Habillement : quel taux de marge aujourd'hui ?

Dernière mise à jour: 15 Septembre 2026

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EN RÉSUMÉ

Pour une boutique d’habillement indépendante en France aujourd’hui, viser environ 55 à 60 % de marge brute réellement encaissée sur le chiffre d’affaires HT reste une base solide. À 50 %, le modèle devient nettement plus tendu ; au-delà de 60 %, l’économie du magasin devient plus confortable à condition que la marge survive aux promotions et aux invendus.

Le mot « marge » prête facilement à confusion dans l’habillement. Une marge brute de 60 % sur le chiffre d’affaires correspond en réalité à 150 % de taux de marge sur le coût d’achat, avec un coefficient HT de 2,5.

Le vrai chiffre à surveiller n’est pas la marge théorique au prix catalogue, mais la marge après soldes, ventes privées et codes promotionnels. Une pièce achetée pour offrir 60 % de marge tombe déjà à 50 % avec une remise de 20 %.

Les grands groupes donnent un ordre de grandeur utile, mais pas une norme pour un indépendant : Inditex tourne autour de 58 % de marge brute, H&M autour de 54 %, alors que SMCP peut monter beaucoup plus haut grâce à un modèle de marque intégrée.

Une boutique multimarque n’a donc pas besoin d’afficher 70 % de marge pour être saine. Une marge réellement encaissée de 55 à 60 % peut suffire si le loyer, le personnel et surtout les achats de stock restent bien maîtrisés.

Le stock peut faire plus de dégâts que quelques points de marge gagnés à l’achat. Un produit bien acheté mais vendu trop tard avec -30 % ou -40 % peut transformer une excellente marge théorique en résultat médiocre.

Autour de 50 % de marge brute, un magasin physique classique commence vite à manquer d’air. Sur 300 000 € de chiffre d’affaires, dix points de marge représentent 30 000 € de marge brute en moins, soit souvent la totalité du bénéfice potentiel d’une petite boutique.

Compter sur le volume pour compenser une faible marge est particulièrement risqué aujourd’hui : le marché français de l’habillement reste sous pression, tandis que l’e-commerce, la seconde main et l’ultra-fast fashion tirent les prix vers le bas.

Pour défendre 55 à 60 % de marge, une boutique indépendante a intérêt à vendre des produits difficiles à comparer directement : marques peu distribuées, sélection forte, conseil, tailles ou besoins spécifiques, fabrication particulière ou vraie communauté locale.

Dans un business plan, nous retiendrions donc 55 à 60 % de marge brute encaissée comme scénario central et 50 % comme scénario dégradé. Pour une marque propre, 60 à 70 % peut être cohérent, mais avec davantage de risque industriel et de stock en contrepartie.

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Que veut vraiment dire “taux de marge” dans l’habillement ?

Dans l’habillement, un commerçant qui dit faire “60 % de marge” parle généralement d’une marge brute de 60 % sur son chiffre d’affaires, et non d’un taux de marge de 60 % au sens comptable.

Prenons un vêtement acheté 20 € HT et vendu 50 € HT. La marge commerciale est de 30 €. Rapportée au prix d’achat, elle représente 150 % : c’est le taux de marge. Rapportée au prix de vente, elle représente 60 % : c’est le taux de marque, souvent appelé plus simplement “marge brute” dans le retail.

La confusion change complètement les chiffres. Un taux de marque de 60 % correspond déjà à un taux de marge de 150 %. Les grands groupes comme Inditex, H&M ou SMCP communiquent d’ailleurs surtout leur marge brute en pourcentage du chiffre d’affaires.

Dans la suite, c’est donc cette marge brute sur le chiffre d’affaires HT que nous utiliserons principalement. C’est le ratio le plus pratique pour savoir ce qu’il reste réellement pour payer le magasin, les salariés et tous les autres frais.

Exemple Montant
Prix d'achat HT 20 €
Prix de vente HT 50 €
Prix de vente TTC à 20 % 60 €
Marge commerciale 30 €
Marge brute / taux de marque 60 %
Taux de marge 150 %
Coefficient HT 2,50
Coefficient TTC sur achat HT 3,00

Quelle marge brute peut réellement viser une boutique de vêtements aujourd’hui ?

