Dernière mise à jour: 15 Septembre 2026

Magasin de chaussures : maîtrisez votre stock

Business plan, prévisionnel financier, étude de marché et executive summary, déjà rédigés et chiffrés pour ce métier.

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EN RÉSUMÉ

Chaussure : est-ce que le marché baisse encore ? Oui. En France, le marché continue de reculer en volume et les données les plus récentes ne montrent pas encore de reprise nette.

Le chiffre d’affaires résiste surtout parce que les prix ont augmenté. En 2025, les dépenses ont atteint 8,82 milliards d’euros, presque stables, alors que le nombre d’achats a reculé de 1,9 %.

Le marché n’est pas uniformément mauvais. Le running et les chaussures réellement utilisées pour le sport progressent, pendant que l’enfant et une partie de la chaussure traditionnelle souffrent davantage.

Le vrai déplacement se fait vers l’usage. Plus le client comprend immédiatement pourquoi il lui faut cette paire — courir, marcher, travailler, soulager un pied sensible — plus le produit résiste à l’arbitrage budgétaire.

Les magasins de sport sont devenus le premier circuit de distribution avec 32,6 % des ventes en valeur. Les indépendants spécialisés dans la chaussure ne pèsent plus que 11 %, ce qui montre à quel point le commerce généraliste a perdu du terrain.

Le magasin physique reste pourtant important : 77 % des consommateurs disent encore préférer acheter leurs chaussures en magasin. Dans cette catégorie, l’essayage, le confort et le conseil gardent une vraie valeur.

La seconde main ne représente encore qu’une minorité des achats, mais son poids devient significatif dans un marché neuf qui perd déjà des volumes. Vinted rivalise désormais avec les grands acteurs de la chaussure et de la maroquinerie en ligne.

La promotion est probablement l’un des plus gros pièges économiques du secteur. Un commerce peut faire du chiffre et détruire sa marge en même temps si trop de tailles ou de modèles finissent systématiquement à -20 %, -30 % ou davantage.

Le milieu de gamme sans différence nette est particulièrement exposé : il subit le low cost, les marketplaces, la seconde main et les grandes marques en même temps. Une nouvelle offre doit rendre son prix immédiatement compréhensible.

Ouvrir une boutique généraliste ou lancer une énième marque de sneakers lifestyle serait donc risqué. En revanche, une offre très spécialisée — running, pieds larges, grandes pointures, chaussures professionnelles, confort, réparation ou revente — peut encore prendre des parts sur un marché de presque 9 milliards d’euros.

Le point clé est simple : la chaussure n’offre plus beaucoup de croissance gratuite, mais la demande se déplace fortement à l’intérieur du marché. Le choix du segment, du positionnement et de la gestion du stock compte aujourd’hui bien plus que la croissance globale du secteur.

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Chaussure : est-ce que le marché baisse encore ?

Le marché de la chaussure baisse-t-il encore en France aujourd’hui ?

Oui. Le marché français de la chaussure baisse encore en nombre de paires vendues, et les données disponibles actuellement ne montrent toujours pas de vraie reprise.

Les Français ont dépensé 8,82 milliards d’euros en chaussures et articles chaussants en 2025, quasiment autant qu’un an auparavant : +0,2 %. Pourtant, le nombre d’achats a reculé de 1,9 %, selon le dernier bilan économique de la Fédération Française de la Chaussure. Les prix ayant encore augmenté d’environ 1,1 %, la stabilité apparente du chiffre d’affaires cache donc une nouvelle baisse de la consommation réelle.

Les données les plus fraîches ne changent pas le diagnostic. Entre mars et mai 2026, le marché affichait encore -2 % de chiffre d’affaires par rapport à la même période un an plus tôt. Juste avant, l’automne-hiver 2025/26 avait déjà terminé en baisse en valeur, avec un recul encore plus marqué du nombre de paires achetées.

La trajectoire récente ressemble donc à un marché qui cherche son plancher. Après -2,8 % sur l’automne-hiver 2023/24, il avait rebondi de 3,5 % la saison suivante. Le printemps-été 2025 avait ensuite progressé de seulement 0,9 %. Depuis, les ventes sont reparties dans le rouge.

Pour quelqu’un qui veut lancer un business, la nuance est importante. Nous ne voyons plus la chute brutale que le secteur a connue lors de ses pires périodes, mais nous n’avons toujours pas retrouvé une croissance régulière. Le marché oscille autour de zéro en euros tandis que les Français achètent progressivement moins de paires.

