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EN RÉSUMÉ
Les restaurants traditionnels ferment encore le plus en France actuellement si l’on regarde les défaillances, mais la restauration rapide les a presque rattrapés et se détériore plus vite.
Le dernier trimestre détaillé ne laisse plus beaucoup d’écart entre les deux : 997 défaillances en restauration traditionnelle contre 907 dans le rapide. Surtout, les faillites du rapide progressent de 13,9 % sur un an, contre 6,4 % pour les restaurants à table.
Le problème dépasse largement quelques mauvaises affaires isolées. Les défaillances de l’hébergement-restauration restent environ 31,8 % au-dessus de leur moyenne 2010-2019, un écart plus élevé que celui observé pour l’ensemble des entreprises françaises.
La faiblesse de la restauration traditionnelle est presque nationale. Son chiffre d’affaires recule dans 95 des 98 départements suivis, ce qui rend difficile d’expliquer la situation par Paris, une mauvaise saison ou quelques zones particulièrement touchées.
La restauration rapide donne une image beaucoup plus trompeuse : son chiffre d’affaires moyen progresse encore, alors qu’une majorité des départements étudiés sont en baisse. Quelques très fortes performances suffisent donc à embellir la moyenne nationale.
La demande ne s’est pas effondrée, mais elle devient beaucoup moins généreuse. Les dépenses hors domicile progressent encore en valeur tandis que le nombre de repas servis avance à peine, ce qui montre qu’une partie de la croissance vient davantage des prix que de visites supplémentaires.
En parallèle, l’offre continue de pousser plus vite que les repas. La France compte désormais environ un point de restauration pour 166 habitants, contre un pour 238 en 2004 : chaque nouvel entrant doit donc prendre une part de clientèle à quelqu’un.
Les restaurants traditionnels souffrent davantage quand la salle se vide parce que leur structure est plus lourde. Les charges de personnel représentent 37,33 % du chiffre d’affaires en restauration traditionnelle, contre 28,30 % dans le rapide.
On ne peut pas affirmer sérieusement que les pizzerias, burgers, tacos ou sushis sont ceux qui ferment le plus : les statistiques nationales ne descendent pas à ce niveau. Les données des grandes enseignes montrent toutefois une pizza et certains acteurs historiques du burger plus essoufflés, tandis que le poulet, le French tacos et le healthy restent plus dynamiques.
Pour quelqu’un qui veut ouvrir un restaurant, le profil le plus fragile est donc assez clair : beaucoup de coûts fixes, une équipe lourde, une zone déjà saturée et une offre facilement remplaçable. Dans ce marché, la vraie question n’est plus seulement combien de chiffre d’affaires le restaurant peut faire, mais combien de baisse de clientèle il peut encaisser sans basculer.
Quand un restaurant « ferme », est-ce forcément une faillite ?
Dans les statistiques françaises, un restaurant qui ferme n’a pas forcément fait faillite, et cette différence change beaucoup les chiffres.
Une défaillance correspond à l’ouverture d’une procédure collective, généralement un redressement ou une liquidation judiciaire. C’est l’indicateur le plus utile pour savoir quels restaurants se retrouvent réellement en difficulté financière.
Une radiation est beaucoup plus large. Un établissement peut disparaître des registres parce que son propriétaire arrête volontairement, change de structure ou cesse son activité sans passer devant un tribunal. En 2025, le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce a enregistré 36 746 radiations dans l’ensemble cafés-hôtels-restaurants-discothèques, contre 29 801 créations. Le GHR précise qu’une partie importante de ces radiations concerne des restaurateurs et cafetiers ayant volontairement cessé leur activité.
Les cessions compliquent encore la lecture. Lorsqu’un restaurateur vend son fonds à un repreneur, l’ancien exploitant disparaît mais le restaurant peut rester ouvert le lendemain avec une nouvelle société.
Pour répondre à la question « quels restaurants ferment le plus ? », nous allons donc surtout suivre les défaillances, puis utiliser les radiations ou les données d’activité lorsqu’elles apportent quelque chose de différent.
| Mesure | Ce qui s’est réellement passé |
|---|---|
| Défaillance | L’entreprise entre en procédure collective |
| Liquidation judiciaire | L’entreprise est généralement condamnée à cesser |
| Radiation | L’entreprise disparaît juridiquement, parfois volontairement |
| Cession | L’exploitant change, mais le restaurant peut continuer |
Les faillites de restaurants sont-elles vraiment anormalement élevées aujourd’hui ?