Pour une boutique de vêtements indépendante, viser environ 55 à 60 % de marge brute réellement encaissée reste aujourd’hui une bonne base de travail.

Les comptes des grands acteurs donnent un premier repère. Inditex, propriétaire notamment de Zara, a terminé son dernier exercice avec 58,3 % de marge brute. H&M affichait encore 53,8 % sur son premier semestre 2026, contre 52,3 % un an plus tôt. Ces groupes ont évidemment une puissance d’achat et une chaîne logistique sans commune mesure avec celles d’un indépendant, mais leurs chiffres montrent qu’une marge autour de 55-60 % reste au cœur de l’économie du prêt-à-porter.

Pour une boutique multimarque, atteindre réellement 60 % est déjà solide. Entre 55 et 60 %, le modèle peut très bien fonctionner. Autour de 50 %, les coûts du magasin commencent à laisser nettement moins de marge de manœuvre.

En taux de marge comptable, ces niveaux sont beaucoup plus impressionnants qu’ils n’en ont l’air : 55 % de marge brute correspondent à environ 122 % de taux de marge sur le coût d’achat, et 60 % à 150 %.

Faire 60 % de marge dans l’habillement est-il encore réaliste aujourd’hui ?

Oui, une marge brute de 60 % reste réaliste dans l’habillement aujourd’hui, mais beaucoup de boutiques l’atteignent au prix catalogue et beaucoup moins après promotions.

C’est là que les business plans deviennent facilement trop optimistes. Une collection peut avoir été achetée pour offrir 60 ou 65 % de marge au tarif normal. Une fois les soldes, codes promotionnels, ventes privées et fins de série passés, la marge encaissée peut être nettement plus basse.

Selon le baromètre consommateurs de l’IFM, 34 % des achats d’habillement en valeur étaient encore réalisés sous soldes ou promotions au premier semestre 2025. Au premier trimestre, la proportion atteignait même 36,4 %.

Les résultats de SMCP donnent un bon exemple de ce que quelques points de remise peuvent représenter. Le groupe derrière Sandro, Maje et Claudie Pierlot a réduit de trois points son taux moyen de remise en saison en 2025, jusqu’à environ 20 %. Sa marge brute de gestion a simultanément progressé de 0,7 point, à 75 %.

Pour une nouvelle boutique, inscrire 60 % dans le prévisionnel reste donc défendable si ce chiffre correspond à ce qui reste après démarques. Utiliser la marge du plein tarif est beaucoup plus dangereux.

Quel coefficient multiplicateur faut-il pour faire 55 %, 60 % ou 65 % de marge ?

Dans l’habillement, 55 à 65 % de marge brute correspondent à un coefficient HT compris entre environ 2,22 et 2,86.

C’est ce calcul qui se cache derrière les coefficients 2,5 ou 3 souvent cités dans le prêt-à-porter. Le piège est de mélanger coefficient HT et coefficient TTC.

Avec un achat de 20 € HT et un coefficient HT de 2,5, nous vendons le produit 50 € HT, soit 60 € TTC. La marge brute atteint alors exactement 60 %.

En revanche, appliquer seulement un coefficient de 2,5 entre le coût HT et le prix TTC donne un prix de 50 € TTC, soit 41,67 € HT. La marge brute tombe alors à environ 52 %.

Sept ou huit points de marge peuvent donc disparaître simplement parce que deux personnes ne parlent pas du même coefficient.

Marge brute sur CA HT Taux de marge sur achat Coefficient HT Coefficient TTC / achat HT
45 % 82 % 1,82 2,18
50 % 100 % 2,00 2,40
55 % 122 % 2,22 2,67
60 % 150 % 2,50 3,00
62 % 163 % 2,63 3,16
65 % 186 % 2,86 3,43
70 % 233 % 3,33 4,00
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Combien une promotion de -20 % ou -30 % fait-elle réellement perdre de marge ?

Dans l’habillement, une remise de seulement 20 % peut faire passer une marge brute de 60 % à 50 %.

