Barbershop : le marché est-il saturé ?

Pour un salon de coiffure, combien de clients avant d'en vivre ?
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C'est partiEN RÉSUMÉ
Oui, le marché du barbershop est aujourd’hui proche de la saturation dans beaucoup de zones françaises. Il reste de la place, mais surtout pour un très bon emplacement, une clientèle clairement sous-servie ou une offre qui se distingue vraiment.
Le premier problème vient de la densité de l’offre. La France comptait 111 177 établissements de coiffure en 2024, contre environ 74 000 en 2009, soit une hausse proche de 50 % en quinze ans.
Cette progression continue malgré un marché déjà chargé : 9 823 établissements ont encore été créés en 2024, contre 8 149 fermetures. Le parc a donc encore grossi de 1 674 unités nettes.
Pour un barbershop, la difficulté est encore plus nette parce que la fréquentation masculine recule dans le panel UNEC-Hairnet. Elle baisse pour la troisième année consécutive alors que l’offre, elle, continue d’augmenter.
La barbe ne change pas vraiment l’équation. Elle améliore le panier et l’image du salon, mais seulement 14,1 % des clients du panel réalisaient une prestation barbe ou moustache en 2024, contre 80 % pour la coupe.
Le rebond récent de la coiffure française ne doit pas être lu comme un rebond du barbershop. En 2025, la hausse du chiffre d’affaires et des visites a surtout été portée par la clientèle féminine, tandis que les visites masculines continuaient de baisser.
La saturation devient très concrète quand on regarde les volumes nécessaires. Un salon visant 250 000 € de chiffre d’affaires avec un ticket moyen de 30 € doit trouver environ 28 clients par jour sur 300 jours d’ouverture.
Le vrai risque n’est donc pas seulement d’avoir beaucoup de concurrents autour de soi. C’est d’ouvrir avec un modèle économique qui exige 20, 25 ou 30 clients par jour dans une zone où les salons existants ont déjà des créneaux libres.
Les difficultés de La Barbe de Papa montrent qu’un réseau peut croître très vite, atteindre près de 100 salons et malgré tout se retrouver avec trop de points de vente fragiles. Le nombre d’ouvertures n’est pas une preuve de bonne santé économique.
Le marché reste exploitable, mais il récompense davantage la sélection que le concept lui-même. Aujourd’hui, « coupe homme + barbe + beau décor » est banal ; la vraie question est de savoir pourquoi un client de la zone viendrait précisément chez vous, assez souvent, et à un prix qui permet de remplir le salon.
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Y a-t-il vraiment trop de salons de coiffure en France aujourd’hui ?
Oui, l’offre de coiffure est devenue extrêmement dense en France, et un nouveau barbershop arrive aujourd’hui dans un marché déjà rempli de concurrents.
L’UNEC comptait 111 177 établissements de coiffure en 2024. Cette année-là, 9 823 établissements ont encore été créés, un record et une hausse de 10 % par rapport à l’année précédente, tandis que 8 149 fermaient. Le secteur a donc gagné 1 674 établissements supplémentaires en net.
La trajectoire longue est encore plus parlante. La France comptait environ 74 000 établissements de coiffure en 2009. Nous sommes aujourd’hui au-dessus de 111 000, soit une augmentation proche de 50 % en quinze ans. La population française, évidemment, n’a rien connu de comparable.
Cette croissance ne prouve pas que chaque ville compte trop de barbershops. Elle dit quelque chose de plus utile pour un créateur : il faut désormais prendre des clients à une offre déjà très abondante. Et cette offre continue d’augmenter.
| Indicateur | Niveau |
|---|---|
| Établissements de coiffure en 2009 | ≈ 74 000 |
| Établissements en 2024 | 111 177 |
| Hausse approximative depuis 2009 | ≈ +50 % |
| Créations en 2024 | 9 823 |
| Évolution des créations sur un an | +10 % |
| Fermetures en 2024 | 8 149 |
| Solde net en 2024 | +1 674 |
| Croissance nette du parc en 2024 | +2 % |
Combien y a-t-il vraiment de barbershops en France ?
