Restauration : la fréquentation baisse-t-elle encore ?

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Oui, la fréquentation des restaurants baisse encore dans une partie importante du marché français. Les Français continuent massivement à manger hors domicile, mais la croissance des repas est devenue trop faible pour alimenter naturellement tous les établissements.
Près de 12 milliards de repas ont encore été servis hors domicile en 2025, en hausse de 1,6 %. Le problème est que le nombre de points de vente a progressé plus vite, de 2,1 % : il y a donc un peu moins de demande disponible en moyenne pour chaque établissement.
Le chiffre d’affaires donne une image plus flatteuse que le trafic. Les dépenses augmentent encore parce que les prix et les tickets moyens ont monté, alors que plusieurs indicateurs de fréquentation, de transactions et de remplissage reculent.
La restauration traditionnelle est particulièrement exposée. Sa fréquentation progresse à peine, son addition moyenne semble plafonner et elle affronte désormais des alternatives beaucoup plus nombreuses pour chaque occasion de consommation.
La restauration rapide reste dominante en nombre de visites, mais elle n’est plus synonyme de croissance automatique. Les dépenses peuvent encore augmenter alors même que le nombre de transactions recule.
Le vrai changement est probablement la fragmentation du repas. Une boulangerie, une supérette, un coffee shop ou un rayon prêt-à-manger peuvent désormais prendre exactement la même vente qu’un restaurant, surtout le midi.
La densité de l’offre amplifie cette pression. La France compte environ 415 600 points de vente de consommation alimentaire hors domicile, soit beaucoup plus d’offres par habitant qu’il y a vingt ans.
Même les chaînes, pourtant mieux armées en marketing, fidélité, achats et données clients, voient leur fréquentation se tendre. Une partie de leur croissance vient davantage des nouvelles ouvertures et des prix que d’un trafic supérieur dans les unités existantes.
Les défaillances élevées montrent que la question n’est plus seulement de savoir s’il existe une demande. Un restaurant peut avoir des clients, faire du chiffre d’affaires et rester trop fragile si son loyer, sa masse salariale ou son volume minimal de couverts sont mal calibrés.
Pour quelqu’un qui veut ouvrir aujourd’hui, le marché reste loin d’être fermé. Mais il faut partir d’un flux local réel, d’un seuil de rentabilité précis et d’un concept capable de prendre des occasions de consommation aux alternatives déjà installées. La croissance ne vient plus automatiquement avec l’ouverture de la porte.
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La fréquentation des restaurants baisse-t-elle encore aujourd’hui ?
Oui, la fréquentation des restaurants reste sous pression en France aujourd’hui, même si le nombre total de repas pris hors domicile n’est pas en train de s’effondrer.
Gira Conseil estime que 11,97 milliards de repas ont été servis hors domicile en 2025, soit 1,6 % de plus qu’un an auparavant. Dit comme ça, le marché semble encore progresser. Mais c’était la hausse la plus faible depuis la sortie de la période Covid, et le nombre de points de vente a augmenté plus vite, de 2,1 %, pour atteindre 415 595 établissements.
La lecture change donc assez vite. Il y a eu davantage de repas, mais encore davantage d’endroits pour les vendre. En rapportant simplement ces deux évolutions l’une à l’autre, le nombre moyen de repas disponible par établissement a légèrement baissé.
Les données publiées ensuite n’ont pas montré de vrai redémarrage. Food Service Vision constatait un chiffre d’affaires de la consommation hors domicile globalement stable sur les cinq premiers mois de 2026. Dans la restauration commerciale, après +3 % en mars, l’activité reculait de 1 % en avril puis encore de 1 % en mai, avec une fréquentation en baisse de 2 %.
