Épicerie : quel coefficient multiplicateur aujourd'hui ?

Dernière mise à jour: 15 Septembre 2026

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EN RÉSUMÉ

Épicerie : quel coefficient multiplicateur aujourd'hui ? Pour une épicerie généraliste en France, un coefficient moyen autour de 1,50 sur l'alimentaire à 5,5 % de TVA est une base crédible, avec un objectif d'environ 29 à 32 % de marge commerciale sur le chiffre d'affaires HT.

Un coefficient de 1,50 ne signifie surtout pas 50 % de marge. Sur un produit taxé à 5,5 %, il correspond à environ 29,7 % de marge commerciale, ce qui change complètement la lecture d'un business plan.

La TVA compte beaucoup plus qu'on ne le pense dans cette mécanique. Appliquer 1,50 partout donne environ 29,7 % de marge à 5,5 % de TVA, mais seulement 20 % sur un produit à 20 %.

Les comptes réels du secteur montrent aussi pourquoi il faut distinguer marge commerciale et bénéfice. Les références Cerfrance placent l'alimentation générale autour de 29,5 % de marge commerciale, mais seulement 7,7 % d'EBE et 5,8 % de résultat courant.

Une petite épicerie n'a donc pas intérêt à chercher la même marge sur tout. Quelques produits très connus servent surtout à construire l'image-prix du magasin, tandis que le local, l'artisanal, le rare ou l'exclusif peuvent supporter des coefficients nettement plus élevés.

Le frais mérite un traitement à part. Une marge affichée à 35 % peut devenir médiocre après la casse, les dates courtes et les remises, alors qu'un produit sec à 27 % peut finalement rapporter davantage.

Les promotions coûtent également beaucoup plus cher qu'elles n'en ont l'air. Avec 30 % de marge commerciale, une remise de 10 % fait disparaître un tiers de la marge en euros ; une remise de 15 % en détruit la moitié.

Quelques points de marge peuvent changer tout le modèle économique. Passer de 30 % à 25 % oblige à réaliser 20 % de chiffre d'affaires supplémentaire pour conserver exactement le même montant de marge commerciale.

Le contexte du commerce de proximité reste plutôt encourageant : les petites surfaces alimentaires ont progressé de 5 % en volume sur le dernier exercice disponible. Cela ne donne pas le droit d'être cher partout, mais montre que les clients continuent à payer pour la proximité, le dépannage et un assortiment pertinent.

Une épicerie fine ou très différenciée peut viser davantage, autour de 1,60 à 1,70 de moyenne dans certains cas. À 1,80 sur tout le magasin, l'hypothèse devient déjà exigeante : il faut une vraie différenciation, une bonne rotation des stocks et une clientèle peu sensible à la comparaison de prix.

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Quel coefficient multiplicateur viser aujourd’hui dans une épicerie ?

Pour une épicerie généraliste en France, nous viserions aujourd’hui autour de 1,50 en moyenne sur les produits alimentaires à 5,5 % de TVA, avec une vraie plage allant d’environ 1,30 à plus de 2 selon les références.

Ce repère colle assez bien aux comptes réels du secteur. Dans les dernières références nationales Cerfrance disponibles, une alimentation générale réalise 551 556 € de chiffre d’affaires HT avec 2,93 unités de main-d’œuvre et 55 473 € de marge par unité de main-d’œuvre. Nous arrivons donc à environ 162 500 € de marge commerciale, soit 29,5 % du chiffre d’affaires.

Sur un produit soumis à 5,5 % de TVA, 29,5 % de marge commerciale correspond à un coefficient TTC proche de 1,50. C’est une bonne base pour construire un prévisionnel d’épicerie classique.

En pratique, garder 1,50 sur tous les produits serait trop simpliste. Certaines références très comparées devront descendre vers 1,30 ou 1,35. D’autres, locales, artisanales ou beaucoup moins comparables, peuvent supporter 1,70, 1,80 voire 2.