Période Évolution observée Ce que nous en retenons
Automne-hiver 2023/24 -2,8 % en valeur Forte baisse
Automne-hiver 2024/25 +3,5 % Rebond
Printemps-été 2025 +0,9 % Croissance très faible
Ensemble de 2025 +0,2 % en valeur Marché quasiment stable
Ensemble de 2025 -1,9 % en nombre d’achats Les volumes reculent
Automne-hiver 2025/26 Baisse en valeur Nouveau tassement
Mars-mai 2026 -2 % en chiffre d’affaires Pas encore de reprise

Les Français achètent-ils vraiment moins de chaussures qu’avant ?

Oui. Le problème le plus net du marché de la chaussure aujourd’hui est le nombre de paires achetées, qui baisse davantage que les dépenses en euros.

Ce phénomène apparaît deux années de suite. En 2024, les dépenses avaient progressé d’environ 2 % pour atteindre 8,8 milliards d’euros, alors que les volumes reculaient déjà légèrement. En 2025, les dépenses n’ont gagné que 0,2 % et le nombre d’achats a baissé de 1,9 %.

Une partie de la résistance du chiffre d’affaires vient donc simplement des prix. Lorsque les chaussures coûtent un peu plus cher mais que les clients en achètent moins, un marché peut sembler stable en euros tout en perdant du terrain en quantité.

La Fédération Française de la Chaussure estime d’ailleurs que la consommation reste encore quelques points sous son niveau d’avant-Covid. Nous ne sommes donc pas face à une mauvaise saison isolée. Plusieurs années après le grand choc sanitaire, les anciens volumes ne sont toujours pas revenus.

L’Insee confirme que le problème dépasse une seule catégorie de chaussures. En 2025, les ventes en volume des magasins d’habillement-chaussures ont baissé de 1,4 %, après +0,9 % en 2024, alors que l’ensemble du commerce de détail progressait de 2,3 %. Les Français continuent donc davantage à arbitrer contre la mode que contre la consommation en général.

Pourquoi les Français achètent-ils moins de chaussures ?

Les Français continuent d’aimer acheter des chaussures, mais ils repoussent plus facilement cet achat lorsque leur budget se tend.

Le contraste est assez frappant. Dans le baromètre de la Fédération Française de la Chaussure, 69 % des personnes interrogées disent encore considérer l’achat de chaussures comme un moment de plaisir. La proportion atteint 74 % chez les femmes et 76 % chez les 18-35 ans.

L’envie existe donc toujours. En revanche, une paire supplémentaire est facile à reporter. On peut continuer quelques mois avec ses sneakers, ses bottines ou ses chaussures de ville actuelles lorsque l’alimentation, le logement, l’énergie ou les transports absorbent davantage de budget.

La première partie du printemps-été 2026 l’a encore montré. Dans un contexte de pouvoir d’achat sous tension, les ventes ont perdu 2 % et la part des achats réalisés avec remise a augmenté. Les clients n’ont pas disparu ; ils ont attendu davantage le bon prix.

C’est probablement l’une des transformations les plus importantes du marché. Une nouvelle marque ne peut plus compter autant qu’avant sur le simple renouvellement régulier des paires. Elle doit donner au client une bonne raison d’acheter maintenant : performance, confort, style reconnaissable, besoin professionnel, prix très compétitif ou produit difficile à remplacer.

La chaussure de ville baisse-t-elle plus que les sneakers et les chaussures de sport ?

Oui. Aujourd’hui, les sneakers et surtout les chaussures utilisées pour le sport résistent clairement mieux que la chaussure traditionnelle.

En 2025, le pôle sport/sneakers a progressé d’environ 2 %, alors que les autres grandes familles de chaussures ont reculé. Le détail est encore plus intéressant : selon la Fédération Française de la Chaussure, la croissance vient davantage des modèles réellement utilisés pour pratiquer un sport que des sneakers simplement portées en ville.

La tendance dure déjà depuis plusieurs années. En 2024, environ 107 millions de paires de sneakers avaient été achetées en France sur un total proche de 259 millions de paires. Cela représente plus de quatre paires sur dix. Les volumes de sneakers avaient alors augmenté de 6,8 %, tandis que les chaussures d’été perdaient 7,4 %.