Pour quelqu’un qui veut ouvrir un restaurant, c’est probablement la bonne façon de résumer le marché actuel : les Français continuent de manger dehors, mais il n’y a plus assez de croissance pour remplir automatiquement les nouvelles tables.
| Indicateur | Dernière évolution disponible | Ce qu’on peut en retenir |
|---|---|---|
| Repas servis hors domicile en 2025 | 11,97 Md | Marché toujours énorme |
| Croissance des repas | +1,6 % | Progression devenue faible |
| Points de vente | 415 595 | Concurrence très dense |
| Croissance des points de vente | +2,1 % | L’offre grandit plus vite que les repas |
| CA de la consommation hors domicile | +4,3 % | La valeur tient mieux que le trafic |
| CA restauration commerciale en mars 2026 | +3 % | Rebond ponctuel |
| CA en avril 2026 | -1 % | Repli immédiat |
| CA en mai 2026 | -1 % | Pas de vraie reprise |
| Fréquentation observée récemment | -2 % | Le trafic reste fragile |
Pourquoi le chiffre d’affaires des restaurants tient-il mieux que la fréquentation ?
Le chiffre d’affaires des restaurants tient encore largement grâce aux prix : aujourd’hui, une hausse des ventes en euros ne veut plus dire qu’il y a davantage de clients.
L’Insee mesure une hausse cumulée de 31,6 % depuis 2019 pour les prix des agences de voyage, services de restauration et activités connexes. Sur la même période, les prix de l’ensemble des services marchands n’ont augmenté que de 10,7 %. L’écart est énorme.
Nous retrouvons exactement ce phénomène dans les données de Gira Conseil. Le chiffre d’affaires de la consommation alimentaire hors domicile a progressé de 4,3 % en 2025, alors que le nombre de repas ne gagnait que 1,6 %.
En ramenant ces chiffres au nombre de prestations, le revenu moyen par repas ressort autour de 10,72 €, contre environ 10,44 € un an plus tôt. Cela représente une hausse proche de 2,7 % par prestation.
L’Observatoire Fiducial avait relevé la même mécanique sur son panel de 400 établissements : le ticket moyen atteignait 30,72 € TTC contre 28,91 € précédemment, soit environ 6 % de plus, alors que le remplissage reculait.
Pour juger si la demande repart vraiment, nous regarderions donc d’abord le nombre de couverts et de transactions. Le chiffre d’affaires seul peut donner une impression de croissance alors que la salle accueille moins de monde.
Est-ce surtout la restauration traditionnelle qui perd des clients ?
Oui, la restauration traditionnelle est aujourd’hui l’une des parties les plus fragiles du marché, avec une fréquentation presque à l’arrêt et beaucoup moins de croissance qu’avant.
Les données sectorielles reprises par les pouvoirs publics montrent que le chiffre d’affaires de la restauration traditionnelle n’a progressé que de 1,5 % en 2025. Avant la crise sanitaire, entre 2016 et 2019, le rythme moyen tournait plutôt autour de 5 % par an.
La fréquentation n’aurait augmenté que de 0,5 %, après +3,3 % un an plus tôt. Avec des prix qui continuent de monter et davantage d’établissements sur le marché, +0,5 % revient pratiquement à faire du surplace.
Les paiements analysés par BPCE racontent la même histoire sous un autre angle. Les dépenses en restauration traditionnelle n’ont progressé que d’environ 1 % en 2025, avec une addition moyenne stabilisée autour de 37 €.
Ce plafond autour de 37 € est intéressant. Les consommateurs continuent de sortir, mais beaucoup semblent protéger leur budget en retirant une boisson, une entrée ou un dessert, ou simplement en espaçant leurs visites.
Pour un bistrot ou un restaurant traditionnel qui se lance aujourd’hui, compter sur une hausse naturelle de la fréquentation serait donc particulièrement risqué.
La restauration rapide continue-t-elle vraiment de gagner des clients ?
La restauration rapide gagne encore du terrain face aux restaurants à table, mais elle n’échappe plus à la baisse de fréquence des visites.
Les données Circana reprises par France Snacking montrent qu’environ 70 % des visites hors domicile passent désormais par la restauration rapide. C’est devenu le format dominant en nombre d’occasions.
