Dernière mise à jour: 12 Septembre 2026

Structure médicale : atteignez le bon remplissage

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EN RÉSUMÉ

Non, les villes françaises n’ont pas globalement trop d’offre médicale aujourd’hui. Le vrai risque pour une nouvelle clinique est de s’installer dans un micro-marché déjà bien servi : mauvais quartier, mauvaise spécialité, mauvais tarif ou aucune différence concrète avec les structures voisines.

Le nombre de médecins recommence pourtant à augmenter, avec 245 847 médecins en activité et une progression annuelle de 1,9 %. Mais dans le même temps, l’accessibilité à la médecine générale a encore reculé de 1,1 %, ce qui montre que davantage de médecins ne signifie pas automatiquement davantage de rendez-vous disponibles.

Les grandes villes peuvent être à la fois très médicalisées et manquer d’offre utile. L’Île-de-France compte beaucoup plus de spécialistes que la moyenne française, mais sensiblement moins de généralistes par habitant.

Paris illustre bien ce paradoxe. Malgré une densité médicale exceptionnelle, la Ville continue à aider financièrement de nouvelles structures et à chercher des équipes pour certains quartiers : l’offre est abondante à l’échelle de la capitale, mais mal répartie lorsqu’on descend au niveau local.

Les délais de rendez-vous sont souvent plus instructifs que le nombre de praticiens. Trois jours de délai médian en médecine générale, 32 jours en dermatologie et 42 jours en cardiologie décrivent trois niveaux de concurrence très différents, même si plusieurs médecins sont déjà présents dans le quartier.

La meilleure opportunité n’est donc pas forcément la spécialité où il y a le moins de médecins. C’est celle où les patients attendent encore, où les praticiens acceptant de nouveaux patients sont rares et où la clinique peut réellement recruter quelqu’un pour répondre à cette demande.

Certaines activités sont déjà devenues nettement plus compétitives. L’ophtalmologie a augmenté sa capacité grâce au travail aidé avec les orthoptistes, tandis que le dentaire et les centres de santé se sont fortement développés dans plusieurs métropoles.

Le tarif peut créer une pénurie invisible. Une ville peut afficher beaucoup de spécialistes sur une carte alors que l’offre rapide en secteur 1 reste limitée, dans un contexte où 56 % des spécialistes exercent désormais en secteur 2.

La demande devrait rester profonde avec le vieillissement et la progression des maladies chroniques. La population en affection longue durée continue d’augmenter de plus de 2 % par an, ce qui alimente des besoins récurrents en médecine générale, cardiologie, suivi biologique et coordination des soins.

Pour quelqu’un qui veut créer une clinique, le recrutement peut finalement devenir un problème plus critique que l’acquisition de patients. Il vaut mieux sécuriser quelques praticiens clés et vérifier la demande autour d’eux avant de signer un grand local rempli de salles qui pourraient rester vides.

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Clinique médicale en ville : y a-t-il déjà trop d’offre ?

Y a-t-il vraiment plus de médecins en France aujourd’hui ?

Oui, la France gagne à nouveau des médecins, mais cette hausse ne se traduit pas encore par davantage de consultations accessibles.

Le dernier Atlas du Conseil national de l’Ordre des médecins compte 245 847 médecins en activité, salariés et libéraux confondus. L’effectif a progressé de 1,9 % en un an. Après des années de stagnation, le retournement démographique est donc bien réel, et l’Ordre estime désormais qu’une hausse d’environ 40 % des effectifs d’ici 2040 fait consensus.

Pour une clinique qui ouvre aujourd’hui, il serait pourtant risqué de traduire directement cette hausse en « plus de concurrence ». La dernière mesure publiée par la DREES montre qu’un Français dispose en moyenne de 3,3 consultations, visites ou téléconsultations de médecine générale accessibles par an. Cet indicateur a encore reculé de 1,1 % en un an.

Les deux tendances divergent donc pour l’instant : le nombre de médecins remonte, tandis que la quantité de médecine générale effectivement accessible au patient reste sous pression. Les horaires travaillés, le type d’exercice, la répartition géographique et la hausse des besoins absorbent une partie du rebond démographique.

Indicateur Dernière donnée disponible
Médecins en activité 245 847
Croissance annuelle des effectifs +1,9 %
Consultations de généraliste accessibles par habitant standardisé 3,3
Évolution annuelle de cette accessibilité -1,1 %

Les grandes villes françaises ont-elles déjà trop de médecins ?

