Dernière mise à jour: 15 Septembre 2026

Pompes funèbres : bâtissez un modèle rentable

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C'est parti

EN RÉSUMÉ

Le marché funéraire français pèse aujourd’hui plus de 3 milliards d’euros par an au sens large, avec environ 648 000 décès annuels et une dépense d’obsèques qui tourne généralement autour de 4 000 à 5 000 €.

La demande est solide, mais ce n’est pas un marché qui explose. Le nombre de décès est environ 16 % plus élevé qu’il y a onze ans, puis il évolue désormais autour d’un plateau élevé.

Le chiffre national peut être trompeur pour un créateur d’entreprise. Avec plusieurs milliers d’agences déjà actives, la vraie question est moins la taille du marché que le nombre de décès réellement accessibles autour d’un futur point de vente.

La concurrence s’est densifiée plus vite que la mortalité. Sur longue période, le nombre d’établissements funéraires a progressé nettement plus vite que le nombre de décès, ce qui explique pourquoi certaines zones paraissent porteuses sur le papier mais sont déjà saturées.

La crémation est le changement de fond le plus important. Elle dépasse désormais 40 % des obsèques et pourrait rejoindre l’inhumation dans les prochaines années, ce qui déplace une partie de la valeur vers les crématoriums, les urnes, les columbariums et les cérémonies associées.

Une crémation coûte en moyenne moins cher qu’une inhumation, mais l’écart n’est pas énorme à prestations comparables. Le vrai manque à gagner se joue souvent après les obsèques, avec moins de marbrerie, de caveaux, de gravure et d’entretien.

Le secteur reste très fragmenté malgré OGF et FUNECAP. Les grands groupes ont des avantages en réseau, en prévoyance et en équipements, mais les indépendants conservent encore une grosse part du marché grâce à la proximité et à la réputation locale.

La rentabilité n’a rien d’automatique. Un résultat net sectoriel autour de 7 % montre qu’un panier d’obsèques élevé ne signifie pas qu’une agence conserve une grosse marge une fois le personnel, les véhicules, les astreintes, les locaux et les équipements payés.

Les contrats obsèques deviennent un actif commercial de plus en plus important. Plusieurs millions de contrats sont déjà en cours et les cotisations progressent plus vite que le nombre de décès, ce qui peut verrouiller une partie des futurs dossiers avant même qu’un nouvel entrant s’installe.

Pour créer une entreprise dans le funéraire, le meilleur filtre reste donc local : décès annuels, agences vraiment actives, part des réseaux, portefeuilles de prévoyance et équipements contrôlés par les concurrents. Un bon territoire peut encore être très intéressant ; un mauvais peut être presque imprenable.

Quels sont les chiffres du marché funéraire en France ?

Combien pèse vraiment le marché funéraire en France ?

Le marché funéraire français pèse actuellement plus de 3 milliards d’euros par an si l’on prend l’ensemble des services vendus autour des obsèques.

Il faut toutefois faire attention au périmètre. Le dernier rapport de branche de la Fédération Nationale du Funéraire évalue à environ 2,2 milliards d’euros le chiffre d’affaires des activités funéraires couvertes par les statistiques Insee. Xerfi arrive, sur un périmètre commercial plus large, à un marché supérieur à 3 milliards d’euros.

L’écart vient en bonne partie de ce que l’on décide d’inclure. Les pompes funèbres organisent les obsèques, transportent les défunts et vendent cercueils et autres fournitures, mais certaines entreprises font aussi de la marbrerie, exploitent des chambres funéraires ou des crématoriums, vendent des contrats obsèques et proposent d’autres services périphériques. Pour comprendre l’argent qui circule autour d’un décès, le chiffre de 3 milliards est donc le plus parlant. Les 2,2 milliards donnent une vision plus resserrée de l’activité statistiquement classée dans le funéraire.

Rapporté aux quelque 648 000 décès de la dernière année complète, un marché de 3 milliards représente environ 4 630 € de chiffre d’affaires par décès. L’ordre de grandeur colle assez bien aux études récentes sur la dépense moyenne des familles.

Chiffre à retenir Ordre de grandeur
Marché des services funéraires au sens large > 3 Md€
Cœur statistique du secteur ≈ 2,2 Md€
Décès sur la dernière année complète 647 818
Décès moyens par jour ≈ 1 775
Valeur de marché par décès à 3 Md€ ≈ 4 630 €
Dépense moyenne d’obsèques selon l’étude Silver Alliance-Simplifia ≈ 4 730 €
Établissements employeurs recensés par Xerfi ≈ 5 500
Emplois recensés par Xerfi > 27 100

Y a-t-il vraiment de plus en plus de décès en France ?

