Clinique : peut-on survivre avec consultations classiques ?

Dernière mise à jour: 12 Septembre 2026

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EN RÉSUMÉ

Oui, une clinique peut survivre avec des consultations classiques en France, mais le modèle devient vite fragile dès qu’elle salarie plusieurs médecins et porte une structure de coûts importante autour d’eux.

Le problème n’est généralement pas de trouver des patients. Il est de transformer chaque heure de médecin en suffisamment de revenu pour payer le praticien, les locaux, l’accueil, l’administration et les temps où les cabinets ne produisent rien.

À 30 € la consultation de médecine générale, quelques rendez-vous supplémentaires changent beaucoup le chiffre d’affaires d’un médecin, mais pas assez pour absorber facilement une organisation lourde. Entre trois et quatre patients par heure, le revenu théorique augmente d’un tiers, alors que la marge de manœuvre médicale devient déjà étroite.

Les données des centres de santé français sont particulièrement parlantes : certains sont excédentaires, mais le centre médian étudié par l’IGAS était déficitaire. Autrement dit, avoir des médecins et des patients ne suffit pas ; l’organisation fait une énorme différence.

Le statut des médecins change profondément le risque du projet. Avec des médecins salariés, la clinique supporte les salaires, les charges et les périodes creuses ; avec des praticiens libéraux dans un montage adapté, une partie beaucoup plus importante du risque d’activité reste portée par les médecins eux-mêmes.

La taille compte surtout parce qu’elle permet de mutualiser. Un secrétariat, un assistant médical ou un logiciel coûte cher autour de deux médecins ; autour de six ou huit praticiens bien occupés, la même dépense peut devenir très productive.

Les spécialités ne produisent pas toutes la même économie. Une activité qui combine naturellement consultations et actes techniques utiles peut générer davantage de revenu par heure sans faire augmenter dans les mêmes proportions le loyer, l’accueil ou l’acquisition des patients.

Les nouvelles rémunérations forfaitaires renforcent aussi un changement important : en médecine générale, la valeur économique d’une patientèle ne se limite plus à additionner les consultations. Suivi, prévention, organisation et forfaits commencent à peser réellement dans l’équation.

Un désert médical n’est pas automatiquement le meilleur emplacement. La demande y est souvent évidente, mais si personne ne veut venir y exercer, dix cabinets disponibles ne valent pas grand-chose. Pour une clinique, recruter les médecins est presque un deuxième marché à conquérir.

Le modèle le plus solide ressemble donc moins à une grosse clinique miniature qu’à une infrastructure médicale légère : plusieurs cabinets réellement occupés, peu de fonctions support inutiles, médecins correctement incités, bonne mutualisation et revenu horaire suffisamment élevé. Une clinique peut vivre des consultations ; elle a beaucoup plus de mal à vivre de consultations ordinaires mal organisées.

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En France, peut-on vraiment faire tourner une clinique uniquement avec des consultations ?

Oui, une clinique légère peut vivre principalement de consultations médicales en France, mais le modèle devient vite tendu dès qu’elle emploie les médecins et supporte une vraie structure autour d’eux.

Pour comprendre l’économie, il faut regarder les structures qui ressemblent réellement au projet : centres de santé, cabinets médicaux regroupés ou maisons médicales avec plusieurs praticiens, accueil, locaux et fonctions administratives. Une clinique traditionnelle avec chirurgie, hospitalisation ou plateau technique joue dans une autre catégorie.

Les centres de santé donnent un bon aperçu de ce modèle. L’IGAS en comptait 586 pluriprofessionnels en 2022, soit 65 % de plus qu’en 2016. Ils assurent principalement des soins de premier recours et de prévention sans hébergement. Le modèle existe donc bien à une certaine échelle.

L’enjeu économique est ailleurs : combien reste-t-il une fois le médecin, les locaux, le secrétariat, les logiciels et toute l’organisation payés ? C’est là que les consultations seules montrent leurs limites.

Pourquoi les consultations classiques sont-elles si difficiles à transformer en vrai business ?

Une consultation classique peut très bien faire vivre un médecin libéral, mais elle laisse beaucoup moins de marge quand une entreprise doit également gagner sa vie autour du médecin.