Non, on ne trouve aucune surabondance médicale uniforme dans les grandes villes françaises. Certaines sont très riches en spécialistes tout en restant assez tendues en médecine générale.

Les chiffres de l’Insee permettent de voir immédiatement le problème. La France compte 346 médecins pour 100 000 habitants. L’Île-de-France monte à 391 et Provence-Alpes-Côte d’Azur à 412, contre seulement 261 en Centre-Val de Loire.

Mais la composition change tout. L’Île-de-France compte 263 spécialistes pour 100 000 habitants, très au-dessus des 200 observés nationalement. Pour les généralistes, la région tombe à 128 pour 100 000 habitants, contre 146 en France.

Une métropole peut donc afficher une densité médicale impressionnante grâce aux hôpitaux, spécialistes et grands pôles de soins, alors que la médecine de proximité reste beaucoup plus serrée. Pour un entrepreneur, compter tous les « médecins » ensemble brouille plus qu’autre chose.

Territoire Généralistes / 100 000 habitants Spécialistes / 100 000 habitants
France 146 200
Île-de-France 128 263
Auvergne-Rhône-Alpes 153 197
Occitanie 154 196
Provence-Alpes-Côte d’Azur 169 243
Centre-Val de Loire 114 147

Paris est-elle déjà saturée de médecins ?

Paris est extrêmement dense en médecins, mais la ville continue aujourd’hui à chercher activement de nouvelles équipes médicales dans plusieurs quartiers.

C’est un cas particulièrement utile parce que Paris devrait être le premier endroit saturé si la simple densité suffisait à éliminer les opportunités. Pourtant, le dispositif municipal Paris Med’ continue de subventionner les cabinets groupés et maisons de santé qui pratiquent les tarifs conventionnés.

Entre 2015 et 2023, Paris Med’ a accompagné 18 cabinets de groupe, 22 maisons de santé pluriprofessionnelles et cinq centres de santé, soit près de 300 professionnels installés. Le programme a ensuite été étendu à toute la capitale.

Plus récemment, la Ville proposait un local neuf d’environ 300 m² près de Gare de Lyon pour accueillir jusqu’à une dizaine de praticiens, ainsi qu’un autre espace proche de 293 m² dans le nord du 18e arrondissement destiné à un nouvel équipement de santé.

Même dans l’une des villes les plus médicalisées de France, la mairie continue donc à réserver des locaux, financer des travaux et rechercher des équipes. La demande insatisfaite se concentre simplement dans certains quartiers, certains tarifs et certaines disciplines.

Les patients trouvent-ils facilement un médecin généraliste en ville ?

Les généralistes restent suffisamment chargés pour qu’une nouvelle offre de médecine de proximité puisse encore remplir ses agendas dans beaucoup de zones urbaines.

La DREES a montré que 65 % des généralistes interrogés étaient amenés à refuser de nouveaux patients comme médecin traitant, contre 53 % quelques années plus tôt. Près de huit sur dix jugeaient également l’offre de médecine générale insuffisante dans leur propre territoire.

Cette enquête commence à dater, donc il faut la confronter aux données plus fraîches de l’Assurance Maladie. Celles-ci montrent une amélioration chez les patients atteints d’une affection longue durée : la part sans médecin traitant est passée de 5,6 % à 4,3 %. Elle n’a toutefois plus reculé sur la dernière année observée, alors que la population en ALD continue de croître.

L’activité des généralistes confirme la pression. Un médecin traitant suit en moyenne 1 033 patients et la file active d’un médecin libéral atteint 1 992 personnes distinctes sur l’année.

La médecine générale urbaine n’est donc pas un marché où les médecins cherchent collectivement à remplir des agendas vides. La situation varie beaucoup entre quartiers, bien sûr, mais la demande nationale reste solide.

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Les délais de rendez-vous montrent-ils mieux où une clinique peut encore trouver de la place ?

Oui, les délais de rendez-vous donnent une image beaucoup plus utile de la concurrence réelle qu’un simple comptage des médecins installés.

Les dernières Cartes de France de l’accès aux soins, réalisées par Doctolib avec la Fondation Jean-Jaurès, s’appuient sur plus de 230 millions de consultations. Le délai médian est actuellement de seulement trois jours pour un généraliste, avec 39 % des rendez-vous obtenus en moins de 48 heures.