Oui, les défaillances dans la restauration restent actuellement très au-dessus de leur niveau habituel et les dernières données ne montrent toujours pas de vrai retour à la normale.
La Banque de France comptabilise 9 721 défaillances dans l’hébergement-restauration sur les douze mois arrêtés à fin juillet 2026. C’est encore 7,4 % de plus qu’un an auparavant.
Le niveau historique est encore plus parlant. Entre 2010 et 2019, le secteur enregistrait en moyenne 7 374 défaillances par an. Le niveau actuel se situe donc 31,8 % au-dessus de cette référence. Pour l’ensemble des entreprises françaises, l’écart avec la moyenne 2010-2019 est de 19 %.
La restauration traverse aussi plusieurs années de difficultés d’affilée. Le GHR recensait 8 714 défaillances dans les cafés, hôtels et restaurants en 2024, puis 9 434 en 2025. Le premier semestre 2026 en a déjà ajouté 5 032.
Nous sommes donc assez loin d’un trimestre accidentel. La progression ralentit parfois, voire recule brièvement dans certains segments, mais le nombre d’entreprises qui tombent reste exceptionnellement élevé.
Quels types de restaurants font le plus faillite actuellement ?
La restauration traditionnelle reste aujourd’hui le type de restaurant qui dépose le plus le bilan en France, avec la restauration rapide désormais juste derrière.
Les données Altares du deuxième trimestre 2026 comptent 997 défaillances en restauration traditionnelle et 907 en restauration rapide. Seulement 90 procédures séparent maintenant les deux catégories.
Le plus frappant, c’est que la restauration traditionnelle reste beaucoup plus naturellement associée aux difficultés actuelles : salle, service à table, personnel important et coûts fixes élevés. Pourtant, le nombre de fast-foods en procédure est presque identique.
Les débits de boissons sont nettement derrière avec 288 défaillances et affichent même un recul de 2,7 % sur un an. Au total, la restauration traditionnelle et la restauration rapide représentent à elles seules 1 904 des 1 969 défaillances de restaurants comptabilisées sur le trimestre.
| Activité | Défaillances au dernier trimestre détaillé | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Restauration traditionnelle | 997 | +6,4 % |
| Restauration rapide | 907 | +13,9 % |
| Débits de boissons | 288 | -2,7 % |
La restauration rapide est-elle en train de rattraper les restaurants traditionnels dans les faillites ?
Oui, la restauration rapide rattrape rapidement la restauration traditionnelle dans les défaillances, et son rythme de détérioration est actuellement deux fois plus fort.
Les faillites de restauration rapide progressent de 13,9 % sur un an, contre 6,4 % pour les restaurants traditionnels. Au premier trimestre, la hausse du rapide n’était encore que de 2,4 %. L’accélération récente est donc assez brutale.
Nous avions déjà observé un autre détail inquiétant au début de l’année : 72,6 % des procédures de restauration rapide aboutissaient directement à une liquidation judiciaire. La proportion était de 62,2 % dans la restauration traditionnelle.
Autrement dit, beaucoup de fast-foods qui arrivent au tribunal ont déjà très peu de marge pour être sauvés.
Pour quelqu’un qui envisage d’ouvrir un restaurant rapide, le vieux raccourci « rapide = plus sûr » tient de moins en moins bien. Le modèle garde des avantages économiques évidents, mais les chiffres récents obligent à être plus prudent.
Est-ce qu’on sait si les pizzas, burgers, tacos ou sushis ferment le plus ?
Nous ne pouvons pas classer proprement les faillites par cuisine, mais les données récentes des grandes enseignes montrent clairement que certains concepts rapides se refroidissent pendant que d’autres continuent de pousser.
Les statistiques Altares s’arrêtent essentiellement aux grandes catégories administratives comme restauration traditionnelle et restauration rapide. Elles ne permettent donc pas de compter sérieusement les liquidations de pizzerias, burgers, tacos ou restaurants japonais à l’échelle nationale.
