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EN RÉSUMÉ
Oui, le prix de l’énergie redevient critique pour certaines fermes françaises, surtout celles qui consomment beaucoup et disposent de peu de marge pour absorber un choc.
Le vrai problème n’est pas seulement le niveau actuel des prix. Après trois années de baisse, l’énergie agricole a montré qu’elle pouvait repartir très vite et effacer en quelques mois une partie du soulagement accumulé.
Le GNR reste le risque le plus généralisé parce que l’agriculture française dépend encore massivement des produits pétroliers. Cette dépendance devient particulièrement pénalisante pendant les travaux qu’on ne peut pas reporter, comme les semis, les récoltes ou l’alimentation des animaux.
La moyenne nationale est trompeuse. Une serre chauffée, une ferme laitière, un élevage porcin, une exploitation irriguée ou un atelier de transformation peuvent avoir des profils énergétiques sans rapport avec une exploitation céréalière classique.
Les serres chauffées sont parmi les projets les plus sensibles : quand le chauffage représente autour d’un quart du coût de production, une hausse brutale du gaz peut rogner la marge très vite. À l’inverse, un projet avec récupération de chaleur, biomasse ou cogénération part avec un vrai avantage.
Dans le lait, le porc et la volaille, l’énergie n’est pas toujours la première charge, mais elle touche des usages difficiles à arrêter : traite, froid, ventilation, chauffage ou pompage. Cela en fait une charge moins compressible qu’elle n’en a l’air.
L’irrigation ajoute un risque particulier : les besoins de pompage peuvent augmenter justement pendant une année sèche, au moment où les rendements deviennent plus fragiles. Une mauvaise année climatique peut donc aussi devenir une mauvaise année énergétique.
Les aides publiques au GNR amortissent le choc, mais elles ne sécurisent pas un business plan à dix ans. Un projet agricole sérieux doit pouvoir survivre sans supposer qu’un dispositif exceptionnel sera reconduit à chaque flambée.
Le meilleur test n’est pas de demander si l’énergie est « chère ». Il faut mesurer la facture annuelle, puis regarder ce qu’une hausse de 20 % ou 40 % enlève réellement à la trésorerie, au remboursement de la dette et à la rémunération de l’exploitant.
Les économies d’énergie et l’autoproduction peuvent changer l’équation quand elles ciblent les gros postes. Un projet photovoltaïque bien dimensionné, une meilleure ventilation, une récupération de chaleur ou une baisse du besoin de chauffage réduisent aussi l’exposition aux prochains chocs de prix.
Pour quelqu’un qui crée une ferme aujourd’hui, le bon réflexe est donc simple : ne jamais valider un projet très énergivore avec le seul prix du jour. S’il reste rentable avec une énergie 20 % à 40 % plus chère, le modèle part sur des bases nettement plus solides.
L’énergie est-elle vraiment en train de redevenir critique pour les fermes françaises ?
Oui, le coût de l’énergie redevient un vrai risque pour une ferme française aujourd’hui, surtout parce que les prix peuvent repartir très vite après plusieurs années de baisse.
Le retournement est assez spectaculaire. Dans ses comptes agricoles, l’Insee estime que le prix de l’énergie avait encore diminué de 9,1 % en 2025, pour la troisième année consécutive. Le GNR avait baissé de 11,3 % et l’électricité de 11,9 %. Seul le gaz progressait, de 10,5 %. Un agriculteur qui regardait uniquement cette tendance pouvait raisonnablement croire que le pire de la crise énergétique était passé.
Quelques mois plus tard, l’indice IPAMPA racontait une autre histoire. La composante énergie a bondi de 41,9 % en un mois au printemps. Elle a culminé à 214,5 sur une base 100 en 2020, avant de retomber puis de repartir. Dans la dernière donnée publiée par l’Insee, elle atteint 195,4 et reste 36,2 % plus élevée qu’un an auparavant.
Ce mouvement est beaucoup plus violent que celui de l’ensemble des charges agricoles. Sur la même période, l’IPAMPA général n’augmente que de 6,2 % sur un an. L’énergie explique donc une grosse partie de la nouvelle poussée des coûts.
Pour quelqu’un qui crée une exploitation, la volatilité compte désormais presque autant que le prix affiché au moment de faire le business plan. Trois années de baisse peuvent être effacées très vite.
| Prix payés par les agriculteurs | Variation récente |
|---|---|
| Ensemble des moyens de production | +6,2 % sur un an |
| Consommations intermédiaires | +7,4 % |
| Énergie | +36,2 % |
| Engrais | +14,4 % |
Le GNR est-il aujourd’hui le principal risque énergétique d’une ferme ?
