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Pizza : est-ce encore un bon concept à lancer ?

Dernière mise à jour: 12 Septembre 2026
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EN RÉSUMÉ

Oui, la pizza reste un bon concept à lancer en France aujourd’hui, et une petite pizzeria bien dimensionnée nous paraît même souvent plus intéressante qu’un gros restaurant lourd en investissement.

La demande n’est pas le problème principal : environ 1,2 milliard de pizzas ont encore été consommées en France en 2025. Le produit est déjà installé dans les habitudes, avec une clientèle très large et des volumes toujours légèrement orientés à la hausse.

Le paradoxe est que cette demande solide n’empêche pas les chaînes de souffrir. Le recul du chiffre d’affaires des grandes enseignes et les fermetures de Domino’s montrent surtout qu’une pizza populaire ne sauve pas un emplacement moyen, un parc surdimensionné ou une structure de coûts trop lourde.

Le consommateur reste prêt à acheter de la pizza, mais il regarde davantage le prix. Avec une zone de confort autour de 11 à 12 €, vendre régulièrement à 16 ou 18 € suppose désormais une vraie justification : produit, réputation, expérience ou emplacement.

La pizza conserve pourtant un gros avantage économique : sa marge brute peut rester élevée. Le piège arrive après, quand le loyer, la masse salariale, les remboursements, les plateformes de livraison et quelques heures creuses commencent à manger cette marge.

C’est précisément ce qui rend le petit format intéressant. Moins de surface, moins d’aménagement, une équipe plus courte et un seuil de chiffre d’affaires plus bas donnent davantage de marge d’erreur, tant que la capacité de production et le flux de clients ne sont pas bridés.

Uber Eats et Deliveroo peuvent apporter des commandes, mais construire tout le modèle autour d’eux paraît fragile. Pour une petite pizzeria, la vraie valeur vient souvent d’un mélange entre emporter, commandes directes, quelques places assises et livraison utilisée comme canal complémentaire.

Le produit doit aussi être immédiatement identifiable. « Bonne pâte, produits frais, farine italienne » ne différencie presque plus personne ; la napolitaine elle-même est devenue très courante. Une proposition simple à comprendre en quelques secondes vaut beaucoup plus qu’une carte sophistiquée sans vraie personnalité.

La micro-zone compte davantage que la taille de la ville. Une ville moyenne avec une offre médiocre peut être bien plus intéressante qu’un quartier parisien où trois excellentes pizzerias occupent déjà le terrain depuis dix ans.

Au fond, le meilleur projet aujourd’hui ressemble moins à une grande pizzeria traditionnelle qu’à une machine assez simple : très bonne pizza, prix encore accessible, local sans mètres carrés inutiles, investissement contenu, identité nette et assez de ventes directes pour ne pas dépendre des plateformes. La popularité de la pizza reste un atout énorme ; elle ne pardonne simplement plus un modèle moyen.

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Est-ce que les Français mangent encore vraiment autant de pizzas ?

Oui, la pizza reste aujourd’hui l’un des produits de restauration les plus consommés en France.

L’indice Gira Foodservice estime qu’environ 1,2 milliard de pizzas ont été consommées en France en 2025. Le volume a encore progressé de 1 % sur un an et se situe environ 16 % au-dessus de 2021. À ce niveau, on parle théoriquement de plus de 17 pizzas par habitant et par an.

L’enquête Speak Snacking 2026 de Strateg’eat arrive au même constat par une autre méthode : 47 % des consommateurs interrogés disent manger de la pizza hors domicile et 51 % fréquentent les pizzerias. La pizza arrive devant le burger, cité par 31 % des consommateurs.

C’est probablement la donnée la plus rassurante pour quelqu’un qui envisage d’ouvrir une pizzeria. Il n’y a pas besoin de parier sur l’apparition d’un nouvel usage : la clientèle existe déjà, dans toutes les générations, et le produit continue de se vendre à très grande échelle.

Indicateur récent Pizza
Consommation annuelle en France ≈ 1,2 Md d’unités
Évolution sur un an +1 %
Évolution depuis 2021 ≈ +16 %
Consommateurs qui mangent de la pizza hors domicile 47 %
Consommateurs fréquentant les pizzerias 51 %

Alors pourquoi autant de chaînes de pizza ferment-elles des restaurants ?