Marge commerciale sur le CA HT Coefficient à TVA 5,5 % Coefficient à TVA 10 % Coefficient à TVA 20 %
15 % 1,24 1,29 1,41
20 % 1,32 1,38 1,50
25 % 1,41 1,47 1,60
30 % 1,51 1,57 1,71
35 % 1,62 1,69 1,85
40 % 1,76 1,83 2,00
45 % 1,92 2,00 2,18
50 % 2,11 2,20 2,40

Un coefficient de 1,50 veut-il dire 50 % de marge en épicerie ?

Non : avec un coefficient multiplicateur de 1,50 sur un aliment taxé à 5,5 %, l’épicerie réalise environ 29,7 % de marge commerciale, pas 50 %.

Prenons un produit acheté 10 € HT. Avec un coefficient de 1,50, son prix de vente est de 15 € TTC. Une fois la TVA de 5,5 % retirée, le magasin réalise 14,22 € de chiffre d’affaires HT. Sa marge commerciale est donc de 4,22 €.

Nous obtenons 4,22 / 14,22 = 29,7 %.

Même un coefficient de 2 ne donne pas 100 % de marge. Un produit acheté 10 € HT et vendu 20 € TTC génère 18,96 € de chiffre d’affaires HT à 5,5 % de TVA. La marge atteint 8,96 €, soit 47,3 % du prix de vente HT.

Cette confusion peut sérieusement fausser un business plan. Pour savoir si une épicerie pourra payer son loyer, ses salariés et son dirigeant, nous regardons surtout la marge commerciale en pourcentage du chiffre d’affaires HT et en euros, puis ce qu’il en reste après les charges.

Pourquoi le même coefficient ne donne-t-il pas la même marge selon la TVA ?

Un coefficient de 1,50 peut donner environ 29,7 % de marge sur un aliment à 5,5 % de TVA et seulement 20 % sur un produit taxé à 20 %.

La raison tient à la façon dont le coefficient multiplicateur est généralement calculé : prix de vente TTC divisé par prix d’achat HT. La TVA est donc incluse d’un côté du calcul.

Bercy rappelle que la plupart des denrées alimentaires sont soumises au taux réduit de 5,5 %, tandis que les boissons alcoolisées relèvent du taux de 20 %. La restauration et certaines ventes destinées à une consommation immédiate peuvent relever de règles différentes.

Pour obtenir 30 % de marge commerciale, nous avons besoin d’un coefficient d’environ 1,51 à 5,5 % de TVA, 1,57 à 10 % et 1,71 à 20 %.

Une épicerie qui applique mécaniquement « 1,5 partout » produit donc des niveaux de marge très différents selon son assortiment. Il est plus propre de partir du taux de marge voulu pour chaque famille de produits, puis de calculer le coefficient correspondant.

Quelle marge commerciale une épicerie française réalise-t-elle vraiment aujourd’hui ?

Les dernières références nationales Cerfrance placent l’alimentation générale autour de 29,5 % de marge commerciale, avec un résultat final qui reste beaucoup plus bas.

Les chiffres 2024 sont assez parlants. Le commerce moyen étudié réalise 551 556 € HT de chiffre d’affaires, contre 521 136 € un an plus tôt. Le chiffre d’affaires progresse donc d’environ 6 %.

La marge commerciale augmente également. En multipliant les 55 473 € de marge par unité de main-d’œuvre par les 2,93 unités de main-d’œuvre du commerce moyen, nous obtenons environ 162 500 €, soit 29,5 % du CA. Un an auparavant, le calcul donnait environ 28,9 %.

Pourtant, l’EBE atteint seulement 42 721 €, soit 7,7 % du CA, et le résultat courant 31 895 €, soit 5,8 %.

C’est l’ordre de grandeur à garder en tête. Sur 100 € de ventes HT, une épicerie peut récupérer près de 30 € après l’achat des marchandises et finir avec seulement quelques euros de résultat courant une fois le personnel, le local, l’énergie, les assurances et les autres dépenses absorbés.

