Esthétique : le marché est-il encore en croissance ?

Dernière mise à jour: 15 Septembre 2026

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EN RÉSUMÉ

Oui : l’esthétique reste un marché en croissance en France, mais cette croissance profite surtout aux concepts bien positionnés, pas automatiquement à tous les instituts.

Le chiffre d’affaires des soins de beauté a progressé d’environ 4,9 % en 2025, alors que l’inflation moyenne française n’était que de 0,9 %. La hausse du marché ne ressemble donc plus à un simple effet prix.

Le vrai problème se situe du côté de l’offre. Le nombre d’indépendantes, de micro-entrepreneuses et de structures spécialisées a fortement augmenté, ce qui peut rendre un marché national en croissance très difficile localement.

La saturation n’est pas uniforme. Un institut peut encore très bien fonctionner dans une zone sous-équipée, tandis qu’un concept banal devient vite fragile dans un quartier où les ongles, le regard, l’épilation et les soins sont déjà proposés partout.

Les prestations les plus intéressantes économiquement ont souvent une logique de retour fréquent ou de cure : ongles, cils, sourcils, laser ou soins technologiques. La fréquence peut compter autant que le prix affiché.

L’ouverture du laser et de l’IPL aux esthéticiennes qualifiées change réellement le terrain. Elle donne accès à des paniers plus élevés, mais oblige aussi à investir davantage dans la formation, les machines, l’assurance et les protocoles.

La réservation en ligne est devenue une partie du produit. Quand une cliente peut trouver un créneau en quelques secondes chez un concurrent, demander d’appeler le lendemain ajoute une friction qui peut coûter des rendez-vous.

Le taux de remplissage reste le levier le plus brutal. À 55 € de panier moyen, gagner une cliente de plus par jour peut apporter davantage de chiffre d’affaires qu’une hausse générale de prix de 10 %.

Les hommes restent un relais de croissance crédible, mais pas une révolution garantie. Leur budget beauté reste nettement inférieur à celui des femmes, ce qui laisse de la place à des concepts réellement mixtes.

Pour quelqu’un qui veut ouvrir un business, la bonne question n’est donc plus seulement « l’esthétique est-elle porteuse ? ». Il faut surtout trouver une prestation, une clientèle et une zone où la demande est assez récurrente et où l’offre locale n’a pas déjà tout pris.

Le marché de l’esthétique est-il encore en croissance en France ?

Oui. Le marché français des soins de beauté continue de progresser aujourd’hui, avec une hausse du chiffre d’affaires qui reste nettement positive malgré une consommation des ménages plus prudente.

Le point le plus solide vient de l’Insee. Son indice de chiffre d’affaires pour les soins de beauté, code NAF 96.02B, fait ressortir une progression d’environ 4,9 % en 2025. À comparer avec une inflation française moyenne de seulement 0,9 % sur la même année : toute cette hausse ne peut donc pas être expliquée par des prix qui montent.

Les estimations sectorielles arrivent au même constat. Une étude française publiée en 2026 évalue le chiffre d’affaires des instituts autour de 2,9 milliards d’euros en 2025 et estime sa croissance annuelle à un peu plus de 4 %. Xerfi continue également de traiter le secteur comme un marché en développement, même si les perspectives sont très différentes selon les prestations.

Pour quelqu’un qui envisage d’ouvrir un institut, cette croissance est réelle. Elle ne dit cependant pas combien de professionnels doivent aujourd’hui se la partager.

Pourquoi autant d’esthéticiennes trouvent-elles le marché difficile si le chiffre d’affaires augmente ?

Parce que le nombre de professionnels de l’esthétique a lui aussi énormément augmenté, et probablement plus vite que la demande dans certaines villes.

C’est la grande tension du marché actuellement. Les établissements employeurs ne constituent qu’une partie du secteur. Une masse beaucoup plus importante d’indépendantes, de micro-entrepreneuses et de professionnelles travaillant seules s’est développée autour d’eux.

Les données SIRENE utilisées par plusieurs observatoires du secteur donnent environ 50 000 établissements polyvalents liés aux instituts de beauté, avec une hausse de l’ordre de 22 % entre 2018 et 2024. Elles recensent environ 72 000 actifs dans cet univers lorsqu’on élargit le regard aux formes d’activité concernées.