BPCE observe aussi une forte diffusion du rapide : environ huit Français sur dix y ont consommé en 2025, contre sept sur dix en 2021.
Mais la progression s’arrête lorsqu’on regarde la fréquence. Les transactions de restauration rapide ont reculé d’environ 3 % en 2025. Dans le même temps, les dépenses ont augmenté d’environ 2 %, principalement parce que le ticket moyen est monté autour de 20 €, soit environ 1 € de plus.
La restauration rapide prend donc des parts de marché sans profiter d’une clientèle qui viendrait toujours plus souvent. Elle gagne surtout parce qu’elle répond mieux à certains arbitrages : prix plus lisible, repas plus court, vente à emporter et davantage d’occasions dans la journée.
Pour un nouvel entrant, cela rend les catégories évidentes — burger, tacos, pizza, poke, poulet — beaucoup moins faciles qu’elles n’en ont l’air. Le format est porteur, mais la bataille pour chaque transaction devient dure.
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Les Français vont-ils moins souvent au restaurant ?
Oui, les Français semblent aujourd’hui réduire surtout la fréquence de certaines sorties plutôt que supprimer complètement le restaurant de leur vie.
C’est probablement l’explication la plus simple au paradoxe actuel. Le marché compte toujours énormément de clients, tandis que plusieurs enquêtes voient simultanément moins de visites et des tickets moyens plus élevés.
Chez Fiducial, le taux de remplissage observé dans la restauration traditionnelle est passé de 60 % à 58 %. Dans la restauration rapide du panel, il est passé de 94 % à 84 %.
Food Service Vision a ensuite retrouvé une fréquentation en baisse de 2 % dans ses observations récentes. Lors de son enquête de mai 2026, environ un consommateur sur trois déclarait également avoir réduit ses dépenses de restauration.
Une personne qui mangeait dehors huit fois par mois et passe à sept visites reste un gros consommateur. Pourtant, pour les restaurants qui se partagent ses repas, cela représente déjà 12,5 % d’occasions en moins.
Quelques visites perdues suffisent donc à faire mal, sans que les Français aient pour autant « abandonné » les restaurants.
Les prix élevés font-ils vraiment fuir les clients des restaurants ?
Oui, les prix élevés pèsent maintenant directement sur la fréquence des visites, surtout parce que plusieurs années de hausse ont changé le montant qu’un repas représente dans le budget d’un ménage.
L’Insee montre que les prix liés notamment aux services de restauration ont augmenté de 31,6 % depuis 2019. En ordre de grandeur, une dépense de 20 € ayant suivi exactement cette hausse dépasserait aujourd’hui 26 €.
Même lorsque l’inflation ralentit, ce saut de prix reste là. Le client ne retrouve pas automatiquement son ancien budget restaurant.
Nous le voyons ensuite dans les comportements : moins de transactions dans la restauration rapide, addition qui plafonne dans le traditionnel, baisse de fréquentation dans plusieurs panels et progression du snacking moins cher.
Une nouvelle hausse tarifaire devient donc beaucoup plus délicate qu’il y a quelques années. Gagner 5 % sur le prix d’un plat peut devenir inutile si suffisamment de clients réduisent leur fréquence ou basculent vers une formule moins chère.
Pour un nouveau restaurant, le prix doit surtout être comparé aux solutions que le client a réellement autour de lui. Un déjeuner à 22 € peut sembler raisonnable face à un autre restaurant à 25 €, mais beaucoup moins face à une formule de boulangerie à 11 ou 12 €.
Les boulangeries prennent-elles vraiment des clients aux restaurants ?
Oui, les boulangeries sont devenues des concurrents directs des restaurants, surtout le midi, et leur progression aide à expliquer pourquoi certaines tables perdent du trafic alors que les Français continuent à acheter des repas hors domicile.
Gira Conseil présente désormais la boulangerie comme le premier acteur du déjeuner des actifs, jusque dans les grandes villes.