Oui, la France compte nettement plus de décès qu’il y a dix ans, mais la hausse récente est beaucoup moins spectaculaire que les années Covid pourraient le laisser croire.

L’Insee comptait 559 293 décès en 2014, contre 647 818 sur la dernière année complète disponible. Nous sommes donc environ 16 % plus haut en onze ans. Avant la pandémie, le pays était déjà passé à 613 243 décès en 2019.

Les années 2020 à 2022 ont ensuite créé une anomalie : 668 922 décès en 2020, 661 585 en 2021 et 675 122 en 2022. Le nombre est retombé à 639 269 en 2023, puis il a repris progressivement.

Les données les plus fraîches de l’Insee montrent surtout que le niveau reste élevé aujourd’hui : 382 714 décès ont été recensés sur les sept premiers mois disponibles, contre 381 841 sur la même période un an plus tôt. Cela ne représente qu’environ +0,2 %. Il n’y a donc pas, actuellement, de nouvelle envolée de la mortalité. Le marché évolue autour d’un plateau élevé qui devrait progressivement monter avec le vieillissement.

Année Nombre de décès
2014 559 293
2016 593 865
2018 609 648
2019 613 243
2020 668 922
2021 661 585
2022 675 122
2023 639 269
2024 643 168
Dernière année complète 647 818
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Le vieillissement va-t-il faire exploser le marché funéraire ?

Non. Le vieillissement devrait faire progresser le marché funéraire pendant longtemps, mais plutôt de façon régulière que spectaculaire.

Le moteur démographique est solide. Les générations nombreuses du baby-boom atteignent progressivement des âges où la mortalité augmente fortement. L’Insee cite directement ce vieillissement parmi les raisons de la progression tendancielle des décès, et Xerfi l’intègre également dans ses perspectives du marché à l’horizon 2030.

Mais le rythme réel reste modéré. En onze ans, le nombre annuel de décès a progressé d’environ 89 000, soit 16 %. Cela correspond à une croissance moyenne très loin des +10 % ou +20 % annuels d’un marché en hypercroissance.

Pour une entreprise funéraire, la démographie apporte donc un socle confortable : la demande a peu de chances de disparaître et son volume devrait augmenter à long terme. Pour croître vite, en revanche, une agence devra prendre des clients à ses concurrents, ouvrir d’autres implantations, augmenter son panier moyen ou ajouter de nouvelles activités.

Combien coûtent vraiment des obsèques aujourd’hui ?

Un budget d’environ 4 000 à 5 000 € donne actuellement le bon ordre de grandeur pour des obsèques en France, même si le montant final peut facilement sortir de cette fourchette.

L’étude Silver Alliance-Simplifia, fondée sur plus de 50 000 factures, a beaucoup circulé parce qu’elle donne un montant moyen de 4 730 €. Plusieurs publications professionnelles récentes continuent d’utiliser cette référence. La Fédération Nationale du Funéraire communique pour sa part une dépense moyenne de 4 079 € TTC hors marbrerie.

Ces deux chiffres peuvent coexister. Une moyenne incluant davantage de prestations, de travaux ou de frais périphériques sera forcément plus élevée qu’une dépense mesurée hors marbrerie. Une inhumation avec monument peut par exemple dépasser largement 6 000 €, alors qu’une crémation simple peut rester sensiblement sous la moyenne nationale.

Cette différence de périmètre compte pour un créateur d’entreprise. Un panier national de 4 700 € ne signifie pas qu’une agence encaisse 4 700 € de chiffre d’affaires propre sur chaque dossier. Une partie peut revenir au crématorium, au cimetière, au fleuriste, au marbrier ou à d’autres intervenants.

La crémation est-elle en train de rattraper l’inhumation ?

Oui, la crémation se rapproche désormais du niveau de l’inhumation en France et c’est probablement le changement de comportement le plus important du marché funéraire.

La Fédération Nationale du Funéraire parle encore d’une majorité d’inhumations, mais les différentes données sectorielles placent désormais la crémation à plus de 40 % des obsèques. Les estimations les plus récentes tournent autour de 45 à 46 %, alors que la part n’était que d’environ un tiers au début des années 2010.