Parce qu’en ce moment, les Français continuent de manger énormément de pizzas alors que plusieurs modèles historiques de pizzeria gagnent moins bien leur vie.

Le dernier Top 200 de France Snacking donne une image assez nette du problème. Les grandes enseignes spécialisées dans la pizza ont réalisé environ 933 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé, en baisse de 4,74 %, alors que l’ensemble du Top 200 de la restauration rapide continuait de progresser.

Domino’s est le cas le plus parlant. Le réseau français est tombé à 439 magasins, soit 23 de moins en un an, après une précédente année déjà marquée par des fermetures. France Snacking explique notamment cette rationalisation par des coûts d’exploitation devenus trop lourds dans certaines petites agglomérations et par des zones où il y avait simplement trop de restaurants.

Pizza Hut, La Boîte à Pizza et Vapiano ont eux aussi réduit leur parc.

Le contraste est assez rare : les volumes de pizza montent légèrement alors que le chiffre d’affaires cumulé des grandes chaînes recule. Pour un nouvel entrant, c’est rassurant sur le produit et beaucoup moins sur le modèle économique.

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Est-ce qu’il y a déjà trop de pizzerias en France ?

Dans beaucoup de zones, oui. Ouvrir une pizzeria sans étudier sérieusement ce qui existe à dix minutes autour du local est aujourd’hui une vraie prise de risque.

Les fermetures récentes de Domino’s montrent à quel point le problème peut être local. Une ville peut aimer énormément la pizza et ne plus avoir assez de demande pour faire vivre correctement une pizzeria supplémentaire.

La concurrence dépasse d’ailleurs les enseignes portant le mot « pizza » sur leur façade. Une pizzeria se bat aussi contre les restaurants italiens, les kebabs, les burgers, les boulangeries, les supermarchés, les concepts de snacking et toutes les offres disponibles en quelques secondes sur les applications de livraison.

Nous regarderions donc beaucoup moins le nombre national de pizzerias que la situation précise autour du local : combien d’habitants peuvent commander facilement, quelles pizzerias ont déjà plusieurs milliers d’avis, quels prix elles pratiquent, à quels horaires elles sont pleines et si leur produit est réellement bon.

Une ville moyenne avec dix concurrents médiocres peut être intéressante. Un quartier avec trois excellentes pizzerias installées depuis dix ans peut être beaucoup plus difficile.

Est-ce qu’une pizzeria classique peut encore marcher aujourd’hui ?

Oui, mais une pizzeria classique sans vraie personnalité part maintenant avec un handicap.

Le niveau moyen a fortement monté. Pâte travaillée, maturation longue, farine italienne, produits frais, four visible, burrata, charcuterie italienne et décoration soignée sont devenus courants. Ce qui pouvait sembler haut de gamme il y a dix ans ressemble désormais souvent au minimum attendu dans une bonne pizzeria urbaine.

La progression de la pizza napolitaine illustre bien le phénomène. Des concepts comme Peppe ou Tripletta ont popularisé un produit beaucoup plus identifiable, tandis que les concours professionnels français distinguent désormais plusieurs styles de pizzas napolitaines.

La proposition « bonnes pizzas faites maison avec de bons produits » est donc beaucoup moins puissante qu’elle en a l’air. Des centaines d’établissements peuvent déjà écrire exactement la même phrase.

Pour que le concept soit vraiment solide, il faudrait pouvoir expliquer très simplement pourquoi quelqu’un traverse le quartier pour venir manger cette pizza précise : une pâte inhabituelle, un pizzaïolo reconnu, un rapport qualité-prix spectaculaire, un style régional, une cuisson particulière, une ambiance, un format ou quelques recettes impossibles à confondre avec celles d’à côté.

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Est-ce que les clients acceptent encore de payer 15 ou 18 € une pizza ?

Oui, mais actuellement il faut vraiment leur montrer pourquoi cette pizza vaut 15 ou 18 €.

L’étude Speak Snacking 2026 de Strateg’eat situe le prix psychologique de la pizza autour de 11,41 €, contre environ 11,90 € auparavant. Dans une autre vague publiée quelques mois plus tôt, le seuil ressortait à 11,91 € contre 13,25 € précédemment. Peu importe la petite différence entre les vagues : les deux racontent la même chose. Les consommateurs surveillent beaucoup plus le prix.

