Les Français vont-ils moins souvent au restaurant ?

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C'est partiEN RÉSUMÉ
Oui, les Français vont moins souvent au restaurant, et la baisse touche surtout les établissements traditionnels avec service à table.
Le recul ne ressemble plus vraiment à un simple retard de reprise après le Covid. La fréquentation française reste encore environ 9 % sous son niveau de 2019, alors que l’Italie et l’Espagne ont beaucoup mieux récupéré.
Le chiffre d’affaires peut pourtant continuer à monter. C’est justement l’un des pièges lorsqu’on regarde ce marché : des prix plus élevés et un ticket moyen en hausse peuvent masquer une baisse réelle du nombre de visites.
Le restaurant assis est nettement plus exposé que le rapide. La restauration rapide avait déjà dépassé sa fréquentation de 2019, tandis que la restauration à table restait très loin derrière, et les données les plus récentes montrent encore le même écart.
Une partie du trafic n’a pas simplement disparu : elle s’est déplacée. Boulangeries, supermarchés, coffee shops, commerces de proximité et autres offres de snacking récupèrent désormais des occasions de consommation qui revenaient autrefois plus naturellement aux restaurants.
Le déjeuner est probablement le moment le plus bouleversé. Chez les actifs, le repas préparé à la maison domine largement, le télétravail retire des journées entières de consommation près des bureaux et seulement une minorité achète principalement son déjeuner en restauration.
Les clients qui continuent à venir arbitrent aussi davantage leur commande. Certains renoncent à l’entrée, au dessert ou aux boissons, ce qui signifie qu’un restaurant peut subir à la fois moins de visites et une rentabilité plus faible par table.
Le problème n’est pas uniquement que les prix ont augmenté. Les prix que les consommateurs jugent acceptables ont parfois baissé en parallèle, créant un écart assez inconfortable entre les contraintes économiques du restaurateur et la valeur perçue par le client.
La baisse moyenne cache toutefois un marché de plus en plus polarisé. Certains établissements continuent à gagner beaucoup de fréquentation pendant que d’autres en perdent énormément : les clients semblent concentrer davantage leurs sorties sur les adresses dont la proposition est immédiatement compréhensible.
Pour quelqu’un qui veut ouvrir un restaurant en France, la vraie difficulté est donc moins de savoir si les Français aiment encore manger dehors que de savoir pourquoi ils choisiraient précisément ce restaurant, et pourquoi ils reviendraient assez souvent. Un établissement simplement « bon » est aujourd’hui beaucoup plus vulnérable qu’un concept très pratique, très lisible ou réellement désirable.
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La fréquentation des restaurants baisse-t-elle vraiment en France actuellement ?
Oui, la fréquentation des restaurants baisse actuellement en France, et le recul est particulièrement visible dans les restaurants avec service à table.
Le panel CREST de Circana donne une première mesure assez nette : sur les trois premiers mois de 2026, le nombre de visites en restauration commerciale a baissé de 2,2 % par rapport à l’année précédente. La restauration à table a perdu 5,9 % de ses visites, contre seulement 0,8 % pour la restauration rapide. Sur douze mois à fin mars, le recul de l’ensemble du marché français était plus limité, autour de 0,3 %, ce qui suggère surtout une dégradation récente plutôt qu’un effondrement continu au même rythme.
Le bilan de l’été publié par l’UMIH va dans le même sens. Parmi 1 300 professionnels interrogés, 65,2 % disaient avoir accueilli moins de clients en juillet qu’un an auparavant, dont 37,1 % beaucoup moins. Les fortes chaleurs ont clairement aggravé certaines semaines : lors d’un épisode de canicule, 91 % des professionnels interrogés par l’UMIH déclaraient un impact négatif sur leur activité. Mais les chiffres Circana avaient déjà commencé à baisser avant l’été.
La réponse est donc assez solide aujourd’hui : les Français font moins de visites au restaurant, même si l’ampleur varie énormément selon le type d’établissement.
| Fréquentation début 2026 | Évolution sur un an |
|---|---|
| Restauration commerciale totale | -2,2 % |
| Restauration à table | -5,9 % |
| Restauration rapide | -0,8 % |
| Burger / pizza | -3,2 % |
| Sandwich / boulangerie | -1,4 % |
Les Français sont-ils revenus au restaurant comme avant le Covid ?