La trajectoire est plus intéressante que le chiffre isolé. La crémation représentait environ un quart des décès il y a vingt ans. Elle était autour de 32 % en 2012, puis proche de 40 % autour de 2020. Le cap des 50 % devient crédible au cours des prochaines années. Une réponse officielle publiée récemment par l’Assemblée nationale évoque d’ailleurs toujours une moitié des cérémonies autour de 2030.

Pour une entreprise funéraire, cette évolution change le mix de revenus. La demande se déplace progressivement des concessions, caveaux et monuments traditionnels vers les crématoriums, les urnes, les cavurnes, les columbariums et les cérémonies autour de la crémation.

Une crémation rapporte-t-elle beaucoup moins qu’une inhumation ?

La crémation coûte généralement moins cher à la famille qu’une inhumation complète, mais l’écart devient assez faible lorsqu’on compare des prestations réellement équivalentes.

L’étude Silver Alliance-Simplifia donnait environ 5 044 € pour une inhumation et 4 434 € pour une crémation, soit autour de 600 € d’écart. D’autres comparaisons récentes trouvent des montants plus faibles pour les deux formules, mais toujours avec une crémation moins chère.

La vraie différence apparaît après les obsèques. Une inhumation peut générer du chiffre d’affaires supplémentaire en marbrerie, ouverture de caveau, monument, gravure et entretien. C’est précisément la partie de la chaîne qui risque de perdre du poids à mesure que la crémation progresse.

À l’inverse, les entreprises qui exploitent directement un crématorium se trouvent du bon côté de cette évolution. Le nombre de crématoriums français a d’ailleurs fortement augmenté sur longue période ; la Fédération Nationale du Funéraire en recense désormais plus de 220, environ trois fois plus qu’à la fin des années 1990.

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Combien y a-t-il de pompes funèbres en France ?

La France compte aujourd’hui autour de 6 000 entreprises funéraires et plusieurs milliers d’agences physiques, ce qui crée déjà une concurrence très dense.

Le chiffre exact varie encore une fois avec la définition utilisée. Xerfi recense près de 5 500 établissements ayant au moins un salarié. La Fédération Nationale du Funéraire parle de plus de 5 000 à 6 000 entreprises selon ses publications et de plus de 7 000 établissements lorsque l’on élargit le périmètre.

Une enquête de terrain de Meilleures Pompes Funèbres avait identifié 6 323 agences réellement actives parmi 6 873 agences recensées en 2023. Cette vérification est utile parce que les listes administratives surestiment parfois l’offre réelle : détenir une habilitation ne veut pas forcément dire qu’une agence accueille encore des familles tous les jours.

Pour étudier une création, le chiffre national reste secondaire. Il vaut mieux compter les agences actives à vingt minutes autour du futur local, puis regarder combien de décès ont réellement lieu dans cette zone.

Y a-t-il déjà trop de pompes funèbres en France ?

Dans beaucoup de territoires, oui. Le nombre d’acteurs a augmenté nettement plus vite que le nombre de décès, ce qui rend l’ouverture d’une agence plus difficile qu’on pourrait l’imaginer.

Le rapport de branche de la Fédération Nationale du Funéraire montre qu’entre 2011 et 2022, le nombre d’entreprises employeuses a progressé de 28 % et celui des établissements employeurs de 40 %. La hausse des décès sur une période comparable est nettement plus faible.

Meilleures Pompes Funèbres est arrivé à une conclusion assez parlante en analysant la concurrence département par département : une agence ne disposait en moyenne que d’environ huit décès par mois si l’on répartissait les décès du territoire entre toutes les agences actives.

Les écarts locaux sont énormes. Leur étude trouvait certains départements autour de cinq à six décès mensuels par agence, alors que l’Isère dépassait 16. Le chiffre national cache donc des situations où le marché potentiel par point de vente varie pratiquement du simple au triple.

Autre chose à surveiller : après une forte vague de créations entre 2020 et 2023, Meilleures Pompes Funèbres observait déjà un net ralentissement des ouvertures en 2024. Le marché semble commencer à sanctionner les zones les plus encombrées.

OGF et FUNECAP contrôlent-ils le marché funéraire français ?

OGF et FUNECAP sont de loin les deux poids lourds nationaux, mais les indépendants réalisent encore la majorité des obsèques en France.