Dans la même étude, 41 % disent réduire leur fréquence de consommation hors domicile. Le budget moyen consacré à ces repas tourne autour de 37 € par semaine. Une pizza à 18 € représente donc déjà presque la moitié de ce budget hebdomadaire théorique.

Cela n’empêche pas Peppe, par exemple, de vendre certaines pizzas autour de 18 €. Mais le client paie aussi une réputation, un chef plusieurs fois titré, une adresse, une histoire et une expérience.

Pour un concept inconnu, commencer directement très au-dessus du prix que le marché juge confortable demande une vraie force. Nous préférerions souvent une excellente pizza artisanale à 11-14 € qui donne l’impression d’en avoir pour son argent plutôt qu’une montée en gamme artificielle.

Une pizza à 11 ou 12 € laisse-t-elle encore assez de marge ?

Oui, une pizza peut toujours avoir une très bonne marge brute, mais les dépenses autour de la pizza absorbent aujourd’hui une grosse partie de cette marge.

PizzaCosy affiche actuellement une marge brute théorique de 75 % pour son réseau. Cela donne une idée de ce qui rend la pizza séduisante économiquement : les ingrédients peuvent représenter une part relativement limitée du prix de vente lorsqu’ils sont bien maîtrisés.

Mais 75 % de marge brute ne signifie évidemment pas 75 % de bénéfice. Avec 600 000 € de chiffre d’affaires et 75 % de marge brute, il reste 450 000 € avant salaires, loyer, électricité, assurances, remboursements d’emprunt, logiciels, marketing, commissions de plateformes, entretien du matériel et rémunération du dirigeant.

Les précédentes données de PizzaCosy situaient par exemple la masse salariale de ses établissements entre 25 % et 30 % du chiffre d’affaires. Sur 600 000 €, cela représente déjà 150 000 à 180 000 €.

Le danger vient de l’accumulation. Un local un peu trop cher, deux salariés de trop sur certaines plages horaires et trop de commandes issues des plateformes peuvent faire disparaître très vite une marge qui semblait excellente sur la fiche recette.

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Est-ce encore une bonne idée de construire une pizzeria autour d’Uber Eats et Deliveroo ?

Non, nous éviterions aujourd’hui de lancer une pizzeria dont la rentabilité dépend principalement des plateformes de livraison.

La livraison reste particulièrement adaptée à la pizza : Speak Snacking indique que 31 % des consommateurs utilisent ce canal pour ce produit. Mais l’usage général de la livraison a nettement ralenti depuis son pic post-Covid, et les études récentes montrent surtout une remontée de la vente à emporter et des consommations physiques.

Le prix accentue le problème. Speak Snacking évaluait le ticket moyen à environ 14,15 € en livraison dans l’une de ses dernières vagues, contre 10,90 € pour la vente à emporter. Les frais deviennent très visibles pour un consommateur qui surveille déjà davantage son budget.

À cela s’ajoutent les commissions, les promotions et le risque de laisser la plateforme posséder une bonne partie de la relation client.

Nous garderions Uber Eats et Deliveroo comme sources de commandes supplémentaires et comme outils de découverte. Une base importante de commandes directes, de retrait sur place et de clients récurrents rend le restaurant beaucoup plus confortable à piloter.

Est-ce qu’une pizzeria a encore intérêt à avoir une vraie salle ?

Oui, si la salle apporte assez de chiffre d’affaires supplémentaire pour payer les mètres carrés et le personnel qu’elle exige.

PizzaCosy, historiquement très orienté pizza, développe maintenant un véritable format Restaurant. L’enseigne y ajoute un cadre plus travaillé et une consommation plus large autour du repas. Son modèle actuel annonce 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires réalisable à partir de la deuxième année pour ce format.

Le chiffre doit être pris comme une donnée commerciale de franchise et non comme une garantie. Il montre toutefois ce que cherchent les réseaux : augmenter le nombre d’occasions, le panier et la valeur produite par chaque client.

Une table de deux personnes qui commande deux pizzas peut rapidement ajouter boissons, antipasto, dessert ou café. Cette même commande en livraison s’arrête souvent aux deux pizzas.

Nous ne paierions toutefois pas 80 ou 100 m² supplémentaires simplement pour pouvoir dire que nous avons un restaurant. Une salle a du sens lorsqu’il existe un vrai trafic pour la remplir.