Oui, le GNR reste de loin le point faible le plus généralisé de l’agriculture française.
Les dernières données détaillées du ministère de la Transition écologique montrent pourquoi. L’agriculture et la pêche consomment environ 55 TWh d’énergie par an et 74 % de ce bouquet vient encore des produits pétroliers. L’électricité arrive très loin derrière, à 13 %, devant les renouvelables à 9 % et le gaz autour de 4 %.
Dans l’agriculture elle-même, le SDES identifie le gazole non routier comme le produit énergétique le plus consommé. Tracteurs, moissonneuses, automoteurs, manutention et autres engins restent massivement thermiques.
Cette dépendance devient particulièrement gênante pendant les périodes de travaux difficiles à décaler. Quand il faut récolter, semer ou nourrir les animaux, une ferme ne peut pas simplement attendre que le baril redescende.
La réaction de l’État donne une idée de l’ampleur du dernier choc. Une aide exceptionnelle de 15 centimes par litre de GNR avait d’abord été créée pour les achats du printemps. Elle a ensuite été prolongée et couvre désormais les achats agricoles jusqu’en octobre, selon la plateforme publique Aides Agri mise à jour récemment.
Le risque pétrolier reste donc très concret. L’aide réduit la facture, mais la ferme doit toujours acheter son carburant et reste exposée au prochain mouvement de prix.
Quelles fermes sont les plus exposées à une nouvelle flambée de l’énergie ?
Les serres chauffées arrivent clairement en tête, puis viennent plusieurs modèles où chauffage, ventilation, irrigation, froid ou machinisme tournent beaucoup.
La moyenne nationale cache des écarts énormes. Une exploitation de grandes cultures consomme surtout du GNR. Une ferme laitière ajoute traite, refroidissement du lait et pompage. Un élevage porcin ou avicole dépend fortement de la ventilation et du chauffage des bâtiments. Une ferme irriguée ajoute des heures de pompage. Dès qu’on transforme les produits sur place, les chambres froides, les moteurs et la chaleur de process alourdissent encore la facture.
La pondération de l’IPAMPA montre bien pourquoi la situation moyenne peut tromper. L’énergie représente 91 points sur les 1 000 de l’indice général. Rapportée uniquement aux consommations intermédiaires, elle pèse un peu plus de 12 %. C’est déjà beaucoup, mais une serre chauffée dépasse largement cette moyenne.
Deux exploitations affichant le même chiffre d’affaires peuvent donc avoir des sensibilités complètement différentes. Pour évaluer un projet, demander simplement « combien coûte l’énergie en agriculture ? » nous apprend peu. Il faut savoir ce qu’on produit et avec quels équipements.
| Type d’exploitation | Exposition principale | Risque énergétique |
|---|---|---|
| Grandes cultures | GNR, machinisme | Élevé lors d’un choc pétrolier |
| Élevage laitier | GNR, traite, froid | Élevé |
| Porc / volaille | Chauffage, ventilation | Élevé |
| Cultures irriguées | Pompage | Élevé les années sèches |
| Transformation à la ferme | Froid, chaleur, moteurs | Élevé |
| Serre chauffée | Chauffage | Très élevé |
Une serre chauffée peut-elle encore être rentable avec une énergie aussi volatile ?
Oui, une serre chauffée peut encore être rentable, mais un projet très dépendant du gaz devient aujourd’hui beaucoup plus difficile à sécuriser.
Le CTIFL estime que le chauffage représente autour de 23 % du coût de production des serres maraîchères chauffées françaises. C’est le deuxième poste après la main-d’œuvre. Son enquête sur le parc français indique aussi que le gaz naturel reste utilisé par environ 77 % des exploitations concernées.
Le calcul est vite fait. Si un poste qui représente 23 % du coût total augmente de 30 %, le coût de production gagne environ sept points, avant toute économie d’énergie ou modification du calendrier de culture.
Sept points peuvent avaler une bonne partie de la marge d’une entreprise agricole.
L’exposition est d’autant plus impressionnante que les serres chauffées ne représentent qu’un peu plus d’un millier d’hectares pour la tomate et le concombre, alors que leurs besoins de chauffage et d’électricité se comptent en térawattheures à l’échelle nationale.