Non, les Français n’ont toujours pas retrouvé leur fréquence de restaurant d’avant le Covid, et l’écart commence à ressembler à une nouvelle habitude durable.
Selon Circana, le nombre de visites en restauration hors domicile en France restait encore 9 % sous son niveau de 2019 sur les douze mois terminés à la mi-2025. C’est beaucoup pour un marché qui a eu plusieurs années pour récupérer après les fermetures sanitaires.
On pouvait encore expliquer une partie de l’écart en 2022 ou 2023 par une reprise incomplète. Cette explication convainc beaucoup moins aujourd’hui. Le télétravail s’est installé, les repas préparés à la maison restent fréquents et les consommateurs disposent de beaucoup plus d’alternatives rapides dans les boulangeries, supermarchés et commerces de proximité.
La France fait d’ailleurs moins bien que certains voisins sur ce point. Dans la comparaison européenne de Circana, l’Italie et l’Espagne n’étaient plus qu’environ 4 % sous leur fréquentation de 2019, contre 9 % pour la France.
Il faut donc partir de l’idée qu’une partie des anciennes visites ne reviendra probablement pas sous la même forme.
Comment les restaurants peuvent-ils faire plus de chiffre avec moins de clients ?
Le chiffre d’affaires de la restauration peut encore monter parce que les prix et le ticket moyen progressent plus vite que le nombre de repas.
Les chiffres de Gira Conseil pour 2025 illustrent très bien ce décalage. La consommation alimentaire hors domicile a atteint 128,3 milliards d’euros, soit 4,3 % de plus en un an. Pourtant, le nombre de repas servis n’a augmenté que de 1,6 %. Le ticket moyen, lui, a progressé de 2,8 % pour atteindre 10,72 € HT.
On retrouve exactement le même mécanisme dans les données très récentes de Circana. Au début de 2026, les visites baissaient de 5,9 % dans la restauration à table alors que la dépense moyenne par personne et par visite augmentait encore de 0,9 %.
Un restaurateur peut donc voir son chiffre d’affaires résister sans recevoir davantage de monde. Pour analyser la santé réelle du marché, la fréquentation est aujourd’hui beaucoup plus parlante que la seule progression des ventes en euros.
Les Français désertent-ils surtout les restaurants à table ?
Oui, les restaurants avec service à table ont perdu beaucoup plus de fréquentation que les formats rapides.
La comparaison avec 2019 est spectaculaire. D’après Circana, la restauration rapide avait dépassé de 3 % sa fréquentation d’avant-Covid en 2024, tandis que la restauration à table restait 22 % en dessous. Dans le même temps, la part du rapide dans les visites hors domicile est passée d’environ 64 % à 70 %.
Ce déplacement ne signifie pas que les Français préfèrent soudainement tous manger des burgers. Il englobe aussi les boulangeries, sandwicheries, coffee shops et autres formats où l’on mange vite, à un prix plus lisible et sans transformer chaque repas en vraie sortie.
La dernière enquête de Revenue Management Solutions retrouve cette différence dans les déclarations des consommateurs réguliers : 51 % disaient avoir moins fréquenté la restauration assise sur la période étudiée, contre 35 % pour la restauration rapide.
Pour un restaurant traditionnel, le problème de fréquentation est nettement plus sérieux que ne le laisse penser la moyenne de tout le secteur.
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Les boulangeries et supermarchés prennent-ils des repas aux restaurants ?
Oui, les boulangeries, supermarchés et commerces de proximité prennent désormais une part mesurable des repas qui auraient pu finir dans un restaurant.
Circana estime que le retail prêt-à-consommer représentait 9,2 % des visites de restauration hors domicile sur douze mois à début 2026, contre 7,2 % en 2019. Gagner deux points sur un marché aussi massif représente un vrai déplacement de consommation.
Gira Conseil arrive au même constat avec un périmètre différent. Les circuits alimentaires alternatifs, qui incluent notamment boulangeries, stations-service et offres de snacking en grande surface, représentent désormais 19,8 % du chiffre d’affaires de la consommation alimentaire hors domicile.