La situation change brutalement avec certaines spécialités. Il faut 42 jours au médian pour voir un cardiologue et 32 jours pour un dermatologue. Seuls 8 % des rendez-vous de cardiologie et 12 % des rendez-vous de dermatologie sont obtenus en moins de 48 heures.

Ces écarts changent complètement la lecture d’une ville. Dix cardiologues présents dans un secteur avec six semaines d’attente représentent une concurrence bien moins gênante qu’une dizaine de généralistes proposant des créneaux dès le lendemain.

Profession Délai médian Rendez-vous en moins de 48 h
Médecin généraliste 3 jours 39 %
Pédiatre 8 jours 37 %
Dermatologue 32 jours 12 %
Cardiologue 42 jours 8 %

Quelles spécialités manquent encore le plus dans les villes ?

La cardiologie et la dermatologie offrent aujourd’hui les signaux de tension les plus nets parmi les grandes spécialités ambulatoires suivies, mais leur intérêt économique dépend fortement de la ville et du modèle de clinique.

Le délai médian de 42 jours en cardiologie place cette spécialité en tête des délais mesurés par Doctolib. Plus de huit rendez-vous sur dix dépassent une semaine. Dans près de la moitié des départements étudiés, le délai se situe entre 31 et 60 jours, et certains dépassent trois mois.

La dermatologie arrive juste derrière avec 32 jours. Son délai a légèrement baissé par rapport à deux ans auparavant, ce qui mérite d’être relevé : la tension reste forte, mais elle ne s’aggrave pas partout.

La psychiatrie et la gynécologie connaissent aussi des délais nettement supérieurs au premier recours. Leur économie est cependant différente. La psychiatrie demande relativement peu d’équipement mais consomme beaucoup de temps médical par consultation. La cardiologie permet davantage d’examens techniques mais demande du matériel, des locaux adaptés et parfois une connexion forte avec l’hôpital. La dermatologie peut combiner consultations et actes.

Pour une clinique, la spécialité intéressante est celle où une demande mal servie rencontre un praticien recrutable et une bonne productivité du cabinet. Un long délai national, pris seul, ne suffit pas. Sur le papier, la cardiologie peut paraître parfaite ; sans cardiologue à recruter, elle ne vaut évidemment pas grand-chose pour le projet.

Dans quelles activités médicales la concurrence urbaine est-elle déjà devenue forte ?

L’ophtalmologie et le dentaire montrent que certaines activités urbaines sont devenues beaucoup plus compétitives et qu’ajouter une structure généraliste de plus peut réellement être difficile.

L’ophtalmologie est particulièrement instructive. Les dernières données Doctolib placent son délai médian autour de 21 jours, bien derrière la cardiologie et la dermatologie. Surtout, la filière a réussi à réduire fortement les délais grâce au travail aidé et au partage de certaines tâches avec les orthoptistes.

L’augmentation de capacité est donc venue en partie d’une meilleure organisation, ce qui change la concurrence pour un nouvel entrant. Un projet construit à partir de l’ancienne réputation de l’ophtalmologie comme spécialité presque inaccessible risquerait aujourd’hui de surestimer la pénurie.

Le dentaire présente un autre cas. L’Île-de-France compte 85 chirurgiens-dentistes pour 100 000 habitants contre 69 en moyenne nationale, et Provence-Alpes-Côte d’Azur en compte 98. Dans certains centres urbains, les cabinets traditionnels côtoient désormais de gros centres dentaires capables de mutualiser accueil, publicité, équipement et amplitude horaire.

Le marché reste ouvert, mais le simple raisonnement « il y aura toujours besoin de dentistes » ne suffit plus pour justifier un nouvel investissement.

Les centres de santé ont-ils déjà envahi les villes françaises ?

Les centres de santé sont devenus une vraie concurrence urbaine, mais leur réseau reste loin d’avoir absorbé toute la demande médicale.

Le ministère de la Santé compte désormais plus de 2 500 centres de santé en France, dont 582 centres pluriprofessionnels. Hors centres de soins infirmiers, ils sont majoritairement urbains.

Le format est directement comparable à celui que beaucoup d’entrepreneurs imaginent lorsqu’ils parlent de « clinique de ville » : professionnels salariés, tiers payant, plusieurs disciplines sous le même toit et parcours coordonné.