Certaines chaussures de ville peuvent encore connaître de très fortes poussées. Sur l’automne-hiver 2025/26, les mocassins femme ont bondi de 37 % et les bottines ou boots homme de 15 %. Ce sont toutefois des tendances de produits très précises. Elles ne suffisent pas à remettre toute la chaussure traditionnelle en croissance.

Pour lancer une marque, la différence est énorme. Une proposition construite autour d’un usage identifiable part aujourd’hui avec davantage de demande qu’une collection généraliste mêlant baskets, derbies, bottines et sandales sans spécialité claire.

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Le running est-il devenu l’un des meilleurs segments de la chaussure ?

Oui. Le running fait actuellement partie des segments les plus solides du marché français de la chaussure.

Alors que l’ensemble du marché reculait durant l’automne-hiver 2025/26, les chaussures de running ont progressé de 4,6 % en valeur. La Fédération relevait encore une bonne dynamique des modèles destinés à la pratique sportive au début de la saison suivante.

Ce mouvement dépasse le simple effet sneaker. Le consommateur achète ici une fonction : courir plus confortablement, protéger ses articulations, pratiquer le trail, marcher longtemps ou améliorer ses performances. Le produit peut donc être remplacé pour des raisons d’usure ou de pratique sportive même lorsque le consommateur réduit ses achats de mode.

La distribution confirme cette bascule. Les magasins de sport réalisent désormais 32,6 % des ventes de chaussures en France en valeur. Ils pèsent presque trois fois les détaillants indépendants spécialisés dans la chaussure.

Le running attire évidemment beaucoup de concurrents, mais il offre au moins quelque chose devenu rare dans la chaussure : une demande qui continue réellement à avancer. Les concepts voisins — trail, marche active, confort sportif ou chaussures conçues pour un usage précis — méritent donc beaucoup plus d’attention qu’un positionnement généraliste.

Quels segments de chaussures souffrent le plus aujourd’hui ?

La chaussure enfant est actuellement l’un des segments les plus difficiles, tandis que l’homme et la femme résistent beaucoup mieux.

En 2025, les ventes de chaussures enfant ont baissé de 3,9 %. Sur l’automne-hiver suivant, elles ont encore chuté de 5,8 %. La Fédération relie directement une partie du problème à la baisse de la natalité, particulièrement sur les chaussures « premiers pas ».

C’est un handicap assez lourd car il réduit progressivement le nombre de clients potentiels. La seconde main ajoute une autre pression : une paire pour enfant est souvent portée peu longtemps avant de devenir trop petite, ce qui la rend particulièrement facile à revendre.

À côté, la chaussure homme a progressé de 1,5 % en 2025 et la femme de 0,7 %. Le marché féminin reste le plus gros des trois, avec 44 % des dépenses, devant l’homme à 39 % et l’enfant à 17 %.

Nous éviterions toutefois de choisir un concept uniquement sur cette différence homme-femme. Les écarts entre usages et produits sont parfois beaucoup plus grands : +37 % pour le mocassin femme sur une saison, +15 % pour les boots homme, +4,6 % pour le running et -5,8 % pour l’enfant.

Segment Poids ou évolution récente
Chaussure femme 44 % du marché en valeur
Chaussure homme 39 %
Chaussure enfant 17 %
Homme en 2025 +1,5 %
Femme en 2025 +0,7 %
Enfant en 2025 -3,9 %
Enfant automne-hiver 2025/26 -5,8 %
Running automne-hiver 2025/26 +4,6 %
Mocassins femme automne-hiver 2025/26 +37 %

Internet est-il en train de tuer les magasins de chaussures ?

Non. Pour la chaussure, le magasin physique tient beaucoup mieux que ce qu’on pourrait imaginer en regardant le reste du e-commerce.

Près de 77 % des personnes interrogées par la Fédération Française de la Chaussure déclarent préférer acheter leurs chaussures en magasin. L’essayage reste utile : une pointure identique peut chausser très différemment selon la marque, la forme et le modèle.

Les données récentes vont dans le même sens. Au début du printemps-été 2026, les achats en magasin ont mieux résisté que les achats en ligne. Et plus largement, la vente à distance n’accapare pas progressivement tout le commerce français : selon l’Insee, sa part de marché globale a beaucoup augmenté pendant la crise sanitaire puis s’est pratiquement stabilisée depuis 2023.

