée.
Pour autant, la DNC n’a pas complètement quitté le quotidien de certains élevages. Le ministère rappelait encore très récemment que la vaccination reste en cours dans plusieurs zones françaises et que la stabilité sanitaire doit être entretenue pendant la période d’activité des insectes vecteurs.
Le risque a donc clairement baissé. Pour un porteur de projet, nous sommes passés d’une maladie capable de bloquer brutalement une région à une contrainte qu’il faut surtout savoir intégrer dans les mouvements d’animaux et le calendrier de commercialisation.
| Ce qu’on regarde | Situation actuelle |
|---|---|
| Foyers français recensés depuis le début de l’épisode | 117 |
| Nouveau foyer français depuis le 2 janvier | Aucun |
| Zones réglementées encore actives | Aucune |
| Vaccination | Toujours en cours dans certaines zones |
| Niveau de risque pour un nouveau projet | Généralement gérable |
Pourquoi la DNC a-t-elle autant inquiété les éleveurs bovins ?
La DNC a inquiété les élevages bovins parce qu’un seul foyer peut entraîner l’abattage du troupeau et perturber les mouvements d’animaux bien au-delà de l’exploitation touchée.
La maladie elle-même peut provoquer fièvre, nodules cutanés, chute de production et parfois la mort. Elle ne touche pas l’être humain et ne rend ni le lait ni la viande dangereux à consommer.
Le vrai choc pour les exploitations vient surtout des mesures nécessaires pour arrêter la propagation. Lorsqu’un foyer est confirmé, les bovins de l’exploitation peuvent être dépeuplés. Autour du foyer, les pouvoirs publics peuvent créer une zone de protection de 20 kilomètres et une zone de surveillance de 50 kilomètres, avec des restrictions sur les déplacements.
Une ferme parfaitement saine peut donc se retrouver prise dans les conséquences d’un foyer situé plusieurs kilomètres plus loin.
C’est particulièrement gênant pour les élevages dont le revenu dépend d’animaux qui doivent partir régulièrement : broutards, reproducteurs ou bovins destinés à l’engraissement. Quelques semaines de retard peuvent rapidement créer un problème de place, d’alimentation et surtout de trésorerie.
Voilà pourquoi la DNC reste pertinente dans un business plan même lorsque le nombre de foyers est retombé à zéro.
Peut-on de nouveau déplacer normalement des bovins en France ?
Dans la majeure partie du pays, oui, mais les bovins issus des zones vaccinales restent soumis à certaines règles supplémentaires.
La disparition des zones réglementées a largement normalisé la circulation des animaux. Les contraintes les plus fortes, celles qui accompagnaient directement les foyers, ne couvrent plus aujourd’hui de territoire français.
Dans une zone vaccinale, les sorties vers une exploitation située en zone indemne peuvent toutefois demander plusieurs précautions. Le ministère prévoit notamment que les bovins soient valablement vaccinés depuis plus de 28 jours, que leur élevage d’origine présente une couverture vaccinale suffisante, qu’un vétérinaire réalise un examen clinique favorable avant le départ et qu’un laissez-passer sanitaire soit délivré.
Pour un élevage qui vend quelques reproducteurs chaque année, cela change peu l’économie du projet. L’effet devient beaucoup plus visible lorsque plusieurs lots doivent quitter régulièrement l’exploitation.
Une instruction technique publiée récemment prépare déjà la période suivant l’arrêt de la vaccination. Elle fixe les conditions de mouvement pendant les huit mois qui suivront.
Le retour vers une situation encore plus simple est donc engagé, mais les exploitations situées dans les zones concernées n’en sont pas tout à fait sorties.
La vaccination contre la DNC va-t-elle encore durer longtemps ?
La vaccination contre la DNC reste une contrainte temporaire pour certaines fermes bovines, avec une sortie déjà programmée si la situation sanitaire reste stable.
La stratégie française est ciblée. Il n’est pas prévu de vacciner durablement tous les bovins du pays.