Cette offre a d’ailleurs progressé vite. La DREES relevait déjà que l’activité de médecine générale en centre de santé avait plus que doublé en six ans et qu’elle avait contribué à limiter la baisse de l’accessibilité aux généralistes.

Le niveau de concurrence a donc monté. Réunir quatre cabinets dans un joli local avec une prise de rendez-vous en ligne apporte peu de différenciation aujourd’hui. Une nouvelle structure doit généralement battre l’offre existante sur quelque chose de concret : disponibilité, spécialités difficiles d’accès, tarifs, localisation ou parcours beaucoup plus simple.

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Une clinique en secteur 1 peut-elle encore gagner des patients dans une ville riche en spécialistes ?

Oui, une clinique en secteur 1 peut trouver une vraie place même dans une métropole pleine de spécialistes, parce qu’une partie croissante de l’offre spécialisée pratique des dépassements.

Le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie montre que 56 % des spécialistes exercent désormais en secteur 2, contre 37 % en 2000. Parmi les jeunes spécialistes qui s’installent, environ trois sur quatre choisissent le secteur 2.

Les dépassements d’honoraires des spécialistes ont atteint 4,3 milliards d’euros en 2024. Depuis 2019, leur montant augmente d’environ 5 % par an en valeur réelle, donc après correction de l’inflation.

Ces chiffres créent un angle intéressant pour une nouvelle clinique. Une zone peut disposer de nombreux dermatologues, gynécologues ou autres spécialistes tout en offrant peu de rendez-vous rapides à tarif opposable.

La concurrence économique dépend donc beaucoup du segment. Pour un patient qui veut consulter sans dépassement, dix spécialistes autour de lui peuvent représenter une offre beaucoup plus limitée qu’il n’y paraît sur une carte.

Ouvrir le soir ou le samedi suffit-il pour différencier une clinique de ville ?

Non, des horaires étendus ne valent quelque chose que lorsqu’ils correspondent à des créneaux où les patients ont réellement du mal à se faire soigner.

La médecine générale fournit un bon exemple. Avec un délai médian autour de trois jours et 39 % des rendez-vous obtenus en moins de 48 heures, promettre simplement « un rendez-vous rapide » n’a rien d’exceptionnel dans les quartiers bien pourvus.

Les créneaux avant le travail, après 18 heures ou le samedi peuvent en revanche avoir beaucoup plus de valeur autour d’une gare, d’un quartier tertiaire, d’un campus ou d’une zone résidentielle où les cabinets voisins ferment tôt.

Le piège économique apparaît vite avec des médecins salariés. Chaque heure supplémentaire demande du temps médical, de l’accueil et une partie des frais de structure. Une amplitude spectaculaire avec des salles à moitié vides peut détériorer les comptes plus rapidement qu’elle ne gagne des patients.

Nous testerions donc les créneaux indisponibles chez les concurrents avant de construire l’amplitude horaire. Le bon horaire est celui qui se remplit. Le reste coûte juste plus cher.

Le vieillissement de la population va-t-il maintenir la demande médicale en ville ?

Oui, le vieillissement et les maladies chroniques devraient continuer à pousser la demande de soins, même pendant que le nombre de médecins remonte.

L’Assurance Maladie compte près de trois millions de patients supplémentaires en affection longue durée sur dix ans. Sur la seule dernière année disponible, la population en ALD a encore augmenté de 2,6 %.

Cette croissance touche précisément les patients qui ont besoin de soins réguliers : consultations de médecine générale, cardiologie, diabétologie, oncologie, suivi biologique, soins infirmiers et coordination entre plusieurs praticiens.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le rebond démographique des médecins ne fait pas disparaître automatiquement la tension. La population totale progresse lentement, mais le nombre de personnes ayant besoin de plusieurs contacts médicaux dans l’année augmente beaucoup plus vite.

Pour une clinique urbaine orientée vers le suivi chronique, la profondeur du marché peut donc continuer à progresser alors même que davantage de médecins arrivent.

Le plus gros risque d’une clinique urbaine est-il maintenant de trouver des médecins plutôt que des patients ?

Souvent oui : pour beaucoup de projets de clinique en ville, recruter les praticiens devient plus difficile que remplir leurs agendas.

