Chambre d'hôtel : quelle rentabilité aujourd'hui ?

Lancez un hôtel sans sous-estimer le taux de remplissage nécessaire
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Chambre d'hôtel : quelle rentabilité aujourd'hui ? Une bonne chambre d'hôtel en France peut aujourd'hui générer autour de 30 000 € de chiffre d'affaires hébergement annuel et environ 8 000 à 10 000 € de résultat brut d'exploitation, mais la vraie rentabilité dépend surtout du prix payé pour créer ou acquérir cette chambre.
Le meilleur indicateur à regarder n'est pas le prix affiché de la nuit, mais le RevPAR. Autour de 85 € de RevPAR, une chambre disponible toute l'année produit environ 31 000 € de chiffre d'affaires hébergement ; à 150 €, elle approche déjà 55 000 €.
La localisation peut facilement multiplier ce revenu par trois. Paris approche 200 € de RevPAR dans les dernières données disponibles, alors que certaines zones franciliennes hors Paris tournent plutôt autour de 65 à 70 €.
Pour un nouveau projet, atteindre durablement 60 à 65 % d'occupation constitue déjà une hypothèse sérieuse. Construire le business plan sur 75 ou 80 % n'est crédible que dans des marchés locaux particulièrement forts.
Le remplissage ne fait pas tout. Quand la demande le permet, gagner 10 € sur le prix moyen peut être plus rentable que vendre davantage de chambres, car les nuits supplémentaires entraînent ménage, blanchisserie, consommables et parfois commissions de distribution.
L'échelle compte beaucoup. Les fonctions incompressibles d'un hôtel — réception, direction, sécurité, logiciels, maintenance — sont beaucoup plus faciles à absorber sur 50 chambres que sur 15. Un petit hôtel doit donc souvent être plus cher, plus automatisé ou vraiment différencié.
La dépendance aux OTA peut retirer plusieurs milliers d'euros par chambre chaque année. Avec 65 % des ventes réalisées via une plateforme facturant 18 % de commission, près de 12 % du chiffre d'affaires hébergement disparaît avant même de payer le personnel et l'immobilier.
Le haut de gamme peut produire beaucoup plus par chambre, mais les étoiles ne créent pas automatiquement de la marge. Une rénovation lourde n'a de sens que si elle provoque un vrai saut de RevPAR, pas simplement quelques euros de prix moyen supplémentaires.
Le rendement de l'exploitation et le rendement de l'investissement peuvent raconter deux histoires opposées. Une chambre parisienne générant 21 000 € de résultat annuel peut être moins intéressante qu'une chambre de province à 9 000 € si la première coûte 600 000 € à acquérir et la seconde 120 000 €.
Le marché français reste solide, mais il est moins indulgent qu'au moment du rebond post-Covid. Pour créer un hôtel aujourd'hui, nous chercherions donc moins le projet affichant le plus gros prix par nuit que celui combinant RevPAR crédible, coûts fixes maîtrisés, peu de dépendance aux plateformes et prix par chambre suffisamment bas pour laisser un vrai rendement.
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Combien une chambre d’hôtel rapporte-t-elle vraiment aujourd’hui ?
Aujourd’hui, une chambre d’hôtel française tourne autour de 31 000 € de chiffre d’affaires hébergement annuel au niveau moyen du marché, mais l’écart entre une bonne et une mauvaise localisation peut facilement aller de 1 à 3.
Le calcul le plus utile part du RevPAR, c’est-à-dire le revenu généré chaque jour par chaque chambre disponible, qu’elle soit occupée ou vide. Les données In Extenso pour 2025 placent le RevPAR national autour de 85 €, avec un prix moyen proche de 133 € et une occupation autour de 64 %. Sur 365 jours, nous obtenons presque 31 000 € par chambre.
La moyenne française cache cependant des réalités très différentes. In Extenso mesure à Paris environ 239 € de prix moyen et 82 % d’occupation en 2025. Cela donne près de 196 € de RevPAR, soit plus de 71 000 € de chiffre d’affaires hébergement annuel par chambre disponible. En Île-de-France hors Paris, 105 € de prix moyen avec 64 % d’occupation ramènent le RevPAR autour de 67 €, soit seulement 24 500 € par an.