Ce basculement est assez logique quand on regarde l’offre proposée : sandwichs, salades, pizzas, quiches, plats chauds, desserts, boissons et parfois plusieurs dizaines de places assises. Pour beaucoup de clients, la boulangerie répond aujourd’hui au même besoin qu’un restaurant rapide.
Food Service Vision voit cette progression dans les chaînes : la boulangerie-pâtisserie représentait environ 13 % du chiffre d’affaires de la restauration chaînée étudiée en 2025 et avait gagné deux points de part de marché depuis 2023. Sur la même période, la restauration à table est passée de 23 % à 21 %.
Pour un projet dépendant fortement du déjeuner, compter uniquement les restaurants dans un rayon de cinq ou dix minutes donnerait donc une image fausse de la concurrence. Il faut aussi compter les boulangeries capables de servir un repas complet.
Les supermarchés et commerces de proximité prennent-ils aussi des repas aux restaurants ?
Oui, les supermarchés, supérettes et commerces alimentaires récupèrent désormais une partie des repas qui auraient autrefois fini au restaurant ou au café.
Chez Gira Conseil, les « circuits alternatifs » comprenant notamment boulangeries, commerces de bouche, stations-service et certaines offres alimentaires de la distribution pèsent près d’un cinquième du chiffre d’affaires de la consommation hors domicile.
FranceAgriMer arrivait déjà à un ordre de grandeur voisin dans ses travaux sur 2024, avec environ 15 % du marché étudié capté par ces circuits alternatifs.
La distribution accélère en parallèle sur le prêt-à-manger. Kantar indiquait que les magasins de proximité représentaient près de 17,5 % du trafic des grandes surfaces alimentaires en 2025, soit 1,6 point de plus qu’en 2023.
Pour le client qui cherche simplement un déjeuner rapide, la frontière entre restaurant, boulangerie et commerce alimentaire devient donc assez secondaire. Il choisit entre une salade, un sandwich, un plat chaud ou une formule selon le prix, le temps disponible et la proximité.
C’est une concurrence qu’on sous-estime facilement dans un business plan de restaurant.
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Y a-t-il désormais trop de restaurants en France ?
Dans beaucoup de zones, oui : la France a ajouté des points de vente plus vite qu’elle n’a ajouté de repas, et cette densité rend chaque nouvelle ouverture plus difficile.
Gira Conseil comptait 415 595 points de vente de consommation alimentaire hors domicile en 2025. Cela représente environ un établissement pour 166 habitants.
En 2004, le ratio était d’environ un établissement pour 238 habitants. Rapportée à la population, la densité de points de vente a donc augmenté d’environ 43 % en un peu plus de vingt ans.
La dernière année observée résume bien le problème : +2,1 % d’établissements pour seulement +1,6 % de repas.
Cette différence paraît minuscule sur douze mois. Répétée dans un marché déjà très dense, elle signifie pourtant que la croissance disponible par établissement devient de plus en plus faible.
Évidemment, personne n’ouvre un restaurant pour obtenir la moyenne nationale. Certains emplacements absorbent encore beaucoup de nouvelles offres. Mais lorsqu’un quartier possède déjà restaurants, boulangeries, fast-foods, coffee shops, supérettes et livraison, une ouverture supplémentaire doit presque forcément prendre des occasions de consommation à quelqu’un.
| Indicateur | Niveau observé | Lecture |
|---|---|---|
| Points de vente | 415 595 | Offre extrêmement large |
| Habitants par point de vente | 166 | Forte densité |
| Habitants par point de vente en 2004 | 238 | Marché beaucoup moins dense |
| Hausse de densité depuis 2004 | ≈ 43 % | Bien plus d’offres par habitant |
| Repas servis | 11,97 Md | Demande toujours massive |
| Croissance des repas | +1,6 % | Peu de croissance à distribuer |
| Croissance des établissements | +2,1 % | Offre encore plus rapide |
| Écart offre/demande | 0,5 point | Pression supplémentaire par établissement |
Pourquoi certains restaurants restent-ils pleins alors que la fréquentation baisse ?