L’évolution des créations est encore plus parlante. Le flux de nouvelles activités relevant des soins de beauté s’est fortement accéléré depuis la fin des années 2010. Le secteur attire parce qu’il reste relativement accessible pour quelqu’un qui travaille seul, notamment à domicile ou dans une petite surface.

On peut donc avoir simultanément un marché à +5 % et des professionnelles qui voient leur planning se vider. Dans une zone où l’offre gagne 15 % ou 20 % alors que la dépense beauté progresse beaucoup moins vite, le gâteau grossit mais chaque prestataire peut en récupérer une part plus petite.

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Y a-t-il maintenant trop d’instituts de beauté en France ?

Dans beaucoup de zones, l’offre est déjà très dense, surtout pour les prestations généralistes faciles à reproduire.

Il serait trompeur de dire que toute la France est saturée. L’ouverture d’un institut dans une commune sous-équipée et l’ouverture du quinzième nail bar d’un quartier parisien n’ont évidemment pas la même économie.

Mais au niveau national, la concurrence devient difficile à ignorer. Les estimations reposant sur SIRENE tournent autour de 50 000 instituts et structures assimilées. À cela s’ajoutent les spécialistes des ongles, du regard, les professionnelles à domicile, les centres d’épilation, les spas, certaines parfumeries et de nombreuses activités qui ne correspondent plus au modèle classique de « l’institut de beauté ».

La progression spectaculaire des plateformes permet de voir cette multiplication autrement. Planity comptait 3 000 établissements partenaires en 2019. L’entreprise en annonçait 30 000 en 2023 puis 60 000 en 2025, tous métiers beauté et coiffure confondus. Aujourd’hui, elle indique enregistrer environ six prises de rendez-vous par seconde.

Planity n’a évidemment pas doublé parce que le nombre d’instituts français a doublé en deux ans. La plateforme gagne des parts de marché. Mais elle rend des dizaines de milliers de concurrents beaucoup plus faciles à découvrir et à comparer.

La saturation se joue donc rue par rue et prestation par prestation. Pour une ouverture, une vraie cartographie des concurrents dans un rayon de quelques kilomètres vaut beaucoup plus qu’une simple lecture du marché national.

Les clientes dépensent-elles encore vraiment de l’argent dans la beauté ?

Oui. Les Français continuent de consacrer un budget significatif à la beauté, même s’ils choisissent plus attentivement les prestations auxquelles ils renoncent ou restent fidèles.

Le comportement sur les produits donne déjà une indication. Selon la Fevad, 44,8 % des cyberacheteurs français ont acheté des produits de beauté ou d’hygiène en ligne en 2025, contre 42,1 % un an auparavant. La catégorie a donc encore gagné des acheteurs alors que le pouvoir d’achat restait une préoccupation importante.

Du côté des prestations, Planity dispose aujourd’hui d’une base suffisamment massive pour donner un autre ordre de grandeur. Son baromètre établi à partir de centaines de millions de rendez-vous estime le budget mensuel beauté des femmes autour de 77 euros, contre environ 34 euros pour les hommes.

Ces montants ne correspondent pas au chiffre d’affaires potentiel d’un seul institut. Une cliente peut payer ses ongles chez une indépendante, son épilation dans un centre spécialisé et son soin visage ailleurs.

C’est justement ce qui rend la fidélisation beaucoup plus importante. Un institut qui arrive à récupérer 50 ou 60 euros tous les mois auprès d’une même cliente construit une activité très différente de celui qui dépend de soins ponctuels réalisés trois fois par an.

La croissance de l’esthétique vient-elle surtout de prix plus élevés ?

Non. Les prix ont aidé le chiffre d’affaires, mais les dernières données montrent qu’ils n’expliquent plus à eux seuls la croissance du marché des soins de beauté.

Cette distinction était beaucoup plus difficile à faire pendant la forte inflation de 2022 et 2023. Une entreprise pouvait afficher +5 % de chiffre d’affaires tout en vendant pratiquement le même volume de prestations.

La situation a changé. L’inflation française moyenne est retombée à 2 % en 2024 puis 0,9 % en 2025, alors que l’indice de chiffre d’affaires des soins de beauté progressait encore d’environ 4,9 % sur cette dernière année.