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Pizza napolitaine, premium, à la part : quel concept semble le plus intéressant maintenant ?

Le meilleur pari nous paraît être une pizza artisanale très identifiable mais encore accessible, plutôt qu’une simple course au premium.

La pizza napolitaine a montré qu’un produit populaire pouvait devenir suffisamment technique et désirable pour faire déplacer les clients. Peppe l’a poussée très loin avec le personnage de Giuseppe Cutraro, ses titres internationaux et une marque construite autour du pizzaïolo. Tripletta travaille plutôt l’image de la pizzeria de quartier contemporaine. PizzaCosy combine qualité perçue, réseau et positionnement plus accessible.

Mais copier les codes visuels de la napolitaine ne suffit plus. Corniche gonflée, four italien, mortadelle-pistache et burrata se retrouvent désormais partout.

Nous regarderions aussi sérieusement des formats encore moins exploités selon les villes : pizza à la part très qualitative pour le déjeuner, pizza romaine, teglia, concepts centrés sur quelques recettes, combinaison pizza-focaccia ou pizzeria fortement ancrée dans un terroir français.

Le meilleur concept est celui qui reste compréhensible en cinq secondes. Si nous avons besoin de deux minutes pour expliquer pourquoi la pizzeria est différente, il y a de bonnes chances que le client ne voie jamais vraiment la différence.

Concept Ce qui peut marcher Principal risque
Artisanale accessible Très bon rapport plaisir-prix Exécution du produit
Napolitaine Produit connu et désirable Déjà très copiée
Pizza à la part Déjeuner, petit ticket, débit Besoin de flux
Restaurant italien autour de la pizza Ticket moyen plus élevé Coûts fixes
Premium Forte valeur par commande Prix trop éloigné du marché

Faut-il mettre 300 000 € ou plus dans une nouvelle pizzeria ?

Pas forcément, et nous préférerions généralement un investissement contenu tant que le petit format ne bloque pas les ventes.

Les chiffres actuels de PizzaCosy donnent un bon repère pour le haut de la fourchette structurée : environ 365 000 € d’investissement moyen, 80 000 € d’apport minimum et une marge brute théorique de 75 %. Nous sommes très loin du cliché de la petite pizzeria que l’on ouvre avec un four, quelques tables et un peu de trésorerie.

Un indépendant peut cependant partir sur un modèle beaucoup plus léger, notamment en reprenant un local déjà équipé ou en privilégiant l’emporter avec une petite salle.

La taille du local doit suivre les ventes attendues. Une grande salle permet davantage de chiffre d’affaires, mais nous payons son loyer et son aménagement tous les jours, même quand elle est vide. Un très petit local coûte moins cher mais peut nous enfermer dans le soir, l’emporter et la livraison.

Le montant investi change aussi complètement la qualité financière du projet. Deux restaurants qui dégagent chacun 70 000 € par an n’ont pas le même intérêt si l’un a demandé 180 000 € de capital et l’autre 450 000 €.

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Grande ville, petite ville : où ouvrir une pizzeria aujourd’hui ?

Nous viserions d’abord une bonne micro-zone plutôt qu’une catégorie de ville.

Paris, Lyon, Bordeaux ou Marseille offrent beaucoup de clients potentiels, mais le niveau de concurrence et les loyers y sont redoutables. Une bonne pizza peut rester invisible au milieu de dizaines d’adresses déjà connues.

À l’inverse, une petite agglomération peut offrir un loyer bas et peu de concurrents, tout en manquant simplement de commandes. Comme vu plus haut, Domino’s a précisément fermé certaines unités dans de petites zones de chalandise qui ne produisaient plus assez de chiffre d’affaires.

L’entre-deux peut être particulièrement intéressant : ville moyenne dynamique, première couronne résidentielle, zone mixte avec habitants et bureaux, quartier en croissance ou centre-ville où l’offre existante reste médiocre.

Nous voudrions surtout connaître le nombre de commandes réalistes dans un rayon de quelques kilomètres. Le nom de la ville vient après.

Est-ce grave si une pizzeria travaille surtout le soir ?

Oui, une forte dépendance au dîner rend le local et l’équipe beaucoup moins productifs.

Une pizzeria traditionnelle peut concentrer énormément de ventes entre 19 h et 21 h. Cela oblige parfois à avoir assez de personnel, de fours et de capacité pour deux heures de pointe alors que les mêmes ressources restent largement sous-utilisées le reste de la journée.

