Les chiffres du marché de la charcuterie en France

Dernière mise à jour: 15 Septembre 2026

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EN RÉSUMÉ

Les chiffres du marché de la charcuterie en France montrent un secteur énorme — environ 9,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires industriel — mais le meilleur terrain pour créer un business aujourd’hui se trouve plutôt dans les offres différenciées que dans la charcuterie standard.

La consommation repart doucement : Worldpanel mesure +1,2 % en volume en 2025, puis encore +0,4 % au premier trimestre suivant. C’est rassurant pour le secteur, mais pas assez fort pour compter sur une explosion naturelle de la demande.

Avec 99,4 % des foyers acheteurs et environ 28,1 kg de charcuterie achetés par foyer et par an, le marché est déjà presque totalement pénétré. Un nouvel entrant doit surtout prendre des achats aux acteurs existants ou créer une nouvelle occasion de consommation.

Les catégories qui bougent le plus ne racontent pas toutes la même histoire : saucisses à gros hachage, bacon, produits secs, jambon de volaille et recettes sans nitrite progressent pour des raisons différentes. C’est justement ce qui rend le marché intéressant : plusieurs angles restent exploitables.

Le jambon cuit reste massif, mais le jambon standard est devenu très difficile à différencier. Les grands formats gagnent parce qu’ils réduisent le prix au kilo, pendant que les recettes mieux positionnées cherchent à justifier un prix plus élevé.

La santé agit davantage comme un plafond sur les volumes que comme une menace d’effondrement. Pour croître, une marque a donc plus intérêt à augmenter la valeur par kilo, améliorer la recette ou déplacer le produit vers de nouveaux usages qu’à espérer faire manger beaucoup plus de charcuterie.

La grande distribution reste le passage obligé pour les gros volumes : 78 % de la charcuterie consommée à domicile passe par le libre-service, et plus de 70 % du chiffre d’affaires industriel dépend de la grande distribution. C’est un avantage énorme pour les acteurs déjà installés et une vraie barrière pour une nouvelle marque nationale.

À l’inverse, la coupe et les circuits spécialisés repartent : +4,1 % en volume pour la coupe et +9,6 % dans les circuits spécialisés selon Worldpanel. Pour un entrepreneur, cela redonne du sens aux modèles locaux combinant fabrication, boutique, traiteur et événementiel.

Les importations espagnoles, italiennes et allemandes continuent de progresser. Leur force vient aussi de produits très identifiables — chorizo, speck, prosciutto, jambon serrano — ce qui rappelle qu’une origine claire peut être plus puissante qu’une marque générique.

L’économie industrielle reste serrée : FranceAgriMer mesure un taux de marge brute d’exploitation de 4,9 %. Pour un petit acteur, chercher à reproduire un modèle de gros volumes et faibles marges serait probablement l’un des choix les plus risqués.

Les modèles qui paraissent les plus solides sont donc la charcuterie-traiteur locale, la spécialité régionale premium, l’apéritif, la vente à la coupe, les recettes à composition améliorée et le snacking. Le marché ne manque pas de clients ; il manque surtout de bonnes raisons de choisir un produit de plus.

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Combien pèse le marché de la charcuterie en France aujourd’hui ?

Le marché français de la charcuterie reste énorme aujourd’hui : l’industrie réalise environ 9,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et fabrique 1,22 million de tonnes de produits par an.

Les chiffres de la FICT donnent une bonne idée de l’échelle. Elle recense 441 entreprises de charcuterie-salaison, très majoritairement des PME, et estime que le secteur soutient environ 135 000 emplois directs et indirects. Plus de 450 produits et spécialités figurent dans le Code des usages de la charcuterie.

La demande est tout aussi large. Selon les données présentées par Worldpanel, 76 % des Français consomment du jambon ou de la charcuterie, en moyenne trois fois par semaine. La FICT estime par ailleurs que 99,4 % des foyers en achètent.

Pour quelqu’un qui veut créer un business, nous sommes donc face à un marché de masse, déjà extrêmement pénétré. Le potentiel vient moins de millions de nouveaux consommateurs à recruter que d’un changement de produit, de canal, de qualité ou d’usage.