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Une petite épicerie peut-elle vendre aux mêmes prix qu’un supermarché ?

Sur tout le magasin, non : une petite épicerie qui essaie aujourd’hui de suivre les grandes surfaces sur chaque prix risque surtout d’écraser sa propre marge.

Le rapport récent du Sénat sur les marges alimentaires donne une bonne idée de la puissance de la grande distribution. Les experts auditionnés estiment qu’environ 1 500 produits particulièrement connus et faciles à comparer peuvent être vendus avec des marges extrêmement faibles. Les enseignes récupèrent ensuite davantage de marge ailleurs.

La péréquation se fait aussi entre rayons. Les données de l’Observatoire de la formation des prix et des marges montrent des marges nettes positives d’environ 5,9 % pour la volaille, 5,5 % pour la charcuterie, 1,1 % pour les produits laitiers et 0,9 % pour les fruits et légumes frais, tandis que la marée est à -5,8 %. La boucherie et la boulangerie-pâtisserie peuvent également finir dans le rouge après leurs charges.

Une petite épicerie peut reprendre cette logique à son échelle. Le lait, les pâtes, le beurre, une bouteille de Coca-Cola ou quelques grandes marques très connues donnent au client une impression générale du niveau de prix. Nous serrerions la marge sur ces références.

Un fromage local, une sauce artisanale, une bière difficile à trouver ailleurs ou un produit importé très spécifique laisse beaucoup plus de liberté. Le bon mix consiste à rester crédible sur les produits que le client connaît par cœur et à gagner davantage là où la comparaison devient moins immédiate.

Faut-il appliquer un coefficient différent à chaque famille de produits ?

Oui, une épicerie bien pilotée aura aujourd’hui plusieurs niveaux de coefficient : autour de 1,30 sur certains produits d’appel et parfois 1,80 à 2 ou davantage sur les références les plus différenciées.

Nous pouvons partir directement de la marge recherchée. À 5,5 % de TVA, 20 % de marge commerciale donne environ 1,32 de coefficient. Pour 25 %, nous arrivons à 1,41. À 30 %, environ 1,51. À 35 %, 1,62. À 40 %, 1,76.

Cela permet de construire une grille beaucoup plus crédible qu’un coefficient uniforme.

Les produits de grande marque très connus restent plutôt dans le bas de la fourchette. L’épicerie sèche standard peut porter davantage de marge. Les produits locaux, artisanaux ou exclusifs montent encore d’un cran si le positionnement du magasin le permet.

Le commerce alimentaire fonctionne déjà comme cela à grande échelle. Dans les données de FranceAgriMer, la marge brute des sept grands rayons étudiés en GMS était proche de 29 % du chiffre d’affaires au total, mais elle allait d’environ 23 % pour les produits laitiers à plus de 50 % pour la boulangerie-pâtisserie avant prise en compte des charges propres à chaque rayon.

Type de produit en épicerie Marge commerciale de travail Coefficient indicatif à TVA 5,5 % Rôle dans le magasin
Produit d’appel très connu 15-20 % 1,24-1,32 Image-prix
Grande marque courante 20-25 % 1,32-1,41 Produit très comparable
Épicerie sèche standard 25-30 % 1,41-1,51 Cœur de gamme
Produit local 30-35 % 1,51-1,62 Comparaison plus difficile
Produit artisanal premium 35-40 % 1,62-1,76 Forte valeur perçue
Produit spécialisé ou rare 40-45 % 1,76-1,92 Faible comparaison
Produit cadeau ou très exclusif 45-50 % 1,92-2,11 Forte différenciation
Produit frais avec beaucoup de casse À recalculer après pertes Variable La marge affichée peut tromper

Le frais doit-il avoir un coefficient plus élevé dans une épicerie ?

Souvent oui : un rayon frais a besoin de plus de marge brute dès qu’il génère davantage de casse, de manipulation ou de temps de travail.