Les pouvoirs publics continuent d’ailleurs à déployer des aides précisément pour attirer les médecins là où ils manquent. Selon le dernier Observatoire de l’accès aux soins de l’Assurance Maladie, 891 généralistes se sont installés dans les zones d’intervention prioritaires en un an, soit près de 300 de plus que l’année précédente et une hausse proche de 45 %.

Paris, malgré son énorme densité médicale, propose de son côté une aide à la recherche de locaux, des subventions d’équipement et de travaux, ainsi qu’une mise en relation entre structures et professionnels. La Ville indique également que de nombreux cabinets et maisons de santé cherchent encore à compléter leurs équipes.

Pour un entrepreneur, ce problème change l’ordre des opérations. Un local de 400 m² avec dix salles paraît séduisant sur Excel, mais chaque cabinet vide continue de coûter du loyer, des travaux, du logiciel et du personnel d’accueil.

Un projet devient beaucoup plus solide dès que plusieurs praticiens clés sont sécurisés avant de dimensionner définitivement les locaux. Signer le grand local d’abord et chercher les médecins ensuite, c’est prendre le problème à l’envers.

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Faut-il choisir d’abord la ville, le quartier ou les spécialités de la clinique ?

Le quartier et les spécialités doivent être choisis ensemble, car le marché d’une clinique urbaine peut changer complètement en quelques stations de métro.

Un patient accepte volontiers de traverser une agglomération pour un spécialiste rare ou une intervention précise. Pour un renouvellement, une consultation de médecine générale ou un suivi fréquent, la proximité pèse beaucoup plus lourd.

Chaque spécialité a donc son propre rayon de concurrence. Une clinique généraliste peut dépendre surtout des habitants et salariés situés à dix ou quinze minutes. Un dermatologue très demandé peut attirer une patientèle venant de toute la ville. Une expertise médicale rare peut aller encore plus loin.

La démographie locale change aussi l’équation. Un quartier rempli de jeunes familles crée davantage de besoins en médecine générale, pédiatrie et santé des femmes. Un secteur vieillissant augmente les besoins de suivi chronique. Un grand quartier de bureaux valorise particulièrement la rapidité et les horaires décalés.

La meilleure recherche ne consiste donc pas à trouver « la grande ville avec le moins de médecins ». Nous chercherions plutôt un bassin de vie assez dense où un problème d’accès précis revient semaine après semaine.

Comment savoir si un quartier est déjà saturé avant d’y ouvrir une clinique ?

Un quartier mérite d’être considéré comme saturé lorsque les patients disposent déjà de beaucoup de créneaux rapides, chez des praticiens qui acceptent les nouveaux patients, aux tarifs et horaires que la future clinique veut proposer.

C’est là qu’il faut aller plus loin que Google Maps. La DREES elle-même utilise l’accessibilité potentielle localisée plutôt qu’une simple densité médicale. Son indicateur tient compte de l’activité réelle des professionnels, de la distance et des besoins de la population.

Le résultat national montre à quel point cela change le diagnostic. Les 10 % de Français les mieux servis disposent de 5,7 consultations de généraliste accessibles par habitant standardisé, contre seulement 1,3 pour les 10 % les moins bien servis. L’écart atteint 4,3 fois. Pour les chirurgiens-dentistes, il monte à 7,9 fois.

Pour une étude d’implantation, nous reproduirions cette logique à petite échelle. Il faut suivre pendant plusieurs semaines les prochains créneaux proposés par les concurrents, voir lesquels acceptent de nouveaux patients, relever leur secteur conventionnel, leurs horaires et les spécialités présentes. Ensuite, nous comparerions cette capacité avec la population réellement accessible en dix, quinze ou vingt minutes selon le type de soin.

Un quartier rempli de plaques médicales mais où les dermatologues proposent leur prochain rendez-vous dans cinq semaines reste intéressant pour une offre dermatologique. À l’inverse, un secteur avec moins de médecins sur la carte peut être mauvais si plusieurs centres modernes disposent chaque jour de créneaux libres.

Alors, y a-t-il déjà trop d’offre médicale dans les villes françaises ?

Non, les villes françaises n’ont pas globalement trop d’offre médicale aujourd’hui, mais certains quartiers et certaines spécialités sont déjà assez concurrentiels pour rendre une clinique indifférenciée difficile à rentabiliser.