Cela ne veut pas dire que le digital compte peu. La Fevad montre au contraire une audience énorme des plateformes de mode, avec Amazon, Vinted, Shein, Decathlon et Zalando parmi les acteurs les plus utilisés. Sur la chaussure et la maroquinerie en ligne, Vinted, Nike et Zalando sont aujourd’hui au coude-à-coude en tête.

Le comportement est donc franchement omnicanal. Les consommateurs découvrent un produit sur Instagram, TikTok, Google, Vinted ou le site d’une marque, comparent les prix en ligne, puis peuvent vouloir l’essayer avant d’acheter. Pour un nouveau business, disposer d’un lieu physique peut encore apporter une vraie valeur dès que le fit, le confort ou le conseil comptent.

Qui prend des parts de marché dans la chaussure en France ?

Les magasins de sport sont les grands gagnants de la distribution de chaussures en France, tandis que les détaillants indépendants continuent de perdre du terrain.

En 2025, les magasins de sport réalisaient 32,6 % des ventes de chaussures en valeur. Ils devançaient largement les grandes surfaces spécialisées dans la chaussure à 16,8 %, les spécialistes e-commerce à 13,5 %, les chaînes de magasins de chaussures à 11,6 % et les indépendants à 11 %.

Cette hiérarchie raconte presque toute l’évolution du secteur. Les consommateurs se déplacent vers des acteurs capables d’apporter soit un usage clair, soit énormément de choix, soit des prix agressifs. Le détaillant généraliste du centre-ville se retrouve davantage coincé entre ces modèles.

Chaussea montre qu’on peut quand même prendre énormément de terrain dans un marché qui stagne. L’enseigne est passée d’environ 380 à plus de 600 magasins en quelques années, notamment grâce aux reprises de réseaux concurrents. Kantar avait mesuré une progression de sa part de marché de 5,3 % à 6,7 % en un an sur une période récente.

Quand l’ensemble du marché n’avance presque plus, gagner 1,4 point de part de marché représente un déplacement massif de dépenses depuis les concurrents. La chaussure reste donc un marché où certains acteurs peuvent grossir vite, mais leur croissance vient largement d’une redistribution des ventes existantes.

Circuit Part des ventes de chaussures en valeur
Magasins de sport 32,6 %
Grandes surfaces spécialisées chaussure 16,8 %
Spécialistes e-commerce 13,5 %
Chaînes de magasins de chaussures 11,6 %
Détaillants indépendants 11,0 %
Magasins d’habillement 5,1 %
Grandes surfaces alimentaires 3,9 %
Autres circuits 5,5 %
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Est-ce encore une bonne idée d’ouvrir un magasin de chaussures indépendant ?

Oui, à condition d’avoir une vraie spécialité. Ouvrir aujourd’hui un magasin de chaussures généraliste sans avantage évident nous paraît en revanche très risqué.

Les indépendants ne représentent plus que 11 % des ventes de chaussures en valeur et ont encore perdu des parts de marché récemment. En face, les magasins de sport dépassent 32 %, les grandes chaînes disposent de centaines de points de vente et les sites internet proposent une profondeur de gamme impossible à reproduire dans une petite surface.

Plusieurs difficultés d’enseignes historiques montrent à quel point le milieu de marché est devenu rude. Minelli a de nouveau connu une procédure collective après une première restructuration. André a lui aussi traversé de nouvelles difficultés. Pendant ce temps, les groupes capables de consolider le marché rachètent des magasins, augmentent leur taille et mutualisent leurs achats.

Un indépendant peut encore avoir une vraie raison d’exister lorsque le client vient chercher une expertise qu’il trouve difficilement ailleurs. Running, pieds sensibles, grandes pointures, chaussures professionnelles, fabrication européenne, réparation, chaussage enfant ou sélection premium très pointue peuvent fonctionner de cette manière.

Le magasin qui propose simplement « un bon choix de chaussures de marques connues » affronte directement des concurrents plus gros, moins chers et beaucoup mieux équipés pour gérer leurs stocks.

La seconde main enlève-t-elle déjà beaucoup de ventes aux chaussures neuves ?

Oui. La seconde main ne domine pas encore le marché de la chaussure, mais son poids est devenu assez important pour peser sur un marché neuf qui baisse déjà en volume.

Près de 5 % des achats de chaussures se font désormais d’occasion selon la Fédération Française de la Chaussure. La pénétration est encore supérieure sur certains segments, notamment l’enfant.