Il reste donc plusieurs points d’écart entre l’évolution générale des prix et celle du chiffre d’affaires du secteur. Les hausses tarifaires propres aux instituts peuvent bien sûr être différentes de l’inflation nationale, mais l’écart suggère aussi davantage de prestations dans certaines catégories, de la montée en gamme, des soins techniques et de nouveaux consommateurs.

C’est plutôt rassurant. Une croissance reposant uniquement sur les prix aurait été beaucoup moins solide.

Quelles prestations d’esthétique poussent le marché aujourd’hui ?

Les prestations qui fonctionnent le mieux actuellement ont souvent trois caractéristiques : elles donnent un résultat immédiatement visible, elles génèrent des rendez-vous réguliers ou elles permettent de facturer beaucoup plus cher qu’un soin classique.

Les ongles en donnent un bon exemple. Une pose de semi-permanent ou un remplissage peut ramener la même cliente toutes les trois ou quatre semaines. Le panier n’est pas toujours spectaculaire, mais douze visites dans l’année changent complètement la valeur économique d’une cliente.

Les cils et les sourcils fonctionnent avec une logique assez proche. Rehaussement, extensions, restructuration et entretien ont créé tout un marché de spécialistes capable de fonctionner dans des surfaces plus petites qu’un institut traditionnel.

À l’autre extrémité se trouvent les prestations technologiques. Épilation laser et lumière pulsée, soins du visage appareillés, radiofréquence ou certains protocoles corps font monter le panier et permettent de vendre des cures de plusieurs séances.

Le soin visage classique reste demandé, mais sa différenciation devient plus difficile lorsque la cliente peut acheter chez elle des produits beaucoup plus techniques qu’il y a dix ans.

Prestation Fréquence de retour possible Niveau de panier Intensité concurrentielle Ce qui fait surtout l’intérêt
Semi-permanent Toutes les 3-4 semaines Faible à moyen Très forte Récurrence
Gel / extensions ongles Toutes les 3-5 semaines Moyen Très forte Fidélité
Extensions de cils Toutes les 2-4 semaines Moyen Forte Très forte fréquence
Sourcils Toutes les 3-8 semaines Faible à moyen Forte Facile à combiner
Épilation cire Régulière Faible à moyen Très forte Habitude
Laser / IPL Cure de plusieurs séances Élevé En hausse Panier et technologie
Soin visage classique Ponctuel à régulier Moyen Forte Expérience
Soin visage technologique Cure ou entretien Moyen à élevé Plus limitée Différenciation
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L’épilation laser est-elle en train de devenir une grosse opportunité pour les esthéticiennes ?

Oui. L’ouverture réglementaire du laser aux esthéticiennes qualifiées crée actuellement l’une des opportunités les plus concrètes du marché français de l’esthétique.

Le cadre a profondément changé. Le décret du 24 mai 2024 autorise les médecins, les infirmiers diplômés d’État et les esthéticiennes professionnellement qualifiées à pratiquer l’épilation au laser ou à la lumière pulsée à visée non thérapeutique, avec des obligations spécifiques pour les non-médecins.

L’arrêté publié en 2025 a ensuite précisé la formation. Pour une esthéticienne, la formation socle représente 2,5 jours pour l’IPL, quatre jours pour le laser et cinq jours lorsque les deux technologies sont enseignées. Une remise à niveau périodique est également prévue.

Le cadre s’est encore consolidé lorsque le Conseil d’État a rejeté en 2026 le recours dirigé contre le décret. Pour un entrepreneur qui construit son projet aujourd’hui, l’ouverture du laser ne ressemble donc plus à une parenthèse juridique fragile.

L’impact économique peut être important. L’épilation représente historiquement autour de 20 % du chiffre d’affaires des instituts employeurs selon les données Xerfi reprises par la branche professionnelle. Une partie de cette dépense peut désormais migrer d’une épilation répétitive à petit panier vers des cures laser beaucoup plus chères.

La contrepartie est évidente : machines, formation, assurance, protocoles de sécurité et acquisition client rendent l’activité plus exigeante. Et puisque cette opportunité est ouverte à tout le secteur, la concurrence va elle aussi augmenter rapidement.

L’onglerie est-elle encore un bon business aujourd’hui ?

Oui, mais l’onglerie généraliste est devenue tellement concurrentielle qu’une bonne technicienne ne suffit plus forcément à construire un bon business.