Nous parlons donc du même métier, parfois à quelques dizaines de kilomètres de distance, avec presque trois fois plus de chiffre d’affaires par chambre. C’est le premier chiffre à regarder dans un projet hôtelier.
| Prix moyen | Occupation | RevPAR | CA annuel par chambre |
|---|---|---|---|
| 80 € | 50 % | 40 € | 14 600 € |
| 100 € | 60 % | 60 € | 21 900 € |
| 120 € | 65 % | 78 € | 28 470 € |
| 133 € | 64 % | ≈85 € | ≈31 000 € |
| 150 € | 70 % | 105 € | 38 325 € |
| 200 € | 75 % | 150 € | 54 750 € |
| 239 € | 82 % | 196 € | ≈71 500 € |
Est-ce encore un bon moment pour ouvrir un hôtel en France ?
Oui, il reste de la demande pour les hôtels en France, mais nous n’avons plus le marché facile de l’après-Covid où la hausse des prix pouvait rattraper beaucoup d’erreurs d’exploitation.
La fréquentation reste considérable. L’Insee comptabilise 220,2 millions de nuitées hôtelières en France en 2025. Atout France estime de son côté que le pays a accueilli 102 millions de visiteurs internationaux cette année-là, avec 77,5 milliards d’euros de recettes touristiques internationales.
Le problème actuel se situe davantage du côté des marges. In Extenso indique que le chiffre d’affaires hébergement des hôtels français n’a progressé que de 2 % en 2025, avec un RevPAR globalement proche de la stabilité. Et le début de 2026 a été plus difficile : l’observatoire GHR-FSV mesurait une baisse moyenne de 4 % du chiffre d’affaires de l’hôtellerie-restauration au premier trimestre par rapport à un an plus tôt.
La pression se voit également dans les défaillances. Selon les données relayées par le GHR, 5 032 procédures collectives ont été ouvertes dans les cafés, hôtels et restaurants au premier semestre 2026, encore 5,4 % de plus sur un an. L’hébergement pèse moins que la restauration dans ces faillites, mais le nombre de dirigeants ayant perdu leur activité dans l’hébergement a fortement augmenté.
Nous ouvririons donc encore un hôtel aujourd’hui, mais certainement pas avec un business plan qui suppose que le marché fera le travail à notre place. La demande existe ; la marge, elle, doit être construite.
Quel taux d’occupation faut-il vraiment viser pour un hôtel ?
Pour un hôtel classique en France, dépasser durablement 65 % d’occupation est déjà une bonne performance ; construire un projet sur 75 ou 80 % demande une justification locale très solide.
Les dernières données complètes de l’Insee donnent 62,3 % d’occupation pour l’ensemble des hôtels français. Les établissements classés atteignent 63,9 %, les hôtels 3 étoiles 63,4 %, les 4 étoiles 68,1 % et les 5 étoiles 66,8 %. Les hôtels non classés descendent à 47,6 %.
Un prévisionnel à 80 % en année de croisière paraît donc agressif dans beaucoup de villes françaises. Paris peut le faire : In Extenso mesure 82 % en 2025. Une station ou une destination loisirs très forte peut également afficher plusieurs mois quasiment pleins. Mais il s’agit de marchés spécifiques.
L’impact économique de quelques points supplémentaires est énorme. Avec un prix moyen de 120 €, passer de 60 à 70 % d’occupation ajoute 4 380 € de chiffre d’affaires annuel par chambre. Pour un hôtel de 40 chambres, nous parlons de 175 200 € supplémentaires.
Les moyennes nationales se situent plutôt dans la zone des 60 à 65 %. Pour un nouveau projet, une hypothèse de 60 % bien démontrée vaut souvent mieux qu’un séduisant 75 % obtenu en remplissant une cellule Excel.
À partir de quel taux d’occupation une chambre d’hôtel gagne-t-elle de l’argent ?
Une chambre peut atteindre son point mort autour de 40 à 45 % d’occupation dans un hôtel très efficace, tandis qu’un établissement trop chargé en coûts peut encore perdre de l’argent au-delà de 60 %.