Dans les anciennes zones les plus touchées, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et dans certaines parties du Sud-Ouest, la vaccination doit continuer jusqu’à la fin de l’année. L’objectif est de conserver une forte immunité pendant toute la période où les insectes capables de transporter le virus restent actifs.
La situation est différente dans la zone vaccinale préventive du Sud-Ouest, qui n’avait pas elle-même connu de foyer. La vaccination doit y prendre fin prochainement. Une période de surveillance de huit mois commencera ensuite. Si aucun problème sanitaire n’apparaît, le territoire pourra retrouver son statut indemne.
Pour un investisseur, c’est plutôt une bonne nouvelle : il y a désormais un calendrier de sortie au lieu d’une campagne sans horizon clair.
Il reste une nuance : si la situation sanitaire se dégrade, ce calendrier pourra être modifié. Pour un projet lancé dans l’une de ces zones, mieux vaut donc garder un peu de souplesse sur les mouvements pendant encore plusieurs mois.
Le Sud-Ouest est-il devenu une mauvaise région pour créer une ferme bovine ?
Non, la DNC ne suffit pas aujourd’hui à rendre un projet bovin dans le Sud-Ouest moins intéressant qu’un bon projet situé ailleurs.
Le Sud-Ouest a pourtant réellement été exposé. L’Occitanie a compté 29 des 117 foyers français, avec une concentration particulièrement forte dans les Pyrénées-Orientales. Des cas sont aussi apparus dans l’Ariège, l’Aude, la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées.
La proximité de l’Espagne ajoute une particularité. Même quand la situation française est calme, un foyer espagnol proche de la frontière peut déclencher des mesures côté français. C’est déjà arrivé.
Le gouvernement a donc créé une large zone tampon vaccinée dans le Sud-Ouest, y compris dans des endroits où aucun foyer n’avait été détecté. Cette zone protège le reste du territoire tout en ajoutant momentanément des contraintes pour certains éleveurs.
Nous ne rejetterions pourtant pas un bon foncier, une forte autonomie fourragère ou un excellent débouché uniquement pour cette raison. Ces avantages peuvent durer vingt ans alors que la carte sanitaire peut changer en quelques semaines.
Ce que nous regarderions de très près, en revanche, c’est la commune exacte et la destination des animaux. Un éleveur qui finit ses bovins localement n’a pas la même exposition qu’un naisseur qui expédie de nombreux broutards à l’étranger.
Les anciennes zones touchées dans l’Est sont-elles encore pénalisées ?
Aujourd’hui, la DNC pèse beaucoup moins sur les projets bovins de l’Est qu’au moment où les foyers s’y multipliaient.
C’est pourtant là que l’épisode français a commencé et qu’il a frappé le plus fort. Sur les 117 foyers recensés, 80 ont concerné Auvergne-Rhône-Alpes et huit Bourgogne-Franche-Comté. À elles deux, ces régions ont donc concentré environ trois quarts des foyers français.
La Savoie et la Haute-Savoie ont été particulièrement touchées. Le Jura et le Doubs ont également connu des cas.
Mais cette concentration historique ne décrit plus très bien la situation actuelle. Les zones réglementées ont été levées et transformées en zones vaccinales lorsque les conditions sanitaires l’ont permis. Les mouvements ont progressivement repris.
Pour choisir aujourd’hui entre deux fermes, nous donnerions donc beaucoup plus de poids à l’autonomie fourragère, au prix du foncier, au débouché, aux bâtiments et à la qualité du troupeau qu’au nombre de foyers observés l’année précédente.
La DNC peut encore départager deux dossiers très proches. Elle ne devrait plus, à elle seule, faire éliminer une exploitation située en Savoie, dans le Jura ou ailleurs dans l’ancienne zone touchée.
Est-ce encore risqué de vendre des broutards à l’Italie ?
Oui, vendre des broutards français à l’Italie reste plus exposé au risque DNC qu’un modèle disposant de plusieurs débouchés.
L’Italie absorbe une énorme partie du commerce français de broutards. Les données douanières reprises par Les Marchés montrent qu’environ 915 000 broutards français ont été exportés en 2025, dont quelque 732 000 vers l’Italie.