Le segment conserve un avantage extraordinaire : la fréquence. Une cliente qui revient toutes les trois semaines peut générer quinze à dix-sept rendez-vous dans l’année. Peu de prestations de beauté atteignent naturellement ce niveau.

Cette récurrence explique aussi l’afflux de professionnelles. L’investissement de départ est relativement bas, une petite surface peut suffire et il est possible de commencer seule. On retrouve aujourd’hui des offres de gel, semi-permanent, gainage et nail art presque partout sur Google, Instagram et les plateformes de réservation.

L’Onglerie, qui exploite un réseau de plus d’une centaine d’instituts, montre qu’il existe encore un marché important. Mais le succès des grands réseaux ne signifie pas qu’une indépendante supplémentaire pourra automatiquement remplir son agenda.

Le calcul devient très local. À 35 euros de panier moyen, huit rendez-vous par jour produisent 280 euros de chiffre d’affaires quotidien. À quatre rendez-vous, on tombe à 140 euros. La même professionnelle, avec les mêmes compétences et le même prix, peut donc avoir un excellent ou un mauvais business selon son taux de remplissage.

La réservation en ligne est-elle devenue indispensable pour un institut ?

Pour la plupart des instituts, oui. Aujourd’hui, refuser la réservation en ligne revient à fermer sa porte pendant une partie du temps où les clientes choisissent leur prochain rendez-vous.

Planity offre un cas particulièrement révélateur. L’entreprise est passée de 7 500 partenaires en 2020 à 15 000 en 2021, 25 000 en 2022, 30 000 en 2023 puis 60 000 en 2025. Elle annonce également 15 millions d’utilisateurs et 400 millions de rendez-vous gérés cumulativement.

Cette progression reflète bien sûr la réussite commerciale de Planity autant que celle du marché. Elle montre surtout à quel point la prise de rendez-vous beauté s’est déplacée vers le téléphone.

Les plateformes indiquent régulièrement qu’une part très importante des réservations intervient hors des horaires d’ouverture. C’est logique : une cliente pense à refaire ses ongles à 21 heures, voit une disponibilité et réserve immédiatement plutôt que d’attendre le lendemain pour appeler.

Pour un nouvel institut, la conséquence est assez brutale. Le concurrent disponible en trois clics dispose d’un avantage sur celui auquel il faut téléphoner.

Année Établissements partenaires annoncés par Planity Rendez-vous cumulés gérés
2019 3 000 15 millions
2020 7 500 22 millions
2021 15 000 75 millions
2022 25 000 150 millions
2023 30 000 200 millions
2025 60 000 400 millions
Aujourd’hui 60 000+ Environ 6 réservations par seconde

Est-ce qu’un institut de beauté généraliste peut encore marcher ?

Oui, mais ouvrir aujourd’hui un institut qui propose simplement épilation, soins visage, manucure et massages ressemble de plus en plus à un pari sur l’emplacement et l’exécution.

La difficulté vient du nombre d’alternatives accessibles à la cliente. Elle peut faire ses ongles chez une prothésiste spécialisée, son laser dans un centre dédié, ses sourcils dans un brow bar et commander ses cosmétiques en ligne. Un catalogue de vingt prestations n’est plus forcément un avantage si plusieurs spécialistes font chacune de ces prestations mieux ou moins cher.

Un institut généraliste garde malgré tout des atouts. Une excellente localisation, une cliente qui préfère tout faire au même endroit, une relation de confiance avec son esthéticienne ou un positionnement local premium peuvent suffire à construire une clientèle durable.

Mais le niveau de différenciation attendu a monté. « Institut de proximité avec des produits de qualité » ressemble désormais beaucoup plus au minimum requis qu’à un véritable positionnement.

Un créateur a donc intérêt à pouvoir répondre très simplement à cette question : pourquoi une cliente qui possède déjà trois bonnes adresses autour de chez elle changerait-elle ses habitudes pour venir ici ?

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Combien de rendez-vous faut-il par jour pour qu’un institut commence à bien tourner ?

À 55 euros de panier moyen, passer de quatre à huit rendez-vous quotidiens fait passer le chiffre d’affaires mensuel théorique d’environ 4 840 à 9 680 euros : le remplissage pèse énormément plus lourd qu’une petite hausse des tarifs.