Les données de grande distribution montrent bien le piège. Selon l’Observatoire des prix et des marges, la marge brute des fruits et légumes atteignait 29,6 % du chiffre d’affaires dans les comptes détaillés par rayon, un niveau très proche des 29,4 % de la volaille.

Le résultat final n’a pourtant rien à voir. Le rapport récent du Sénat retient environ 0,9 % de marge nette pour les fruits et légumes frais, contre 5,9 % pour la volaille. La différence vient notamment de la casse, de la manipulation et des coûts liés au rayon.

L’ADEME estime par ailleurs que la distribution représente 12 % du gaspillage alimentaire français, soit environ 494 000 tonnes sur les 4,3 millions de tonnes de nourriture encore comestible jetées chaque année. Cela ne veut évidemment pas dire qu’une épicerie jette 12 % de son stock. Le chiffre montre surtout que l’invendu reste un vrai sujet économique à ce stade de la chaîne.

Pour fixer le prix du frais, nous regarderions donc la marge réellement obtenue après invendus, promotions de fin de journée et démarque. Un rayon affiché à 35 % de marge peut finir moins intéressant qu’un rayon sec à 27 % si une partie importante des marchandises disparaît avant la caisse.

Combien coûte réellement 5 % de casse dans une épicerie ?

Avec 5 % de marchandises perdues, une épicerie doit augmenter d’environ 5,3 % la recette obtenue sur les produits effectivement vendus simplement pour récupérer son coût d’achat initial.

Prenons 1 000 € de marchandises. Si 5 % deviennent invendables, il ne reste que 950 € de stock commercialisable.

Pour récupérer les 1 000 € dépensés grâce à ces 950 € de marchandises restantes, il faut déjà réaliser 1 000 / 950 = 1,0526 fois leur valeur. Nous avons donc besoin de 5,3 % supplémentaires avant même de commencer à payer le loyer, les salaires ou l’électricité.

À 10 % de perte, le rattrapage monte à 11,1 %. À 15 %, il atteint 17,6 %.

Cette mécanique explique pourquoi le rayon frais peut donner une impression trompeuse lorsqu’on regarde uniquement le coefficient appliqué au prix d’achat. Nous devons suivre la marge après casse, démarque inconnue, dates courtes et remises, idéalement famille par famille.

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Une promotion de 10 % fait-elle vraiment peu de dégâts sur la marge ?

Sur un produit qui dégage 30 % de marge commerciale, une remise de seulement 10 % fait disparaître un tiers de la marge en euros.

Prenons un produit acheté 7 € HT et vendu 10 € HT. Le magasin gagne 3 €, soit 30 % de marge commerciale.

À -10 %, le prix tombe à 9 € et la marge à 2 €. Nous avons perdu 1 € sur les 3 € de marge initiale, donc 33 %.

Une remise de 15 % divise la marge par deux. À -20 %, il ne reste plus qu’un euro sur les trois. À -30 %, le magasin vend exactement au coût d’achat.

Cela ne rend pas les promotions inutiles. Sur un produit frais qui sera perdu demain, vendre avec une marge réduite peut être beaucoup plus intéressant que jeter. En revanche, une politique permanente de -10 % ou -20 % demande énormément de volume supplémentaire pour être compensée.

Remise Prix de vente HT Marge en € Part de la marge initiale perdue
0 % 10,00 € 3,00 € 0 %
5 % 9,50 € 2,50 € 17 %
10 % 9,00 € 2,00 € 33 %
15 % 8,50 € 1,50 € 50 %
20 % 8,00 € 1,00 € 67 %
25 % 7,50 € 0,50 € 83 %
30 % 7,00 € 0,00 € 100 %

Les épiceries de proximité arrivent-elles encore à vendre malgré des prix plus élevés ?

Oui, et les données les plus récentes sont même plutôt bonnes pour les petites surfaces alimentaires : leurs ventes en volume ont progressé de 5 % sur le dernier exercice disponible après +4,9 % l’année précédente.