Cela représente environ 80 % des exportations françaises.
Quand les conditions sanitaires se sont durcies, ce débouché a effectivement été perturbé. Les exportations françaises de broutards ont terminé l’année en baisse de 3,2 %, tandis que les volumes envoyés vers l’Italie ont diminué d’environ 6 %.
Depuis, les choses se sont améliorées. L’Italie a progressivement accepté les animaux vaccinés provenant des zones françaises concernées. Le protocole a ensuite été élargi à davantage de territoires. L’Espagne a également assoupli les échanges.
Nous continuerions donc volontiers à utiliser l’Italie comme débouché principal dans un projet allaitant. Elle reste trop importante pour la filière pour être traitée comme un marché marginal.
En revanche, construire le modèle autour d’un seul négociant et d’une seule destination devient difficile à défendre. La crise a montré que les acheteurs italiens savent se tourner vers d’autres origines européennes lorsque les bovins français deviennent momentanément compliqués à importer.
| Exportations françaises de broutards | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Total exporté en 2025 | 915 000 têtes |
| Vers l’Italie | 732 000 têtes |
| Part de l’Italie | Environ 80 % |
| Variation du total exporté | -3,2 % |
| Variation vers l’Italie | Environ -6 % |
La DNC explique-t-elle vraiment la baisse du nombre de broutards disponibles ?
Non, la DNC a aggravé le problème mais le manque de bovins français vient d’une tendance beaucoup plus profonde.
Les exportations de broutards diminuaient déjà. La France n’a plus dépassé le million de têtes exportées depuis 2022, et l’Institut de l’Élevage attend encore une baisse du nombre d’animaux disponibles.
Le cheptel bovin français recule depuis des années. Moins de vaches signifie mécaniquement moins de veaux, moins de broutards et moins de bovins finis quelques mois plus tard.
Plusieurs maladies se sont ajoutées à cette décapitalisation. La maladie hémorragique épizootique et la fièvre catarrhale ovine ont provoqué mortalité, problèmes de fertilité et baisse des naissances avant même l’arrivée de la DNC.
Si les exportations baissent encore après l’épisode DNC, il faudra donc éviter de conclure trop vite que les restrictions sanitaires ont fermé le marché. Une partie du problème vient simplement du fait que la France produit moins d’animaux.
Les acheteurs italiens donnent un bon aperçu de cette tension. Lorsqu’ils ont eu plus de mal à s’approvisionner en France, ils ont augmenté leurs achats en Tchéquie, en Irlande, en Hongrie, en Autriche, en Espagne et en Slovénie.
La demande étrangère existe donc encore. Pour un nouvel éleveur, le risque est autant de réussir à produire régulièrement des veaux que de parvenir à les exporter.
Les prix des bovins ont-ils souffert durablement de la DNC ?
Non, la DNC a créé des à-coups sur certains marchés mais elle n’a pas provoqué de chute durable des prix bovins.
Il y a bien eu des moments difficiles. Lorsque certains marchés aux bestiaux ont fermé temporairement, des cotations ont reculé très vite. À l’automne 2025, le prix national d’un petit veau laitier mâle de 45 à 50 kg avait par exemple perdu 43 euros en une semaine selon les données FranceAgriMer reprises par Les Marchés.
Mais la photographie actuelle est très différente. La baisse du cheptel limite l’offre et continue de soutenir les cours.
La DRAAF Occitanie relevait par exemple une cotation de 9,82 €/kg pour une catégorie de bovins viande à la mi-juin, soit 13 % de plus qu’un an auparavant et 29 % au-dessus de la moyenne 2021-2023.
Ce niveau est d’autant plus intéressant que la consommation ne s’envole pas. Les achats de viande bovine de boucherie des ménages avaient reculé de 10,5 % entre 2024 et 2025 et baissaient encore ensuite.
Des prix élevés malgré une demande assez molle montrent à quel point l’offre bovine est devenue serrée.