Prenons une chambre vendue 120 €. Supposons 15 € de coûts directement provoqués par une nuit occupée : ménage, blanchisserie, produits d’accueil, consommations supplémentaires et petites fournitures. Chaque nuit vendue apporte alors environ 105 € avant commission de distribution.
Si les coûts fixes attribuables à cette chambre représentent 16 000 € par an, il faut vendre environ 152 nuits pour les couvrir. Cela correspond à 42 % d’occupation.
Avec un prix moyen de 90 €, la marge par nuit tombe à 75 €. Les mêmes 16 000 € de coûts fixes demandent désormais 213 nuits, donc 58 % d’occupation.
Et si le coût fixe par chambre grimpe à 20 000 € avec ce tarif de 90 €, le point mort dépasse 73 %.
Ces exemples sont volontairement simplifiés, mais ils montrent pourquoi le taux d’occupation seul raconte peu de choses. Nous voulons savoir combien rapporte chaque nuit supplémentaire et combien de coûts doivent être payés avant même l’arrivée du premier client.
Combien facturer pour rentabiliser un hôtel ?
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Vaut-il mieux remplir davantage l’hôtel ou augmenter le prix des chambres ?
Quand le marché l’accepte, quelques euros de prix en plus sont généralement plus rentables que quelques points de remplissage en plus.
Prenons une chambre à 120 € avec 65 % d’occupation. Son RevPAR est de 78 €. Si nous montons le prix à 130 € sans perdre de clients, le RevPAR atteint 84,50 €, soit +8,3 %.
Pour obtenir exactement le même résultat en maintenant le prix à 120 €, il faudrait dépasser 70 % d’occupation. Cela signifie davantage de chambres à nettoyer, de linge, de produits d’accueil et éventuellement davantage de commissions Booking.
Voilà pourquoi la forte hausse des prix a beaucoup aidé les hôtels pendant la reprise post-Covid. Cette réserve devient aujourd’hui moins confortable. In Extenso décrit un RevPAR français presque stable en 2025 et seulement +2 % de chiffre d’affaires hébergement. En régions, la progression du RevPAR n’a été que de 2 %, et les professionnels interrogés n’attendaient qu’environ +1 % pour 2026.
Nous éviterions donc un business plan qui gagne sa rentabilité grâce à une hausse automatique de 4 ou 5 % des prix tous les ans. Ces dernières années ont montré que cela pouvait arriver. Rien ne garantit que cela continue.
Un hôtel 4 étoiles gagne-t-il vraiment plus d’argent qu’un 2 ou 3 étoiles ?
Un 4 étoiles peut générer beaucoup plus de chiffre d’affaires par chambre, et la demande actuelle favorise clairement le haut de gamme, mais sa marge n’augmente pas automatiquement dans les mêmes proportions.
En 2025, l’Insee mesure 68,1 % d’occupation pour les hôtels 4 étoiles, devant les 3 étoiles à 63,4 % et les 2 étoiles à 59,1 %. Le haut de gamme bénéficie donc à la fois de tarifs plus élevés et d’un bon remplissage.
Le mouvement dépasse une seule année. Atout France indique que le nombre d’hôtels 5 étoiles français est passé de 369 en 2019 à 477 en 2025, soit +29 %, alors que le nombre total d’hôtels a pratiquement stagné. Les investisseurs et exploitants ont clairement poussé l’offre vers le haut.
Cette montée en gamme coûte cependant cher : chambres plus grandes, réception et service plus présents, équipements supplémentaires, décoration, spa dans certains cas, renouvellement plus fréquent du produit. Le personnel pèse aussi davantage.
Le 4 étoiles devient particulièrement intéressant lorsque la montée en gamme permet de faire un vrai saut de prix. Dépenser plusieurs millions pour passer de 110 à 125 € de prix moyen est beaucoup moins séduisant que réussir à passer de 110 à 170 €. Nous regarderions donc le supplément de RevPAR obtenu pour chaque euro de CAPEX, plutôt que le nombre d’étoiles sur la façade.
| Catégorie | Chambres en France | Occupation | Nuitées annuelles |
|---|---|---|---|
| Non classé | 63 600 | 47,6 % | 17,2 M |
| 1 étoile | 19 300 | 56,5 % | 6,5 M |
| 2 étoiles | 101 700 | 59,1 % | 34,3 M |
| 3 étoiles | 247 900 | 63,4 % | 87,8 M |
| 4 étoiles | 159 600 | 68,1 % | 63,5 M |
| 5 étoiles | 26 100 | 66,8 % | 10,9 M |
| Ensemble | 618 200 | 62,3 % | 220,2 M |
Combien reste-t-il vraiment sur 100 € de chiffre d’affaires d’un hôtel ?