Indicateur Ordre de grandeur
Chiffre d’affaires industriel 9,6 Md€
Production française 1,22 million de tonnes
Entreprises industrielles recensées 441
Part de PME 95 %
Foyers acheteurs 99,4 %
Français consommateurs 76 %
Fréquence moyenne de consommation 3 fois par semaine
Produits et spécialités codifiés plus de 450
Emplois directs et indirects soutenus environ 135 000

Les Français recommencent-ils vraiment à acheter plus de charcuterie ?

Oui, la consommation de charcuterie repart légèrement en France après trois années de recul, mais nous parlons pour l’instant d’un rebond modeste plutôt que d’un nouveau boom.

Worldpanel a mesuré une hausse de 1,2 % des volumes en 2025. Les données présentées aux dernières Assises de la FICT montrent que le mouvement s’est prolongé ensuite, avec encore +0,4 % au premier trimestre.

Le contraste avec les chiffres précédents est assez net. FranceAgriMer avait mesuré en 2024 environ 650 000 tonnes de jambons et autres charcuteries achetées par les ménages pour leur consommation à domicile, avec des volumes en baisse, notamment sur le jambon.

La reprise vient beaucoup de la fréquence d’achat. Worldpanel l’estime en hausse de 2,4 %. Un foyer passe actuellement au rayon charcuterie environ quinze fois par an.

Nous ne miserions donc pas sur une forte hausse structurelle des kilos consommés. Le marché revient plutôt vers une situation plus normale après l’inflation, avec quelques catégories qui progressent nettement plus vite que l’ensemble.

Combien de charcuterie achète un foyer français par an ?

Un foyer français achète actuellement autour de 28 kg de charcuterie par an, soit un peu plus de 2 kg par mois.

Worldpanel estime précisément cette quantité à 28,1 kg par foyer. L’ordre de grandeur paraît élevé, mais il faut se rappeler que la catégorie rassemble le jambon cuit, les lardons, les saucisses, le saucisson, le bacon, les pâtés, les rillettes et de nombreux autres produits.

FranceAgriMer montrait déjà que les jambons cuits et crus représentaient environ un tiers des achats à domicile. Les lardons, poitrines et bacons comptaient pour environ 15 % supplémentaires.

On comprend mieux pourquoi la charcuterie résiste : beaucoup de ces produits servent de composants de repas très ordinaires. Le jambon entre dans les sandwichs et les repas rapides, les lardons servent à cuisiner, le bacon s’étend au brunch et le saucisson reste fortement associé à l’apéritif.

Quelles charcuteries se vendent le mieux en ce moment ?

Les catégories les plus dynamiques actuellement sont les saucisses à gros hachage, certains produits secs, le bacon et plusieurs références qui répondent à de nouveaux usages, tandis que les performances restent beaucoup plus faibles sur certaines charcuteries traditionnelles.

Les données Worldpanel les plus fraîches montrent notamment +6 % sur les saucisses à gros hachage et +2,6 % sur le jambon cuit. Ce dernier chiffre est important : le jambon avait encore du mal quelques mois auparavant et semble désormais se stabiliser grâce à des paniers plus importants par achat.

Sur le libre-service, Nielsen et Circana avaient déjà identifié d’autres poches de croissance : saucisson sec autour de +4 %, bacon et poitrine autour de +6 %, jambon de volaille à +2,2 % et références conservées sans nitrite autour de +7 %.

Ces rythmes ne doivent pas être comparés mécaniquement, car les périodes et les périmètres diffèrent. Ils montrent quand même assez clairement où la demande bouge.

Produit ou segment Évolution observée récemment
Saucisses à gros hachage environ +6 %
Jambon cuit, données Worldpanel récentes +2,6 %
Conservation sans nitrite environ +7 %
Bacon et poitrine environ +6 %
Saucisson sec environ +4 %
Jambon de volaille environ +2,2 %
Jambon cuit standard, mesure antérieure environ -3 %
Saucissons cuits, mesure antérieure environ -2,6 %
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Le jambon blanc est-il en train de perdre sa place ?

Non, le jambon cuit reste l’un des piliers de la charcuterie française et les chiffres les plus récents montrent même une petite reprise de ses volumes.

Il faut toutefois regarder ce qui se passe à l’intérieur du rayon. Au début de la reprise, Nielsen mesurait encore une baisse d’environ 3 % pour le jambon cuit de porc standard, alors que les références conservées sans nitrite progressaient d’environ 6 %.