L’Insee évalue désormais leurs ventes à 24,3 milliards d’euros HT. Les petites surfaces d’alimentation générale et magasins de surgelés représentent 8,7 % du commerce alimentaire français hors tabac.

La comparaison avec les grandes surfaces est frappante. Sur la même période, les ventes en volume des grandes surfaces alimentaires ont progressé de seulement 0,7 %. Les hypermarchés ont encore reculé de 0,6 %, pour la quatrième année de suite, alors que les supermarchés ont augmenté de 2,2 %.

Le commerce de proximité a donc retrouvé une vraie dynamique. L’Insee évoque explicitement un attrait renouvelé pour la proximité.

Cela ne donne pas un blanc-seing pour monter tous les prix. Cerfrance constate toujours une forte sensibilité des ménages aux prix alimentaires. La clientèle accepte plus facilement une prime lorsqu’elle paie aussi la proximité, des horaires pratiques, un assortiment différent, du local, du dépannage ou un vrai gain de temps.

Nous protégerions donc l’image-prix sur une petite sélection de références très visibles et chercherions la marge supplémentaire ailleurs.

Une épicerie fine ou très locale peut-elle viser 1,70 ou 1,80 de coefficient moyen ?

Oui, un coefficient moyen autour de 1,70 peut fonctionner dans une épicerie fine très différenciée, alors que 1,80 sur l’ensemble du magasin devient déjà une hypothèse exigeante.

Sur des produits à 5,5 % de TVA, 1,70 correspond à environ 37,9 % de marge commerciale. Avec 1,80, nous arrivons à 41,4 %. Un coefficient de 2 produit environ 47,3 %.

Ces niveaux sont beaucoup plus faciles à défendre lorsque le client achète un produit artisanal, régional, importé, rare ou exclusif. Il connaît moins bien son prix de référence et vient souvent précisément pour cette sélection.

Le bio seul offre aujourd’hui moins de protection qu’il y a quelques années. Cerfrance souligne encore les arbitrages budgétaires sur le bio, la viande, le poisson ou certains fruits et légumes. Mettre une étiquette « premium » sur un produit que le client retrouve facilement ailleurs ne suffit plus.

Pour une épicerie fine, nous regarderions aussi la rotation du stock. Un produit à 45 % de marge vendu trois fois par an peut immobiliser davantage de trésorerie qu’un produit à 28 % renouvelé tous les quinze jours. Le meilleur assortiment combine marge unitaire et vitesse de vente.

Combien de chiffre d’affaires faut-il pour compenser une marge trop faible ?

Passer de 30 % à 25 % de marge commerciale oblige une épicerie à faire 20 % de chiffre d’affaires supplémentaire pour conserver exactement le même montant de marge brute.

Supposons que le magasin ait besoin de 150 000 € de marge commerciale annuelle pour couvrir ses charges.

Avec 30 % de marge, 500 000 € de chiffre d’affaires HT suffisent. Avec 25 %, il faut 600 000 €. Cinq petits points de marge en moins créent donc 100 000 € de ventes supplémentaires à aller chercher.

À 20 % de marge, il faudrait même 750 000 € de CA. À 35 %, environ 429 000 € suffiraient. À 40 %, 375 000 €.

Cette différence explique pourquoi une stratégie « nous serons moins chers et nous ferons plus de volume » doit être chiffrée très sérieusement. Si baisser les prix de cinq points de marge exige 20 % de ventes supplémentaires, il faut vérifier que la zone de chalandise peut réellement fournir ces clients et que ce volume ne déclenchera pas de nouveaux coûts de personnel ou de stockage.

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Augmenter le coefficient augmente-t-il toujours les bénéfices d’une épicerie ?

Non, puisque la hausse du coefficient devient contre-productive dès que la baisse des ventes coûte plus de marge que l’augmentation du prix n’en rapporte.