Sur 100 € de chiffre d’affaires hôtelier, garder autour de 25 à 35 € de résultat brut d’exploitation constitue déjà un bon ordre de grandeur ; le bénéfice final du propriétaire sera nettement plus bas.
Les ratios publiés historiquement par les professionnels de l’hôtellerie placent souvent le résultat brut d’exploitation autour de 30 % du chiffre d’affaires, avec des écarts importants selon le standing et les services proposés.
Prenons donc une chambre qui produit 31 000 € de chiffre d’affaires hébergement annuel, proche de notre ordre de grandeur national. À 30 % de RBE, elle contribue environ 9 300 € par an.
Ces 9 300 € ne tombent évidemment pas directement sur le compte bancaire du propriétaire. Il faut encore supporter, selon la structure du projet, le loyer ou le coût immobilier, les intérêts, les gros travaux, le renouvellement du mobilier et des équipements, les amortissements et la fiscalité.
Les tensions récentes rendent cette distinction encore plus importante. Le GHR rappelle que les hôtels, cafés et restaurants consacrent en moyenne environ 40 % de leur chiffre d’affaires à la masse salariale selon Fiducial, tandis que le résultat net moyen du secteur HCR tournerait autour de 4 %. Ce chiffre mélange plusieurs métiers, notamment la restauration, et ne doit donc pas être appliqué mécaniquement à chaque hôtel. Il rappelle néanmoins à quel point la dernière ligne peut être petite même lorsque le chiffre d’affaires paraît élevé.
Pourquoi les salaires changent-ils autant la rentabilité d’un hôtel ?
Parce qu’un hôtel doit faire fonctionner une partie de son équipe même quand certaines chambres restent vides, et ce coût fixe fait très vite basculer la marge.
Un hôtel de 40 chambres à 50 % d’occupation ne peut pas fonctionner avec exactement la moitié du personnel nécessaire à 100 %. La réception doit ouvrir, les réservations doivent être traitées, les espaces communs entretenus, la sécurité assurée et la direction présente.
La masse salariale constitue actuellement le premier poste de charges de beaucoup d’établissements. Le GHR, citant Fiducial, la situe autour de 40 % du chiffre d’affaires dans l’ensemble des HCR. Les données Urssaf relayées par l’organisation montrent également 8,9 milliards d’euros de masse salariale dans l’hébergement en 2025.
Le contexte reste tendu malgré un léger relâchement des difficultés de recrutement. France Travail comptabilisait encore près de 319 000 projets de recrutement dans les HCR pour 2026, et 44 % étaient jugés difficiles.
C’est aussi la raison pour laquelle la taille de l’hôtel compte. Une réception, une direction ou un veilleur de nuit répartis sur 60 chambres coûtent beaucoup moins cher par chambre que les mêmes fonctions réparties sur 15. Un petit hôtel peut parfaitement gagner de l’argent, mais il lui faut souvent un prix moyen élevé ou une organisation extrêmement légère.
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Booking.com peut-il vraiment prendre une grosse partie de la marge d’un hôtel ?
Oui, une forte dépendance à Booking et aux autres OTA peut enlever plusieurs milliers d’euros par chambre et par an avant même de payer le personnel ou l’immobilier.
Les commissions dépendent des contrats et des options choisies, donc il serait faux d’utiliser un taux unique pour tout le marché. Nous disposons toutefois d’un cas français très parlant grâce à une expertise reprise dans une décision judiciaire : l’hôtel concerné réalisait 60 à 70 % de ses réservations via des plateformes, avec des commissions estimées autour de 17-18 % chez Booking et 21-22 % chez Expedia.
Retenons simplement 18 % de commission sur 65 % des ventes. Le coût représente 11,7 % du chiffre d’affaires hébergement total.