Les données les plus récentes donnent une image assez cohérente. Le nombre de médecins progresse de 1,9 %, ce qui constitue un vrai changement de tendance. Pourtant, l’accessibilité aux généralistes a encore reculé de 1,1 %. L’écart d’accès entre les territoires reste supérieur à quatre contre un. La cardiologie affiche encore 42 jours de délai médian et la dermatologie 32 jours. Pendant ce temps, la population en affection longue durée continue d’augmenter de plus de 2 % par an.

La concurrence progresse tout de même dans plusieurs poches du marché. L’ophtalmologie a fortement gagné en capacité grâce au travail aidé. Les dentistes sont très nombreux dans certaines métropoles. Plus de 2 500 centres de santé sont désormais ouverts en France et l’offre spécialisée est extrêmement dense dans quelques grandes régions.

Le projet banal est donc beaucoup moins séduisant qu’autrefois. Une clinique qui aligne les mêmes médecins, les mêmes horaires et la même expérience patient que les structures voisines peut parfaitement arriver trop tard.

En revanche, les données ne montrent aucune saturation générale de la médecine urbaine. Elles montrent une mosaïque de micro-marchés. Un quartier peut avoir assez de généralistes mais manquer de cardiologues. Un autre peut compter beaucoup de spécialistes mais très peu de secteur 1. Ailleurs, les praticiens sont nombreux mais les prochains créneaux restent à plusieurs semaines.

Pour créer une clinique en ville, nous chercherions donc une pénurie très précise plutôt qu’une pénurie médicale générale. C’est actuellement là que se trouvent les meilleures ouvertures : une spécialité, un tarif, un horaire ou un quartier où les patients continuent concrètement à attendre.

SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Cette analyse cherche à déterminer si l’offre médicale est déjà trop abondante dans les villes françaises pour qu’une nouvelle clinique puisse encore trouver sa place. Nous avons décomposé la question en plusieurs dimensions qui comptent concrètement pour un projet entrepreneurial : profondeur de l’offre, accessibilité réelle, spécialités, concurrence locale, niveau tarifaire, évolution de la demande et capacité à recruter les praticiens nécessaires.

Pour chaque dimension, nous avons recherché les données les plus récentes disponibles et privilégié les sources institutionnelles, les données administratives et les grandes bases directement issues de l’activité médicale. L’objectif n’était pas de trouver un chiffre capable de répondre seul à la question, mais de vérifier si plusieurs indicateurs indépendants racontaient la même histoire ou faisaient apparaître des différences importantes entre territoires et spécialités.

Nous avons distingué le nombre de médecins de la capacité médicale réellement accessible. Une forte densité peut coexister avec des délais élevés, peu de nouveaux patients acceptés ou une offre concentrée sur certains tarifs. Nous avons donc donné davantage de poids aux données sur les délais, l’activité, l’acceptation des patients et les secteurs conventionnels lorsqu’elles permettaient d’aller plus loin que les simples effectifs.

Nous avons également croisé plusieurs échelles. Les données nationales servent à identifier les grandes tendances ; les données régionales et les exemples urbains permettent ensuite de vérifier comment elles se traduisent localement. Un indicateur plus ancien n’a été conservé que lorsqu’il apportait une information encore utile et pouvait être confronté à des données plus récentes.

La conclusion vient de cette agrégation point par point. Nous ne classons donc pas une ville entière comme « saturée » ou « en pénurie ». Pour un entrepreneur, la question utile est plus précise : dans ce bassin de patients, pour cette spécialité, à ce niveau de tarif et avec cette disponibilité, existe-t-il encore une demande que l’offre actuelle absorbe mal ?

Les principales sources utilisées sont le Conseil national de l’Ordre des médecins pour la démographie médicale, la DREES pour l’accessibilité potentielle localisée et l’accès aux soins de premier recours, l’Insee pour les densités régionales de professionnels de santé, la Ville de Paris pour le dispositif Paris Med’ et les implantations recherchées, l’Assurance Maladie pour l’accès au médecin traitant, les ALD et l’activité des généralistes, les Cartes de France de l’accès aux soins de Doctolib et de la Fondation Jean-Jaurès pour les délais de rendez-vous par spécialité, le ministère de la Santé pour les centres de santé, et le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie pour le secteur 2 et les dépassements d’honoraires.

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