Pour un nouveau projet, nous considérerions donc surtout la DNC comme un risque de mauvais timing de vente. Rien ne permet aujourd’hui d’en faire un scénario crédible d’effondrement durable du prix des bovins.
Que se passe-t-il si la DNC arrive directement dans notre troupeau ?
Un foyer de DNC dans une ferme bovine reste un scénario très lourd puisque le troupeau peut être entièrement dépeuplé.
C’est le risque extrême qu’il ne faut pas masquer derrière l’amélioration générale de la situation.
La stratégie française d’éradication prévoit l’abattage des bovins d’un foyer confirmé. Un éleveur peut donc perdre en quelques jours un troupeau construit pendant plusieurs années.
L’État indemnise toutefois les animaux abattus sur ordre administratif. Le dispositif couvre également certains abattages préventifs. Le traitement fiscal et social des indemnités versées pour les reproducteurs a aussi été aménagé pour faciliter la reconstitution du cheptel.
L’indemnisation réduit fortement le risque de perdre toute la valeur marchande des animaux, mais elle ne recrée pas instantanément une exploitation.
Une bonne vache reproductrice, une lignée génétique sélectionnée depuis longtemps ou un troupeau laitier homogène ne se rachètent pas toujours immédiatement. Pendant la reconstitution, les bâtiments, les emprunts et une partie des charges continuent aussi à courir.
C’est là que nous serions exigeants sur un nouveau projet : l’indemnisation publique doit être considérée comme une protection du capital animal, pas comme un remplacement de la trésorerie nécessaire pour traverser plusieurs mois compliqués.
Les fermes laitières et les élevages allaitants risquent-ils la même chose avec la DNC ?
Non, un élevage allaitant qui vend beaucoup d’animaux vivants est généralement plus exposé aux restrictions de mouvements qu’une ferme laitière.
Prenons un naisseur dont les broutards partent régulièrement à l’étranger. Chaque lot doit pouvoir sortir au bon moment. Une modification des règles sanitaires peut repousser cette vente, obligeant l’exploitation à conserver les animaux plus longtemps.
Un producteur laitier fonctionne autrement. Son chiffre d’affaires principal vient du lait collecté régulièrement. La DNC ne se transmet pas à l’être humain et les produits issus des bovins ne présentent pas de danger pour le consommateur. Tant que le troupeau reste sain, la vente du lait est donc beaucoup moins dépendante des mouvements de bovins vivants.
En revanche, le scénario d’un foyer directement dans un troupeau laitier est particulièrement violent. Un dépeuplement coupe immédiatement la production alors que la salle de traite, les bâtiments et les remboursements restent là.
Un atelier d’engraissement se situe entre les deux. Il dépend d’entrées régulières pour remplir ses bâtiments puis de sorties de bovins finis.
La fréquence des mouvements devient donc un très bon indicateur du risque DNC d’un business model.
| Modèle bovin | Principal risque lié à la DNC |
|---|---|
| Naisseur exportateur | Retard ou blocage des sorties |
| Naisseur avec plusieurs débouchés français | Risque plus facile à absorber |
| Engraisseur | Perturbation des entrées et sorties |
| Producteur laitier | Impact très fort si le troupeau lui-même devient foyer |
| Système très autonome | Moins sensible aux restrictions commerciales |
Faut-il désormais choisir une ferme bovine en fonction du risque sanitaire local ?
Le risque DNC doit entrer dans le choix de l’emplacement, mais il reste derrière des critères beaucoup plus durables comme le foncier, le fourrage, l’eau et les débouchés.
Les cartes sanitaires changent vite. Une commune peut passer d’une zone réglementée à une zone vaccinale puis, après une période de surveillance, retrouver progressivement un fonctionnement normal.
Les caractéristiques physiques de l’exploitation bougent beaucoup moins. Une ferme avec des prairies regroupées, suffisamment d’eau, de bons bâtiments, une forte autonomie alimentaire et un acheteur proche conservera ces avantages bien après la fin de la campagne DNC.
Nous ajouterions cependant un test qui paraissait beaucoup moins important avant les dernières épizooties : que se passe-t-il si les bovins ne peuvent pas quitter l’exploitation pendant quelques semaines ?