Sur une chambre qui produit 31 000 € par an, cela donne environ 3 630 € de commissions. Avec seulement 30 % des ventes passant par une OTA au même taux, le coût tombe à 1 674 €.
L’écart approche donc 2 000 € par chambre. Pour un hôtel de 40 chambres, près de 80 000 € séparent les deux scénarios.
La réservation directe a elle aussi un coût : moteur de réservation, publicité Google, CRM, site et promotions. Mais reprendre quelques dizaines de points de distribution directe peut parfois améliorer la marge davantage qu’une longue chasse aux petites économies d’exploitation.
Un hôtel de 15 chambres peut-il être aussi rentable qu’un hôtel de 50 chambres ?
Oui, mais un petit hôtel doit généralement facturer plus cher ou fonctionner beaucoup plus simplement pour compenser son manque d’échelle.
Imaginons 120 000 € de coûts communs difficiles à réduire : direction, réception, logiciel hôtelier, comptabilité, assurances, contrats de maintenance, sécurité, internet, abonnements et une partie de l’énergie.
Sur 15 chambres, cela représente 8 000 € par chambre. Sur 50, seulement 2 400 €.
Cette différence explique pourquoi beaucoup de petits indépendants cherchent aujourd’hui un positionnement boutique, premium ou très automatisé. Une chambre à 220 € peut absorber une structure qui serait impossible avec un prix de 85 €.
Les chiffres de l’Insee donnent d’ailleurs un petit avantage de remplissage aux chaînes : 64,4 % d’occupation en 2025 contre 60,2 % pour les indépendants. À 120 € de prix moyen, 4,2 points supplémentaires correspondent à environ 1 840 € de chiffre d’affaires annuel par chambre.
La chaîne paie ensuite ses frais de franchise, de distribution et ses standards. Le petit indépendant garde davantage de liberté. Mais sur un produit hôtelier banal vendu à prix moyen, l’échelle reste un avantage très concret.
Le restaurant, le petit-déjeuner ou le spa rendent-ils un hôtel plus rentable ?
Parfois énormément, mais ajouter des services sans volume suffisant peut aussi transformer un hôtel rentable en machine à payer des salariés.
Le petit-déjeuner est souvent le cas le plus facile à défendre. Il utilise des espaces relativement simples, augmente le revenu par client et nécessite moins de personnel qu’un restaurant complet.
Le restaurant change davantage l’économie du projet. Nous ajoutons les cuisiniers, le personnel de salle, les achats alimentaires, le gaspillage, les équipements professionnels et de longues plages horaires. Un restaurant vide plusieurs soirs par semaine détruit vite la marge supplémentaire que nous pensions créer.
Même logique pour un spa. Dans un hôtel haut de gamme, un beau spa peut permettre de vendre la chambre 30 ou 50 € plus cher, prolonger les séjours et attirer des clients extérieurs. Dans un hôtel où deux cabines restent vides presque toute la journée, les salaires et les mètres carrés immobilisés deviennent difficiles à défendre.
Le mouvement actuel va pourtant vers des expériences plus complètes. Atout France indique que 69 % des opérateurs interrogés estimaient que leurs investissements récents avaient contribué à monter leur offre en gamme, notamment autour du bien-être, de la restauration et des loisirs.
Nous testerions donc chaque service avec une question simple : combien de résultat supplémentaire produit-il par chambre disponible ? Un spa impressionnant sur Instagram n’a pas beaucoup de valeur économique s’il ne fait pas monter ce chiffre.
Paris est-il vraiment beaucoup plus rentable que la province pour un hôtel ?
Paris produit beaucoup plus de chiffre d’affaires par chambre, mais le prix à payer pour acheter cette chambre peut annuler une grande partie de l’avantage.
Le marché parisien a encore très bien résisté après les Jeux olympiques. In Extenso mesure 82 % d’occupation en 2025, en hausse de cinq points, tandis que le prix moyen n’a reculé que de 1 % à environ 239 €. Le RevPAR approche donc 196 €.
En Île-de-France hors Paris, le même observatoire mesure seulement 64 % d’occupation et 105 € de prix moyen. Le RevPAR tourne autour de 67 €. Paris produit presque trois fois plus de revenus d’hébergement par chambre.