Les concepts récents essaient justement d’élargir les occasions de consommation. Pizza à la part, focaccia, desserts, boissons, café, formule déjeuner, apéritif ou petite restauration permettent de faire travailler le même local à midi, dans l’après-midi ou en début de soirée.

Cette évolution colle bien au comportement actuel du snacking. Les dernières études de Strateg’eat montrent une consommation plus fragmentée au cours de la journée et une forte progression des boissons chaudes hors domicile.

Il ne s’agit pas de transformer une pizzeria en coffee shop. Mais si quelques produits simples permettent de faire 15 ou 20 tickets supplémentaires avant le service du soir sans compliquer la cuisine, l’économie du restaurant devient simplement meilleure.

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Combien de commandes faut-il vraiment faire pour qu’une pizzeria marche ?

Une pizzeria peut atteindre 400 000 € de chiffre d’affaires avec environ 80 tickets par jour à 16 € de moyenne ; à 600 000 €, nous approchons déjà 120 tickets quotidiens.

Ce calcul très simple est plus utile qu’un chiffre d’affaires national du marché. Avec 310 jours d’ouverture et 16 € de ticket moyen, 200 000 € de chiffre d’affaires demandent environ 40 tickets par jour. À 900 000 €, il en faut plus de 180.

Il faut ensuite regarder quand ces commandes arrivent. Cent vingt tickets répartis entre midi, emporter, salle et soirée sont beaucoup plus faciles à absorber que cent vingt commandes concentrées entre 19 h et 21 h.

Même chose pour leur origine. Cent commandes directes n’ont pas la même valeur que cent commandes générées avec des remises et des commissions de plateformes.

Avant de signer un bail, nous voudrions donc être capables de raconter physiquement une journée réaliste : combien de clients à midi, combien d’emportés, combien de tables le soir, combien de livraisons et combien de jours faibles. Si les chiffres nécessaires paraissent déjà difficiles sur une feuille, ils le seront encore davantage après l’ouverture.

CA annuel visé Ticket moyen de 16 € Tickets moyens sur 310 jours
200 000 € 12 500/an ≈ 40/jour
400 000 € 25 000/an ≈ 81/jour
600 000 € 37 500/an ≈ 121/jour
900 000 € 56 250/an ≈ 181/jour

Est-ce particulièrement risqué d’ouvrir une pizzeria en ce moment ?

Oui, le niveau actuel des défaillances dans la restauration nous pousserait à garder plus de trésorerie et à être beaucoup plus sévères sur le loyer et l’investissement initial.

Les dernières données disponibles de l’Insee comptent 2 748 défaillances d’entreprises dans l’hébergement-restauration au premier trimestre 2026 puis 2 493 au deuxième. Cela donne 5 241 défaillances sur six mois.

Sur la même période de 2024, il y en avait 4 398. L’augmentation approche donc 19 % en deux ans.

Le recrutement reste également compliqué. Dans sa dernière enquête trimestrielle, l’Insee indique que 42,7 % des entreprises de l’hébergement-restauration déclarent encore rencontrer des difficultés pour recruter.

Ces chiffres englobent évidemment bien plus que les seules pizzerias. Ils montrent malgré tout dans quel environnement une nouvelle entreprise va démarrer : coûts fixes lourds, main-d’œuvre difficile à trouver et consommateurs qui arbitrent davantage leurs sorties.

Nous aurions donc beaucoup moins envie aujourd’hui d’ouvrir un restaurant qui doit être plein dès le troisième mois pour rembourser ses échéances.

Défaillances dans l’hébergement-restauration T1 T2 Premier semestre
2024 2 339 2 059 4 398
2025 2 611 2 248 4 859
2026 2 748 2 493 5 241
Évolution 2024-2026 ≈ +19 %
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Pizza : est-ce encore un bon concept à lancer ?

Oui, la pizza reste actuellement l’un des concepts de restauration que nous regarderions sérieusement en France, à condition de ne pas ouvrir une pizzeria interchangeable.

Les chiffres de demande sont difficiles à ignorer : environ 1,2 milliard de pizzas consommées, des volumes encore légèrement en hausse et près d’un consommateur sur deux qui mange de la pizza hors domicile. Peu de concepts de restauration partent avec une clientèle potentielle aussi large.