Cinq pour cent semble faible face aux 95 % restants. Mais lorsque les achats neufs perdent environ 2 % sur une année, quelques points de consommation déplacés vers Vinted ou d’autres plateformes deviennent très visibles. Une partie de la croissance qui aurait autrefois bénéficié au neuf est captée ailleurs.

La Fevad fournit un autre indice assez spectaculaire. Pour la chaussure et la maroquinerie achetées en ligne, Vinted fait aujourd’hui partie des trois acteurs de tête avec Nike et Zalando. La plateforme de seconde main est donc arrivée au niveau des plus gros spécialistes de la catégorie en nombre de cyberacheteurs.

Pour une marque, la revente mérite maintenant d’être intégrée au raisonnement dès la conception du produit. Une chaussure durable, réparable et recherchée d’occasion peut conserver davantage de valeur, renforcer l’image de marque et faciliter le prochain achat neuf.

Les promotions sont-elles devenues presque obligatoires pour vendre des chaussures ?

Oui. Le marché français de la chaussure est devenu très dépendant des promotions, et cette dépendance peut faire beaucoup plus de dégâts sur la rentabilité qu’une petite baisse des ventes.

En 2024, plus de la moitié des achats de chaussures étaient déjà réalisés avec une réduction : soldes, promotion, vente privée, déstockage ou avantage fidélité. Le début difficile de l’automne-hiver 2025/26 a encore poussé les achats remisés à un niveau élevé. Au printemps suivant, la Fédération observait une nouvelle progression des achats avec remise.

Cela change complètement l’économie d’une collection. Une paire prévue à 120 euros n’a pas la même marge lorsqu’une partie importante des stocks finit à 90, 80 ou 70 euros. Et le problème se répète à chaque taille : un modèle peut très bien se vendre en 39 et laisser des 36 ou des 41 pendant des mois.

Voilà pourquoi la gestion de stock devient aussi importante que le produit. Une jeune marque qui commande trop peut afficher beaucoup de ventes et manquer quand même de trésorerie. Moins de références, de petites séries, davantage de réassort et une lecture rapide des tailles qui tournent peuvent être plus précieux qu’une très grande collection.

Pour un porteur de projet, nous regarderions donc le taux de vente plein tarif avant presque tous les autres indicateurs. Deux boutiques réalisant le même chiffre d’affaires peuvent avoir des rentabilités radicalement différentes si l’une écoule ses produits au prix prévu et l’autre dépend constamment des -30 %.

Le low cost rend-il le milieu de gamme de la chaussure trop difficile ?

Oui. Le milieu de gamme sans différence claire est probablement l’un des positionnements les plus inconfortables actuellement dans la chaussure.

Les consommateurs ont désormais accès en permanence à des produits extrêmement bon marché sur Shein, Temu, les marketplaces et certaines grandes chaînes. De l’autre côté, ils peuvent payer davantage lorsqu’une marque leur apporte une vraie performance, un design très identifiable, une origine premium ou une forte désirabilité.

Entre les deux, vendre une paire relativement classique à 90, 120 ou 150 euros devient compliqué si le client ne comprend pas immédiatement ce qui justifie l’écart de prix.

Cette pression se retrouve dans toute la mode. La Fevad montre que Vinted et Shein font désormais partie des plateformes les plus utilisées par les acheteurs français, tandis que Temu a rapidement pris une place importante dans les volumes. Les consommateurs peuvent donc comparer un même besoin avec du neuf très peu cher, de la seconde main et des marques établies en quelques minutes.

Une nouvelle marque située au milieu doit rendre son supplément de prix très concret. Une meilleure matière ou une belle histoire de marque restent trop abstraites si le consommateur ne voit pas aussi le bénéfice dans le confort, la durée de vie, le design ou l’usage.

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Le Made in France suffit-il encore pour vendre des chaussures ?

Non. Fabriquer en France peut renforcer une bonne marque, mais l’origine française ne suffit pas à créer la demande.

Les chiffres industriels sont assez durs. En 2025, les fabricants français ont produit environ 10 millions de paires, contre 12,6 millions un an plus tôt. Leur chiffre d’affaires est tombé de 610 à 556 millions d’euros, soit une baisse proche de 9 %. Le nombre d’usines et ateliers recensés est passé de 86 à 82.