En revanche, le Top 200 de France Snacking donne une bonne idée des trajectoires parmi les grandes enseignes. La pizza fait partie des segments qui reculent : les réseaux étudiés totalisaient environ 933 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en baisse de 4,7 %. Domino’s Pizza, Pizza Hut, La Boîte à Pizza et d’autres acteurs ont en parallèle restructuré leurs parcs.
Le burger reste énorme, mais il ralentit également. Une autre étude Gira estime que 1,4 milliard de burgers ont été consommés hors domicile en 2025, soit 6,9 % de moins en volume qu’en 2023.
À l’autre bout du marché, France Snacking observe une progression de 27 % du poulet parmi les enseignes étudiées hors KFC, de 15 % pour le French tacos et de 9,9 % pour les concepts healthy.
Il serait donc abusif d’écrire que « les pizzerias ferment le plus » puisqu’aucune base nationale de défaillances ne le prouve. Mais si nous cherchons les concepts rapides qui semblent aujourd’hui les plus essoufflés, la pizza et certains acteurs historiques du burger méritent davantage de prudence que le poulet ou plusieurs nouveaux formats de snacking.
Comment la restauration rapide peut-elle progresser alors que ses faillites explosent ?
La restauration rapide se divise actuellement entre des établissements qui progressent très fort et une grande masse de restaurants dont le chiffre d’affaires baisse.
Le nouvel Observatoire économique de l’UMIH et de l’Ordre des experts-comptables le montre particulièrement bien. Au deuxième trimestre 2026, le chiffre d’affaires moyen de la restauration rapide augmente de 3,8 % sur un an.
Mais 57 des 94 départements étudiés sont en baisse. Plus intéressant encore, la moitié des entreprises se situent entre -12,4 % et -1,5 % d’évolution de chiffre d’affaires.
Quelques très fortes hausses tirent donc la moyenne nationale vers le haut. L’Île-de-France affiche par exemple +23,1 %, tandis que le Maine-et-Loire tombe à -17,7 %.
Les grandes enseignes racontent la même histoire. Les 200 principaux groupes et chaînes suivis par France Snacking ont encore augmenté leur chiffre d’affaires de 4,2 % en 2025, à 21,6 milliards d’euros. Une partie de cette croissance vient toutefois des ouvertures et des prix, plutôt que d’une explosion du nombre de clients.
Deux restaurateurs peuvent aujourd’hui avoir l’impression de travailler dans deux marchés complètement différents. Le bon emplacement ou le bon concept peut encore accélérer très vite, alors que le restaurant rapide moyen n’a plus aucune garantie de profiter de la croissance affichée dans les statistiques nationales.
Les restaurants traditionnels perdent-ils vraiment du chiffre d’affaires presque partout en France ?
Oui, la baisse actuelle des restaurants traditionnels est exceptionnellement large : leur chiffre d’affaires recule dans 95 des 98 départements suivis par l’UMIH.
La baisse moyenne atteint 6,5 % sur un an au deuxième trimestre 2026. Un quart des restaurants analysés perdent même plus de 15,6 % de chiffre d’affaires.
Et cette fois, Paris n’explique pas le résultat national. L’Allier recule de 15,6 %, la Seine-Saint-Denis de 14,6 %, l’Indre de 13,1 %, les Hauts-de-Seine de 12,6 % et l’Eure-et-Loir de 11,6 %. Des départements très différents arrivent donc au même problème.
Les déclarations de TVA utilisées par l’Observatoire couvrent près de 180 000 entreprises de restauration traditionnelle et rapide. Là, on a quelque chose de beaucoup plus solide qu’un sondage où quelques restaurateurs disent avoir passé une mauvaise saison.
La restauration traditionnelle subit actuellement une contraction presque nationale. Pour un nouveau restaurant à table, compter sur une hausse générale du marché pour remplir la salle serait un pari assez faible.
Les Français vont-ils vraiment moins souvent au restaurant ?
La fréquentation des restaurants français ne s’effondre pas au niveau national, mais elle avance désormais à peine et certains consommateurs ont fortement réduit leurs sorties.
L’étude annuelle de Gira chiffre la consommation alimentaire hors domicile à 128,3 milliards d’euros en 2025, en hausse de 4,3 %. Le nombre de repas servis n’a progressé que de 1,6 %, à 11,97 milliards.