Le médecin indépendant encaisse ses honoraires puis paie ses charges. Une clinique qui salarie ses praticiens doit financer leur rémunération, les cotisations, les congés, les temps creux, l’accueil, l’administration, les locaux, l’informatique et la gestion. Il faut encore qu’il reste quelque chose après tout cela.

Les travaux de l’IGAS sur les centres de santé montrent exactement cette difficulté. Dans les centres hors collectivités étudiés, les charges de personnel ont par exemple bondi de 21,7 % en 2022 alors que les effectifs en équivalent temps plein n’augmentaient que de 9,4 %. La concurrence pour recruter les professionnels alimentait elle-même la hausse des salaires.

Le problème devient vite arithmétique. Un médecin peut avoir une excellente activité et pourtant ne pas générer suffisamment de surplus pour payer toute la couche supplémentaire construite autour de lui.

Une consultation de généraliste à 30 € peut-elle vraiment payer une clinique ?

À 30 € la consultation conventionnée en métropole, un généraliste peut générer un bon revenu médical, mais il faut beaucoup de rendez-vous avant de financer confortablement une organisation complète.

Le tarif conventionnel actuellement publié par l’Assurance Maladie reste de 30 € pour une consultation de médecine générale. Prenons un médecin qui facture réellement 6,5 heures dans sa journée, pendant 210 jours par an.

Avec trois patients par heure, il produit 585 € par jour, soit 122 850 € sur l’année. À quatre patients par heure, nous arrivons à 780 € par jour et 163 800 € annuels.

Ces montants restent des honoraires bruts. Une clinique doit encore payer tout ce qui permet à ces consultations d’avoir lieu.

On voit aussi à quel point le résultat dépend du rythme. Passer de trois à quatre patients par heure augmente théoriquement les recettes d’un tiers. Mais quatre patients par heure laissent environ quinze minutes chacun, avant même de compter les retards, dossiers, prescriptions, appels et cas complexes.

La clinique de consultations se retrouve donc avec une drôle de contrainte : son principal levier de chiffre d’affaires consiste à accélérer l’utilisation d’une ressource, le temps médical, qu’elle ne peut justement pas accélérer beaucoup.

Rythme indicatif Consultations par jour Honoraires par jour Honoraires sur 210 jours
3 patients/heure pendant 6,5 h 19,5 585 € 122 850 €
3,5 patients/heure pendant 6,5 h 22,75 682,50 € 143 325 €
4 patients/heure pendant 6,5 h 26 780 € 163 800 €

Peut-on simplement voir plus de patients pour rendre la clinique rentable ?

Pas beaucoup : le volume améliore la rentabilité d’une clinique de consultations, mais quinze ou vingt minutes par patient commencent déjà à fixer une limite très concrète.

On peut gagner du temps sur le check-in, le paiement, la préparation du dossier, certains relevés, les documents ou la prise du prochain rendez-vous. On gagne beaucoup moins facilement du temps sur l’anamnèse, l’examen, l’explication du diagnostic ou une décision médicale compliquée.

Cette différence explique pourquoi les gains de productivité restent modestes dans la médecine classique. L’IGAS observait que les honoraires des centres pluriprofessionnels étudiés avaient augmenté d’environ 6,4 % par an entre 2016 et 2022, tandis que les effectifs progressaient d’environ 6,1 % en équivalent temps plein. Une bonne partie de la croissance venait donc simplement de davantage de personnel médical.

On peut mieux remplir l’agenda et supprimer les tâches inutiles. En revanche, faire passer durablement un médecin de vingt patients sérieux par jour à quarante sans toucher à la nature des consultations serait une hypothèse de business plan très agressive.

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Les vrais centres de santé arrivent-ils à gagner de l’argent avec les consultations ?

Certains centres de santé y arrivent, mais les données françaises montrent que l’équilibre économique reste loin d’être automatique.

L’IGAS a pu calculer un résultat d’exploitation pour 406 centres de santé pluriprofessionnels. Le centre médian affichait un résultat équivalent à -9,8 % de ses charges. Un quart perdait plus de 30,4 % de ses charges.

À l’autre bout, un tiers des centres était tout de même excédentaire et le quart supérieur obtenait un excédent d’au moins 4,7 % des charges.

On a presque une expérience grandeur nature. Une même catégorie de structures peut produire aussi bien un déficit supérieur à 30 % qu’un résultat positif. La présence de patients ne suffit clairement pas à expliquer la différence.