OGF reste le leader historique. Le groupe indique aujourd’hui organiser plus de 110 000 obsèques par an, réaliser plus de 625 millions d’euros de chiffre d’affaires TTC et employer près de 6 000 personnes. Avec environ 648 000 décès annuels dans le pays, ses seuls volumes d’obsèques correspondent à quelque 17 % des décès français.

FUNECAP s’est construit beaucoup plus rapidement par rachats, avec notamment Roc Eclerc, Pascal Leclerc, Rebillon et la Société des Crématoriums de France. Le groupe est devenu le principal challenger d’OGF et dispose aussi d’une forte présence dans les crématoriums.

La Fédération Nationale du Funéraire estime toutefois que les deux groupes réunis restent sous les 30 % du marché et que plus de 70 % des obsèques sont encore organisées par des entreprises indépendantes locales. La fédération défend ses adhérents, donc ce chiffre se lit avec ce contexte en tête, mais l’ordre de grandeur confirme un marché encore très fragmenté.

Acteur ou catégorie Position actuelle
OGF Leader national
FUNECAP Principal challenger
OGF > 110 000 obsèques par an
OGF > 625 M€ de CA TTC
OGF ≈ 17 % des décès français en volume
OGF + FUNECAP < 30 % du marché selon la FNF
Indépendants locaux > 70 % des obsèques selon la FNF
Entreprises de moins de 10 salariés ≈ 91 % selon la FNF

Une petite pompe funèbre peut-elle encore concurrencer les grands groupes ?

Oui, une petite pompe funèbre peut encore trouver sa place, car le secteur reste exceptionnellement fragmenté pour un marché de plusieurs milliards d’euros.

La Fédération Nationale du Funéraire indique que 91 % des entreprises ont moins de dix salariés. Même les statistiques plus restrictives du rapport de branche montrent que les structures de moins de vingt salariés emploient encore un peu plus de la moitié des effectifs.

Cette fragmentation s’explique en partie par la nature du choix effectué par les familles. La proximité géographique, la réputation locale, la disponibilité immédiate et la relation avec le conseiller comptent beaucoup. Une marque nationale ne transforme donc pas automatiquement sa taille en monopole local.

Les grands groupes disposent toutefois d’avantages difficiles à reproduire : contrats de prévoyance, accords avec des assureurs, centrales d’achat, réseaux d’agences, crématoriums, chambres funéraires et budgets marketing. OGF indique par exemple travailler avec plusieurs grands assureurs et mutuelles et vendre chaque année des dizaines de milliers de contrats d’assurance obsèques.

Un indépendant peut donc gagner localement, mais il doit avoir une raison d’être choisi. Une nouvelle agence presque identique aux cinq agences déjà installées autour d’elle part avec un vrai handicap.

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Les pompes funèbres gagnent-elles vraiment beaucoup d’argent ?

Non, le funéraire peut être rentable, mais les marges réelles sont beaucoup moins extraordinaires que l’image d’un business captif où chaque décès rapporterait énormément.

La Fédération Nationale du Funéraire, en s’appuyant sur les études Xerfi, situe récemment le résultat net moyen autour de 7 % et affirme que la rentabilité du secteur s’est érodée sur longue période. Même si cette communication cherche aussi à répondre aux critiques adressées à la profession, cet ordre de grandeur est cohérent avec le poids des coûts fixes du métier.

Une agence doit financer du personnel disponible avec des horaires difficiles, des véhicules spécialisés, un local commercial, parfois une chambre funéraire, du matériel, des astreintes et une réglementation assez lourde. Or huit décès potentiels par mois et par agence, si l’on reprend le ratio national vu plus haut, ne donnent pas énormément de dossiers pour absorber tout cela.

Les écarts entre opérateurs restent néanmoins importants. Une entreprise qui contrôle sa chambre funéraire, fait sa marbrerie, possède plusieurs agences ou obtient un volume régulier de contrats obsèques peut avoir une économie très différente d’un petit point de vente dépendant de prestataires externes.

Voilà pourquoi le chiffre d’affaires moyen par décès ne suffit pas à juger la rentabilité. Deux entreprises facturant presque le même montant à une famille peuvent conserver des marges très différentes.

Les contrats obsèques deviennent-ils un deuxième marché à part entière ?

Oui, les contrats obsèques prennent de plus en plus de poids et leur croissance est actuellement plus rapide que celle du nombre de décès.