Prenons un institut ouvert 22 jours par mois. À cinq rendez-vous quotidiens et 55 euros par prestation, on obtient environ 6 050 euros de chiffre d’affaires mensuel. Deux rendez-vous supplémentaires chaque jour ajoutent 2 420 euros par mois, soit un peu plus de 29 000 euros sur douze mois.

Ce calcul est volontairement simple. Il ne tient pas compte des prestations de durées différentes, des ventes de produits, des annulations ni des jours faibles. Il permet néanmoins de voir immédiatement ce qui se joue.

Une hausse du panier de 55 à 60 euros sur cinq clientes par jour apporte 550 euros mensuels supplémentaires. Passer de cinq à six clientes au même panier de 55 euros en apporte 1 210. Dans beaucoup d’instituts sous-remplis, gagner une cliente quotidienne peut donc être plus puissant que d’augmenter tous les prix de 10 %.

C’est aussi ce qui rend les prestations récurrentes si intéressantes. Elles permettent de commencer le mois avec une partie du planning déjà remplie.

Rendez-vous par jour Panier moyen CA sur 22 jours CA annualisé
3 55 € 3 630 € 43 560 €
4 55 € 4 840 € 58 080 €
5 55 € 6 050 € 72 600 €
6 55 € 7 260 € 87 120 €
7 55 € 8 470 € 101 640 €
8 55 € 9 680 € 116 160 €
10 55 € 12 100 € 145 200 €

Est-ce que les hommes peuvent vraiment faire grossir le marché de l’esthétique ?

Oui, la clientèle masculine constitue encore un relais de croissance crédible parce qu’elle dépense aujourd’hui beaucoup moins que la clientèle féminine tout en augmentant progressivement son budget beauté.

Les données de Planity donnent un écart très large : environ 34 euros de dépenses mensuelles pour les hommes contre 77 euros pour les femmes. Le budget masculin représente donc moins de la moitié du budget féminin.

Dans le même temps, Planity observait une progression d’environ 5,6 % des dépenses masculines sur un an dans son baromètre. Cette hausse part d’un niveau faible, ce qui laisse davantage de potentiel qu’un marché déjà arrivé à maturité.

Les catégories les plus faciles à développer sont probablement celles qui n’exigent pas de transformer complètement les habitudes : soin du visage, épilation, sourcils, mains ou prestations orientées grooming.

On ne construirait pas un business plan entier sur l’idée d’une explosion soudaine de l’esthétique masculine. En revanche, un institut pensé dès le départ comme réellement mixte peut aller chercher une clientèle encore beaucoup moins travaillée que celle des femmes.

Où sont les meilleures opportunités pour ouvrir un business dans l’esthétique maintenant ?

Aujourd’hui, les opportunités les plus intéressantes se concentrent dans les concepts qui réussissent à combiner un besoin précis, une forte fréquence de retour et un panier suffisamment élevé.

L’onglerie gagne sur la fréquence mais souffre énormément de la concurrence. Les cils et sourcils permettent également des retours rapides et demandent peu de surface. Le laser monte fortement le panier et bénéficie du nouveau cadre réglementaire, avec en contrepartie davantage d’investissement et de contraintes. Les soins visage technologiques peuvent justifier des tarifs élevés lorsqu’ils promettent un résultat que la cliente comprend facilement.

Les concepts hybrides peuvent également être plus solides qu’une spécialisation ultra-étroite. Ongles et regard, laser et soins de peau ou facial bar accompagné de vente de cosmétiques permettent d’augmenter le panier sans transformer l’établissement en institut généraliste proposant cinquante services.

La géographie compte au moins autant que le choix de la prestation. Avec environ 50 000 établissements déjà présents dans le pays et des écarts considérables de densité entre communes, une catégorie attractive nationalement peut être médiocre dans un quartier saturé.

Le meilleur projet n’est donc probablement pas « l’esthétique » au sens large. C’est une combinaison très précise entre une prestation, un type de clientèle et une zone où cette demande reste insuffisamment servie.

Esthétique : le marché est-il encore en croissance ?

Oui, clairement : le marché français des soins esthétiques continue de croître aujourd’hui, et les dernières données disponibles sont plutôt rassurantes sur la demande.