Quelques mois plus tard, Worldpanel mesure +2,6 % sur l’ensemble du jambon cuit. La catégorie n’a donc pas été abandonnée. Les consommateurs continuent à en acheter, mais la composition, le format et le prix font davantage la différence.

Les grands conditionnements illustrent bien cette évolution. Sur une période mesurée par Nielsen, 94 % des gains du jambon venaient des paquets de huit tranches ou plus. Les familles cherchaient simplement un meilleur prix au kilo.

Le jambon blanc reste donc immense, mais lancer aujourd’hui un énième jambon standard sans différence claire nous paraît beaucoup plus risqué que travailler une recette, une origine, un format ou une promesse nutritionnelle précise.

Le jambon sans nitrite est-il encore une niche ?

Non, le sans nitrite est déjà devenu un produit grand public dans la charcuterie française.

Nielsen estime que les références « conservation sans nitrite » touchent désormais 82 % des foyers français. Sur la période étudiée, leurs ventes progressaient encore d’environ 7 % en volume. Herta, qui a beaucoup investi ce terrain, détenait environ 45 % du segment.

La réglementation va dans le même sens. Les pouvoirs publics ont lancé une baisse des quantités maximales de nitrites et nitrates autorisées dans de nombreux produits, notamment le jambon cuit, les lardons, les pâtés, les rillettes et certaines saucisses.

Pour un créateur, la conséquence est assez simple : écrire « sans nitrite » sur un paquet peut rassurer, mais ce n’est plus une idée de business originale en soi. Quand une promesse touche huit foyers sur dix, elle commence à devenir un standard du marché.

Une nouvelle marque doit apporter autre chose derrière : goût, origine, sel réduit, recette courte, élevage identifiable, positionnement premium ou prix particulièrement bien placé.

Les préoccupations santé peuvent-elles faire baisser durablement la charcuterie ?

Oui, la santé limite clairement le potentiel de croissance des volumes de charcuterie, même si elle ne provoque pas aujourd’hui un abandon massif de la catégorie.

Le Programme national nutrition santé recommande de limiter la charcuterie à 150 grammes par semaine pour un adulte. L’Anses a également confirmé l’existence d’un lien entre l’exposition aux nitrites et nitrates et certains risques sanitaires, ce qui explique une partie des changements de recettes observés ces dernières années.

Dans le même temps, trois quarts des Français continuent à manger du jambon ou de la charcuterie. Nous sommes donc loin d’un marché que les consommateurs auraient décidé de supprimer de leur alimentation.

Le vrai changement porte davantage sur la manière de consommer. Une entreprise qui compte faire croître son chiffre d’affaires uniquement en faisant manger toujours plus de charcuterie à chaque client rencontre une limite assez évidente. Augmenter la valeur du produit, améliorer sa composition ou l’inscrire dans de nouveaux moments de consommation paraît plus crédible.

Cette pression nutritionnelle devrait aussi continuer à pousser les fabricants vers moins de sel, moins de nitrites et des recettes plus simples. La FICT et la CNCT ont d’ailleurs annoncé récemment un nouvel accord collectif consacré à l’amélioration nutritionnelle et à la durabilité des charcuteries françaises.

Les Français cherchent-ils surtout de la charcuterie moins chère ?

Le prix pèse lourd aujourd’hui, mais les chiffres montrent que les Français ne choisissent pas systématiquement la charcuterie la moins chère.

L’inflation a beaucoup profité aux marques de distributeur et aux grands formats. Nielsen a par exemple constaté que presque tous les gains récents du jambon provenaient des paquets d’au moins huit tranches, qui permettent de baisser le prix au kilo.

Le début de reprise raconte pourtant quelque chose d’un peu différent. Worldpanel observe que les marques nationales recommencent à gagner du terrain alors que les MDD les moins valorisées reculent après plusieurs années très fortes.

Le rayon libre-service avait également connu une situation inhabituelle : Circana mesurait +0,9 % en volume mais -2,5 % en valeur sur une période du début 2025. Les consommateurs achetaient donc davantage d’unités alors que le marché encaissait moins d’euros, notamment à cause de prix en baisse et de produits moins chers à la pièce.

Nous avons surtout affaire à des consommateurs qui arbitrent sévèrement. Ils cherchent un prix supportable, puis acceptent de payer plus lorsqu’ils comprennent immédiatement ce qu’ils gagnent en échange.

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Peut-on vendre beaucoup de charcuterie sans passer par la grande distribution ?