Nous serions donc très prudents avec une nouvelle serre dont le modèle financier suppose simplement que le gaz restera proche de son niveau de départ. Les projets qui récupèrent de la chaleur, utilisent une chaudière biomasse, disposent de cogénération ou réduisent fortement leur consommation partent avec un avantage beaucoup plus sérieux.
L’énergie peut-elle vraiment faire mal à une ferme laitière ?
Oui, l’énergie peut enlever plusieurs milliers d’euros de marge à une ferme laitière sans que sa consommation ait changé.
Les références de l’Institut de l’Élevage donnent un ordre de grandeur d’environ 66 kWh d’électricité et 20 litres de carburant pour 1 000 litres de lait. Dans l’exploitation de référence étudiée, qui produit autour de 509 000 litres, la facture approche 6 700 euros pour l’électricité et 11 100 euros pour le GNR.
Nous dépassons donc 17 000 euros d’énergie avant même de parler des autres charges de l’élevage.
L’Idele montre surtout combien le même volume de production est devenu plus coûteux lorsque les prix montent. Dans ses comparaisons, l’électricité est passée d’environ 8,3 à 13,2 euros pour 1 000 litres et le GNR d’environ 13,7 à 21,9 euros. Pour la ferme type, le surcoût cumulé dépasse 6 000 euros.
Une bonne exploitation peut absorber ce genre d’écart. Une ferme déjà serrée par ses annuités, ses achats d’aliments ou une mauvaise année fourragère aura beaucoup moins de marge de manœuvre.
C’est aussi pour cela que deux producteurs de lait voisins peuvent vivre une hausse énergétique très différemment. Leur volume de lait ne suffit pas à expliquer leur vulnérabilité ; l’endettement, les bâtiments, les équipements et l’autonomie fourragère comptent énormément.
L’électricité devient-elle un vrai problème dans les élevages porcins et avicoles ?
Oui, l’électricité est devenue une charge suffisamment lourde pour modifier les choix d’investissement des élevages intensifs.
Dans le porc, l’IFIP estime que chauffage et ventilation concentrent environ 85 % de la consommation énergétique des bâtiments. Ce sont des usages difficiles à couper : la température et le renouvellement de l’air font directement partie du fonctionnement de l’élevage.
L’IFIP relève également un changement de prix important sur longue période. Dans les références qu’il cite, l’électricité payée par les élevages est passée d’environ 12 centimes par kWh en 2013 à environ 23 centimes en 2024.
Les nouvelles données sont d’ailleurs encore en cours de consolidation. L’ADEME finance un projet piloté par l’IFIP qui réactualise les anciennes références de consommation et utilise des compteurs connectés dans des élevages. Les chiffres historiques commencent simplement à être trop vieux pour décrire correctement certains bâtiments actuels.
L’alimentation des animaux reste généralement un poste bien plus lourd que l’électricité. Il n’y a donc pas de raison de présenter l’énergie comme le seul facteur de rentabilité du porc ou de la volaille. Mais elle est désormais assez chère pour que ventilation, récupération de chaleur, isolation et photovoltaïque aient une vraie valeur économique.
Une ferme irriguée prend-elle un risque énergétique supplémentaire ?
Oui, l’irrigation ajoute un risque assez désagréable : la consommation d’énergie peut augmenter précisément pendant l’année où les cultures souffrent déjà.
Pomper de l’eau demande de l’électricité ou du carburant. Plus il faut pomper longtemps, plus la facture monte. En année sèche, le besoin d’irrigation peut donc grimper au même moment que le potentiel de rendement se dégrade.
Le problème devient plus sérieux si le prix de l’énergie monte lui aussi. On se retrouve alors avec trois mouvements défavorables en même temps : davantage d’heures de pompage, une énergie plus chère et un rendement plus fragile.
Les données du RICA agricole suivent d’ailleurs spécifiquement les dépenses d’électricité liées à l’irrigation, ce qui montre qu’il s’agit d’un poste suffisamment distinct pour être isolé dans les comptes des exploitations.
Pour une création de ferme irriguée, nous testerions toujours une année sèche avec davantage de pompage. Utiliser seulement la consommation d’une année moyenne rend le business plan artificiellement confortable.
Transformer ses produits à la ferme fait-il exploser la facture d’énergie ?
La transformation à la ferme augmente clairement la consommation d’énergie, mais elle peut rester très rentable si la valeur ajoutée supplémentaire couvre largement cette facture.