Pour un entrepreneur, c’est plutôt encourageant sur un point : les consultations seules ne condamnent pas le projet. Mais elles pardonnent très peu une mauvaise organisation, des médecins sous-occupés ou des frais de personnel trop élevés.

Situation des 406 centres étudiés par l’IGAS Résultat d’exploitation rapporté aux charges
Médiane -9,8 %
Quart inférieur déficit supérieur à 30,4 %
Seuil du quart supérieur +4,7 %
Centres excédentaires 33,3 %

Est-ce surtout le salaire des médecins qui fait déraper une clinique ?

Oui, le salariat médical transfère une grosse partie du risque économique du praticien vers la clinique.

Chez un médecin indépendant, une matinée avec six rendez-vous annulés réduit surtout ses propres recettes. Dans une clinique employeuse, le salaire continue de tomber, tout comme les charges sociales, le loyer et le personnel d’accueil.

Les chiffres de l’IGAS sur l’envolée des charges de personnel donnent une bonne idée du phénomène. Le rapport parle même d’une concurrence entre centres pour recruter les professionnels de santé qui nourrit une spirale salariale.

Cette tension reste très actuelle alors même que le nombre total de médecins remonte. Selon les dernières données de la DREES, la France comptait 242 200 médecins en activité début 2026, soit 5 000 de plus en un an. Le nombre de généralistes progressait pour la deuxième année consécutive, à 101 000.

Cela améliore progressivement l’offre globale sans faire disparaître les difficultés locales de recrutement. Une clinique peut donc avoir une salle d’attente pleine et trois cabinets vides faute d’avoir trouvé les médecins prévus dans son business plan.

Une clinique gagne-t-elle beaucoup plus avec des spécialistes et des actes techniques ?

Oui, certaines spécialités peuvent rendre le modèle beaucoup plus confortable, surtout lorsqu’elles combinent consultation, actes techniques et tarifs plus élevés.

Toutes les consultations spécialisées ne se valent évidemment pas. La psychiatrie utilise très peu d’équipement mais mobilise beaucoup de temps médical. L’ophtalmologie, la cardiologie ou certaines activités de dermatologie peuvent ajouter des examens et actes au même parcours patient.

Le système de remboursement évolue d’ailleurs dans ce sens. Depuis 2026, l’Assurance Maladie autorise pour certains actes CCAM le cumul à 100 % d’une consultation de référence et de l’acte technique effectué dans le même temps. Pour une clinique, cela peut augmenter sensiblement la recette d’un créneau sans multiplier dans les mêmes proportions le loyer, l’accueil ou le coût d’acquisition du patient.

Les écarts historiques de revenus entre spécialités racontent déjà une partie de cette histoire. Les données de la DREES ont régulièrement placé les disciplines très techniques, notamment la radiologie, bien au-dessus de spécialités essentiellement cliniques comme la psychiatrie ou la pédiatrie.

Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faut ajouter des examens pour facturer davantage. Le bon projet est celui où des actes médicalement utiles existent naturellement dans le parcours. À ce moment-là, l’économie change franchement.

Les dépassements d’honoraires peuvent-ils rendre une clinique de consultations rentable ?

Oui, des honoraires plus élevés peuvent changer radicalement les marges, mais seule une partie des médecins et des patientèles permet réellement de bâtir dessus.

Une consultation facturée 70 € au lieu de 30 € n’exige pas deux fois plus de réceptionnistes, deux fois plus de logiciels ou deux fois plus de mètres carrés. Le supplément de chiffre d’affaires peut donc produire beaucoup plus de marge que le tarif de base.

Le cadre français limite toutefois ce levier. Le secteur conventionnel du médecin, son accès au secteur 2, son éventuelle adhésion à l’OPTAM et les règles applicables aux dépassements déterminent ce qu’il peut facturer. La capacité de paiement de la patientèle compte tout autant.

Une clinique premium implantée dans un quartier aisé avec des spécialistes recherchés peut donc avoir une économie excellente en restant largement centrée sur la consultation. On est déjà assez loin, en revanche, du projet d’un centre généraliste conventionné qui accueille tout le monde au tarif opposable.

Pour juger un projet de clinique, nous regarderions donc le revenu horaire réellement atteignable par spécialité plutôt que le nombre théorique de patients disponibles.