Prenons une pièce achetée 30 € HT et affichée 75 € HT, soit 90 € TTC. Vendue au plein tarif, elle dégage 45 € de marge, donc 60 % du chiffre d’affaires HT.

Avec -20 %, elle est vendue 60 € HT. Le coût d’achat reste 30 €. La marge brute tombe à 50 %.

À -30 %, le prix descend à 52,50 € HT et la marge à 42,9 %. À -40 %, il ne reste plus que 33,3 % de marge brute.

Une boutique peut ainsi acheter correctement sa collection et perdre une grande partie de sa marge simplement parce qu’elle a dû trop démarquer pour vider le stock.

Remise sur prix initial Vente HT Marge € Marge brute
0 % 75,00 € 45,00 € 60,0 %
-10 % 67,50 € 37,50 € 55,6 %
-20 % 60,00 € 30,00 € 50,0 %
-30 % 52,50 € 22,50 € 42,9 %
-40 % 45,00 € 15,00 € 33,3 %
-50 % 37,50 € 7,50 € 20,0 %
-60 % 30,00 € 0 € 0 %

Une boutique multimarque peut-elle faire autant de marge qu’une marque qui fabrique ses vêtements ?

En général, une boutique multimarque garde moins de marge brute qu’une marque qui contrôle directement son sourcing, mais elle prend aussi beaucoup moins de risque en amont.

Le détaillant multimarque achète un produit sur lequel la marque et parfois un intermédiaire ont déjà pris leur marge. Il paie en échange un produit conçu, fabriqué et prêt à vendre. C’est pourquoi une marge réalisée de 55 à 60 % constitue déjà un très bon niveau pour beaucoup de magasins indépendants.

Une marque propre récupère davantage de valeur. SMCP affichait par exemple 75 % de marge brute de gestion en 2025. Ce niveau reste difficilement comparable avec celui d’une boutique multimarque, car le groupe doit lui-même financer la conception, les collections, le sourcing, la production et une partie des risques industriels.

La différence devient surtout visible lorsque les choses tournent mal. Une boutique multimarque peut avoir commandé trop d’une marque. Une marque propre peut, elle, s’être trompée sur toute une production qu’elle a financée.

Nous pouvons donc viser plus haut avec une marque propre, souvent 60 à 70 % et parfois davantage, mais il serait trompeur d’interpréter chaque point supplémentaire de marge brute comme du bénéfice supplémentaire.

Que nous apprennent Zara, H&M et SMCP sur les marges dans l’habillement ?

Les grands groupes montrent actuellement qu’une marge brute comprise entre environ 54 et 75 % peut coexister avec des modèles de mode très différents.

Inditex a réalisé 39,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur son dernier exercice avec 58,3 % de marge brute. La marge a progressé de seulement 0,42 point. Appliqué à presque 40 milliards d’euros de ventes, ce petit mouvement représente pourtant autour de 168 millions d’euros.

H&M se situe plus bas. Sur son dernier semestre publié, sa marge brute atteignait 53,8 %. Le groupe a également réduit ses stocks de 10 % sur un an, avec un stock représentant 15,8 % des ventes des douze derniers mois contre 16,6 % auparavant.

SMCP évolue à un niveau beaucoup plus élevé avec 75 % de marge brute de gestion en 2025. Pourtant, son EBIT ajusté ne représentait que 7,8 % du chiffre d’affaires.

Ces écarts montrent surtout combien le modèle économique compte. Un taux de marge isolé ne permet pas de dire si une activité d’habillement est bonne ou mauvaise. Il faut voir ce que l’entreprise paie ensuite pour produire les ventes et combien de stock elle doit porter pour les obtenir.

Une boutique avec 60 % de marge brute gagne-t-elle vraiment beaucoup d’argent ?

Non, une boutique de vêtements peut afficher 60 % de marge brute et finir l’année avec seulement quelques pourcents de bénéfice.

Le secteur en donne des exemples très clairs. SMCP réalisait 75 % de marge brute de gestion en 2025 mais 7,8 % de marge d’EBIT ajusté. Sur 1,217 milliard d’euros de chiffre d’affaires, le résultat net du groupe était de 17 millions d’euros, soit environ 1,4 % des ventes.