La concurrence est particulièrement forte au déjeuner. Une personne qui veut manger rapidement pour 8 ou 10 € peut aujourd’hui choisir une boulangerie, une supérette, un rayon traiteur, un sushi de supermarché ou un plat préparé sans même comparer ces options à des « restaurants ».
Pour quelqu’un qui ouvre une affaire, regarder uniquement les restaurants situés autour du local sous-estime donc largement la concurrence réelle.
Le déjeuner au restaurant est-il en train de disparaître chez les actifs ?
Chez les actifs français, acheter son déjeuner au restaurant est aujourd’hui une habitude minoritaire, très loin derrière le repas préparé à la maison.
L’enquête Ifop réalisée pour Edenred auprès de 2 500 actifs est particulièrement parlante. Parmi ceux qui prennent une pause déjeuner, 63 % mangent principalement chez eux ou apportent un repas fait maison. Seulement 16 % achètent principalement leur déjeuner en restauration. Le restaurant d’entreprise arrive à 14 % et le repas acheté au supermarché à 7 %.
La moyenne cache aussi une France très différente de Paris et de sa région. En Île-de-France, 27 % des actifs achètent leur déjeuner en restauration. Dans les régions, le fait-maison atteint 68 %, contre 46 % en Île-de-France. Un concept rentable près de bureaux parisiens peut donc rencontrer une demande beaucoup plus faible dans une ville moyenne.
Le télétravail entretient cette évolution. L’Insee mesure qu’en 2025, 19,7 % des salariés télétravaillaient au moins un jour par semaine, contre seulement 4 % en 2019. Parmi les télétravailleurs actuels, environ 38 % travaillent à distance un jour par semaine, 39 % deux jours et 23 % trois jours ou plus.
Cela enlève mécaniquement une partie des déjeuners qui étaient autrefois pris près du lieu de travail.
| Solution habituelle pour le déjeuner | Part des actifs concernés |
|---|---|
| Domicile ou repas fait maison | 63 % |
| Achat en restauration | 16 % |
| Restaurant d’entreprise | 14 % |
| Achat à emporter en supermarché | 7 % |
Les Français dépensent-ils moins une fois assis au restaurant ?
Oui, beaucoup de Français réduisent aussi leur commande lorsqu’ils vont au restaurant, ce qui ajoute une deuxième pression à la baisse de fréquentation.
Dans le bilan estival de l’UMIH, 726 professionnels sur les 1 300 interrogés signalaient une baisse du panier moyen. Les témoignages recueillis parlaient notamment de plats partagés, de formules raccourcies et d’extras supprimés.
France Snacking et Food Service Vision ont observé la même chose à plus grande échelle : 53 % des consommateurs étudiés disent avoir réduit le nombre d’articles consommés hors domicile. Revenue Management Solutions trouvait de son côté qu’un tiers de son échantillon avait réduit ses dépenses ; parmi ces personnes, 38 % choisissaient des produits moins chers, 26 % supprimaient l’entrée, 23 % le dessert et 18 % les boissons.
Pour un restaurateur, perdre une visite fait évidemment mal. Recevoir le client mais vendre un plat et une carafe d’eau au lieu d’un plat, d’un verre, d’un dessert et d’un café peut aussi changer fortement la rentabilité de la table.
Le prix est-il devenu la principale raison d’aller moins au restaurant ?
Oui, le prix est désormais l’un des facteurs les plus puissants derrière la baisse de fréquence des restaurants en France.
L’étude Speak Snacking 2026 indique que 41 % des consommateurs réduisent leur fréquence de restauration sous l’effet de l’inflation. Dans les données Circana présentées au Congrès du Snacking, 70 % disent également que des prix abordables comptent dans leur choix d’établissement.
Plus intéressant encore, les prix que les clients jugent acceptables ont baissé alors que les cartes ont continué à augmenter. Le prix psychologique d’une pizza est passé de 13,25 € à 11,91 € dans l’étude, celui d’un sandwich de 6,92 € à 6,27 €, et celui d’un repas de restauration rapide de 15,20 € à 14,13 €.