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Les nouveaux forfaits de l’Assurance Maladie changent-ils vraiment le modèle ?

Oui, et le changement est désormais concret : la rémunération du médecin traitant repose de moins en moins uniquement sur le nombre de consultations effectuées.

Le nouveau Forfait Médecin Traitant est entré en vigueur en 2026. Son socle rémunère chaque patient suivi en fonction notamment de son âge et de sa situation médicale. Il peut par exemple atteindre 100 € par an pour un patient de plus de 80 ans en affection de longue durée. Une majoration liée à la prévention complète ensuite le dispositif.

Les premiers versements du nouveau forfait ont déjà commencé. Le système remplace progressivement l’ancienne ROSP du médecin traitant et le précédent forfait patientèle.

On dispose aussi d’un bon point de comparaison avec la dernière année de l’ancien dispositif : pour 2025, l’Assurance Maladie a versé en moyenne 9 991 € de ROSP et de forfait structure aux 51 630 généralistes libéraux concernés. Le forfait structure lui-même a depuis été remplacé par la dotation numérique.

Quelques milliers ou dizaines de milliers d’euros de forfaits ne réparent pas un modèle lourdement déficitaire. En revanche, une clinique qui les ignore calcule aujourd’hui mal le revenu économique d’une patientèle de médecine générale.

Le modèle devient peu à peu : consultations + suivi de patientèle + prévention + organisation. Rester volontairement sur une logique exclusivement à l’acte revient à laisser une partie croissante de la rémunération disponible de côté.

Les assistants médicaux et le secrétariat peuvent-ils vraiment améliorer les marges ?

Oui, à condition de mutualiser ces postes sur plusieurs médecins ; ajouter du personnel autour d’un seul praticien produit rarement assez de consultations supplémentaires pour payer le poste.

Reprenons le tarif de généraliste vu plus haut. Une consultation supplémentaire chaque jour pendant 210 jours représente environ 6 300 € de chiffre d’affaires annuel. Même deux consultations quotidiennes supplémentaires ne financent pas un salarié à temps plein avec ses charges.

Le calcul devient beaucoup plus intéressant à l’échelle. Si une organisation mieux conçue permet à quatre médecins de récupérer deux consultations chacun par jour, nous obtenons environ 50 400 € d’honoraires supplémentaires sur l’année.

Avec huit médecins, le même gain dépasse 100 000 €.

Voilà pourquoi la mutualisation est si importante dans une clinique légère. Une personne à l’accueil, un assistant médical ou un outil coûteux peut être médiocre économiquement pour deux médecins et très efficace pour huit.

Le danger se situe entre les deux : construire dès le départ l’organisation destinée à huit praticiens alors que quatre seulement ont effectivement signé.

La téléconsultation peut-elle faire exploser le nombre de consultations ?

Non, la téléconsultation aide surtout à mieux utiliser les créneaux disponibles ; elle n’a pas créé une médecine où un médecin peut soudainement voir deux fois plus de patients.

Les derniers chiffres complets publiés par l’Assurance Maladie montrent pourtant que l’usage repart. La France a enregistré 13,9 millions de téléconsultations en 2024, presque 20 % de plus qu’un an auparavant après plusieurs années de recul.

Le changement le plus intéressant vient de la répartition du marché. Les sociétés de téléconsultation réalisaient 40 % des téléconsultations en 2024, contre seulement 6 % en 2021. Les professionnels libéraux restaient à 55 %.

Malgré cette progression, la téléconsultation représentait seulement 2 % de l’activité clinique des généralistes libéraux. Chez les psychiatres, beaucoup plus adaptés au format, nous étions à 7 %.

Nous utiliserions donc la téléconsultation pour récupérer certains rendez-vous, prolonger les horaires, effectuer des suivis adaptés ou élargir la patientèle. Compter dessus pour doubler la productivité médicale serait beaucoup plus difficile à défendre.

Faut-il salarier les médecins ou leur louer une infrastructure ?

Pour un entrepreneur qui ne pratique pas lui-même la médecine, un modèle où les médecins restent indépendants peut réduire énormément le risque opérationnel de la clinique.

Le choix est évidemment encadré par le droit de la santé, les règles déontologiques et le statut exact de la structure. Mais économiquement, la différence est simple.