Parce que le marché de la restauration est devenu très polarisé : certains concepts gagnent encore beaucoup de clients pendant que les établissements les moins convaincants décrochent brutalement.
L’étude annuelle de Gira Conseil permet de mesurer l’écart. Environ 60 % des opérateurs étudiés surperformaient avec des hausses de fréquentation comprises entre 8 % et 15 %. Les 40 % restants enregistraient des baisses allant approximativement de 10 % à 30 %.
Cette dispersion est beaucoup plus intéressante que la moyenne du marché.
Deux restaurants situés dans la même ville peuvent donc vivre des années totalement différentes. L’un gagne 12 % de clients parce que son positionnement est clair, son rapport qualité-prix convaincant et son emplacement adapté. L’autre en perd 20 % alors que la fréquentation nationale bouge à peine.
Les bouillons accessibles, certaines tables très spécialisées, les concepts de fast-casual et les restaurants dotés d’un vrai produit signature peuvent encore générer beaucoup de trafic.
Le restaurant « correct » mais interchangeable souffre davantage. Quand les clients choisissent moins de sorties dans le mois, ils deviennent naturellement plus exigeants sur celles qu’ils conservent.
Les chaînes de restaurants résistent-elles mieux que les indépendants ?
Oui, les chaînes résistent généralement mieux, mais leurs chiffres montrent elles aussi que la croissance du trafic est devenue difficile.
Food Service Vision estime que la restauration chaînée a atteint environ 25,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, soit +3 % en un an et environ +35 % depuis 2019.
Mais les chaînes ont aussi énormément ouvert. Leur parc est passé d’environ 17 000 établissements en 2021 à 20 796 en 2025, soit près de 22 % d’unités supplémentaires.
En 2025, le chiffre d’affaires moyen par point de vente est resté stable tandis que la fréquentation reculait de 2 %. Une partie importante de la croissance totale vient donc du réseau supplémentaire et des prix plutôt que de restaurants existants servant toujours plus de clients.
Les chaînes disposent quand même d’avantages puissants : marque déjà connue, puissance marketing, applications, promotions, achats centralisés, programmes de fidélité et données clients.
Si même ces acteurs voient leur fréquentation baisser, le ralentissement du trafic n’est clairement pas un problème réservé aux petits indépendants.
Le déjeuner est-il devenu le repas le plus difficile à capter ?
Oui, le déjeuner est devenu particulièrement disputé, car un restaurant doit aujourd’hui battre beaucoup plus qu’un restaurant voisin pour récupérer ce repas.
Le déjeuner répond souvent à une contrainte assez simple : manger correctement, rapidement et sans trop dépenser. C’est précisément là que boulangeries, restauration rapide, supérettes, plats préparés et repas apportés de chez soi sont les plus dangereux.
Le travail hybride ajoute une difficulté supplémentaire dans les quartiers de bureaux. Une enquête FranceAgriMer menée auprès de plus de 3 000 Français montrait qu’environ un tiers des actifs interrogés pratiquait le télétravail, avec 2,7 jours par semaine en moyenne parmi ceux qui télétravaillaient.
Bien sûr, une journée travaillée à domicile ne supprime pas forcément un achat alimentaire. Elle déplace souvent ce repas vers un autre quartier ou vers le domicile.
Mais pour un restaurant installé au pied d’un immeuble tertiaire, passer d’un salarié présent cinq jours à trois jours change énormément la taille du marché disponible le midi.
Avant de signer un bail dans une zone de bureaux, nous regarderions donc les flux réels entre 11 h 30 et 14 h plutôt que le nombre théorique de salariés employés dans le quartier.
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Les faillites montrent-elles que la restauration traverse encore une crise ?
Oui, les défaillances restent actuellement très élevées dans l’hébergement-restauration, et la situation s’est même encore dégradée sur les dernières données disponibles.
La Banque de France comptabilise désormais 9 721 défaillances d’entreprises dans l’hébergement-restauration sur douze mois.