Les deux chiffres racontent des histoires très différentes. Les Français dépensent davantage en valeur, notamment avec les hausses de prix, tandis que le nombre de repas progresse très peu. Gira parle de la plus faible hausse de fréquentation depuis la période post-Covid.
L’écart est encore plus marqué selon le niveau de revenu. Gira observe que certaines catégories populaires ont réduit leurs sorties d’environ 30 %. Elles se tournent davantage vers des solutions moins chères ou arbitrent simplement davantage leurs dépenses.
La boulangerie, les commerces alimentaires et le snacking récupèrent aussi une partie de ces occasions de consommation. Le restaurant concurrence aujourd’hui beaucoup plus qu’un autre restaurant : il concurrence un sandwich en boulangerie, une offre préparée en supermarché, une livraison ou un repas pris chez soi.
Pour le restaurateur, quelques visites de moins dans le mois comptent énormément lorsque la marge était déjà faible. C’est cette lente érosion du trafic, plus qu’une disparition générale de l’envie de sortir, qui pèse actuellement sur beaucoup d’établissements.
Y a-t-il tout simplement trop de restaurants en France ?
Oui, la France est devenue beaucoup plus dense en points de restauration, alors que le nombre de repas servis augmente maintenant moins vite que l’offre.
Gira compte 415 595 unités de consommation alimentaire hors domicile en 2025, soit 2,1 % de plus en un an. La France compte désormais environ un point de restauration pour 166 habitants.
En 2004, il fallait 238 habitants pour une unité. La densité a donc augmenté d’environ 43 % en un peu plus de vingt ans.
Le contraste de 2025 est particulièrement parlant : le nombre d’unités progresse de 2,1 % tandis que le nombre de repas ne gagne que 1,6 %. Si nous rapportons simplement les repas au nombre de points de vente, la quantité moyenne disponible par unité baisse légèrement.
Et ce calcul sous-estime encore la concurrence ressentie par un restaurant classique. Une partie de la croissance vient des boulangeries, magasins, stations-service et autres circuits qui vendent désormais des repas prêts à consommer.
Le marché français reste immense, mais chaque nouveau restaurant doit prendre une part de clientèle à quelqu’un. Les zones où l’offre augmente sans vraie croissance locale de population, de bureaux ou de tourisme deviennent vite difficiles.
| Indicateur Gira | 2025 | Ce que nous en retenons |
|---|---|---|
| Marché hors domicile | 128,3 Md€ | Beaucoup d’argent reste à capter |
| Nombre de repas | 11,97 milliards, +1,6 % | Le trafic progresse peu |
| Nombre d’unités | 415 595, +2,1 % | L’offre pousse plus vite que les repas |
| Densité | 1 unité pour 166 habitants | Contre 1 pour 238 en 2004 |
Pourquoi les restaurants traditionnels cassent-ils plus vite quand la salle se vide ?
Les restaurants traditionnels supportent beaucoup plus de personnel que les restaurants rapides, ce qui rend quelques tables vides beaucoup plus douloureuses.
Dans les comptes 2025 analysés par l’UMIH et l’Ordre des experts-comptables, les charges de personnel représentent 37,33 % du chiffre d’affaires en restauration traditionnelle. La restauration rapide tombe à 28,30 %.
Presque neuf points de chiffre d’affaires séparent les deux modèles. Sur un établissement réalisant 500 000 euros de ventes, neuf points correspondent à 45 000 euros.
Une bonne partie de ce travail existe même pendant un service médiocre. La mise en place doit être faite, la cuisine doit fonctionner, la salle doit être tenue et le nettoyage reste à faire, que 60 ou 35 clients soient venus.
Cette rigidité devient particulièrement gênante maintenant que le chiffre d’affaires de la restauration traditionnelle baisse dans presque tout le pays. Un concept avec une grosse équipe, une carte compliquée et beaucoup d’heures d’ouverture a besoin d’une fréquentation assez régulière pour respirer.
Le rapide possède ici un vrai avantage structurel. Cet avantage explique pourquoi certains concepts continuent à très bien fonctionner, même si la hausse actuelle des faillites montre qu’il ne suffit plus à sauver un mauvais emplacement ou une offre banale.
Est-ce surtout les petits restaurants qui sont en danger actuellement ?