France Assureurs vient de publier une progression de 4,8 % des cotisations de contrats obsèques sur la dernière année, l’une des plus fortes croissances parmi les grandes catégories de prévoyance. Un an auparavant, l’organisation recensait déjà environ 5,7 millions de contrats individuels en cours et plus de 550 000 nouvelles souscriptions annuelles.

Nous parlons donc d’un stock équivalent à près de neuf années de décès au rythme actuel. Tous ces contrats ne désignent évidemment pas une entreprise de pompes funèbres précise, mais ils déplacent progressivement le choix du prestataire avant le décès.

Le partage du marché est également révélateur. Les banques et assureurs dominent largement les contrats qui prévoient seulement un capital. Les professionnels du funéraire sont beaucoup plus présents lorsque le contrat fixe à l’avance les prestations et l’entreprise chargée de les réaliser.

Pour une agence, ce deuxième modèle est particulièrement intéressant : chaque contrat signé aujourd’hui peut devenir plusieurs années plus tard un dossier d’obsèques déjà attribué. À mesure que le stock grossit, arriver tard sur un territoire où les concurrents ont constitué un gros portefeuille de prévoyance devient plus compliqué.

Les prix des pompes funèbres deviennent-ils plus faciles à comparer ?

Oui, la comparaison des pompes funèbres devient progressivement plus simple, et cette transparence devrait renforcer la concurrence sur les prestations les plus standardisées.

Depuis la réforme récente du devis funéraire, les opérateurs doivent distinguer beaucoup plus clairement les prestations obligatoires de celles qui restent facultatives. La DGCCRF rappelle notamment que le cercueil conforme aux exigences réglementaires, la plaque d’identité et l’inhumation ou la crémation font partie du socle obligatoire, alors que de nombreux services supplémentaires restent au choix de la famille.

Une nouvelle étape arrive très prochainement : les professionnels devront aussi mettre à disposition une notice d’information expliquant les principales étapes des funérailles, la gratuité du devis, le rôle des contrats obsèques, les délais et les règles relatives aux cendres. Que Choisir considère cette nouvelle obligation comme un complément important à la réforme du devis.

Pour les opérateurs, la conséquence est assez simple. Un cercueil standard, un transport ou certaines prestations administratives deviennent plus faciles à comparer d’un concurrent à l’autre. Une agence qui facture davantage devra convaincre par son accompagnement, ses équipements, la cérémonie, sa réputation ou la qualité de son service. Il deviendra plus difficile de compter uniquement sur l’opacité du devis.

Où reste-t-il de la place pour créer une pompe funèbre ?

La meilleure opportunité se trouve aujourd’hui dans une zone où les décès sont nombreux par rapport au nombre d’agences actives, pas simplement dans une ville qui compte beaucoup d’habitants.

Prenons une zone générant 1 000 décès par an. Avec une dépense moyenne proche de 4 500 €, nous obtenons environ 4,5 millions d’euros de dépenses funéraires théoriques. Avec cinq opérateurs réellement actifs, cela correspondrait à 200 décès par acteur si chacun avait la même part. Avec dix opérateurs, le potentiel tombe à 100.

La réalité sera évidemment moins propre. Certaines entreprises peuvent capter 30 % du marché pendant qu’un nouvel entrant reste à 3 %. Une agence peut aussi gagner davantage par dossier grâce à la marbrerie ou à une chambre funéraire. Les contrats obsèques déjà signés réduisent également la part véritablement disponible.

Nous regarderions donc au minimum quatre données ensemble avant d’ouvrir : les décès annuels dans la zone de chalandise, le nombre d’agences réellement actives, la part des grands réseaux et les équipements déjà contrôlés par les concurrents. Le ratio décès/agence donne le premier filtre. L’analyse locale explique ensuite si ces décès sont réellement accessibles.

À 4 500 € de dépense moyenne, passer de cinq à dix obsèques mensuelles représente déjà environ 270 000 € de dépenses funéraires supplémentaires sur six mois. À l’échelle d’une petite structure, quelques dossiers de différence par mois changent complètement l’économie de l’agence.

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Alors, quels chiffres faut-il retenir sur le marché funéraire français ?

Le marché funéraire français est un marché de plus de 3 milliards d’euros, porté par près de 648 000 décès annuels, mais la meilleure nouvelle pour un entrepreneur est sa stabilité plutôt que sa croissance.