Le client actuel ne cherche donc pas seulement « moins cher ». Il devient plus sévère sur ce qu’il obtient pour son argent. La générosité intervient d’ailleurs directement dans la décision : 27 % des consommateurs interrogés par Speak Snacking disent choisir un lieu en fonction de la taille des portions.
| Produit | Ancien prix jugé acceptable | Prix jugé acceptable actuellement |
|---|---|---|
| Pizza | 13,25 € | 11,91 € |
| Sandwich | 6,92 € | 6,27 € |
| Kebab | 9,20 € | 8,43 € |
| Repas en restauration rapide | 15,20 € | 14,13 € |
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Les titres-restaurant font-ils encore venir les salariés au restaurant ?
Oui, les titres-restaurant font clairement venir davantage de salariés au restaurant, même si les restaurateurs doivent désormais partager cet avantage avec la grande distribution.
Dans l’enquête Ifop-Edenred, 25 % des actifs disposant de titres-restaurant achètent principalement leur déjeuner en restauration, contre seulement 11 % de ceux qui n’en ont pas. Les bénéficiaires consacrent aussi environ 10 € à leur pause déjeuner, contre 7,50 € sans titres.
Le contraste devient encore plus fort lorsque l’Ifop demande ce qui se passerait si l’avantage disparaissait. Parmi les bénéficiaires, 76 % disent qu’ils iraient moins souvent au restaurant ou qu’ils y dépenseraient moins.
Mais les titres peuvent actuellement servir à acheter une gamme très large de produits alimentaires en supermarché. Une partie du budget destiné historiquement au déjeuner hors domicile peut donc financer des courses ou un repas acheté en grande surface.
Pour un restaurant très dépendant du midi, la présence de salariés dotés de titres-restaurant reste un gros avantage local. Elle ne garantit simplement plus que cet argent finira chez un restaurateur.
Les jeunes vont-ils moins au restaurant eux aussi ?
Non, les 18-28 ans semblent actuellement beaucoup plus résistants que les générations plus âgées, surtout pour la restauration rapide et les coffee shops.
Revenue Management Solutions a interrogé 400 Français allant au restaurant au moins une fois par semaine. Parmi les 18-28 ans, 36 % disaient avoir augmenté leurs visites en restauration rapide, contre 17 % des Millennials, 13 % de la génération X et 8 % des boomers. Dans cet échantillon de consommateurs déjà réguliers, 95 % de la Gen Z allait au restaurant chaque semaine.
Cette résistance ne profite pas à tous les formats. Les jeunes sont également de gros utilisateurs de livraison et de commerces alimentaires, tandis que les coffee shops et la restauration rapide font nettement mieux auprès d’eux que la restauration assise classique.
Un précédent volet de l’étude RMS avait aussi trouvé que 36 % des membres de la Gen Z envisageaient de dîner davantage au restaurant, contre 18 % des boomers.
Le vieillissement du consommateur ne suffit donc pas à expliquer la baisse globale. Une nouvelle génération continue à manger souvent hors domicile, mais elle répartit ses repas entre davantage de formats.
Y a-t-il maintenant trop de restaurants pour le nombre de repas disponibles ?
Oui, la France ajoute actuellement des points de vente plus vite qu’elle n’ajoute des repas, ce qui rend la baisse de fréquentation encore plus douloureuse pour chaque établissement.
Gira Conseil comptait 415 595 établissements de consommation alimentaire hors domicile en 2025, soit 2,1 % de plus qu’un an auparavant. Sur la même période, le nombre de repas servis n’a progressé que de 1,6 %. La France compte désormais environ un point de vente pour 166 habitants, contre un pour 238 en 2004.
La restauration rapide donne un exemple encore plus parlant. Selon Food Service Vision, son chiffre d’affaires progressait récemment de 3,2 % alors que son parc de points de vente augmentait de 5,5 %. Le chiffre d’affaires moyen par établissement reculait donc de 2,3 %.
Les défaillances montrent ce que cette pression finit par produire. Les dernières données disponibles de la Banque de France recensent 9 721 défaillances sur douze mois dans l’hébergement-restauration, soit 7,4 % de plus qu’un an auparavant et près de 32 % de plus que la moyenne observée entre 2010 et 2019.
Même avec un marché qui continue de vendre beaucoup de repas, chaque nouvelle ouverture doit donc se battre pour une part plus petite du trafic disponible. Et ça, pour un nouveau restaurant, change beaucoup de choses.