Personne ne dispose aujourd’hui d’un chiffre national propre et suffisamment fiable des seuls barbershops français.
Le problème vient de la classification administrative. La réglementation française rattache le barbier à la coiffure et lui applique les mêmes grandes règles professionnelles. Nous ne pouvons donc pas prendre une base publique et isoler proprement tous les commerces qui font principalement de la coupe homme et de la barbe. La DGCCRF confirme d’ailleurs que la réglementation applicable au barbier est celle de la coiffure.
Cela rend certains chiffres circulant en ligne assez fragiles. Une enseigne avec « Barber » sur la devanture est facile à compter ; un salon mixte réalisant beaucoup de dégradés hommes, un indépendant en fauteuil, un coiffeur à domicile ou un spécialiste qui trouve ses clients sur Instagram l’est beaucoup moins.
Pour mesurer la saturation d’un projet, mieux vaut donc oublier le fantasme d’un chiffre national parfait. Ce qui compte sera le nombre de professionnels capables de servir le même client dans les dix ou quinze minutes autour du futur local.
Les hommes vont-ils plus souvent chez le coiffeur qu’avant ?
Non. Ces dernières années, la fréquentation masculine recule, et c’est probablement le chiffre le plus gênant pour quelqu’un qui veut ouvrir un barbershop.
Dans le panel UNEC-Hairnet, le nombre de visites hommes par personne active et par jour est descendu à 2,02 en 2025. L’UNEC indique qu’il s’agit de la troisième année consécutive de baisse. Un an auparavant, le niveau était encore de 2,27.
Nous avons donc davantage d’offre alors que la demande masculine, mesurée en nombre de passages, ne suit pas le même chemin. Mauvaise combinaison pour les salons interchangeables.
Il faut rester précis sur ce que nous mesurons : 2,02 n’est évidemment pas le nombre annuel de passages d’un homme chez son coiffeur. Hairnet rapporte l’activité à une personne active travaillant dans les salons de son panel afin de pouvoir comparer les périodes. Ce qui nous intéresse ici est la direction de la courbe. Elle baisse trois années de suite.
Pour un barbershop, quelques semaines supplémentaires entre deux coupes peuvent faire énormément de dégâts. Avec plusieurs milliers de salons en concurrence, une petite baisse de fréquence retire vite beaucoup de rendez-vous du marché.
Est-ce que la barbe peut encore faire décoller un barbershop ?
Pas vraiment : la barbe reste un bon complément de panier, mais elle est beaucoup trop petite pour soutenir seule la plupart des barbershops.
Les données UNEC-Hairnet montrent que seulement 14,1 % des clients du panel avaient réalisé une taille de barbe ou de moustache en 2024. En parallèle, 80 % des clients avaient réalisé une coupe.
Le barbershop français reste donc économiquement très dépendant de la coiffure masculine classique. La barbe ajoute une prestation, augmente parfois le ticket et aide à construire une identité, mais elle n’a pas créé un deuxième marché de la même taille que celui de la coupe.
Cela explique aussi pourquoi tant de concurrents se retrouvent finalement sur le même terrain. Derrière des décors, des marques et des expériences différentes, beaucoup cherchent le même homme qui veut refaire son dégradé toutes les quelques semaines.
Un projet bâti uniquement autour de « coupe + barbe » a aujourd’hui très peu de différenciation. Il faut quelque chose de plus précis : niveau technique supérieur, vitesse, cheveux texturés, service premium, tarifs très compétitifs, horaires étendus ou clientèle locale mal servie.
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La coiffure repart-elle actuellement, et est-ce une bonne nouvelle pour les barbershops ?
La coiffure française repart, mais les barbershops profitent beaucoup moins de ce rebond que les salons tournés vers les femmes.