Prenons encore un produit acheté 7 € HT. Vendu 10 €, il rapporte 3 € de marge par unité. Avec 1 000 ventes, nous gagnons 3 000 € de marge brute.

À 11 €, la marge passe à 4 €. Même si les ventes tombent à 800 unités, le magasin génère encore 3 200 €. La hausse de prix fonctionne.

À 700 unités, nous retombons à 2 800 €. Le taux de marge est meilleur mais le rayon gagne moins d’argent.

C’est exactement pour cela qu’un coefficient unique fonctionne mal en alimentaire. La sensibilité au prix varie énormément d’un produit à l’autre. Nous pouvons souvent augmenter davantage une référence locale ou rare sans perdre beaucoup de volume, alors que quelques dizaines de centimes sur un produit très connu peuvent suffire à donner une impression de magasin cher.

Le vrai travail de tarification consiste à trouver où le client regarde le prix et où il regarde surtout le produit.

Quel taux de marge faut-il mettre dans le business plan d’une nouvelle épicerie ?

Pour une nouvelle épicerie généraliste, nous construirions aujourd’hui le scénario central autour de 29 à 32 % de marge commerciale HT, ce qui équivaut grossièrement à 1,49-1,55 de coefficient sur des produits principalement taxés à 5,5 %.

Cette hypothèse colle aux dernières références Cerfrance : environ 29,5 % de marge commerciale dans l’alimentation générale.

Pour une épicerie davantage différenciée — produits régionaux, épicerie fine, produits du monde, cadeaux ou assortiment artisanal — une hypothèse autour de 33 à 38 % peut être défendable. À 5,5 % de TVA, cela correspond approximativement à des coefficients de 1,57 à 1,70.

Nous testerions également le projet avec deux ou trois points de marge de moins. Une épicerie prévue à 31 % qui devient franchement déficitaire à 28 ou 29 % dispose de très peu de marge d’erreur face aux promotions concurrentes, aux mauvaises négociations fournisseurs ou à la casse.

Les dernières références Cerfrance donnent aussi une bonne idée du résultat final à attendre : 551 556 € de CA HT, 42 721 € d’EBE et 31 895 € de résultat courant pour l’entreprise moyenne observée. La rentabilité existe, mais le coussin reste assez mince.

Alors, quel coefficient multiplicateur faut-il vraiment retenir pour ouvrir une épicerie aujourd’hui ?

Pour une épicerie classique en France, nous retiendrions environ 1,50 comme coefficient moyen de départ sur l’alimentaire à 5,5 % de TVA, puis nous construirions le magasin avec plusieurs coefficients allant grosso modo de 1,30 à 2 selon les produits.

Les comptes actuels du secteur nous ramènent constamment vers la même zone : autour de 30 % de marge commerciale globale. Les dernières références nationales Cerfrance arrivent à environ 29,5 %, tandis que les travaux de FranceAgriMer sur plusieurs grands rayons alimentaires montrent également des marges brutes souvent proches de 25 à 35 % avant leurs charges spécifiques.

Nous garderions les marges les plus basses sur les produits dont le client connaît parfaitement le prix. L’épicerie sèche ordinaire peut se rapprocher de 25 à 30 %. Le local, l’artisanal, le rare et l’exclusif peuvent monter plus haut. Le frais doit intégrer sa casse réelle.

Le contexte actuel rend cette stratégie assez crédible. Selon l’Insee, les petites surfaces alimentaires ont gagné 5 % de ventes en volume sur le dernier exercice disponible après déjà +4,9 % auparavant. Elles pèsent maintenant 24,3 milliards d’euros HT.

Il y a donc encore de la place pour une épicerie de proximité, y compris avec des prix supérieurs à ceux des hypermarchés. Pour en vivre, il faut surtout éviter deux pièges : vouloir battre la grande distribution sur tout le magasin ou, à l’inverse, appliquer 1,8 partout en pensant que la proximité permettra de faire passer n’importe quel prix.