C’est 7,4 % de plus qu’un an auparavant.
Le niveau est surtout 31,8 % supérieur à la moyenne annuelle observée entre 2010 et 2019, qui était de 7 374 défaillances.
Il faut toutefois faire attention à ce que mesure ce chiffre. Une faillite peut venir d’un manque de clients, mais aussi d’un loyer trop élevé, de coûts salariaux lourds, de matières premières plus chères, de dettes ou d’un modèle qui fonctionnait seulement avec des volumes très élevés.
Ces défaillances disent quand même quelque chose de très concret : la marge d’erreur est faible actuellement. Un restaurant peut avoir une clientèle réelle et rester économiquement trop fragile.
Pour un créateur, cela rend le calcul du seuil de rentabilité beaucoup plus important qu’un simple pronostic sur la croissance nationale de la restauration.
Combien de clients faut-il vraiment pour faire tourner un nouveau restaurant ?
Un nouveau restaurant doit connaître son nombre minimal de couverts par jour avant même de signer son local, parce qu’une petite erreur sur la fréquentation peut faire disparaître toute la rentabilité.
Prenons un restaurant qui vise 600 000 € de chiffre d’affaires annuel et ouvre 300 jours. Il doit réaliser environ 2 000 € de chiffre d’affaires par jour.
Avec un ticket moyen de 20 €, il lui faut environ 100 transactions quotidiennes. À 30 €, il en faut 67. Avec 40 €, environ 50 suffisent.
La difficulté est qu’on ne peut pas simplement relever le ticket pour réduire le nombre de clients nécessaires. Comme nous l’avons vu plus haut, les dernières données montrent justement que les consommateurs arbitrent davantage quand l’addition monte.
Il faut donc partir du flux réellement accessible. Un emplacement qui voit passer 5 000 personnes pertinentes par jour et en convertit 2 % génère 100 transactions. Avec un taux de conversion de 1 %, il n’en génère plus que 50.
Sur une année, cette différence peut représenter plusieurs centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires.
Un comptage manuel des passants, réalisé plusieurs jours et plusieurs créneaux horaires, peut donc valoir beaucoup plus qu’une étude affirmant simplement que « le marché de la restauration pèse plus de 100 milliards d’euros ».
La fréquentation des restaurants va-t-elle repartir si les prix se calment ?
Probablement un peu, mais nous ne voyons aucune raison sérieuse d’attendre un retour automatique aux anciennes habitudes de fréquentation.
L’inflation ralentit, ce qui enlève une partie de la pression immédiate. Pourtant, les prix de la restauration restent très au-dessus de leur niveau de 2019. Le client s’est aussi habitué à beaucoup plus d’alternatives : boulangerie, fast-food, livraison, prêt-à-manger, coffee shop ou repas apporté.
La structure du marché a changé en parallèle. Il y a davantage de points de vente, le rapide concentre désormais environ 70 % des visites hors domicile et le déjeuner s’est fragmenté entre beaucoup plus de circuits.
Même une amélioration du pouvoir d’achat ne ferait donc probablement pas revenir chaque repas vers le restaurant traditionnel.
Pour un porteur de projet, parier sur « le retour des clients » est une hypothèse trop faible. Il vaut mieux construire un concept qui fonctionne avec les habitudes actuelles.
Restauration : alors, la fréquentation baisse-t-elle encore vraiment ?
Oui. Aujourd’hui, la fréquentation baisse encore dans une partie importante de la restauration française, et le marché est devenu assez faible pour que beaucoup d’établissements ressentent une vraie contraction du trafic.
La nuance importante vient du marché total : près de 12 milliards de repas ont encore été servis hors domicile en 2025, avec une hausse de 1,6 %. Les Français continuent donc massivement à manger dehors.
Mais cette croissance est devenue trop petite face à l’offre. Le nombre de points de vente a augmenté de 2,1 %, la restauration traditionnelle progresse à peine, les transactions reculent dans certains segments et les données plus récentes de Food Service Vision ont encore montré une fréquentation en baisse de 2 %.