Les petits restaurants ont moins de marge d’erreur, même si les données disponibles ne permettent pas de calculer proprement un taux de faillite séparant indépendants, franchisés et grandes chaînes.
Altares montre néanmoins que les très petites entreprises concentrent largement les procédures collectives en France. Au deuxième trimestre 2026, les entreprises de moins de trois salariés représentent 13 185 défaillances, soit environ trois quarts du total national. Plus de 70 % d’entre elles passent directement en liquidation.
Cette statistique couvre toute l’économie, donc nous ne pouvons pas appliquer mécaniquement ce pourcentage aux restaurants. Elle correspond toutefois très bien à la structure du secteur, que le GHR décrit comme très majoritairement composé de TPE et PME.
Les dernières données sur les dirigeants renforcent aussi cette impression de fragilité. Au premier semestre 2026, 5 057 chefs d’entreprise de l’hébergement, de la restauration et des débits de boissons ont perdu leur activité, soit 10,4 % de plus en un an. La restauration représente environ 80 % de ces pertes.
Une chaîne peut fermer un restaurant raté tout en continuant à exploiter cinquante autres points de vente. Pour l’indépendant qui possède un seul établissement, la mauvaise unité est toute l’entreprise. C’est une différence énorme lorsqu’il faut absorber six mauvais mois.
Est-ce que les prix élevés poussent vraiment des restaurants vers la fermeture ?
Oui, les hausses de prix permettent aux restaurants de protéger une partie de leur chiffre d’affaires, mais elles commencent aussi à coûter des visites et des commandes supplémentaires.
Gira observe une hausse de 2,8 % de la dépense moyenne par client en 2025. Le chiffre d’affaires du marché progresse donc encore alors que la fréquentation bouge très peu.
Les restaurateurs avaient de bonnes raisons de relever leurs cartes. Gira estime qu’entre 2022 et 2024, les matières premières ont augmenté d’environ 16 %, l’énergie de 25 à 30 % et les loyers de 17 %. Une partie de ces coûts a fini dans les prix.
Le client, lui, arbitre sur l’addition totale. Les études récentes du secteur décrivent davantage de concurrence autour du rapport quantité-prix, des promotions et des formules abordables. France Snacking constate cette guerre de la valeur jusque chez les grandes chaînes, qui multiplient les offres agressives pour conserver du trafic.
Le piège est assez simple. Un restaurant qui ne monte pas ses prix peut perdre sa marge, tandis qu’un restaurant qui les monte trop peut perdre des visites. Les concepts capables d’afficher immédiatement une bonne valeur perçue sont beaucoup mieux placés dans cet environnement.
Un restaurant peut-il encore faire beaucoup de chiffre d’affaires et être proche de la fermeture ?
Oui, un restaurant peut actuellement encaisser plusieurs centaines de milliers d’euros par an tout en gardant une marge finale suffisamment petite pour qu’un mauvais trimestre le mette en difficulté.
Les nouveaux comptes publiés par l’UMIH sont assez frappants. Dans la restauration traditionnelle, le résultat courant moyen tombe à 24 651 euros en 2025, soit 11,8 % de moins en un an.
La médiane est encore plus basse : 10 314 euros. Le premier quartile affiche -2 245 euros, ce qui signifie qu’au moins un quart des entreprises de l’échantillon sont déficitaires.
La restauration rapide n’est guère confortable non plus. Son résultat médian atteint seulement 7 078 euros et le premier quartile se situe à -1 847 euros.
Voilà pourquoi les petites baisses de fréquentation prennent autant d’importance. Une entreprise qui termine normalement l’année avec 10 000 euros de résultat n’a pas besoin de perdre la moitié de son chiffre d’affaires pour basculer dans le rouge.
Pour quelqu’un qui prépare un projet, le chiffre d’affaires prévu dans le business plan compte moins que la marge de sécurité autour du point mort. Nous chercherions surtout à savoir ce qui se passe avec 10 %, 15 % ou 20 % de clients en moins que prévu.
Alors, quels restaurants ferment le plus en France actuellement ?
Les restaurants traditionnels ferment encore le plus en France aujourd’hui, mais la restauration rapide les a presque rattrapés et se détériore plus vite.
Le dernier classement détaillé place toujours la restauration traditionnelle en tête des procédures collectives. Comme nous l’avons vu plus haut, l’écart avec la restauration rapide est devenu très petit, alors que les débits de boissons sont beaucoup moins touchés.