La Côte d’Azur offre un troisième cas intéressant. Malgré une hausse de l’offre à Nice d’environ 9 % en trois ans, le prix moyen régional a encore progressé de 5 % et l’occupation d’environ un point à 60 %, produisant +6 % de chiffre d’affaires hôtelier. Les littoraux français ont eux aussi gagné environ 6 % de RevPAR.
Le contraste nous dit quelque chose d’utile : « province » n’est pas un marché. Nice, Rennes, une zone d’activité périphérique et une station de montagne peuvent avoir des économies complètement différentes.
Comme on l’a vu pour Paris, le vrai test consiste donc à comparer le RevPAR potentiel au coût d’acquisition de chaque chambre. C’est là que la hiérarchie entre les villes peut s’inverser.
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Que se passe-t-il quand trop de nouvelles chambres d’hôtel arrivent dans une ville ?
Les nouvelles capacités peuvent faire baisser les prix pendant plusieurs années si la demande locale ne grandit pas assez vite, et l’Île-de-France offre aujourd’hui un bon exemple.
Depuis 2022, plus de 10 000 chambres d’hôtels ou logements de résidences hôtelières ont été créés en petite et grande couronnes selon In Extenso, auxquels s’ajoutent environ 3 000 unités nouvelles dans Paris.
Les deux marchés n’ont pourtant pas absorbé cette offre de la même manière. Paris a terminé 2025 autour de 82 % d’occupation. Hors Paris, l’Île-de-France se situait autour de 64 %, presque dix points sous son niveau pré-Covid, avec un prix moyen en baisse de 8 % à 105 €.
C’est exactement le type de risque qu’un business plan basé uniquement sur la fréquentation touristique actuelle ne voit pas.
Un hôtel ouvert dans trois ans devra partager ses clients avec les établissements qui ouvriront entre-temps. Nous regarderions donc les permis, projets annoncés, reconversions de bureaux, futures résidences hôtelières et nouvelles grandes enseignes dans un rayon pertinent.
Une zone avec 70 % d’occupation aujourd’hui peut être moins attractive qu’une zone à 62 % si la première attend 1 500 chambres nouvelles et la seconde pratiquement aucune.
Combien peut coûter une chambre d’hôtel à l’achat ?
Le prix d’achat par chambre varie tellement qu’une chambre à 200 000 € peut sembler bon marché dans une ville et complètement hors de prix dans une autre.
Les transactions parisiennes donnent une bonne idée du haut de la fourchette. Le Louis II, hôtel 4 étoiles de 21 chambres dans le VIe arrondissement, a changé de mains pour environ 21 millions d’euros murs et fonds, soit 1 million d’euros par chambre.
D’autres transactions récentes du marché parisien se situent à plusieurs centaines de milliers d’euros par clé. Ce prix achète à la fois une activité hôtelière, des murs ou des droits immobiliers selon le deal, une adresse rare et la possibilité de faire monter les prix dans le futur.
L’appétit des investisseurs n’a d’ailleurs pas disparu. CBRE estime que plus de 3 milliards d’euros ont été investis dans l’hôtellerie française en 2025, un record pour le marché.
Ce chiffre ne signifie toutefois pas qu’il faut payer cher. Il signifie surtout que les bons actifs sont très recherchés.
Pour un entrepreneur, le prix par chambre devient beaucoup plus utile lorsqu’on le met face au résultat annuel attendu. Une clé à 150 000 € produisant 12 000 € de résultat opérationnel peut être plus intéressante qu’une clé parisienne à 700 000 € produisant 25 000 €.
| Prix d’acquisition par chambre | Résultat opérationnel annuel | Rendement avant financement/CAPEX |
|---|---|---|
| 100 000 € | 8 000 € | 8,0 % |
| 150 000 € | 10 000 € | 6,7 % |
| 200 000 € | 12 000 € | 6,0 % |
| 300 000 € | 15 000 € | 5,0 % |
| 400 000 € | 18 000 € | 4,5 % |
| 500 000 € | 20 000 € | 4,0 % |
| 700 000 € | 25 000 € | 3,6 % |
| 1 000 000 € | 30 000 € | 3,0 % |
Une chambre d’hôtel très rentable à exploiter peut-elle être un mauvais investissement ?