Pourquoi certains restaurants gagnent-ils encore beaucoup de clients ?
Parce que la moyenne française mélange actuellement des restaurants qui progressent vite et d’autres qui perdent une grosse partie de leur clientèle.
Gira Conseil estime qu’environ 60 % des acteurs de son étude ont gagné entre 8 % et 15 % de fréquentation en 2025, tandis que les 40 % restants ont subi des baisses allant de 10 % à 30 %. Une moyenne nationale proche de la stagnation masque donc des écarts énormes.
Cette dispersion explique pourquoi on peut voir deux restaurants pleins dans une rue où plusieurs voisins ferment. Les consommateurs semblent concentrer davantage leurs sorties sur des adresses dont le prix, le produit ou l’expérience sont faciles à comprendre.
Les grandes chaînes captent également une partie croissante du marché. Food Service Vision estime que la restauration chaînée a dépassé 25,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, soit 35 % de plus qu’en 2019. Son parc est passé d’environ 17 000 établissements en 2021 à 20 796 en 2025. Une bonne partie de cette croissance vient des ouvertures, mais elle augmente aussi la pression sur les indépendants.
Le restaurant moyen souffre davantage aujourd’hui parce que les visites se concentrent progressivement sur les établissements qui donnent une raison évidente de revenir.
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Quels types de restaurants attirent encore les Français actuellement ?
Les formats qui attirent encore le plus facilement les Français combinent généralement un prix compréhensible, une vraie personnalité et une raison pratique ou agréable de revenir souvent.
Le rapide garde un énorme avantage de fréquence. Il représente désormais environ 70 % des visites de restauration hors domicile suivies par Circana. Les boulangeries ont aussi élargi leur rôle : Gira Conseil les identifie désormais comme le premier lieu de déjeuner parmi les formats commerciaux fréquentés par de nombreux actifs.
Dans la restauration assise, Gira cite les bouillons et certaines tables bistronomiques parmi les concepts qui résistent bien. Leur point commun est assez simple : le client comprend immédiatement ce qu’il vient chercher. Le bouillon promet des plats familiers à prix contenus ; la bistronomie promet davantage une vraie sortie.
Les tendances récentes du rapide racontent la même histoire. Le poulet frit atteint désormais environ 1,46 milliard d’euros parmi les grandes enseignes suivies par France Snacking et profite d’une offre perçue comme généreuse, partageable et facile à comprendre. Les coffee shops captent de leur côté des moments qui dépassent largement le déjeuner : café du matin, travail, goûter, rendez-vous ou achat à emporter.
Aujourd’hui, les positions les plus confortables semblent donc se trouver aux deux extrémités : être extrêmement pratique pour une consommation fréquente, ou suffisamment désirable pour que le client décide vraiment de sortir.
Est-ce devenu plus risqué d’ouvrir un restaurant classique en France ?
Oui, ouvrir aujourd’hui un restaurant classique sans avantage très clair est sensiblement plus risqué qu’avant.
Un porteur de projet doit maintenant composer avec moins de visites qu’en 2019, une restauration assise particulièrement touchée, davantage de repas faits maison, près d’un salarié sur cinq qui télétravaille au moins une fois par semaine, une concurrence croissante du retail et un nombre de points de vente qui augmente toujours.
La difficulté vient surtout du fait que ces changements se cumulent. Un établissement peut perdre quelques déjeuners à cause du télétravail, quelques autres face à la boulangerie, voir certains clients venir moins souvent à cause du prix, puis vendre moins de desserts et de boissons aux personnes qui restent. Pris séparément, chaque phénomène paraît supportable. Ensemble, ils changent vite le seuil de rentabilité.
Les 9 721 défaillances récentes de l’hébergement-restauration confirment que cette pression dépasse largement quelques exemples visibles dans les centres-villes.
Il faut donc être beaucoup plus exigeant aujourd’hui avant de considérer qu’un emplacement et une bonne cuisine suffisent. Le concept doit expliquer très vite pourquoi les habitants viendront ici plutôt qu’ailleurs, mais surtout pourquoi ils reviendront assez souvent.
Alors, les Français vont-ils vraiment moins souvent au restaurant ?
Oui, les Français vont aujourd’hui moins souvent au restaurant, avec un recul beaucoup plus marqué pour les restaurants traditionnels avec service à table.