Une compilation de comptes publics réalisée par Solya sur 1 954 sociétés françaises de distribution mode aboutit à un constat encore plus parlant : dans l’habillement, la marge nette médiane ressort à 2,8 %. Le premier quartile tombe à seulement 0,2 %.

Entre la marge brute et le bénéfice viennent le loyer, les salaires, les charges, le marketing, les commissions de paiement, la logistique, les emballages, l’énergie, les logiciels, les retours et les pertes.

60 % de marge brute ne veut donc absolument pas dire que 60 % du chiffre d’affaires finit dans la poche du commerçant.

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À partir de quel taux de marge une boutique de vêtements devient-elle fragile ?

Autour de 50 % de marge brute, une boutique physique classique commence souvent à manquer sérieusement d’air si son loyer et sa masse salariale sont normaux.

Prenons un magasin réalisant 300 000 € de chiffre d’affaires HT. À 60 % de marge brute, il lui reste 180 000 € pour couvrir les autres dépenses. À 55 %, il reste 165 000 €. À 50 %, seulement 150 000 €.

Supposons 80 000 € de coûts de personnel, dirigeant compris, 36 000 € de loyer et charges locatives et 35 000 € d’autres dépenses. Nous arrivons à 151 000 € de coûts avant amortissements, intérêts et impôts.

Avec exactement le même chiffre d’affaires, le passage de 60 à 50 % de marge fait alors passer notre exemple de 29 000 € de solde positif à une légère perte.

Le modèle simplifié ne prétend pas représenter toutes les boutiques françaises. Il montre en revanche très bien pourquoi dix points de marge changent complètement l’économie d’un petit magasin.

Hypothèse Marge à 60 % Marge à 55 % Marge à 50 % Marge à 45 %
CA HT 300 000 € 300 000 € 300 000 € 300 000 €
Marge brute 180 000 € 165 000 € 150 000 € 135 000 €
Personnel -80 000 € -80 000 € -80 000 € -80 000 €
Loyer + charges -36 000 € -36 000 € -36 000 € -36 000 €
Autres frais -35 000 € -35 000 € -35 000 € -35 000 €
Solde avant amortissements, intérêts et impôts 29 000 € 14 000 € -1 000 € -16 000 €
Solde / CA 9,7 % 4,7 % -0,3 % -5,3 %

Peut-on accepter une faible marge et se rattraper avec beaucoup plus de ventes ?

Oui, mais compter aujourd’hui sur beaucoup de volume pour sauver une faible marge est un pari assez dur dans l’habillement français.

Le dernier panel disponible de l’IFM montre qu’à fin juillet les ventes d’habillement-textile reculent encore de 1,5 % en valeur par rapport à l’année précédente. Elles restent surtout 10,8 % sous leur niveau comparable de 2019.

Pour les indépendants multimarques, plusieurs mois récents ont été encore plus difficiles. L’IFM relevait par exemple -6,6 % en mars, -2,4 % en avril et -3,8 % en mai pour ce circuit.

Une boutique qui veut compenser une marge faible par davantage de volume doit donc souvent prendre les ventes d’un concurrent. Elle ne peut pas simplement compter sur un marché qui grossit rapidement.

À 50 % de marge, faire 100 000 € de marge brute demande 200 000 € de chiffre d’affaires. À 60 %, il suffit d’en réaliser environ 166 700 €. Le deuxième magasin peut donc générer 33 300 € de ventes en moins pour produire exactement la même marge brute.

Pour un indépendant, protéger cinq ou dix points de marge peut être beaucoup plus réaliste que rechercher 20 ou 30 % de volume supplémentaire.

La seconde main, Shein et le e-commerce changent-ils vraiment la marge d’une boutique de vêtements ?

Oui, la seconde main, l’ultra-fast fashion et le e-commerce mettent aujourd’hui une pression très concrète sur le prix qu’une boutique indépendante peut demander pour un vêtement ordinaire.

L’IFM estime désormais qu’un article d’habillement sur quatre vendu en France en volume vient soit de la seconde main, soit de l’ultra-fast fashion. Au premier semestre 2025, Vinted, Kiabi et Amazon occupaient les trois premières places du marché en nombre d’articles achetés.