L’indice de chiffre d’affaires des soins de beauté a progressé d’environ 4,9 % en 2025 alors que l’inflation générale était retombée sous 1 %. La consommation beauté en ligne continue de toucher davantage de Français. Les plateformes traitent désormais des centaines de millions de rendez-vous. Et l’ouverture récente du laser aux esthéticiennes qualifiées vient d’agrandir le marché accessible aux instituts.

La difficulté se trouve du côté de l’offre. Des dizaines de milliers de structures se disputent cette dépense, les indépendantes sont nombreuses et les spécialistes ont récupéré une partie des prestations autrefois concentrées dans l’institut généraliste.

Pour un porteur de projet, la conclusion est assez nette : l’esthétique reste un marché porteur, mais ouvrir un institut banal devient de plus en plus difficile à défendre.

Les projets qui paraissent les mieux placés actuellement sont ceux qui choisissent une spécialité claire, créent beaucoup de récurrence et peuvent démontrer pourquoi une cliente doit revenir chez eux plutôt que chez l’une des nombreuses alternatives qu’elle trouve désormais en quelques secondes.

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SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Cette analyse cherche à répondre à deux questions différentes : le marché français de l’esthétique progresse-t-il encore, et cette croissance suffit-elle à rendre l’ouverture d’un nouvel institut attractive aujourd’hui ? Un seul chiffre de marché ne permet pas de répondre correctement aux deux.

Nous avons donc séparé l’analyse en plusieurs dimensions : évolution de l’activité, dynamique de l’offre, comportement des clientes, intensité concurrentielle, économie des prestations, digitalisation de la réservation et changements réglementaires susceptibles d’ouvrir de nouveaux segments.

Pour suivre l’activité du secteur, nous avons privilégié l’indice de chiffre d’affaires de l’Insee pour les soins de beauté, code NAF 96.02B, puis comparé sa progression à l’inflation moyenne mesurée par l’Insee. Cela permet de vérifier si la croissance observée vient seulement des prix ou si elle traduit aussi une activité plus dynamique.

Pour mesurer la pression concurrentielle, nous avons utilisé la base SIRENE, les données de l’Insee sur les non-salariés et les créations d’entreprises. Ces sources servent surtout à comprendre la montée du nombre d’indépendantes, de micro-entrepreneuses et de petites structures, sans confondre cette offre avec le seul nombre d’instituts employeurs.

Les données de Planity sont utilisées pour observer la digitalisation de la réservation, les budgets beauté déclarés ou observés à grande échelle et la progression du nombre d’établissements partenaires. Elles ne sont pas utilisées seules pour estimer la taille totale du marché français, puisque la croissance de Planity reflète aussi ses propres gains de parts de marché.

Nous avons aussi séparé le marché national de la réalité locale. Les tendances françaises permettent d’identifier les catégories qui progressent, mais elles ne disent pas si un quartier peut absorber un institut supplémentaire. Pour une décision d’ouverture, la densité de concurrents, leurs avis, leurs prix et leurs disponibilités restent déterminants.

Lorsque nous comparons les prestations, nous ne cherchons pas à désigner une « prestation la plus rentable » valable partout. Nous regardons les mécanismes qui changent réellement l’économie d’un institut : fréquence de retour, panier, possibilité de vendre des cures, investissement initial, différenciation et intensité concurrentielle.

La partie sur le laser et l’IPL repose sur les textes réglementaires eux-mêmes : le décret du 24 mai 2024, l’arrêté du 19 février 2025 sur la formation et la décision du Conseil d’État du 12 mars 2026. La fiche Bpifrance Création sert de synthèse pratique complémentaire sur les conditions d’exercice d’un institut.

Parmi les principales sources utilisées figurent l’Insee sur l’indice de chiffre d’affaires des soins de beauté, l’Insee sur l’inflation moyenne en 2025, la définition officielle de la NAF 96.02B, la base SIRENE, les données Insee sur les revenus d’activité des non-salariés, les données Insee sur les créations d’entreprises, la Fevad sur les achats beauté et hygiène en ligne, le baromètre beauté de Planity et l’historique publié par Planity.

Pour la réglementation, les sources clés sont le décret n° 2024-470 du 24 mai 2024, l’article 2 de l’arrêté du 19 février 2025 sur la formation, l’article 10 du même arrêté, la décision du Conseil d’État n° 496304 et la fiche Bpifrance Création sur la réglementation des instituts de beauté.