La réponse peut complètement changer la qualité du projet.
Une ferme disposant d’un peu de place libre et de stocks fourragers peut garder temporairement un lot supplémentaire. Une exploitation déjà saturée doit continuer à nourrir des animaux qu’elle pensait avoir vendus, alors que le lot suivant arrive.
La proximité des frontières mérite aussi davantage d’attention. Des foyers étrangers ont déjà eu des conséquences réglementaires en France. Être situé loin d’un foyer français ne garantit donc pas toujours qu’aucune mesure ne s’appliquera.
Nous utiliserions la DNC comme un test de résistance de l’emplacement plutôt que comme une carte indiquant les régions où il faudrait investir ou ne pas investir.
Combien de trésorerie supplémentaire faut-il prévoir à cause de la DNC ?
La DNC renforce clairement l’intérêt d’avoir plusieurs semaines de trésorerie disponible plutôt qu’un projet bovin financé au centime près.
Le scénario le plus crédible pour une exploitation saine reste un retard de mouvement plutôt qu’un abattage complet du troupeau.
Un lot de broutards conservé plus longtemps continue à manger. Il occupe une place prévue pour les animaux suivants et repousse l’encaissement de la vente. Si l’exploitation travaille déjà avec très peu de liquidités, quelques semaines suffisent pour tendre la trésorerie.
Les règles de vaccination montrent concrètement comment ce délai peut apparaître. Dans certaines zones, un bovin doit avoir passé plus de 28 jours depuis sa vaccination avant de pouvoir rejoindre certaines destinations, en plus des autres conditions sanitaires.
Nous éviterions donc de fixer une fausse règle universelle du type « ajoutez 20 000 euros à cause de la DNC ». Le montant dépend trop de la taille du troupeau, du coût alimentaire et du rythme des ventes.
Le bon calcul consiste à simuler un lot qui ne part pas pendant quatre à huit semaines : combien coûte son alimentation supplémentaire, combien d’argent reste immobilisé et les bâtiments peuvent-ils réellement l’accueillir ?
Si ce simple scénario met immédiatement l’exploitation en difficulté, le problème dépasse déjà largement la DNC. Le projet est trop tendu.
La DNC rend-elle finalement les nouveaux élevages bovins moins intéressants ?
Seulement à la marge : pour un bon projet bovin français, la baisse du cheptel et la solidité actuelle des prix comptent aujourd’hui davantage que le risque DNC.
La France produit moins de bovins depuis plusieurs années. La baisse des troupeaux allaitants et laitiers réduit l’offre, tandis que les épisodes de MHE, de FCO puis de DNC ont encore compliqué la reproduction et les mouvements.
Cette rareté a un effet économique très concret. Les cours bovins restent élevés malgré une consommation de viande plutôt faible. À l’export, les acheteurs italiens continuent eux aussi à chercher des broutards, au point de se tourner vers d’autres pays lorsque la France en fournit moins.
Un éleveur capable de maintenir de bons taux de vêlage, une faible mortalité, une autonomie alimentaire correcte et plusieurs débouchés peut donc profiter d’une offre nationale plus serrée.
Nous ne présenterions pas les maladies animales comme une « opportunité » : elles créent des pertes très réelles pour les exploitations touchées. Mais elles n’ont pas rendu structurellement mauvais le marché dans lequel entre un nouvel éleveur.
Au contraire, les chiffres de prix nous disent actuellement qu’un bovin disponible et commercialisable reste une ressource recherchée.
Ferme bovine : la DNC change-t-elle encore les projets ?
Oui, mais la DNC change aujourd’hui surtout la manière de sécuriser une ferme bovine, beaucoup moins la décision de créer la ferme elle-même.
Le constat sanitaire est franchement meilleur qu’au cœur de la crise. Aucun nouveau foyer français n’a été détecté depuis le 2 janvier. Les anciennes zones réglementées ont disparu. Les échanges ont repris et les principaux marchés étrangers ont progressivement accepté les bovins vaccinés sous certaines conditions.