Le dernier bilan UNEC-Hairnet publié en 2026 montre que le chiffre d’affaires TTC par personne active et par jour a rebondi de 6,5 % en 2025, à 277 €. C’est une vraie amélioration après deux années de recul. Le nombre global de visites a également progressé de 3,14 %.
En regardant sous le capot, le tableau change. Les visites féminines ont augmenté de 11 %, passant de 3,66 à 4,09 par personne active et par jour. Les visites masculines, elles, sont encore descendues à 2,02.
C’est précisément pourquoi un entrepreneur ne doit pas prendre « la coiffure repart » pour « le barbershop repart ». Aujourd’hui, la reprise du secteur est surtout portée par une clientèle qui n’est pas le cœur de cible d’un salon exclusivement masculin.
Pour un barbershop, le dernier baromètre est donc plutôt neutre à négatif. Le secteur général va mieux, mais son segment de clientèle principal reste sous pression.
Combien de clients par jour faut-il pour faire tourner un barbershop ?
Un vrai barbershop avec plusieurs salariés a vite besoin de 20 à 30 clients par jour, parfois davantage, et c’est là que la saturation devient très concrète.
Prenons 250 000 € de chiffre d’affaires annuel, un niveau qui reste raisonnable pour un salon avec plusieurs postes. Sur 300 jours d’ouverture, il faut générer environ 833 € par jour.
Avec un ticket de 30 €, cela représente environ 28 clients quotidiens. À 25 €, il en faut 33. Même avec un ticket à 35 €, nous restons autour de 24 passages par jour.
Les données UNEC donnent justement un bon point de comparaison : la fiche moyenne homme atteignait 28,30 € en 2024, en hausse de 2,83 % sur un an.
C’est beaucoup plus parlant que de dire simplement qu’« il y a de la concurrence ». Ouvrir un salon qui vise 250 000 € signifie trouver environ 8 000 à 10 000 tickets annuels selon son prix moyen. Dans une rue déjà pleine de coiffeurs hommes, ces tickets doivent venir de quelque part.
| CA annuel visé | CA/jour sur 300 jours | Clients/jour à 25 € | Clients/jour à 30 € | Clients/jour à 35 € |
|---|---|---|---|---|
| 120 000 € | 400 € | 16 | 13 | 11 |
| 150 000 € | 500 € | 20 | 17 | 14 |
| 180 000 € | 600 € | 24 | 20 | 17 |
| 200 000 € | 667 € | 27 | 22 | 19 |
| 250 000 € | 833 € | 33 | 28 | 24 |
| 300 000 € | 1 000 € | 40 | 33 | 29 |
| 400 000 € | 1 333 € | 53 | 44 | 38 |
| 500 000 € | 1 667 € | 67 | 56 | 48 |
Est-ce que La Barbe de Papa s’est cassé les dents parce qu’il y avait trop de barbershops ?
En partie, oui : l’histoire de La Barbe de Papa montre très clairement qu’on peut ouvrir beaucoup de barbershops, faire du chiffre d’affaires et malgré tout construire un réseau trop fragile.
La Barbe de Papa était partie très vite. Créé en 2016, le groupe avait approché les 100 salons en 2022. Rien que pendant 2020 et 2021, 58 ouvertures avaient été réalisées. Environ 80 % du réseau était exploité en propre.
Puis la fréquentation a baissé et la rentabilité s’est dégradée. Une procédure collective a été ouverte en 2024. Provalliance a finalement repris 45 des 66 salons succursalistes concernés ainsi que la marque ; 28 de ces salons ont été repris directement et 17 par des franchisés. La Barbe de Papa réalisait encore 15 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé en 2024.
L’histoire est intéressante parce que nous ne parlons pas d’un petit barbier raté dans une mauvaise rue. Nous avons ici un concept national, près de 100 implantations au sommet et des dizaines de millions de passages cumulés.