L’écart avec les importations donne une idée encore plus claire de la taille réelle du Made in France. Face à environ 10 millions de paires produites dans le pays, la France en importe plusieurs centaines de millions chaque année.

Il existe malgré tout une clientèle pour laquelle l’origine, le savoir-faire et la qualité comptent. Une enquête menée auprès de 4 000 personnes en 2026 montrait par exemple que 72 % considéraient la marque comme un gage de qualité au moment d’acheter leurs chaussures.

Le meilleur positionnement consiste donc à faire du Made in France une preuve supplémentaire plutôt que l’unique argument commercial. Une chaussure confortable, reconnaissable, réparable et bien fabriquée en France a plusieurs raisons d’être achetée. Une chaussure quelconque dont le seul avantage est d’avoir été assemblée en France risque de demander au client un effort patriotique permanent pour justifier son prix.

Peut-on encore gagner de l’argent en vendant des chaussures ?

Oui, mais la rentabilité dépend énormément de la rotation du stock et du nombre de paires vendues plein tarif.

La chaussure cumule une difficulté particulière : chaque modèle se décline en couleurs et surtout en pointures. Pour proposer dix modèles dans deux couleurs et six tailles, un commerçant doit déjà gérer 120 combinaisons produit-taille avant même d’avoir constitué du stock en profondeur.

La rentabilité moyenne du commerce donne une idée du problème. Dans son étude structurelle, l’Insee trouvait une rentabilité économique d’environ 9 % pour les magasins d’habillement-chaussures, contre plus de 11 % pour l’ensemble du commerce de détail et environ 17 % pour les magasins d’articles de sport.

Cette différence colle assez bien avec ce que nous voyons aujourd’hui sur les ventes. Le sport gagne des parts, certaines chaussures techniques progressent et les consommateurs ont une raison fonctionnelle de renouveler leurs produits. Un magasin généraliste doit davantage composer avec les tendances de mode, les invendus et les promotions.

Avant d’ouvrir, nous ferions donc tourner le business plan avec plusieurs hypothèses de déstockage. Si le projet n’est rentable qu’en supposant que 80 ou 90 % des paires partiront au plein tarif, le modèle est probablement trop fragile.

Y a-t-il encore de la place pour une nouvelle marque de chaussures en France ?

Oui. Il reste largement assez d’argent dépensé dans la chaussure pour faire émerger une nouvelle marque, mais cette marque devra prendre des parts à des acteurs déjà installés.

Les 8,82 milliards d’euros dépensés chaque année donnent une bonne idée de l’échelle. Obtenir seulement 0,01 % de ce marché correspond théoriquement à environ 882 000 euros de ventes finales. À 0,05 %, on arrive déjà autour de 4,4 millions d’euros.

Le marché n’a donc pas besoin de gagner 5 % par an pour qu’une petite entreprise puisse grossir. Chaussea a pris des parts dans un marché pratiquement stagnant. Le running progresse alors que le nombre total de paires diminue. Vinted gagne des acheteurs pendant que certains distributeurs traditionnels reculent. Les mocassins peuvent bondir sur une saison alors que le reste de la chaussure de ville baisse.

Toutes ces situations montrent la même chose : la demande se déplace énormément à l’intérieur du marché.

Pour un entrepreneur, nous chercherions donc un angle très précis plutôt qu’un « marché porteur » au sens large. Chaussures de marche élégantes, running spécialisé, pieds larges, chaussures professionnelles plus confortables, grandes pointures, produits faciles à réparer ou concept mêlant vente, reprise et seconde main sont des exemples de problèmes suffisamment concrets pour créer une préférence.

Une marque supplémentaire de sneakers lifestyle ou une boutique généraliste part avec un défi beaucoup plus dur : convaincre un consommateur qui dispose déjà de centaines d’alternatives.

Alors, est-ce que le marché de la chaussure baisse encore ?

Oui. Aujourd’hui, le marché français de la chaussure continue de baisser en volume, et les données les plus récentes montrent également un petit recul du chiffre d’affaires.

Le tableau d’ensemble est assez clair. Les dépenses ont atteint 8,82 milliards d’euros en 2025, soit seulement +0,2 %, tandis que le nombre d’achats a reculé de 1,9 %. Les premiers mois disponibles de 2026 ont ensuite affiché environ -2 % de chiffre d’affaires. Plusieurs années après le Covid, la consommation reste encore sous son ancien niveau.