Dans un modèle salarial, la clinique encaisse l’activité médicale et supporte aussi le risque lorsque cette activité baisse. Dans un modèle davantage tourné vers la mutualisation, les praticiens conservent leur activité tandis que la structure leur apporte les locaux et des services communs selon un montage juridiquement adapté.

Le deuxième modèle réduit le potentiel de marge directement capté sur les soins, mais il réduit aussi fortement le coût d’un cabinet vide ou d’une semaine peu remplie.

Pour un premier établissement, cette asymétrie compte beaucoup. Le rapport de l’IGAS montre combien une masse salariale médicale trop lourde peut rapidement détériorer les comptes.

Nous regarderions donc le statut des praticiens avant même de négocier quelques euros supplémentaires sur le loyer. Dans un business fondé sur le temps humain, la manière dont ce temps est payé peut décider de toute la rentabilité.

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Combien de médecins faut-il pour qu’une clinique de consultations fonctionne vraiment ?

Il n’existe pas de seuil magique, mais deux ou trois médecins supportent difficilement une grosse organisation alors que cinq à huit praticiens commencent à offrir de vraies économies de mutualisation.

Prenons quatre généralistes réalisant chacun 140 000 € d’honoraires annuels. La structure traite 560 000 € d’activité médicale. Une amélioration de seulement 5 % du remplissage ajoute théoriquement 28 000 €.

Avec huit praticiens au même niveau, la même amélioration représente 56 000 €. Le secrétariat, la direction, certains logiciels et une partie des locaux ne doublent pas forcément pour autant.

C’est ici que l’échelle commence à aider.

Elle peut aussi faire très mal dans l’autre sens. Signer un bail pour dix cabinets, recruter l’administration correspondante et découvrir ensuite que seulement quatre médecins rejoignent la clinique crée une base de coûts prévue pour une activité qui n’existe pas encore.

La bonne taille de départ dépend donc moins du nombre de salles disponibles que du nombre de praticiens réellement engagés et du niveau d’utilisation attendu dès les premiers mois.

Un désert médical est-il forcément le meilleur endroit pour ouvrir une clinique ?

Non, une zone très sous-dotée garantit souvent les patients mais peut rendre le recrutement médical encore plus difficile.

Les derniers chiffres de la DREES sont plutôt encourageants à l’échelle nationale : les effectifs médicaux progressent de nouveau et le nombre de généralistes augmente. Cela ne résout pas les énormes différences territoriales.

Une commune qui manque déjà de médecins depuis dix ans possède probablement suffisamment de demande pour remplir un nouveau cabinet. Il reste à convaincre plusieurs médecins de venir y exercer.

Pour une clinique, ce deuxième marché est presque aussi important que celui des patients. Les médecins vont comparer le salaire ou les revenus possibles, les horaires, la charge administrative, le travail en équipe, la localisation, les possibilités pour leur conjoint et leur qualité de vie.

Nous éviterions donc de choisir simplement la ville où le manque de médecins semble le plus spectaculaire. Une zone légèrement mieux dotée, mais beaucoup plus facile à recruter, peut produire une clinique nettement plus rentable.

Peut-on finalement gagner de l’argent sans chirurgie, esthétique ou grosse imagerie ?

Oui, une clinique peut gagner de l’argent sans chirurgie, esthétique ni équipement lourd, mais elle doit être extrêmement bonne dans l’utilisation du temps médical.

Les centres de santé excédentaires prouvent déjà que l’équilibre est possible avec des soins ambulatoires classiques. Les nouvelles rémunérations forfaitaires améliorent aussi progressivement l’économie de la médecine générale. Les assistants, la mutualisation et certains cumuls d’actes ouvrent d’autres leviers.

On voit aussi pourquoi les projets fragiles se cassent vite : quelques médecins sous-occupés, un recrutement salarial trop cher et trop de personnel support peuvent absorber la marge produite par des milliers de consultations.

Les meilleurs modèles légers auront généralement une combinaison assez simple : beaucoup de cabinets réellement occupés, peu de temps médical gaspillé, fonctions support partagées, bonne gestion des forfaits et une spécialité ou une patientèle capable de produire suffisamment de revenu par heure.

On peut donc très bien éviter les millions d’euros de machines et de blocs opératoires. Il devient beaucoup plus difficile d’éviter toute optimisation du revenu par heure médicale.

Alors, une clinique peut-elle vraiment survivre avec des consultations classiques ?