Les dernières statistiques de la Banque de France renforcent ce diagnostic économique : 9 721 entreprises de l’hébergement-restauration ont fait défaut sur douze mois, soit près d’un tiers de plus que la moyenne d’avant-Covid.
Le marché reste pourtant capable de produire de gros gagnants. Gira observe des concepts qui gagnent encore 8 à 15 % de fréquentation au milieu d’établissements qui en perdent 10 à 30 %. C’est là que se trouve le changement décisif.
Ouvrir un restaurant en France reste parfaitement possible. Ouvrir un restaurant moyen en espérant que le marché apportera naturellement les clients est devenu beaucoup plus dangereux.
Aujourd’hui, la croissance se prend aux concurrents. Elle ne tombe plus toute seule dans la salle.
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SOURCES ET MÉTHODOLOGIE
Cette analyse cherche à répondre à une question simple en apparence : la fréquentation des restaurants baisse-t-elle encore en France aujourd’hui ? Pour éviter de confondre croissance du chiffre d’affaires et croissance du nombre de clients, nous avons séparé les évolutions de trafic, de transactions, de repas servis, de ticket moyen, de prix et de nombre de points de vente.
Nous avons accordé davantage de poids aux comportements observés qu’aux intentions déclarées. Lorsqu’elles étaient disponibles, les données de fréquentation, de transactions, de prestations et de remplissage ont donc été privilégiées. Le chiffre d’affaires est utilisé en complément, mais jamais seul, car une hausse des prix peut faire progresser les ventes en euros alors que le nombre de clients diminue.
Les différents périmètres ont été gardés séparés. La restauration traditionnelle, la restauration rapide, les chaînes, les données de paiement et l’ensemble de la consommation hors domicile ne couvrent pas exactement les mêmes établissements. Nous les utilisons donc pour vérifier si plusieurs sources indépendantes décrivent la même évolution, plutôt que pour fabriquer une moyenne unique.
La concurrence a été analysée par occasion de consommation. Pour un créateur de restaurant, une boulangerie proposant un déjeuner complet, une supérette avec du prêt-à-manger ou un fast-food peuvent se battre pour le même repas. C’est pourquoi l’analyse inclut également les circuits alternatifs et les commerces alimentaires lorsque leurs offres entrent directement en concurrence avec la restauration.
Les données récentes ont aussi été comparées à des repères plus longs : niveaux d’avant-Covid, évolution du nombre de points de vente, transformation des circuits de consommation et historique des défaillances. Les séries longues servent à replacer les chiffres actuels dans leur contexte, tandis que les données les plus récentes déterminent davantage notre lecture de la situation présente.
Nous n’avons pas transformé ces indicateurs en score unique. La conclusion repose sur leur convergence : faible croissance du nombre de repas, offre qui augmente plus rapidement, recul de fréquentation dans plusieurs panels, progression des tickets moyens, développement des circuits alternatifs et niveau élevé des défaillances.
Les principales sources utilisées sont FranceAgriMer sur la consommation hors domicile, FranceAgriMer sur les pratiques des consommateurs, l’Insee pour les prix des repas au restaurant, la Banque de France pour les défaillances d’entreprises, BPCE L’Observatoire pour les paiements et transactions, l’Observatoire Fiducial de la restauration, Food Service Vision pour la restauration chaînée, Food Service Vision pour la boulangerie-pâtisserie, Circana pour le trafic foodservice, Kantar pour les formats alimentaires de proximité et la synthèse des données Gira Conseil publiée par Les Echos Études.
Enfin, toutes les données sont lues avec la perspective d’une personne qui veut ouvrir un business en France. La question centrale n’est donc pas seulement de savoir si le marché national monte ou baisse, mais combien de demande est réellement disponible autour d’un emplacement, quelles alternatives se disputent cette demande et combien de transactions quotidiennes sont nécessaires pour atteindre le seuil de rentabilité.