Le nombre de décès est environ 16 % plus élevé qu’il y a onze ans et reste actuellement proche des niveaux élevés des dernières années. La dépense d’obsèques tourne autour de 4 000 à 5 000 € selon le périmètre retenu. La crémation représente déjà plus de 40 % des cérémonies et continue de gagner du terrain. Plusieurs milliers d’agences se partagent cette demande, tandis que les deux principaux groupes nationaux restent minoritaires face à un tissu encore très fragmenté d’indépendants.

Le point plus difficile apparaît lorsqu’on ramène cette masse nationale au niveau d’une seule agence. Les études de concurrence aboutissent à environ huit décès mensuels potentiels par point de vente en moyenne et le nombre d’établissements a progressé beaucoup plus rapidement que la mortalité sur longue période. Une demande garantie ne garantit donc absolument pas un bon emplacement commercial.

Les contrats obsèques ajoutent aujourd’hui une autre couche au marché. Leur croissance récente de 4,8 % est bien plus rapide que celle des décès, et plusieurs millions de Français sont déjà couverts. Pour les opérateurs capables de construire progressivement un portefeuille de prévoyance, cela peut devenir une vraie source de visibilité sur les futurs dossiers.

Pour quelqu’un qui veut créer une entreprise dans le funéraire en France, nous sommes donc face à un marché solide, prévisible et assez grand pour accueillir encore des indépendants. La difficulté se joue à quelques kilomètres près : une commune avec beaucoup de décès et peu d’acteurs peut être excellente, tandis qu’une ville apparemment attractive mais entourée de dix agences bien implantées peut être presque impossible à pénétrer.

Le chiffre national de 3 milliards d’euros donne la taille du secteur. Pour décider d’ouvrir, le chiffre qui compte vraiment reste le nombre de décès encore captables chaque mois autour du futur local.

SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Cette analyse cherche à répondre à une question pratique : le marché funéraire français est-il encore intéressant pour créer une entreprise ? Pour y répondre, nous avons séparé la taille économique du secteur de son attractivité réelle pour un nouvel entrant.

Nous avons regardé plusieurs dimensions qui ne racontent pas la même chose : la taille du marché, le nombre de décès, le vieillissement démographique, la dépense moyenne par obsèques, la progression de la crémation, le nombre d’entreprises et d’agences actives, la concentration du secteur, les contrats obsèques et les évolutions réglementaires qui rendent les offres plus faciles à comparer.

Les chiffres annuels ont été replacés dans des séries plus longues dès que cela était utile. Cela permet notamment de distinguer le niveau élevé actuel des décès de l’anomalie des années Covid, et de voir que la hausse de l’offre funéraire a été plus rapide que celle de la demande sur longue période.

Nous n’avons pas fusionné artificiellement des données qui n’ont pas le même périmètre. Le marché à plus de 3 milliards d’euros et le cœur statistique autour de 2,2 milliards peuvent tous les deux être corrects : ils ne couvrent simplement pas exactement les mêmes activités. Même logique pour les entreprises, les établissements, les habilitations et les agences réellement actives.

Nous avons aussi séparé les indicateurs de taille des indicateurs d’attractivité. Un marché national de plusieurs milliards peut être difficile à pénétrer si une zone compte déjà trop d’agences, tandis qu’un territoire plus petit peut être intéressant si le nombre de décès par opérateur y est élevé.

La hiérarchie des sources suit cette logique : données publiques de l’Insee et textes officiels pour la démographie et la réglementation ; Fédération Nationale du Funéraire et Xerfi pour la structure économique du secteur ; France Assureurs pour la prévoyance ; données publiées par OGF pour ses propres volumes ; et travaux de Meilleures Pompes Funèbres ou de Silver Alliance-Simplifia lorsqu’il fallait approcher la concurrence réelle ou le coût des obsèques.

Les principales sources utilisées sont : Insee sur les décès récents, Insee sur les séries longues de décès, Insee sur les projections démographiques, Xerfi sur le marché des services funéraires, le rapport de branche de la Fédération Nationale du Funéraire, les chiffres clés de la FNF, l’étude Silver Alliance-Simplifia sur le coût des obsèques, Meilleures Pompes Funèbres sur les agences actives, leur analyse territoriale de la concurrence, OGF sur ses volumes et son activité, France Assureurs sur la prévoyance, la DGCCRF sur les devis funéraires, et Légifrance sur la notice d’information obligatoire.