C’est difficile : pour atteindre rapidement de gros volumes en France, la grande distribution reste de très loin le canal principal de la charcuterie.

La FICT estime que 96 % des charcuteries consommées à domicile sont achetées dans les circuits généralistes et que 78 % passent par le libre-service. Les représentants de la profession ont également expliqué au Sénat que la grande distribution représentait plus de 70 % du chiffre d’affaires des industriels.

Cela change complètement l’économie d’une marque nationale. Pour accéder aux volumes, il faut négocier avec quelques grands distributeurs qui disposent eux-mêmes de marques de distributeur très fortes.

Dans le jambon cuit, les MDD pèsent autour de 60 % des volumes suivis par l’Observatoire de la formation des prix et des marges. Affronter simultanément Herta, Fleury Michon, les marques régionales et les MDD avec un jambon ressemblant aux autres laisse peu d’espace.

Un petit acteur peut cependant construire une activité intéressante avec beaucoup moins de volume en passant par les commerces spécialisés, les marchés, la restauration, la vente directe ou ses propres boutiques. Le chiffre d’affaires potentiel est plus petit, mais le produit échappe davantage à la comparaison frontale avec le paquet le moins cher du supermarché.

La charcuterie artisanale et le rayon coupe repartent-ils vraiment ?

Oui, les derniers chiffres montrent un retour assez net vers la coupe et les circuits spécialisés, ce qui donne davantage d’air aux artisans.

Worldpanel a mesuré +4,1 % en volume pour le rayon coupe après trois années de baisse. Dans les circuits spécialisés, la progression atteint 9,6 %, tandis que leur trafic augmente de 4,9 %.

La charcuterie artisanale reste par ailleurs un vrai secteur économique. La CNCT compte environ 6 500 entreprises de charcuterie-traiteur, 18 000 salariés et 1 500 apprentis par an, pour environ 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Ces entreprises ont un avantage pratique sur une marque industrielle : elles peuvent gagner de l’argent sur plusieurs métiers en même temps. Une même affaire peut fabriquer du jambon, vendre du pâté, proposer des plats cuisinés, préparer des buffets et travailler pour des événements.

Pour un porteur de projet, ce modèle hybride mérite beaucoup d’attention. Une bonne boutique de charcuterie-traiteur n’a pas besoin de conquérir 1 % du marché français ; elle a besoin d’un bassin de clientèle suffisant, d’un panier correct et de plusieurs occasions de vente dans la semaine.

Bio, local, IGP : qu’est-ce qui fait vraiment vendre de la charcuterie plus chère ?

Aujourd’hui, le local et l’origine précise semblent offrir davantage de potentiel commercial que le bio pris tout seul.

Les derniers chiffres de l’Agence Bio sont assez sévères. En grande distribution, les ventes de charcuterie bio ont reculé de 1,8 % en volume et de 7,5 % en valeur en 2025. Le bio ne représentait plus que 0,5 % des volumes de charcuterie et 0,9 % de la valeur.

Même au sein du bio, les résultats sont très différents. Le jambon cuit et l’épaule ont gagné 5,2 % en volume, alors que les saucisses fraîches ont perdu plus de 20 %.

L’origine paraît plus solide comme repère pour le consommateur. Selon les données de la profession présentées au Sénat, environ 80 % des références présentes en grande distribution utilisent désormais du porc français. Cela signifie aussi que « porc français » devient progressivement une attente de base.

Pour réellement sortir du lot, il faut souvent aller plus loin : une race, un département, une ferme, une recette régionale, une IGP ou une histoire de fabrication crédible. Seuls environ 4 % des produits de charcuterie sont sous signe officiel de qualité ou d’origine hors bio, ce qui laisse davantage de rareté à ces mentions qu’au simple argument national.

La charcuterie de volaille et le végétal peuvent-ils vraiment prendre des parts au porc ?

La volaille peut encore gagner une place sérieuse dans la charcuterie française, alors que le végétal reste pour l’instant minuscule.

Le jambon de volaille progressait récemment d’environ 2,2 % en volume. Son prix joue en sa faveur : Nielsen observait un prix au kilo hors promotion environ 16 % inférieur à celui du jambon de porc. La consommation française de volaille au sens large continue également de monter, avec +3,3 % sur la dernière année complète mesurée par FranceAgriMer.