Une expansion aussi rapide a évidemment créé ses propres risques. Le modèle très succursaliste a aussi pesé dans les difficultés, selon Provalliance. Mais la forte baisse de fréquentation citée au moment de la reprise montre que le problème commercial était réel.
Voilà l’avertissement grandeur nature : le nombre d’ouvertures ne dit presque rien sur la santé économique future des salons.
Les barbershops commencent-ils à fermer davantage ?
La pression s’accentue actuellement, même si les statistiques disponibles regroupent encore la coiffure avec d’autres activités dans les données les plus récentes.
L’Institut Supérieur des Métiers a compté 1 223 défaillances dans la coiffure en 2025. Le chiffre était quasiment stable sur un an, mais il plaçait déjà la coiffure parmi les activités comptant le plus de procédures.
Le début de 2026 est moins rassurant. Selon les données Altares relayées par la Veille nationale de l’artisanat, les défaillances de l’ensemble « coiffure et soins de beauté et corporels » ont augmenté de 14,3 % sur un an au premier trimestre, avec 640 procédures. Au deuxième trimestre, la hausse était toujours de 14,3 %, avec 567 procédures.
Nous ne pouvons pas transformer ces 567 procédures en « 567 barbershops fermés » : la catégorie est beaucoup plus large. Mais la direction récente mérite d’être intégrée à un business plan.
Dans un marché déjà dense, le test devient plus sévère. Un projet moyen peut encore ouvrir ; il a simplement beaucoup moins de marge pour survivre à un mauvais loyer, trois mois creux ou un recrutement raté.
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Pourquoi la concurrence paraît-elle encore plus forte que le nombre de salons ?
Parce qu’une grosse partie de la concurrence masculine ne se voit plus forcément dans une vitrine.
Entre 2011 et 2023, l’UNEC a compté 17 064 salariés de moins dans la coiffure alors que le nombre de micro-entrepreneurs progressait de 222 %, soit 21 546 micro-entreprises supplémentaires. En 2023, les micro-entreprises représentaient environ 28 % des établissements du secteur.
C’est un changement profond du marché. Le barbershop traditionnel doit parfois payer un bail commercial, aménager son local, employer plusieurs personnes, gérer des heures creuses et maintenir une devanture. Un indépendant peut travailler seul, louer un fauteuil, se déplacer ou bâtir sa clientèle principalement sur les réseaux sociaux.
Cette offre diffuse rend le marché plus dur à lire. Un entrepreneur peut compter quatre barbershops autour de son futur local et avoir l’impression que la concurrence reste raisonnable, alors que des dizaines de professionnels captent déjà des clients dans la même zone.
Le nombre de vitrines sous-estime donc facilement la pression réelle.
Est-ce qu’un barbershop low-cost peut encore prendre beaucoup de clients ?
Oui, mais seulement avec beaucoup de volume : baisser les prix dans le barbershop est aujourd’hui une stratégie exigeante, pas un raccourci vers le succès.
La fiche moyenne homme observée par UNEC-Hairnet atteignait 28,30 € en 2024. Un salon qui facture 20 € doit donc gagner environ 40 % de tickets supplémentaires par rapport à un concurrent à 28 € pour générer quasiment le même chiffre d’affaires de prestations.
À 200 000 € de chiffre d’affaires annuel et 300 jours d’ouverture, une fiche à 20 € impose environ 33 clients par jour. À 30 €, nous tombons autour de 22.
Le low-cost fonctionne donc beaucoup mieux lorsque le salon possède un flux naturel énorme, une prestation rapide et des fauteuils occupés presque en continu. Une gare, un quartier étudiant dense ou une artère extrêmement passante peuvent offrir ce type d’économie.
Dans une rue secondaire, le calcul devient nettement moins séduisant. Un tarif bas avec des fauteuils vides reste un mauvais business.
Est-ce qu’un barbershop premium est plus facile à défendre aujourd’hui ?