Le problème se situe dans l’économie autour du produit. Les grandes chaînes de pizza viennent de perdre 4,74 % de chiffre d’affaires cumulé, Domino’s continue de réduire son parc, le consommateur situe désormais une pizza autour de 11-12 € dans sa zone de prix confortable et les défaillances de la restauration restent élevées.

Nous choisirions aujourd’hui un projet assez simple : excellente pizza, identité immédiatement compréhensible, prix encore accessible, local dimensionné sans excès et forte capacité à vendre directement au client. Une formule déjeuner ou quelques produits permettant de travailler davantage d’heures dans la journée amélioreraient encore le modèle.

À l’inverse, nous éviterions une grande pizzeria chère à aménager dont le produit ressemble à vingt autres et dont une grosse partie des commandes doit venir d’Uber Eats ou de promotions.

La pizza elle-même reste un excellent pari. Ce qui est devenu beaucoup plus risqué, c’est de penser que son immense popularité peut compenser un concept moyen.

SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Cette analyse cherche à répondre à une question très concrète : ouvrir une pizzeria en France aujourd’hui reste-t-il un bon business, et dans quelles conditions le projet tient-il vraiment ? Plutôt que de partir de la popularité générale de la pizza, nous avons décomposé la décision en plusieurs dimensions : demande réelle, prix, concurrence, économie du restaurant, canaux de vente, utilisation du local et de l’équipe, investissement initial et environnement de risque.

Pour chacune de ces dimensions, nous avons privilégié les données les plus récentes disponibles, principalement celles de 2025 et 2026, ainsi que les sources directement produites par les organismes, études, plateformes ou réseaux concernés. Nous avons ensuite confronté ces données entre elles afin d’éviter qu’un seul chiffre — même spectaculaire — ne dicte toute la conclusion.

Les études consommateurs sont utilisées pour comprendre la demande, les habitudes de consommation et la perception du prix. Les données de Gira et de Speak Snacking permettent notamment de mesurer le volume de pizzas consommées, l’évolution du marché, la fréquentation des pizzerias, l’usage de la livraison et les niveaux de prix jugés acceptables par les consommateurs.

Les données publiées par les réseaux servent surtout de benchmarks opérationnels. Les chiffres de PizzaCosy sur l’investissement, la marge brute, la masse salariale ou le chiffre d’affaires potentiel donnent des repères utiles pour comprendre l’économie d’un établissement structuré, mais ils ne sont pas traités comme une moyenne automatique de toutes les pizzerias françaises. Même logique pour Domino’s : les fermetures et les données du réseau servent à observer ce qui se passe lorsqu’un modèle rencontre des limites locales de coûts ou de demande.

Pour les plateformes, nous avons utilisé les informations publiées directement par Uber Eats et Deliveroo afin de comprendre le rôle économique de la livraison, des commissions, des promotions et de la vente à emporter. L’objectif est surtout de distinguer le chiffre d’affaires généré par une commande de la valeur réelle qu’elle laisse au restaurant.

Les données de l’Insee permettent de replacer le projet dans son environnement économique plus large, notamment à travers les défaillances d’entreprises dans l’hébergement-restauration et les difficultés de recrutement. Elles couvrent un secteur plus large que les seules pizzerias et sont utilisées ici comme indicateurs du niveau de risque autour d’une nouvelle ouverture.

Nous avons enfin ramené les grands chiffres du marché à une exploitation concrète. Les simulations de tickets quotidiens utilisent par exemple un ticket moyen de 16 € et 310 jours d’ouverture pour montrer ce que représentent physiquement 200 000 €, 400 000 €, 600 000 € ou 900 000 € de chiffre d’affaires annuel. Il s’agit de scénarios de lecture, pas de normes sectorielles.

Parmi les principales sources utilisées figurent Gira — Indice Pizza 2025, Gira — Étude Restauration 2025, Snack Show / Strateg’eat — Speak Snacking 2026, France Snacking sur Speak Snacking 2026, France Pizza sur l’évolution économique des chaînes de pizza, PizzaCosy — données actuelles de franchise, PizzaCosy — documentation franchise 2025, Uber Eats — tarification restaurants, Deliveroo — politiques restaurants partenaires, Insee — défaillances dans l’hébergement-restauration, Insee — difficultés de recrutement et Peppe — site officiel.

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