Le porc garde toutefois une avance énorme. Dans la restauration hors domicile, les charcuteries de porc représentent encore environ 83 % des volumes.

Le végétal se trouve beaucoup plus loin. Circana lui attribuait seulement 0,2 % des volumes de charcuterie, même si environ 6 % des consommateurs français avaient déjà acheté ce type de produit.

Pour un entrepreneur, les deux opportunités sont donc très différentes. La volaille peut concurrencer directement certains usages du jambon de porc. Le végétal ressemble davantage à une niche en construction, avec beaucoup de visibilité médiatique mais encore très peu de kilos vendus.

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Les charcuteries espagnoles, italiennes et allemandes gagnent-elles du terrain en France ?

Oui, les produits transformés étrangers prennent actuellement du terrain en France, et c’est l’une des pressions les plus concrètes sur les fabricants français.

L’IFIP estime que les importations françaises de produits porcins transformés ont encore progressé de 1,9 % en volume en 2025. Les saucisses et saucissons ont augmenté de 2,7 %, tandis que certaines préparations à base de porc, dont le jambon cuit, ont bondi de 9,2 %.

La progression vient notamment d’Espagne, d’Italie et d’Allemagne. Sur l’ensemble des charcuteries-salaisons, les arrivées espagnoles augmentaient de 3,8 %, les italiennes de 5,1 % et les allemandes de 5 %.

Le déséquilibre commercial est devenu suffisamment important pour peser sur toute la filière. La France dispose d’une production porcine importante, mais elle laisse une partie de la valeur de transformation à ses voisins.

Cette concurrence apporte aussi une leçon utile à un nouveau producteur. Les charcuteries italiennes ou espagnoles vendues en France réussissent rarement parce qu’elles sont anonymes. Jambon de Parme, prosciutto, chorizo, speck ou jambon serrano arrivent avec une identité immédiatement compréhensible. Une marque française générique affronte donc des concurrents qui vendent souvent autant une origine qu’un produit.

Est-ce vraiment rentable de fabriquer de la charcuterie ?

Fabriquer de la charcuterie à grande échelle peut générer beaucoup de chiffre d’affaires, mais les marges industrielles restent suffisamment faibles pour rendre le métier très sensible aux coûts.

La dernière étude FranceAgriMer réalisée à partir de données Banque de France porte sur 441 entreprises. Elle mesure un taux de marge brute d’exploitation de 4,9 %, en hausse d’un point.

Un taux inférieur à 5 % explique pourquoi quelques mouvements de coûts ont autant d’importance. Porc, énergie, emballages, salaires, transport et négociations commerciales peuvent rapidement absorber le bénéfice réalisé sur des centaines de millions de produits.

Les industriels ont justement bénéficié récemment d’un environnement un peu plus favorable sur certaines matières premières. Les prix sortie usine du jambon cuit avaient baissé de plus de 4 % sur un an au début de 2025, ce qui montre aussi la pression exercée sur les prix de vente.

Pour un petit entrepreneur, copier ce modèle de gros volumes et petites marges serait dangereux. Une activité artisanale ou premium doit normalement chercher davantage de marge par kilo, même si elle vend beaucoup moins de kilos.

La restauration et le snacking sont-ils de meilleurs débouchés que le rayon charcuterie ?

Pour une petite marque, la restauration et le snacking peuvent être plus intéressants que la bataille du libre-service, surtout quand le produit devient un sandwich, une planche ou un repas complet.

Circana évalue désormais le marché de la charcuterie en restauration hors domicile à environ 1,02 milliard d’euros. La valeur a progressé de 2 %, alors que les volumes ont légèrement baissé de 1 %. La restauration commerciale représente 58 % des volumes.

Le mix est assez large : le jambon cuit pèse environ 21 %, les charcuteries sèches et salaisons 17 %, tandis que pâtés, lardons et rillettes représentent ensemble 28 %.

Circana observe aussi une extension des moments de consommation vers le brunch, les planches apéritives et d’autres occasions de convivialité. Ces usages sont intéressants économiquement parce que le client ne raisonne plus uniquement en prix au kilo.

Cent grammes de bon jambon vendus seuls restent cent grammes de jambon. Les mêmes cent grammes intégrés à une focaccia, une planche ou une formule déjeuner peuvent soutenir un panier et une marge totalement différents.

Alors, est-ce encore un bon marché pour créer un business de charcuterie en France ?