Oui, mais une clinique française qui emploie plusieurs médecins et dépend presque uniquement de consultations conventionnées reste aujourd’hui un business assez fragile.

La demande de soins nous inquiète peu. Les derniers chiffres montrent même que le nombre de médecins recommence à augmenter tout en restant insuffisamment réparti sur le territoire. Les patients existent.

Le point faible se situe dans l’écart entre ce qu’un rendez-vous rapporte et tout ce que la clinique doit payer autour. Comme nous l’avons vu plus haut, les centres pluriprofessionnels étudiés par l’IGAS donnent une image très parlante : certains réussissent, mais le centre médian était déficitaire et les situations financières variaient énormément.

Nous serions beaucoup plus confiants avec une structure où les consultations restent le cœur du business sans représenter 100 % de son économie. Le nouveau Forfait Médecin Traitant, la prévention rémunérée, les assistants médicaux, la téléconsultation lorsque c’est pertinent et certains actes complémentaires permettent justement de sortir progressivement du simple « un patient entre, une consultation est facturée ».

Pour créer ce business en France, nous chercherions surtout à faire fonctionner parfaitement chaque heure de médecin avant de chercher des activités beaucoup plus sophistiquées. Une clinique avec six praticiens très occupés, une petite équipe support et une bonne maîtrise des rémunérations conventionnelles peut être un projet solide.

Une clinique qui loue de grands locaux, salarie les médecins cher et compte sur des consultations ordinaires pour absorber le reste peut, elle, se retrouver en difficulté alors même que son agenda est presque plein.

Les consultations classiques peuvent donc suffire pour survivre. Pour obtenir une vraie marge et pouvoir grandir sereinement, nous préférerions clairement un modèle un peu plus large que la consultation seule.

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SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Cette analyse cherche à déterminer dans quelles conditions une clinique médicale légère peut vivre principalement de consultations en France, et surtout comment le choix entre médecins salariés et médecins libéraux modifie son risque économique. Plutôt que de partir de l’idée qu’une forte demande médicale suffit à créer un bon business, nous avons décomposé le problème en plusieurs dimensions : revenu produit par le temps médical, coûts de personnel, remplissage des cabinets, mutualisation, rémunérations conventionnelles, spécialités, recrutement et organisation.

Pour chaque dimension, nous avons privilégié des données françaises récentes et directement observables. Les résultats économiques des centres de santé pluriprofessionnels servent notamment à confronter les simulations théoriques à des structures qui emploient réellement des professionnels, supportent des locaux et des fonctions administratives et vivent principalement de soins ambulatoires.

Les calculs de chiffre d’affaires présentés dans l’article sont des scénarios simples destinés à tester la sensibilité du modèle au nombre de consultations et au nombre de médecins. Ils ne constituent pas des prévisions de résultat net : ils permettent justement de visualiser la quantité d’honoraires disponible avant paiement des médecins, du personnel support, des locaux et du reste de la structure.

Nous avons également intégré les évolutions récentes du financement de la médecine de ville. Le nouveau Forfait Médecin Traitant, la dotation numérique, les dispositifs liés aux assistants médicaux et les règles conventionnelles sont importants parce que l’économie d’une patientèle ne se résume plus complètement au tarif affiché de chaque consultation.

Enfin, nous avons traité le recrutement médical comme une variable économique à part entière. Une zone peut présenter une excellente demande de soins tout en étant difficile à exploiter si les médecins nécessaires au fonctionnement de la clinique ne veulent pas s’y installer. C’est aussi ce qui explique pourquoi le statut des praticiens peut avoir autant d’impact sur le risque du projet que le niveau du loyer ou le nombre de patients potentiels.

Les principales sources utilisées sont : l’IGAS sur la situation économique des centres de santé pluriprofessionnels, Légifrance sur le cadre des centres de santé, l’Assurance Maladie sur les tarifs conventionnels des médecins, l’Assurance Maladie sur la convention médicale 2024-2029, l’Assurance Maladie sur le nouveau Forfait Médecin Traitant, l’Assurance Maladie sur les assistants médicaux, l’Assurance Maladie sur la téléconsultation, la DREES sur la démographie médicale au 1er janvier 2026, la DREES sur les disparités territoriales d’accès aux soins et la DREES sur les revenus des médecins libéraux et les écarts entre spécialités.