Oui, un bon barbershop premium a davantage de moyens de sortir de la guerre des prix, à condition que le client comprenne immédiatement pourquoi il paie plus cher.
Les codes visuels du barbier premium ont perdu beaucoup de leur pouvoir. Le fauteuil rétro, les briques, les bouteilles de whisky et le logo vintage ont été copiés tellement souvent qu’ils différencient aujourd’hui très peu un salon.
Le vrai premium se joue davantage sur la coupe elle-même, la régularité entre les barbiers, l’accueil, l’absence d’attente, la réservation, les horaires, le conseil et certaines expertises difficiles à trouver.
C’est aussi ce que suggère la consolidation du marché. Après avoir repris une partie de La Barbe de Papa, Provalliance a intégré les salons conservés à The Barber Company, son enseigne masculine premium. Le réseau devait alors approcher 120 points de vente.
Provalliance n’aurait évidemment pas repris 45 salons s’il ne voyait plus aucun potentiel dans la coiffure masculine. Le choix montre plutôt que les meilleurs emplacements et les concepts bien exploités conservent de la valeur, même dans un marché devenu difficile.
Une franchise de barbershop réduit-elle vraiment le risque ?
Une franchise peut réduire certains risques d’exécution, mais elle ne peut pas réparer une zone déjà trop concurrentielle.
Le principal avantage est assez simple : marque déjà connue, concept déjà testé, procédures, outils marketing, accompagnement, achats et parfois aide à choisir l’emplacement. Dans un métier où beaucoup de petits indépendants improvisent encore leur gestion, cela peut compter.
La consolidation récente autour de The Barber Company donne aussi une indication sur la direction du marché. Provalliance, qui exploite plusieurs milliers de salons dans le monde, a préféré reprendre une sélection de fonds existants plutôt que conserver tout le réseau La Barbe de Papa. Après l’opération, The Barber Company approchait 120 points de vente.
C’est une distinction utile pour un créateur. Une enseigne nationale peut avoir intérêt à ouvrir ou reprendre certains sites tout en refusant beaucoup d’autres emplacements. Le fait qu’une franchise continue de se développer ne signifie donc pas qu’un barbershop peut fonctionner n’importe où.
La franchise apporte une méthode. La zone de chalandise doit toujours apporter les clients.
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Peut-on ouvrir un barbershop sans être soi-même barbier ?
Oui, le propriétaire d’un barbershop peut ne pas être lui-même barbier qualifié, mais il devient alors très dépendant de son équipe.
La DGCCRF rappelle qu’un salon de barbier ouvert au public doit être placé sous le contrôle effectif et permanent d’une personne disposant notamment d’un BP, d’un BM ou d’une qualification équivalente. À défaut de diplôme, certaines expériences professionnelles d’au moins trois ans peuvent également permettre l’exercice selon les conditions prévues. Le dirigeant n’est donc pas obligé de posséder personnellement le BP si une personne qualifiée assure ce contrôle dans le salon.
Économiquement, le sujet est plus compliqué. Dans la coiffure masculine, beaucoup de clients choisissent autant leur barbier que l’enseigne. Si le professionnel qui remplit son agenda part travailler deux rues plus loin ou s’installe à son compte, une partie de la clientèle peut suivre.
Ce risque devient particulièrement important pour l’investisseur qui ne coupe pas lui-même. Il doit construire une clientèle attachée au salon, réussir ses recrutements et éviter qu’un salarié concentre à lui seul une trop grande partie du chiffre d’affaires.
Sur un marché très concurrentiel, perdre son meilleur barbier peut coûter bien davantage qu’un mois de mauvais marketing.
Une petite ville est-elle moins saturée en barbershops qu’une grande ville ?
Pas forcément : une petite ville peut être beaucoup plus saturée en barbershops qu’un quartier de grande métropole.