Mais les écarts entre segments sont devenus énormes. Le running a progressé de 4,6 % sur une saison où le marché reculait. Les magasins de sport contrôlent désormais près d’un tiers des ventes. Vinted rivalise avec Nike et Zalando en ligne sur la chaussure et la maroquinerie. À l’inverse, les indépendants généralistes perdent des parts, l’enfant souffre et les promotions prennent toujours beaucoup de place.

Pour quelqu’un qui veut créer un business en France, nous ne classerions donc pas la chaussure parmi les marchés naturellement porteurs. Le secteur ne donnera probablement pas beaucoup de croissance gratuite à un nouvel entrant.

Il reste pourtant presque 9 milliards d’euros de dépenses annuelles à aller chercher. Les projets capables de résoudre un besoin précis peuvent encore croître vite, justement parce que la demande se déplace à l’intérieur de ce marché.

Notre jugement final est donc assez tranché : oui, la chaussure baisse encore, et lancer aujourd’hui une offre généraliste serait risqué. En revanche, une marque ou un magasin très spécialisé peut encore construire un vrai business. Dans ce marché, le choix du segment compte désormais beaucoup plus que la croissance du marché lui-même.

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SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Cette analyse cherche à répondre à une question simple en apparence : le marché français de la chaussure baisse-t-il encore, et où reste-t-il de la place pour créer un business ? Nous ne nous appuyons pas sur un seul chiffre, car le diagnostic change selon que l’on regarde les dépenses en euros, les volumes, les catégories de produits, les circuits de distribution ou la rentabilité du commerce.

Nous avons donc décomposé le marché en plusieurs dimensions : évolution de la demande, volumes et prix, dynamique des principaux usages et catégories, circuits de distribution, comportement d’achat, promotions, seconde main, structure concurrentielle, production française et économie du commerce spécialisé.

Pour chacune de ces dimensions, nous avons recherché les données disponibles les plus récentes, puis les avons comparées aux années précédentes lorsqu’il fallait distinguer une tendance de fond d’une simple variation saisonnière. Les bilans annuels servent de base, tandis que les données saisonnières 2025/26 et 2026 permettent de voir si la trajectoire s’améliore ou se dégrade plus vite.

Nous avons privilégié les indicateurs qui mesurent directement la demande : nombre de paires achetées, évolution des catégories, part des achats remisés et déplacements entre circuits de distribution. Les données d’audience, de prix, de popularité ou de communication servent surtout à compléter ce diagnostic lorsqu’elles apportent un angle utile.

Nous avons également séparé deux questions souvent confondues : « le marché est-il en croissance ? » et « peut-on encore y construire un bon business ? ». Un secteur presque stable ou en baisse peut rester intéressant si les dépenses se déplacent rapidement vers certains usages, certains formats de magasins ou certaines marques. C’est particulièrement visible ici avec le running, les magasins de sport, la seconde main et quelques micro-tendances de produits.

Les principales sources sectorielles utilisées sont les publications de la Fédération Française de la Chaussure, notamment son bilan économique 2025/2026, sa page Études de marché pour les tendances saisonnières récentes, et son bilan économique 2024/2025 pour les comportements consommateurs et la structure du marché.

Pour les volumes et les familles de produits, nous avons aussi utilisé le baromètre annuel de la consommation 2024 de Refashion. Il permet notamment de replacer les sneakers, les chaussures d’été et les volumes totaux dans une perspective plus concrète.

Pour le commerce, la rentabilité et la trajectoire du retail, nous nous sommes appuyés sur Le compte du commerce en 2025, l’analyse de l’Insee sur les difficultés des magasins spécialisés d’habillement-chaussures, ainsi que ses données sur les parts de marché du commerce de détail selon la forme de vente.

Pour le e-commerce et la seconde main, les sources principales sont le classement Fevad 2025 des sites e-commerce en nombre de clients, son analyse Mode et Internet en 2025 et son bilan du e-commerce français 2025. Nous avons également utilisé l’étude Alliance France Cuir / FDCF sur les lieux d’achat des Français.

Enfin, la partie démographie et industrie s’appuie sur l’Insee pour les naissances en 2025, sur la Fédération Française de la Chaussure pour l’industrie française de la chaussure, sur les Douanes françaises pour la série longue Cuir, bagages et chaussures, et sur les données publiées directement par Chaussea ainsi que la veille marketing de la Fédération pour les mouvements récents d’enseignes.