Nous n’utiliserions donc plus la DNC pour justifier l’abandon d’une ferme rentable sur le papier et solide sur le terrain.
Il faut cependant garder un œil sur la sortie de crise. La vaccination continue actuellement dans certaines zones. Dans une partie du Sud-Ouest, son arrêt est programmé prochainement, puis huit mois de surveillance seront nécessaires avant un retour au statut indemne si tout se passe bien. Dans les anciennes zones les plus touchées, la campagne doit durer davantage. Le ministère vient encore de mettre à jour les règles de mouvements qui s’appliqueront pendant cette transition.
C’est là que la DNC change réellement un projet.
Nous serions plus prudents devant une ferme saturée en permanence, sans réserve de trésorerie, qui vend tous ses broutards à un seul intermédiaire dépendant de l’Italie. Un élevage disposant de place, de fourrage, de liquidités et de plusieurs débouchés encaisse beaucoup mieux le même incident sanitaire.
Et ce raisonnement dépasse déjà la dermatose nodulaire contagieuse. En quelques années, les élevages bovins français ont dû composer avec la MHE, la FCO puis la DNC. Il serait désormais naïf de construire un business plan en supposant que la circulation des animaux restera parfaitement fluide chaque année.
Aujourd’hui, la DNC ne doit donc plus décider si nous créons une ferme bovine. Elle doit décider à quel point cette ferme doit être capable de continuer à fonctionner quand, pendant quelques semaines, les animaux ne partent pas exactement comme prévu.
SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
Cette analyse cherche à déterminer si la dermatose nodulaire contagieuse change encore réellement l’intérêt d’un projet de ferme bovine en France. Nous avons comparé la situation sanitaire actuelle avec les règles de mouvement, le calendrier vaccinal, l’exposition géographique, la dépendance aux exportations, l’évolution du cheptel, les niveaux de prix et la capacité d’une exploitation à absorber un blocage temporaire.
Nous avons donné la priorité aux sources publiques et aux organismes de référence de la filière, puis confronté les données entre elles. Une baisse des exportations, par exemple, n’est pas interprétée automatiquement comme une fermeture de marché si le cheptel et le nombre d’animaux disponibles diminuent en parallèle.
La situation sanitaire et réglementaire repose principalement sur les publications du ministère de l’Agriculture : nombre et localisation des foyers, levée des zones réglementées, stratégie vaccinale 2026, prolongation de la vaccination dans la zone I du Sud-Ouest et règles de mouvements pendant les huit mois suivant l’arrêt de la vaccination.
Pour les échanges et l’économie de la filière, nous avons utilisé les travaux de l’Institut de l’Élevage sur les exportations de broutards, les publications d’Agreste sur la décapitalisation du cheptel, la production et les échanges, ainsi que les données de la DRAAF Occitanie et de FranceAgriMer sur les cours et la consommation.
Nous avons accordé plus de poids aux éléments qui peuvent modifier concrètement un business plan : possibilité de déplacer les animaux, dépendance à un débouché unique, maintien temporaire d’un lot sur l’exploitation, capacité d’hébergement, coût alimentaire, trésorerie et risque de reconstitution du troupeau après un abattage sanitaire.
Les principaux textes et sources utilisés sont : le point de situation DNC du ministère de l’Agriculture, le lancement de la campagne de vaccination 2026, la stratégie vaccinale 2026, la prolongation de la vaccination dans la zone I du Sud-Ouest, la levée de la dernière zone réglementée, l’instruction 2026-502 sur les mouvements, le plan officiel de vaccination d’urgence 2026, le protocole d’importation italien pour les bovins vaccinés, les autres perspectives d’exportation depuis les zones vaccinales, Agreste sur la décapitalisation du cheptel bovin, le bilan conjoncturel bovin 2025 d’Agreste, la situation bovine Agreste en juillet 2026, la conjoncture bovins viande de la DRAAF Occitanie, FranceAgriMer sur la consommation de viandes, le dispositif d’indemnisation des abattages sanitaires et le règlement européen 2020/687 sur les zones de protection et de surveillance.