Absolument : acheter trop cher peut transformer une excellente chambre d’hôtel en investissement médiocre.
Imaginons un hôtel de province dont chaque chambre génère 30 000 € de chiffre d’affaires et 9 000 € de résultat opérationnel annuel. Si l’investissement complet revient à 120 000 € par chambre, nous obtenons 7,5 % avant financement, impôts et futurs gros travaux.
Prenons maintenant une excellente chambre parisienne qui produit 70 000 € de chiffre d’affaires et 21 000 € de résultat. À 600 000 € d’investissement par clé, le rendement comparable tombe à 3,5 %.
La chambre parisienne produit plus de deux fois plus de résultat et offre pourtant moins de la moitié du rendement sur le capital engagé.
C’est probablement l’erreur la plus importante à éviter quand on parle de « rentabilité d’une chambre ». Le RevPAR mesure très bien l’exploitation. Il ne mesure pas le prix payé pour obtenir cette exploitation.
Le marché immobilier hôtelier français reste très actif, comme le montrent les plus de 3 milliards d’euros de transactions recensés par CBRE en 2025. Cette compétition pour les meilleurs actifs peut justement comprimer les rendements.
Nous préférerions généralement une bonne exploitation achetée à un prix moyen à une exploitation extraordinaire déjà vendue au prix de la perfection.
Combien faut-il garder chaque année pour rénover les chambres ?
Il faut prévoir la rénovation dès le premier business plan, car un hôtel qui distribue toute sa trésorerie finit tôt ou tard par perdre son prix moyen.
Une chambre d’hôtel s’use vite. Des centaines de clients passent chaque année sur la literie, les sols, les salles de bains, les peintures et le mobilier. Et les photos sur Booking ou Google rendent le vieillissement beaucoup plus visible qu’autrefois.
La concurrence pousse aussi vers le haut. Atout France constate que le nombre d’hôtels 5 étoiles a progressé de 29 % entre 2019 et 2025 alors que le parc hôtelier total restait stable. Beaucoup de nouveaux investissements servent précisément à rénover et monter les produits en gamme.
Les bâtiments tertiaires d’au moins 1 000 m² doivent en plus composer avec la trajectoire Éco Énergie Tertiaire, qui vise des réductions importantes de consommation aux horizons 2030, 2040 et 2050. Un hôtel ancien peut donc cumuler rénovation esthétique et travaux énergétiques.
Nous n’utiliserions pas un pourcentage universel pour tous les établissements : refaire une chambre économique et rénover une chambre de palace n’ont rien à voir. En revanche, un business plan qui ne réserve aucun cash annuel au mobilier, aux salles de bains, aux équipements techniques et aux parties communes surestime clairement la rentabilité.
L’argent dépensé dix ans plus tard était déjà une charge économique le jour où nous avons acheté l’hôtel.
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Alors, quelle rentabilité peut-on vraiment espérer d’une chambre d’hôtel aujourd’hui ?
Aujourd’hui, une bonne chambre d’hôtel en France peut raisonnablement générer autour de 30 000 € de chiffre d’affaires annuel et peut-être 8 000 à 10 000 € de résultat brut d’exploitation, mais le rendement final dépend surtout du prix payé pour créer ou acheter cette chambre.
Le repère national donne environ 85 € de RevPAR, soit près de 31 000 € de chiffre d’affaires hébergement annuel. À 30 % de résultat brut d’exploitation, nous obtenons environ 9 300 € par chambre avant immobilier, dette, gros travaux, amortissements et impôts.
À 50 € de RevPAR, la chambre ne génère plus que 18 250 € de chiffre d’affaires annuel. À 150 €, elle en génère 54 750 €. À 200 €, 73 000 €. Quelques dizaines d’euros de RevPAR changent donc complètement l’économie de l’hôtel.
Les dernières données renforcent néanmoins notre prudence. La demande touristique française reste forte, mais les performances hôtelières se sont normalisées après plusieurs années de rattrapage. Le chiffre d’affaires hébergement n’a gagné qu’environ 2 % en 2025 selon In Extenso, et le début de 2026 a été difficile pour une partie du secteur. Les coûts de personnel restent lourds et les défaillances continuent de progresser dans les HCR.