Une laiterie fermière, par exemple, ajoute le refroidissement du lait, le chauffage de l’eau, la pasteurisation éventuelle, les chambres froides, les pompes et les équipements de fabrication. L’Institut de l’Élevage traite désormais la consommation électrique des ateliers laitiers fermiers comme un sujet à part entière et travaille sur le suivi précis des équipements.
Il faut surtout regarder la facture par kilogramme ou litre vendu, pas uniquement sa valeur absolue.
Un atelier qui ajoute 10 000 euros d’électricité mais permet de vendre directement des fromages avec plusieurs dizaines de milliers d’euros de marge supplémentaire peut être une excellente décision. La situation devient beaucoup moins intéressante lorsqu’on a construit une chambre froide, une fromagerie ou un atelier beaucoup trop grand pour les volumes réellement commercialisés.
La transformation crée donc un nouveau risque fixe. Les équipements consomment, s’entretiennent et s’amortissent même lorsque les ventes déçoivent.
Le vrai piège serait de comparer seulement le prix de vente du produit brut et celui du produit transformé sans intégrer le coût énergétique du nouvel atelier.
L’électricité devient-elle aussi risquée que le GNR pour une petite ferme ?
Pas encore dans la plupart des exploitations, mais l’électricité mérite désormais beaucoup plus d’attention qu’il y a quelques années.
À l’échelle agricole, les produits pétroliers représentent encore près des trois quarts de la consommation énergétique contre environ 13 % pour l’électricité. Le GNR reste donc beaucoup plus important en moyenne.
Le profil change rapidement dès qu’une ferme possède une salle de traite, du froid, des ventilateurs, des pompes d’irrigation ou un atelier de transformation. Dans ces exploitations, une variation du kWh peut toucher une consommation qui tourne tous les jours.
Les tarifs réglementés peuvent protéger une partie des petites structures. La Commission de régulation de l’énergie rappelle que les petits consommateurs professionnels employant moins de dix personnes et réalisant moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires peuvent, sous certaines conditions, avoir accès aux TRVE.
Ces tarifs eux-mêmes continuent toutefois de bouger. La CRE a proposé cet été une hausse moyenne de 2,5 % TTC, accompagnée d’une augmentation du coût d’utilisation du réseau d’un peu plus de 3 %.
Pour une petite exploitation, l’urgence reste donc généralement le carburant. Mais une ferme très électrifiée doit désormais traiter son contrat, sa puissance souscrite et ses heures de consommation comme de vrais paramètres économiques.
Les aides au GNR protègent-elles vraiment les agriculteurs contre une crise énergétique ?
Elles amortissent nettement le choc actuel, mais elles ne sécurisent pas durablement le coût énergétique d’une ferme.
Le soutien public est loin d’être symbolique. Au printemps, le gouvernement avait annoncé une prise en charge exceptionnelle de 15 centimes par litre de GNR agricole, évaluée à environ 53 millions d’euros pour un seul mois. Face à la persistance des tensions, le dispositif a ensuite été prolongé.
À l’heure actuelle, la plateforme officielle Aides Agri indique que le remboursement de 15 centimes couvre les achats agricoles de GNR réalisés de mai à octobre. La date de clôture administrative du dispositif va au-delà afin de laisser le temps de déposer les demandes.
Il faut malgré tout avancer le prix du carburant puis demander le remboursement sur facture. Une exploitation fragile peut donc encore subir une tension de trésorerie.
Nous ne mettrions surtout pas cette aide permanente dans un business plan à cinq ou dix ans. Les crises suivantes peuvent donner lieu à des dispositifs différents, arriver plus tard ou ne pas être compensées au même niveau.
L’aide publique améliore la situation actuelle. Elle ne remplace pas une exploitation capable de survivre avec un GNR beaucoup plus cher.
À partir de quelle hausse de l’énergie une ferme commence-t-elle vraiment à perdre sa marge ?
Une hausse de 20 % peut déjà devenir dangereuse lorsque la facture énergétique représente une part importante du résultat disponible.
Prenons une ferme qui dépense 50 000 euros d’énergie par an et dégage 40 000 euros avant rémunération complète du dirigeant et certains investissements. Une hausse de 20 % ajoute 10 000 euros de charges. Un quart de ce résultat disparaît.
Avec une hausse de 40 %, le surcoût atteint 20 000 euros. Nous avons mangé la moitié du résultat.