Ce qui compte est le rapport entre le nombre de clients potentiels et la capacité totale des concurrents. Dix barbiers face à 100 000 clients accessibles peuvent disposer de bien plus d’espace que quatre barbiers face à 10 000.
Le flux compte aussi énormément. Un salon placé devant une gare, près d’un campus ou dans un grand centre commercial ne vit pas du même marché qu’un établissement situé à trois kilomètres dans un quartier résidentiel vieillissant.
Nous devons également regarder le profil des habitants. Un barbershop visant principalement les 18-35 ans n’aura pas la même demande potentielle dans une ville universitaire que dans une commune où cette tranche d’âge est peu présente.
Chercher simplement « une ville avec peu de barbershops » peut donc mener au mauvais endroit. Nous chercherions plutôt une zone où beaucoup de clients potentiels sont mal servis.
Comment savoir si un quartier est déjà trop saturé en barbershops ?
Le moyen le plus fiable est de mesurer combien de rendez-vous les concurrents peuvent encore absorber, puis de vérifier si votre projet peut raisonnablement trouver ses 15, 20 ou 30 clients quotidiens.
Nous commencerions par définir une vraie zone de chalandise de cinq, dix et quinze minutes autour du local. Il faut y compter les barbershops, les salons mixtes qui travaillent beaucoup avec les hommes, les indépendants visibles sur les plateformes de réservation et, autant que possible, les coiffeurs mobiles actifs localement.
Ensuite, regardons les prix et surtout les agendas. Un quartier avec huit barbershops paraît très concurrentiel, mais si les meilleurs sont complets deux jours à l’avance, une partie de la demande reste peut-être mal servie. À l’inverse, cinq salons qui proposent tous un rendez-vous dans trente minutes un samedi après-midi donnent une information beaucoup plus inquiétante.
Les avis Google peuvent aussi révéler la concentration de la demande. Trois salons avec chacun plusieurs milliers d’avis et une forte activité ne racontent pas la même histoire que douze petits établissements aux agendas à moitié vides.
Enfin, il faut ramener cette étude au business plan. Si votre salon doit faire 250 000 € avec un ticket moyen de 30 €, nous avons vu qu’il faut environ 28 clients par jour sur 300 jours. Il faut pouvoir expliquer concrètement d’où viendront ces 28 clients.
| Test local | Plutôt bon signe | Plutôt mauvais signe |
|---|---|---|
| Nombre de concurrents | Faible par rapport à la population cible | Beaucoup pour une petite zone |
| Disponibilités | Bons salons souvent complets | Créneaux immédiats presque partout |
| Avis Google | Demande concentrée sur quelques leaders | Beaucoup de salons faibles et sous-utilisés |
| Prix | Espace pour un positionnement différent | Guerre des prix déjà forte |
| Population cible | Nombreuse ou en croissance | Faible ou vieillissante |
| Flux piéton | Gare, campus, bureaux, commerce | Rue peu fréquentée |
| Différenciation | Besoin local encore mal servi | Offre presque identique partout |
| Volume nécessaire | Atteignable avec une petite part du marché | Exige de voler énormément de clients |
Barbershop : le marché est-il saturé aujourd’hui ?
Oui, le barbershop généraliste est aujourd’hui proche de la saturation dans beaucoup de zones françaises ; les bons concepts et les bons emplacements ont encore de la place.
Les chiffres vont assez clairement dans cette direction. La France dépasse désormais 111 000 établissements de coiffure après une nouvelle année record de créations. Les micro-entrepreneurs représentent une part importante du secteur. Dans le même temps, la fréquentation masculine baisse pour la troisième année consécutive dans le panel UNEC-Hairnet. Les défaillances de la coiffure et des soins de beauté se sont récemment remises à progresser.
La restructuration de La Barbe de Papa complète bien le tableau. Un concept de barbershop moderne a pu passer de zéro à près de 100 salons, puis découvrir quelques années plus tard que tous ces points de vente ne pouvaient pas rester rentables. Provalliance en a repris 45 et les intègre à un réseau masculin plus large. Le marché reste donc exploitable, mais la sélection des fonds est devenue beaucoup plus sévère.