La vraie surprise vient donc du fast-food. Son économie opérationnelle est généralement plus légère, pourtant ses défaillances augmentent actuellement à un rythme bien supérieur à celui des restaurants à table. Et derrière une croissance moyenne encore positive, une majorité de départements voient déjà l’activité du rapide reculer.
Pour les cuisines plus précises, nous devons rester rigoureux : aucune statistique nationale ne permet d’affirmer que les pizzerias, burgers ou restaurants asiatiques sont ceux qui ferment le plus. Les données des grandes enseignes montrent simplement que la pizza et plusieurs acteurs historiques ralentissent, pendant que le poulet, le French tacos et le healthy restent beaucoup plus dynamiques.
Pour quelqu’un qui veut créer un restaurant en France, le profil le plus dangereux aujourd’hui est assez facile à reconnaître : beaucoup de coûts fixes, une équipe lourde, une zone déjà remplie de concurrents et une offre que le client peut remplacer sans réfléchir longtemps.
Un bon concept peut toujours très bien marcher. Mais ouvrir un restaurant simplement parce que « les gens auront toujours besoin de manger » devient un raisonnement particulièrement risqué dans un marché où l’offre continue de pousser, la fréquentation progresse à peine et les entreprises les plus faibles sont éliminées beaucoup plus vite qu’avant.
SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
Pour répondre à « Quels restaurants ferment le plus en France actuellement ? », nous avons évité de partir d’une impression générale sur « les restaurants qui vont mal ». La question paraît simple, mais les intuitions sont vite trompeuses : une fermeture n’est pas forcément une faillite, un secteur peut afficher une croissance moyenne tout en voyant une majorité d’établissements reculer, et deux formats de restauration peuvent subir des tensions très différentes. Nous avons donc décomposé le sujet en plusieurs dimensions : défaillances et cessations, évolution de l’activité, fréquentation, densité concurrentielle, différences entre formats, dynamique des concepts, structure de coûts et capacité à absorber une baisse de clientèle.
Pour chacune de ces dimensions, nous avons privilégié les données les plus récentes qui observent directement ce qui se passe dans les entreprises : procédures collectives, comptes d’exploitation, déclarations de TVA, volumes de fréquentation et performances des réseaux. Nous avons ensuite croisé ces éléments plutôt que de traiter chaque chiffre isolément. Une hausse du chiffre d’affaires, par exemple, ne raconte pas la même chose si elle s’accompagne d’une stagnation des visites, d’une multiplication des points de vente ou d’une accélération des défaillances.
Nous avons aussi séparé ce que les données permettent d’affirmer de ce qu’elles permettent seulement d’indiquer. Lorsqu’aucune base nationale ne permet de classer précisément les faillites par cuisine, nous utilisons les performances des enseignes pour comprendre la dynamique des concepts, pas pour fabriquer un classement qui n’existe pas.
La conclusion vient donc de la convergence des éléments les plus solides, récents et pertinents. C’est cette agrégation structurée, plutôt qu’un indicateur unique ou une lecture intuitive du marché, qui permet d’arriver à une réponse plus nette et plus défendable.
Les principales sources utilisées sont : Banque de France sur les défaillances d’entreprises, Altares sur les défaillances et sauvegardes au T2 2026, Altares sur les statistiques détaillées du T1 2026, le GHR sur les défaillances dans la restauration, le GHR sur les difficultés récentes des hôtels, cafés et restaurants, le GHR sur les radiations et défaillances, l’UMIH et l’Ordre des experts-comptables pour l’Observatoire économique de la restauration, l’Association GSC sur les pertes d’activité des dirigeants, l’Insee sur le périmètre statistique de la restauration, l’Insee sur la restauration traditionnelle, Service Public Entreprendre sur le redressement judiciaire, Service Public Entreprendre sur la cession d’entreprise, France Snacking / Gira sur la consommation alimentaire hors domicile, Les Echos Études sur le bilan 2025 de la restauration, France Snacking sur la restauration rapide et la guerre de la valeur, France Snacking sur le Top 200 et le segment pizza, France Snacking sur le Top 200 et le segment poulet, et France Snacking / Gira sur la densification de l’offre et les arbitrages consommateurs.