Une autre ferme peut subir exactement la même hausse de prix et presque ne pas la sentir. Avec seulement 15 000 euros d’énergie et 80 000 euros de résultat disponible, +20 % représente 3 000 euros.
Le pourcentage affiché dans les médias est donc moins utile que deux nombres propres à l’exploitation : la facture énergétique annuelle et la marge réellement disponible pour l’absorber.
Pour un projet neuf, nous calculerions systématiquement ce ratio. Une ferme qui perd sa rémunération dès que l’énergie monte de 15 ou 20 % part avec très peu de sécurité.
| Facture énergétique annuelle | +20 % | +40 % |
|---|---|---|
| 15 000 € | +3 000 € | +6 000 € |
| 30 000 € | +6 000 € | +12 000 € |
| 50 000 € | +10 000 € | +20 000 € |
| 100 000 € | +20 000 € | +40 000 € |
Une ferme peut-elle vraiment réduire assez sa consommation pour changer la donne ?
Oui, certaines exploitations peuvent économiser suffisamment d’énergie pour que le sujet change réellement dans leur compte de résultat.
Il faut toutefois commencer par les gros postes. Dans un élevage porcin, travailler sur les 85 % de consommation liés au chauffage et à la ventilation a beaucoup plus d’intérêt que de passer des semaines à optimiser quelques ampoules.
Les serres illustrent la même logique. Le CTIFL suit depuis longtemps l’efficacité thermique, les serres semi-fermées, la déshumidification, la récupération de chaleur et les sources alternatives. Le secteur a déjà progressé parce qu’un poste représentant plus d’un cinquième du coût de production pousse naturellement les producteurs à chercher des gains.
La première étape devrait presque toujours être la mesure. Des compteurs par bâtiment ou par atelier permettent de découvrir si le froid, le chauffage, une pompe ou un moteur consomme beaucoup plus que prévu.
Ensuite, la décision redevient assez classique : combien coûte l’amélioration, combien de kWh ou de litres économise-t-elle chaque année et quel est le temps de retour ?
Les économies deviennent particulièrement intéressantes aujourd’hui parce qu’elles protègent aussi contre les prochaines flambées. Chaque litre ou kWh supprimé disparaît également de notre exposition au prix futur.
Le photovoltaïque protège-t-il vraiment une ferme contre la hausse de l’électricité ?
Oui, le photovoltaïque peut offrir une vraie protection lorsqu’une ferme consomme une bonne partie de son électricité pendant que les panneaux produisent.
Les Chambres d’agriculture distinguent la vente totale, l’autoconsommation avec vente du surplus et l’autoconsommation complète. Pour une exploitation qui consomme elle-même l’électricité, le gain principal vient du kWh qu’elle n’achète plus au fournisseur.
Nous avons aussi des observations concrètes en élevage. Une étude de la Chambre d’agriculture de Bretagne portant sur 112 projets photovoltaïques associés à des élevages porcins conclut que l’autoconsommation permet de rendre le coût de l’électricité plus faible et plus stable. Dans les projets analysés, le retour sur investissement se situait généralement sous dix ans.
L’intérêt varie énormément selon les horaires. Ventilation, pompage, froid et certains équipements d’élevage fonctionnent bien pendant la journée. Une consommation concentrée très tôt le matin, le soir ou en hiver correspond moins bien à la courbe solaire.
Certaines fermes vont encore plus loin et vendent de l’énergie. Photovoltaïque, méthanisation ou chaleur deviennent alors une deuxième activité. Les Chambres d’agriculture comptent déjà plusieurs centaines d’unités agricoles injectant du biométhane dans le réseau.
Produire son énergie peut donc transformer une dépense en actif. Nous éviterions simplement de supposer qu’un toit couvert de panneaux résout automatiquement le problème : le dimensionnement, le coût du financement et la part réellement autoconsommée décident du résultat.
Faut-il encore créer une ferme très énergivore aujourd’hui ?
Oui, mais nous ne lancerions aujourd’hui une ferme très énergivore que si elle reste rentable dans un scénario où l’énergie se renchérit brutalement.
Les dernières données montrent pourquoi cette discipline est devenue nécessaire. L’énergie agricole avait baissé pendant trois années consécutives, puis son indice de prix s’est retrouvé 36,2 % au-dessus de son niveau d’un an plus tôt. Dans le même temps, les produits pétroliers représentent encore 74 % de l’énergie consommée par l’agriculture et la pêche.