La seconde main représentait déjà 11,8 % des dépenses d’habillement, et 17,5 % chez les 18-34 ans. Dans le même temps, Amazon, Shein et Temu concentraient ensemble 7 % de la consommation française d’habillement en valeur.

Le canal online continue aussi de mieux résister que le magasin. À fin juillet, les ventes physiques reculaient de 3,1 % sur l’année alors que les ventes en ligne progressaient de 2,6 %.

Une boutique indépendante se retrouve donc entre des vêtements neufs extrêmement bon marché, une offre d’occasion gigantesque et des concurrents accessibles en permanence sur téléphone.

Dans ce contexte, garder 55 ou 60 % de marge devient beaucoup plus simple lorsque le magasin vend quelque chose de difficile à comparer directement : marques peu distribuées, sélection très identifiable, conseil, tailles particulières, fabrication spécifique ou forte communauté locale. Un produit générique disponible ailleurs en quelques clics supporte beaucoup moins facilement une grosse marge.

Le stock peut-il faire plus de dégâts que quelques points de marge ?

Oui, dans l’habillement, un mauvais stock peut détruire davantage de valeur que deux ou trois points de marge gagnés à l’achat.

H&M en donne une illustration récente. Le groupe a réduit son stock de 10 % sur un an à la fin de son premier semestre 2026. SMCP est passé de 260 à 233 millions d’euros de stocks en un an, soit environ 10 % de baisse lui aussi, tout en améliorant nettement son résultat opérationnel.

Pour un indépendant, le mécanisme est encore plus brutal. Un manteau acheté 60 € et théoriquement revendable 150 € HT offre 60 % de marge tant qu’un client accepte les 150 €. Après la saison, une remise de 40 % ramène son prix à 90 €. La marge tombe alors à seulement 33 %.

La météo accentue ce risque. L’Alliance du Commerce a récemment mesuré un rebond de 4,5 % des ventes en magasin lors d’un mois où le retour de températures estivales avait relancé les achats. Le mois suivant, marqué par la canicule, l’IFM a relevé un recul de 4,6 % des ventes physiques. Quelques mois auparavant, un épisode hivernal particulièrement doux avait également pesé fortement sur les ventes.

Pour une seule boutique, rater trois semaines au mauvais moment peut donc laisser beaucoup de marchandises juste avant la démarque.

Nous préférerions clairement un magasin à 57 ou 58 % de marge avec des achats serrés et des réassorts rapides à un magasin construit pour 65 % mais obligé de solder régulièrement une grosse partie de sa collection.

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Quelle marge nette peut réellement garder une boutique d’habillement ?

Pour un commerce d’habillement, finir avec 3 à 8 % de bénéfice net est déjà beaucoup plus crédible que de compter sur 15 ou 20 % simplement parce que la marge brute paraît élevée.

Le baromètre Solya construit à partir des comptes publics de 1 954 sociétés françaises de distribution mode situe la marge nette médiane de l’habillement à seulement 2,8 %. Un quart des sociétés du secteur se trouvent à 0,2 % ou moins.

Même les enseignes puissantes montrent l’écart entre marge produit et bénéfice final. Inditex fait figure de très bon élève : avec 39,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 6,2 milliards de bénéfice net sur son dernier exercice, sa marge nette approche 15,5 %. SMCP se situait autour de 1,4 % malgré ses 75 % de marge brute de gestion.

L’écart est énorme et rappelle qu’un taux de marge élevé ne suffit pas. Deux magasins avec 60 % de marge brute peuvent finir avec des rentabilités complètement différentes selon leur loyer, leur personnel, leurs invendus et leur capacité à vendre au plein tarif.

Quel taux de marge faut-il finalement mettre dans un business plan d’habillement ?

Pour ouvrir une boutique multimarque en France aujourd’hui, nous partirions sur 55 à 60 % de marge brute réellement encaissée, avec un scénario dégradé à 50 % pour vérifier que le projet résiste.