Pour un créateur, la conclusion est assez tranchée. Ouvrir un barbershop simplement parce que la coiffure masculine paraît tendance est une mauvaise raison. « Coupe homme + barbe + beau décor » est désormais une offre banale.
Nous ouvririons encore si nous trouvions un quartier où les meilleurs concurrents refusent des rendez-vous, une population cible sous-servie, un emplacement exceptionnel ou une spécialité qui manque vraiment. Sans l’un de ces avantages, il faut accepter qu’on entre actuellement dans un marché où il y a beaucoup de fauteuils et pas davantage de têtes à couper.
Le barbershop n’est pas un marché fermé. Mais le temps où le concept lui-même suffisait à attirer les clients est clairement passé.
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SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
Dire si le marché des barbershops est « saturé » paraît simple, mais aucun chiffre ne permet de répondre directement à cette question. Nous avons donc décomposé le sujet en plusieurs dimensions : l’offre, la demande, l’économie des salons, la pression concurrentielle et la solidité des acteurs déjà présents.
Pour chacune de ces dimensions, nous avons recherché les données les plus récentes disponibles, en privilégiant la période 2024-2026. Les séries plus anciennes sont utilisées lorsqu’elles permettent de distinguer une évolution structurelle d’un mouvement de court terme.
Nous avons privilégié les sources de première main et les données professionnelles directement liées au secteur : l’UNEC et le panel UNEC-Hairnet pour l’activité, les visites, les établissements et les créations ; l’Insee pour la nomenclature et la démographie ; la DGCCRF et Légifrance pour le cadre réglementaire ; Altares et la Veille Artisanat pour les défaillances ; Provalliance et le BODACC pour le cas La Barbe de Papa.
Il n’existe pas de série statistique nationale permettant d’isoler proprement tous les barbershops français sur l’ensemble de la période étudiée. Nous utilisons donc la coiffure comme cadre structurel du marché, puis nous resserrons l’analyse sur les indicateurs masculins dès qu’ils sont disponibles.
Les simulations de chiffre d’affaires, de ticket moyen et de clients quotidiens servent à traduire la notion de saturation en réalité entrepreneuriale. Elles ne cherchent pas à prédire le résultat d’un salon précis, mais à montrer combien de tickets un nouvel établissement doit réellement trouver pour atteindre son objectif.
La conclusion ne dépend pas d’un seuil arbitraire. Nous confrontons plusieurs éléments qui mesurent des choses différentes : croissance du parc, fréquentation masculine, évolution des micro-entreprises, niveau de prix, défaillances et trajectoire d’un grand réseau. Leur convergence est plus utile qu’un seul chiffre pris isolément.
La conclusion nationale reste volontairement reliée au terrain. Pour une création d’entreprise, le dernier niveau d’analyse est local : capacité réelle des concurrents, disponibilité des rendez-vous, population cible, flux, prix et volume de clients nécessaire pour faire fonctionner le projet.
Parmi les principales sources utilisées : UNEC — chiffres clés 2024, UNEC — communiqué des chiffres clés 2024, UNEC — rapport complet des chiffres clés, UNEC / Hairnet — bilan 2025, Veille Artisanat / ISM — synthèse des chiffres UNEC 2024, Insee — nomenclature officielle de la coiffure, DGCCRF — encadrement de la coiffure et du métier de barbier, Légifrance — article L.121-1 du Code de l’artisanat, Légifrance — article R.121-2 du Code de l’artisanat, Veille Artisanat / Altares — défaillances au T1 2026, Veille Artisanat / Altares — défaillances au T2 2026, Veille Artisanat / CNEC-AG2R — baromètre 2025, Provalliance — communiqué sur La Barbe de Papa et BODACC — procédure collective de La Barbe de Papa Ouest.