La conclusion tient sur plusieurs périodes et plusieurs sources. La fréquentation française reste environ 9 % sous celle de 2019 selon Circana. Au début de 2026, les visites en restauration commerciale reculaient encore de 2,2 % sur un an, avec une chute de 5,9 % à table. Comme nous l’avons vu plus haut, l’enquête récente de l’UMIH retrouve ensuite une baisse de fréquentation chez près de deux professionnels sur trois pendant une partie de l’été.
Pour autant, les Français dépensent toujours beaucoup pour manger hors domicile. Gira Conseil a même mesuré une hausse de 4,3 % de la valeur du marché en 2025. La différence vient de la façon dont cet argent est dépensé : tickets plus élevés, davantage de rapide, de boulangerie, de retail, de coffee shops et moins de visites routinières dans certains restaurants assis.
Le changement le plus important pour un futur restaurateur est probablement là. Les consommateurs continuent volontiers à payer lorsqu’un lieu correspond vraiment à leur budget, à leur envie ou à leur besoin du moment, mais ils accordent moins automatiquement une visite au restaurant traditionnel.
Ouvrir un restaurant reste donc parfaitement possible. Ouvrir un restaurant simplement « bon », dans l’espoir que les Français aiment suffisamment manger dehors pour le remplir régulièrement, est devenu une hypothèse beaucoup plus fragile.
SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
La question « Les Français vont-ils moins souvent au restaurant ? » paraît simple, mais la réponse devient vite trompeuse si l’on regarde uniquement le chiffre d’affaires du secteur. Nous avons donc séparé le problème en plusieurs dimensions : évolution du nombre de visites, différence entre restauration à table et rapide, comparaison avec l’avant-Covid, arbitrages au déjeuner, concurrence des circuits alimentaires alternatifs, dépenses par visite, télétravail, densité de points de vente et défaillances.
Pour chaque dimension, nous avons privilégié les données françaises les plus récentes disponibles et les sources originales lorsque leur périmètre était suffisamment clair. Nous avons donné plus de poids aux comportements réellement mesurés — visites, repas servis, dépenses, nombre d’établissements ou défaillances — qu’aux simples impressions déclarées, tout en utilisant les enquêtes consommateurs lorsqu’elles permettaient d’expliquer pourquoi les comportements évoluent.
Les comparaisons avec 2019 servent surtout à distinguer une variation récente d’un changement plus structurel. Les données trimestrielles et annuelles plus fraîches servent ensuite à vérifier dans quelle direction le marché évolue actuellement. Lorsqu’une hausse des ventes en euros coexistait avec une baisse des visites, nous n’avons pas cherché à choisir l’un des deux chiffres : cet écart est justement une partie importante de la réponse.
Nous avons également évité de traiter « la restauration » comme un marché homogène. La restauration assise, le rapide, les boulangeries, le retail prêt-à-consommer, les coffee shops ou encore les repas pris à domicile évoluent différemment. Pour quelqu’un qui envisage d’ouvrir un business en France, cette distinction est essentielle : une moyenne nationale peut sembler rassurante alors que le format précis visé perd beaucoup de fréquentation.
La conclusion finale repose donc sur l’agrégation de plusieurs indicateurs indépendants plutôt que sur une statistique isolée ou une impression générale du secteur. C’est cette convergence — moins de visites, retard persistant par rapport à 2019, recul marqué de la restauration à table, déplacement vers d’autres formats et densification de l’offre — qui permet d’être beaucoup plus affirmatif sur la tendance.
Parmi les principales sources utilisées figurent Circana sur l’écart entre reprise des dépenses et reprise de la fréquentation, Circana pour les comparaisons de fréquentation avec 2019, l’UMIH pour le bilan récent de fréquentation et de panier moyen, Gira Conseil pour la consommation hors domicile, le nombre de repas et le parc d’établissements, Edenred et l’Ifop pour les habitudes de pause déjeuner des actifs, l’Insee pour le télétravail, la Banque de France pour les défaillances dans l’hébergement-restauration, Revenue Management Solutions pour les arbitrages récents des consommateurs français et Les Echos Etudes / Food Service Vision pour la progression de la restauration chaînée.
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