Il faut donc arrêter de traiter une flambée énergétique comme une anomalie impossible à prévoir. Elle peut revenir.
Pour une exploitation classique de grandes cultures, un bon niveau de mécanisation, un endettement raisonnable et une marge correcte peuvent rendre ce risque parfaitement acceptable. Une ferme laitière ou porcine bien conçue peut aussi réduire fortement son exposition. Le photovoltaïque, l’isolation, la récupération de chaleur et le pilotage des équipements améliorent encore la situation.
Nous serions beaucoup plus exigeants avec une serre chauffée au gaz, une irrigation très énergivore ou un atelier de transformation dimensionné au maximum dès le départ. Dans ces modèles, quelques points de coût supplémentaires peuvent vraiment changer la rentabilité.
Le business plan devrait donc être calculé au moins trois fois : avec le prix de l’énergie actuellement disponible, avec une hausse de 20 %, puis avec un choc de 40 %. Nous regarderions à chaque fois la trésorerie, les remboursements d’emprunt et surtout la rémunération qui reste pour l’exploitant.
Notre réponse à la question de départ est assez nette : le prix de l’énergie est devenu critique pour les fermes qui en consomment beaucoup et qui disposent de peu de marge pour encaisser un choc. Pour l’agriculture française dans son ensemble, il reste un risque majeur parmi plusieurs autres.
Le projet le plus dangereux aujourd’hui serait donc une ferme très énergivore dont la rentabilité ne tient qu’avec le prix du GNR, du gaz ou de l’électricité observé au jour de l’installation. Une exploitation capable de rester rentable après un choc de 20 à 40 % part sur des bases beaucoup plus solides.
SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
Cette analyse cherche à déterminer si le prix de l’énergie devient réellement critique pour un projet de ferme en France. Nous avons décomposé la question en cinq blocs : évolution récente des prix, dépendance aux différentes énergies, exposition selon le type d’exploitation, capacité à réduire cette dépendance et résistance économique du business plan en cas de nouveau choc.
Nous avons donné la priorité aux données publiques récentes, puis aux références des instituts techniques agricoles et des organismes de filière. Les variations de prix observées en 2026 ont été replacées dans une série plus longue afin d’éviter de confondre un niveau de prix ponctuel avec un changement durable du risque.
L’analyse ne repose pas sur une « ferme moyenne » fictive. Nous avons confronté les données nationales aux usages propres aux grandes cultures, aux serres chauffées, au lait, au porc, à la volaille, à l’irrigation et à la transformation à la ferme. Cette lecture par modèle d’exploitation est essentielle, car deux fermes de taille proche peuvent avoir des profils énergétiques très différents.
Les scénarios de hausse de +20 % et +40 % ne sont pas des prévisions de prix. Ils sont utilisés comme tests de résistance pour mesurer ce qu’un choc énergétique enlèverait à la trésorerie, à la capacité de remboursement et à la rémunération de l’exploitant. L’objectif est de juger la robustesse du projet, pas de prévoir le prochain prix du GNR, du gaz ou de l’électricité.
Nous avons aussi séparé les aides conjoncturelles des éléments structurels du business plan. Les remboursements exceptionnels de GNR améliorent la situation actuelle, mais ils ne sont pas intégrés comme une protection permanente dans une projection à cinq ou dix ans.
Les principales sources utilisées sont : l’Insee sur le compte provisoire de l’agriculture 2025, l’Insee sur l’IPAMPA de juillet 2026, le SDES sur la consommation énergétique de l’agriculture et de la pêche, le ministère de l’Agriculture sur les dispositifs liés au GNR et Aides Agri sur le remboursement de 15 centimes par litre.
Pour les références par filière, nous avons utilisé le CTIFL sur les serres chauffées, l’Institut de l’Élevage sur les consommations d’énergie en élevages herbivores, SelfAgriEnergie, les références Idèle sur la production laitière fermière, les travaux Idèle sur l’énergie en fromagerie fermière et l’IFIP sur les consommations d’énergie en élevage porcin.
Pour l’irrigation, l’électricité et les solutions de réduction de l’exposition, nous avons retenu Agreste et le questionnaire du RICA, la CRE sur les TRVE, la CRE sur l’évolution proposée des tarifs au 1er août 2026, la Chambre d’agriculture de Bretagne sur le photovoltaïque agricole, son étude de 112 projets photovoltaïques en élevage porcin et Chambres d’agriculture France sur la production d’énergie à la ferme.