Oui, la charcuterie reste un marché intéressant pour créer un business en France, à condition d’éviter le produit standard vendu uniquement sur le prix.

Les chiffres récents sont plutôt rassurants. Après trois années difficiles, les volumes sont repartis de 1,2 % et continuent légèrement de progresser. La coupe fait mieux que l’ensemble du marché, les circuits spécialisés retrouvent du trafic et certaines catégories comme les saucisses à gros hachage, le sans nitrite, le bacon ou le jambon de volaille progressent encore.

Nous voyons en revanche peu d’intérêt à attaquer frontalement le jambon blanc standard ou une charcuterie bio générique. La grande distribution contrôle l’essentiel des volumes, les MDD sont puissantes, les importations continuent de gagner du terrain et la marge brute d’exploitation de l’industrie tourne autour de 5 %.

Les modèles les plus intéressants nous paraissent plus ciblés : charcuterie-traiteur locale, spécialité régionale forte, produit premium vendu à la coupe, saucisson ou offre apéritive, recettes à composition améliorée, restauration et snacking, ou concept capable d’additionner boutique, traiteur et événementiel.

Le marché français ne manque pas de consommateurs. Son vrai problème pour un nouvel entrant est qu’il contient déjà énormément de produits banalisés. Celui qui arrive avec une raison claire de payer plus cher, de changer de marque ou de venir dans une boutique particulière dispose encore d’un vrai espace.

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SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Cette analyse cherche à répondre à une question simple en apparence : est-ce encore un bon marché pour créer un business de charcuterie en France aujourd’hui ? Nous avons comparé la taille du secteur, l’évolution récente des achats, les catégories qui progressent ou reculent, les canaux de vente, la pression concurrentielle, l’économie de la production, les importations et les contraintes nutritionnelles.

Nous avons privilégié les données françaises les plus récentes disponibles, en donnant la priorité aux statistiques publiques, aux organismes de filière, aux panels de consommation et de distribution à forte couverture, ainsi qu’aux sources directement responsables des chiffres concernés. Les données plus anciennes ont surtout servi à replacer les évolutions récentes dans leur contexte.

Les différents chiffres ne mesurent pas tous le même périmètre. Les panels consommateurs, les ventes en grande distribution, les données industrielles, la restauration hors domicile et les statistiques douanières répondent à des questions différentes. Nous les utilisons donc pour observer une direction — volumes, fréquence d’achat, poids d’un canal, pression sur les marges ou concurrence — plutôt que pour fabriquer un classement artificiel entre des données qui ne sont pas parfaitement comparables.

Nous avons aussi regardé la répétition des évolutions. Une hausse isolée peut être temporaire ; une tendance qui apparaît dans plusieurs périodes, plusieurs catégories ou plusieurs circuits est plus solide. Quand une donnée récente contredisait une mesure plus ancienne, nous avons conservé la séquence dans le temps afin de montrer le retournement plutôt que d’effacer l’un des deux chiffres.

La lecture est volontairement orientée vers la création d’entreprise. Une catégorie n’est donc pas jugée seulement sur sa taille ou sa croissance, mais aussi sur la possibilité de se différencier, de défendre un prix, d’accéder au canal de vente et de conserver une marge correcte. C’est pour cette raison qu’un segment plus petit peut être plus intéressant qu’un marché énorme mais fortement banalisé.

Nous n’avons pas calculé une moyenne mécanique de tous les indicateurs. La conclusion vient de la convergence des données : reprise modeste des volumes, forte pénétration des foyers, domination de la grande distribution, retour de la coupe et des circuits spécialisés, progression de certaines catégories, pression des importations et faiblesse des marges industrielles.

Parmi les principales sources utilisées : la FICT pour la taille du secteur, la production, le nombre d’entreprises, les emplois et les canaux de vente, FranceAgriMer pour les comptes des industries de la charcuterie et les marges, FranceAgriMer pour les achats de produits carnés des ménages, le Sénat pour la structure de la filière et le poids de la grande distribution, l’IFIP pour les importations de produits porcins transformés, l’Agence BIO pour l’évolution de la charcuterie bio, le Programme national nutrition santé pour la recommandation de 150 g de charcuterie par semaine, l’Anses pour l’évaluation des risques liés aux nitrites et nitrates, et la CNCT pour la taille du secteur artisanal de la charcuterie-traiteur.