Autour de 1,50 de moyenne pour une épicerie généraliste, avec une vraie modulation référence par référence, nous sommes aujourd’hui beaucoup plus proches de l’économie réelle du métier.

SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Cette analyse cherche à déterminer quel coefficient multiplicateur et quel niveau de marge sont économiquement cohérents aujourd’hui pour ouvrir une épicerie en France. Il n’existe pas de coefficient officiel unique : nous avons donc confronté plusieurs dimensions indépendantes, notamment les comptes réels du secteur, les marges observées selon les produits, la TVA, les pertes, les promotions, la sensibilité au prix et la dynamique récente du commerce alimentaire de proximité.

Nous avons privilégié les données françaises les plus récentes et les plus directement exploitables. Lorsque des publications disponibles en 2026 reposaient sur des exercices 2024 ou 2025, nous avons retenu les dernières données consolidées plutôt que des estimations plus fraîches mais moins robustes.

Les références Cerfrance servent de point d’ancrage pour l’économie réelle d’une alimentation générale : chiffre d’affaires, unités de main-d’œuvre, marge, EBE et résultat courant. Elles permettent notamment de comparer le coefficient théorique avec le niveau de marge effectivement observé dans des commerces existants.

Les données de FranceAgriMer et de l’Observatoire de la formation des prix et des marges servent à comparer les écarts de marge brute, de charges et de marge nette entre les grands rayons alimentaires. Les travaux du Sénat sont utilisés en complément pour comprendre la péréquation pratiquée par la grande distribution et le rôle des références très fortement comparées par les consommateurs.

L’Insee est utilisé pour suivre la dynamique récente des petites surfaces alimentaires, des supermarchés et des hypermarchés. Les règles de TVA viennent du ministère de l’Économie et de Légifrance. Les données de l’ADEME servent à replacer la casse et les invendus dans le contexte plus large du gaspillage alimentaire, sans assimiler les données nationales à un taux de perte propre à une épicerie.

Nous n’avons pas construit le résultat à partir d’une moyenne mécanique de toutes ces sources. Nous avons cherché les ordres de grandeur qui revenaient sous plusieurs angles différents. La zone centrale retenue — autour de 30 % de marge commerciale pour une épicerie généraliste — est surtout intéressante parce qu’elle reste cohérente avec les comptes du secteur, les données de marge par rayon et la mécanique des coefficients selon la TVA.

Les calculs de coefficient, de casse, de remise et de chiffre d’affaires nécessaire servent ensuite de tests de cohérence. Ils traduisent les données sectorielles en conséquences concrètes pour un créateur d’entreprise : combien de marge reste sur une vente, ce que coûte réellement une perte de stock ou combien de volume supplémentaire devient nécessaire lorsque les prix sont baissés.

Enfin, nous distinguons les données observées des hypothèses de pilotage. Les chiffres Cerfrance, Insee ou FranceAgriMer décrivent le marché observé. Les fourchettes de 1,30 à 2 et les scénarios de 29 à 38 % de marge sont des hypothèses de travail construites à partir de ces données, puis adaptées au positionnement du magasin, au niveau de différenciation des produits et au risque de casse.

Les principales sources utilisées sont : Cerfrance — Analyses et perspectives 2026, alimentation générale, Cerfrance — Références économiques 2024-2025, Insee — Activité des formes de vente du commerce de détail, Insee — La consommation des ménages en 2024, FranceAgriMer — Observatoire de la formation des prix et des marges, FranceAgriMer — Rapports au Parlement de l’OFPM, FranceAgriMer — Rapport OFPM 2026, Sénat — Rapport 2026 sur les marges des industriels et de la grande distribution, Sénat — Travaux de la commission d’enquête sur les marges de la grande distribution, ADEME — Déchets et gaspillage alimentaire le long de la chaîne, Ministère de l’Économie — Taux de TVA, Légifrance — Article 278-0 bis du Code général des impôts et Agence BIO — Observatoire national de la consommation bio.

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