À 55 %, le taux de marge comptable sur le prix d’achat est d’environ 122 %. À 60 %, il atteint 150 %. Un magasin qui conserve réellement 60 % après les promotions possède une base saine. Entre 55 et 60 %, nous sommes encore dans une zone tout à fait exploitable si le loyer, les salaires et les stocks restent sous contrôle.

À 50 %, le projet devient nettement plus sensible. Notre simulation à 300 000 € de chiffre d’affaires montre qu’une perte de dix points de marge peut absorber presque tout le résultat d’un petit magasin. Sous 50 %, il faut généralement compenser avec beaucoup de rotation, des coûts fixes faibles ou un modèle très particulier.

Une marque propre peut viser davantage, autour de 60 à 70 % et parfois plus, puisqu’elle récupère une part de la marge laissée au fournisseur dans un modèle multimarque. Elle récupère aussi les coûts et les risques qui vont avec.

Le chiffre que nous surveillerions surtout est la marge après promotions. Comme on l’a vu plus haut, environ un tiers des achats d’habillement en valeur se font encore sous soldes ou promotions. Une marge catalogue de 65 % n’a donc rien d’impressionnant si le magasin finit la saison à 52 %.

Pour répondre directement à la question : une boutique d’habillement indépendante peut aujourd’hui viser environ 55 à 60 % de marge brute réelle, soit approximativement 122 à 150 % de taux de marge sur le coût d’achat. 60 % est un bon niveau. 50 % commence à devenir tendu. Au-delà de 65 %, le modèle devient très intéressant à condition que cette marge survive réellement aux promotions, aux invendus et au coût du stock.

SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

Il n’existe pas aujourd’hui un chiffre officiel unique permettant de répondre proprement à la question « quelle marge doit faire une boutique de vêtements ? ». Nous avons donc traité le sujet comme une question à plusieurs dimensions : définition des ratios, niveaux de marge observés, promotions, état du marché, stock et écart entre marge brute et rentabilité finale.

Nous avons d’abord remis les différents chiffres sur une base comparable, en distinguant marge sur chiffre d’affaires, taux de marge sur coût d’achat et coefficients de prix. Les conversions présentées dans l’article ont été recalculées à partir des mêmes formules afin d’éviter de mélanger coefficient HT, coefficient TTC, taux de marque et taux de marge.

Pour le marché français, nous avons privilégié les données récentes de l’Institut Français de la Mode. Elles servent notamment à mesurer le poids des promotions, la progression de la seconde main et du e-commerce, ainsi que l’évolution récente des ventes physiques et en ligne.

Pour les entreprises cotées, nous sommes remontés aux publications financières officielles d’Inditex, H&M et SMCP. Ces groupes ne sont pas traités comme des copies d’une boutique indépendante : ils servent de points d’observation sur la marge brute, les remises, le stock, le sourcing et l’écart entre marge produit et résultat final.

Nous avons aussi testé les ordres de grandeur avec des simulations simples : impact d’une remise de 20 % ou 30 %, chiffre d’affaires nécessaire pour produire un même montant de marge brute, et sensibilité d’un petit magasin à plusieurs niveaux de marge. Ces calculs ne remplacent pas les comptes réels, mais ils permettent de vérifier que les conclusions restent économiquement cohérentes.

Enfin, nous n’avons pas fait une moyenne mécanique de tous les chiffres trouvés. Nous avons recherché la zone où plusieurs sources indépendantes convergent, puis vérifié ce que cette zone donne dans un scénario plus difficile. C’est ce croisement qui conduit à retenir 55 à 60 % de marge brute encaissée comme base de travail pour une boutique multimarque, avec 50 % comme scénario dégradé.

Les principales sources utilisées sont : Institut Français de la Mode — Baromètre consommateurs, premier semestre 2025, Institut Français de la Mode — panel juillet 2026, Institut Français de la Mode — panel juin 2026, Inditex — Annual Report 2025, Inditex — First Quarter 2026 Results, H&M Group — Six-month Report 2026, SMCP — Document d’enregistrement universel 2025, Sénat — Face à la décommercialisation, réinventer le commerce physique, DGCCRF — réductions de prix et promotions et Légifrance — référentiel de gestion commerciale.

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