Pour un créateur d’entreprise, nous viserions donc un projet capable d’atteindre au moins 60 à 65 % d’occupation sans hypothèses héroïques, avec suffisamment de marge tarifaire, peu de dépendance aux OTA et un coût d’investissement par chambre compatible avec le résultat obtenu.
À 120 000 ou 150 000 € investis par chambre, 9 000 à 10 000 € de résultat opérationnel commencent à devenir intéressants. À 400 000 ou 500 000 € la clé, le même résultat est beaucoup trop faible.
C’est là que se joue aujourd’hui la rentabilité hôtelière. Le prix de la nuit attire l’œil, le RevPAR révèle la qualité de l’exploitation, et le prix payé par chambre décide finalement si nous avons créé un bon business.
SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
Cette analyse cherche à répondre à une question simple en apparence : combien une chambre d’hôtel rapporte-t-elle réellement aujourd’hui en France ? Nous avons séparé les principales composantes de l’économie hôtelière — prix moyen, taux d’occupation, RevPAR, coûts d’exploitation, distribution, taille de l’établissement, investissement et rénovation — plutôt que de partir d’un unique ratio de rentabilité.
Nous avons étudié séparément le niveau de demande, la capacité des hôtels à maintenir leurs prix, le remplissage, le poids du personnel, les commissions des plateformes, les économies d’échelle, les services complémentaires, la concurrence locale et le coût d’acquisition par chambre. Les scénarios chiffrés servent à isoler l’effet d’une variable ; ils ne sont pas présentés comme des prévisions de marché.
Le RevPAR est notre principal indicateur de performance opérationnelle parce qu’il combine le prix moyen et l’occupation. Pour le benchmark national 2025, nous retenons la série In Extenso, qui situe le RevPAR autour de 85 €, avec un prix moyen proche de 133 € et une occupation autour de 64 %. Les comparaisons avec Paris, l’Île-de-France hors Paris, la Côte d’Azur et les différentes catégories d’hôtels servent ensuite à montrer à quel point une moyenne nationale peut masquer des économies locales très différentes.
Nous distinguons volontairement performance opérationnelle et rendement de l’investissement. Le RevPAR mesure ce que produit une chambre disponible, le résultat brut d’exploitation donne un ordre de grandeur de ce qu’il reste après l’exploitation courante, puis le résultat rapporté au capital engagé permet de juger si l’achat ou la création de l’hôtel est réellement intéressant. C’est cette dernière étape qui explique pourquoi une chambre générant beaucoup de chiffre d’affaires peut malgré tout constituer un mauvais investissement.
Nous avons privilégié les données françaises les plus récentes disponibles et les sources de premier rang : statistiques publiques pour la fréquentation et le parc hôtelier, observatoires spécialisés pour les performances d’exploitation, organisations professionnelles pour les tendances récentes du secteur, données de marché pour l’investissement hôtelier et sources réglementaires pour les dépenses énergétiques futures.
Les principales sources utilisées sont : l’Insee pour le parc hôtelier, les nuitées, les taux d’occupation et les différences par catégorie, Atout France pour le bilan touristique français 2025, In Extenso Tourisme Culture & Hôtellerie pour les performances hôtelières nationales de 2025, In Extenso pour les performances de Paris, de l’Île-de-France, de la Côte d’Azur et les perspectives 2026, le GHR et Food Service Vision pour l’activité du premier trimestre 2026, le GHR pour les défaillances du secteur, le GHR et les données Urssaf pour l’emploi et la masse salariale, France Travail pour les besoins de recrutement 2026, la décision publiée par la Cour de cassation pour l’exemple français de commissions Booking et Expedia, KPMG pour les ratios d’exploitation de l’industrie hôtelière française, Atout France pour les investissements touristiques et la montée en gamme, CBRE France pour le marché de l’investissement hôtelier en 2025, le ministère de la Transition écologique pour le dispositif Éco Énergie Tertiaire et CFNEWS IMMO pour la transaction de l’Hôtel Louis II.